SAMOËN^ ET SES ENVIRONS
réve est de gagner, à force d'économie, un modeste pécule et de revenir au pays, acheter quelques journaux de terre payés chèrement.
Jusqu'au passage des Tines, où le Gififre emprisonné se débat entre des roches, que ses gouffres ont élargies çà et là en forme de cuves, cette rivière et ses affluents approvisionnent la vallée de Sixt des meilleures truites que j'aie jamais rencontrées. Leur robe est foncée, avec des yeux bien marqués; elles sont épaisses et longues; leur chair est rose, ferme, savoureuse : ce roi des poissons d'eau douce est supérieur, peut-être, dans le bassin supérieur du Giffre, aux produits si renommés du Mont-Cenis. Dans les bons ménages des vallées de l'Arve et du Giffre, séparées Tune de l'autre par les Prêtes et par le Môle, on fait des conserves de truite marinée, qui remplacent avec avantage le thon, comme hors d'œuvre. '
Au delà des Tines et de la jolie chapelle de Notre- Dame de Grâce, lieu de pèlerinage, la vallée du Giffre s'élargit peu à peu, s'anime de cultures, de hameaux, et prend, sous un ciel plus spacieux, un aspect arcadien , jusqu'à Samoëns , où sa forme ovale, dessinée par de fertiles montagnes, rappelle au souvenir le vallon d'Ober-Hasli. Une légère différence de hauteur et l'interposition d'une cloison de plateaux verts , suffisent pour établir de frappants contrastes entre la vallée presque dauphinoise de Bonneville sur l'Arve, et ces bords dv^ Giffre qui ressemblent aux vallées de la Suisse.
336 Là Haute satche.
Samoéns» où j*arri?ai dans la matinée et où je ne m'arrêtai qu'on instant pour aUer inutilement à la poste, mais que, les jours suivants J*ai exploré seul, à deux reprises, Samoêns, ancien mandement, cheflieu de canton, ridie commune de trois mille âmes, est la perle de la vallée du Giffre. De ce point, on peut rayonner, par dix passages, sur toutes les vallées du Faucigny, comme du Chablais. Autour de Samoëns, la plus tiède et la mieux dotée comme ressources de ces bourgades alpestres, les motifs de promenades ou d'excursions intéressantes s'oflrent en nombre illimité. L'air y est pur, car les habitants sont préservés de l'infirmité du goitre; des noyers et des chênes succèdent aux cultures qui répandent l'abondance, et rendent l'existence facile dans une localité vraiment habitable et plaisante. Si l'on exploitait les eaux minérales très-eflBcaces de ce beau vallon, Samoëns prendrait un rang distingpé parmi les résidences hygiéniques, et ses environs seraient promptement appréciés. Les ruines de Tomaltaz, celles de Gravernaz , la chapelle du château, point de vue admirable sur la vallée, sont tout proche du bourg : la cascade de Nant-Dent, le joli val de Clévieux; les ascensions du Beney, du Greyou, d'où Ton plane à 2600 mètres sur le lac de Genève et le Mont-Blanc ; celles de l'Avaudru et de la pyramide de Oioud ; le beau glacier du Folly ; le Pas au loup, le coteau de Vercland et sa chapelle , le lac de Gers et la pointe Pelouse ; la Tanna de TErmoë, grotte curieuse; les points de vue de la Rosière et de Chante-