XVIII PRÉFACE
auteurs, il apprit au monde qu'une plume éloquente sied bien dans la main d'un héros. Récompenser les beaux-arls est un mérite commun à un grand nombre de princes; mais les encourager par l'exemple elles éclairer par d'excellents écrits en est un d'autant plus recommandable dans le roi de Prusse, qu'il est plus rare parmi les hommes. La mort du roi son père*, les guerres survenues, et le départ de M. Algarotti de Londres, interrompirent ce projet si digne de celui qui l'avait conçu.
Gomme la préface qu'il avait composée n'a pas vu le jour, j'en ai pris deux fragments qui peuvent en donner une idée, et qui doivent être regardes comme un morceau bien précieux dans la littérature.
« Les difficultés, dit- il en un endroit, qu'eut à surmonter M. de Yoltaire lorsqu'il composa son poëme épique, sont innombrables. Il voyait contre lui les préjugés de toute l'Europe, et celui de sa propre nation, qui était du sentiment que l'épopée ne réussirait jamais en français. Il avait devant lui le triste exemple de ses prédécesseurs, qui avaient tous bronché dans cette pénible carrière. Il avait encore à combattre le respect superstitieux et exclusif du peuple savant pour Virgile et pour Homère, et, plus que tout cela, une santé faible qui aurait mis tout autre homme moins sensible que lui à la gloire de sa nation hors d'état de travailler. C'est cependant indépendamment de tous ces obstacles que M. de Voltaire est venu à bout de son dessein, etc. »
« Quant à la saine morale, dit-il ailleurs, quant à la beauté des sentiments, on trouve dans ce poëme tout ce qu'on peut désirer. La valeur prudente de Henri IV jointe à sa générosité et à son humanité devrait servir d'exemple à tous les rois et à tous les héros, qui se piquent quel-