‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 101 sur 113 · CHAPITRE VII. — LE TASSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — LE TASSE

Effatur merso violata in robora ferro :

fl Jam ne quis vestrum dubitet subvertere silvam,

Crédite me fecisse nefas. » Tanc paniit omnis

Impenis, non sublato secura pavore,

Turba, sed expeasa superorum et Caesaris ira.

Procumbunt orni, nodosa impellitur ilex,

Silvaque Dodones, et fluctibus aptior alnus,

Et non plebeios luctus testata cupressus.

Tum pnmum posuere coajas, et fronde carente!

Admisere diem, propulsaque robore denso

Sastinuit se silva cadens. Gemuere videntes

Galloruna populi : mûris sed clausa juventus

ExsuJtat. Quis emm laesos impune putaret

Esse deos?

Voici la traduction de Brébeuf : on sait qu'il était plus ampoulé encore que Lucain; il gâte souvent son original en voulant le surpasser; mais il y a toujours dans Brébeuf quelques vers heureux :

On voit auprès du camp une forêt sacrée, Formidable aux humaiiLs, et des temps révérée. Dont le feuillage sombre et les rameaux épais Du dieu de la clarté font mourir tous les traits. Sous la noire épaisseur des ormes et des hêtres, Les faunes, les silvains, et les nymphes champêtres, Ne vont point accorder aux accents de la voix Le son des chalumeaux ou celui des hautbois. Cette ombre, destinée à de plus noirs offices, Cache aux jeux du soleil ses cruels sacrifices; Et les vœux criminels qui s'offrent en ces lieux Offensent la nature en révérant les dieux. Là, du sang des humains on voit suer les marbres; On voit fumer la terre, on voit rougir les arbres : ' Tout y parle d'horreur, et même les oiseaux Ne se perchent . amais sur ces tristes raœeaux. Les sangliers, les lions, les bêtes les plus fières, N'osent pas y chercher leur bauge ou leurs tanière*. La foudre, accoutumée à punir les forfaits, Craint ce lieu si coupable, et n'y tombe jamais. Là, de cent dieux divers les grossières images Impriment l'épouvante, et forcent les hommages; La mousse et la pâleur de leurs membres hideux Semblent mieux attirer les respects et les vœux : Sous un air plus connu la Divimté peinte Trouverait moins d'encens, et ferait moins de crainte . Tant aux faibles mortels il est bon d'ignorer

Les dieux qu'il leur faut craindre et qu'il faut adorer l Là, d'une obscure source il coule une onde obscure Qui semble du Cocyte emprunter la teinture. Souvent un bruit confus trouble ce noir séjour, Et l'on entend mugir les rochers d'alentour : Souvent du triste éclat d'une flamme ensoufrée La forêt est couverte, et n'est pas dévorée; Et l'on a vu cent fois les troncs entortillés De cérastes hideux et de dragons ailés. Les voisins de ce bois si sauvage et si sombre Laissent à ces démons son horreur et son ombre ; Et le druide craint, en abordant ces lieux, D'y voir ce qu'il adore, et d'y trouver ses dieux.

Il n'est rien de sacré pour des mains sacrilèges;

Les dieux mômes, les dieux n'ont point de privilèges:

César veut qu'à l'instant leurs droits soient violés,

Les arbres abattus, les autels dépouillés ;

Et de tous les soldats les âmes étonnées

Craignent de voir contre eux retourner leurs cognées.

Il querelle leur crainte, il frémit de courroux,

Et, le fer à la main, porte les premiers coups :

• Quittez, quittez, dit-il, l'effroi qui vous nnùtrise!

Si ces bois sont sacrés, c'est moi qui les méprise :

Seul j'offense aujourd'hui le respect de ces lieux,

Et seul je prends sur moi tout le courroux des dieux, t

A ces mots tous les siens, cédant à la contrainte,

Dépouillent le respect, sans 'iépouiller la crainte :

Les dieux parlent encore à ces cœurs agités;

Mais, quand Jules commande, ils sont mal écoutés.

Alors on voit tomber sous un fer téméraire

Des chênes et des ifs aussi vieux que leur mère;

Des pins et des cyprès, dont les feuillages verts

Conservent le printemps au milieu des hivers.

A ces forfaits nouveaux tous les peuples frémissent;

A ce fier attentat tous les prêtres gémissent.

Marseille seulement, qui le voit de ses tours.

Du crime des Latins fait son plus grand secours;

Elle croit que les dieux, d'un éclat de tonnerre,

Vont foudroyer César, et terminer ïà. guerre.

J'avoue que toute la Pharsale n'est pas comparable à la

V, , Jérusalem délivrée ; mais au moins cet endroit fait voir combien

j j la vraie grandeur d'un héros réel est au-dessus de celle d'un

' héros imaginaire, et combien les pensées fortes et solides sur-

V passent ces inventions qu'on appelle des beautés poétiques,

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