‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 16 sur 113 · XXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXIV PRÉFACE

presque toutes indépendantes les unes des autres, et parce que le style, tout fleuri et tendre qu'il est, serait trop uniforme; je dis parce qu'il n'a pas le nombre, le rhythme, la mesure, la rime, les inversions, en un mot rien de ce qui constitue cet art si difficile de la poésie, art qui n'a pas plus de rapport avec la prose que la musique n'en a avec le ton ordinaire de la parole.

Il ne me reste plus qu'un mot à dire sur l'orthographe qu'on a suivie dans cette édition; c'est celle de l'auteur; il l'a justifiée lui-même : et puisqu'il n'a contre lui qu'un usage condamné par ceux même qui le suivent, il paraît assez inutile de prouver qu'il a eu raison de s'en écarter je me contenterai donc, pour faire voir combien cet usage est pernicieux à notre poésie, de citer quelques endroits de nos meilleurs poëtes, où ils ne l'ont que trop scrupuleusement suivi :

Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers; Qu'ils tremblent à leur tour pour leurs propres foyers *.

Ma colère revient, et je me reconnois, Immolons en partant trois ingrats à la fois^.

Je ne fais que recueillir les voix^

Et dirois vos défauts si je vous en savais^.

Il est sûr qu'une orthographe conforme à la prononciation eût obvié à ces défauts, et que deux poëtes si exacts et si heureux dans leurs rimes ne se sont contentés de celles-ci que parce qu'elles satisfaisaient les yeux : ce qui le prouve, c'est qu'on ne s'est jamais avisé de faire rimer Beauvais, qu'on prononce comme savais, avec

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