‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 38 sur 113 · Cléopâtie. (n · texte numérisé non relu

Cléopâtie. (n

■2. Adiitiom au* Hémoirei tU Miehei de Catulnau, liv. m, cbap. xiu.

et finit par le même hémistiche. M. Jurieu assure que lorsque Louis, prince de Condé, était en prison à Orléans, le roi de Navarre, son frère, allait solliciter îe cardinal de Lorraine, et que celui-ci recevait, assis et couvert, le roi de Navarrre, qui lui parlait debout et nu-tôte : je ne sais où M. Jurieu a pu déterrer ce fait i. (1723.)

14. Louis de Condé, frère d'Antoine, roi de Navarre, le septième et dernier des enfants de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, fut un de ces hommes extraordinaires nés pour le malheur et pour la gloire de leur patrie. 11 fut longtemps le chef des réformés, et mourut, comme l'on sait, à Jarnac. Il avait un bras en écharpe le jour de la bataille. Comme il marchait aux ennemis, le cheval du comte do La Rochefoucauld, son beau-frère, lui donna un coup de pied qui lui cassa la jambe. Ce prince, sans daigner se plaindre, s'adressa aux gentilshommes qui l'accompagnaient : « Apprenez, leur dit-il, que les chevaux fougueux nuisent plus qu'ils ne servent dans une armée. » Un instant après il leur dit, avec un bras en écharpe et une jambe cassée : « Le prince de Condé ne craint point de donner la bataille, puisque vous le suivez ; » et chargea dans le moment.

Brantôme dit qu'après que le prince se fut rendu prisonnier à Dargence, dans cette bataille, arriva un très-honnête et très- Vrave gentilhomme, nommé Montesquiou, qui, ayant demandé qui c'était, comme on lui dit que c'était M. le princede Condé, « Tuez, tuez, mordieu ! » dit-il, et il lui tira un coup de pistolet dans latête^. (1723.) Montesquiou était capitaine des gardesdu

1. C'est Brantôme, apparemment, qui le lui a fourni. « Je le vis deux lois, dit-il, venir trouver M. le cardinal de Lorraine, en son jardin une fois, et l'autre en sa chambre, pour le prier d'intercéder pour son frère ; mais il parloit à luy plus souvent descouvert que couvert, et l'autre se mettoit très-bien à son ayse. » (Vies des hommes illustres et grands capitaines français, discours lxxx, art. i.) — R.

2. 4 Sur cette entrefaite arriva le baron de Montesquiou, brave et vaillant gentilhomme... qui, ayant demandé qui c'estoit, on luy dit que c'estoit monsieur le prince. « Tuez, tuez, mort-Dieu! » (dit-il); et s'approchant de luy, deschargea son pistolet dans sa teste, et mourut Aus.sitosi. » Vie& des hommes illustres et arands capitaines françois, dis- •ours LXXX, art. i. — R.

duc d'Anjou, depuis Henri HI. Le comte de Soissons, fils cadet du prince de Condé, cherclia partout Montesquiou et ses parents pour le> sacrifier à sa vengeance.

Henri IV était à la journée de Jarnac, quoiqu'il n'eût pas quatorze ans, et remarqua les fautes qui firent perdre la bataille. (1730.)

Le prince de Condé était bossu et petit, et cependant plein d'agréments, spirituel, galant, aimé des femmes. On fit sur lui ce vaudeville :

Ce petit homme tant joli, Qui toujours cause et toujours rit, Et toujours baise sa mignonne ; Dieu gard' de mal ce petit homme.

La maréchale de Saint-André se ruina pour lui, et lui donna, entre autres présents, la terre de Vallery, qui depuis est devenue la sépulture des princes de la maison de Condé.

Jamais général ne fut plus aimé de ses soldats : on en vit à Pont-à-Mousson un exemple étonnant. Il manquait d'argent pour ses troupes, et surtout pour les reîtres, qui étaient venus à son secours, et qui menaçaient de l'abandonner : il osa proposer à son armée, qu'il ne paj-ait point, de payer elle-même l'armée auxiliaire; et, ce qui ne pouvait jamais arriver que dans une guerre de religion et sous un général tel que lui, toute son armée se cotisa, jusqu'au moindre goujat.

Il fut condamné, sous François II, à Orléans, à perdre la tête, mais on ignore si l'arrêt fut signé. La France fut étonnée de voir un pair, prince du sang, qui ne pouvait être jugé que par la cour des pairs, les chambres assemblées, obligé de répondre devant des commissaires; mais ce qui parut le plus étrange fut que ces commis=^aires mêmes fussent tirés du corps du parlement. C'étaient Christophe de Thon, depuis premier président, et père de l'historien ; Barthélemi Faye, Jacques Viole, conseillers; Bourdin, procureur général, et du Tillet, greffier, qui tous, en acceptant cette commission, dérogeaient à leurs privilèges, et s'ôtaient par là la liberté de réclamer leurs droits, si jamais on leur eût voulu donner à eux-mêmes, dans l'occasion, d'autres juges que leurs juges naturels. (17'2?.) On prétend

que madame Renée de France, fille de Louis XII et duchesse de Ferrare, qui arriva en France dans ce même temps, ne contribua pas peu à empêcher l'exécution de l'arrêt. (1741.)

Il ne faut pas omettre un artifice de cour dont on se servit pour perdre ce prince, qui se nommait Louis. Ses ennemis Srent frapper une médaille qui le représentait i : il y avait pour légende, louis xiii roi de frange. On fit tomber cette médaille entre les mains du connétable de Montmorency, qui la montra tout en colère au roi, persuadé que le prince de Condé l'avait fait frapper (1723). Il est parlé de cette médaille dans Brantôme 2 et dans Vigneul de Marville ^ (1741).

15. Gaspard de Coligni, amiral de France, fils de Gaspard de Coligni , maréchal de France, et de Louise de Montmorency, sœur du connétable; né à Chcâtillon le 16 février 1516 (1730), après la mort du prince de Condé, fut déclaré chef du parti des réformés en France. Catherine de Médicis et Charles IX surent l'attirer à la cour pour le mariage de Henri IV et de Marguerite de Valois, sœur de Charles IX et de Henri III. Il fut massacré le jour de la Saint-Barthélemi : c'était principalement à ce grand homme qu'on en voulait (1741).

Quelques personnes ont reproché à l'auteur de la Henriade d'avoir fait son héros, dans ce second chant, d'un huguenot révolté contre son roi, et accusé par la voix publique de l'assassinat de François de Guise. Cette critique louable est fondée sur l'obéissance au souverain, qui doit faire le principal caractère d'un héros français : mais il faut considérer que c'est ici Henri IV qui parle. Il avait fait ses premières campagues

1. Ce n'était point une médaille, mais un écu d'or à l'effigie de ce prince. Le Blanc (Traité historique des monnayes de France; Paris, 1690, in-4, p. 335) rapporte qu'étant à Londres, il vit entre les mains d'un orfèvre une de ces pièces ayant d'un côté l'écu de Franc» et de l'autre la tète de Louis de Bourbon, avec cette légende: cuiaovicus xiu,

ÇBI GRATIA, FRANCOKUM KKX PRIMUS CHRISTIANUS. — R.

2. Vies des hommes illustres et grands capitaines français, discours Lxxx, art. I. ~ R.

3. Mélanges d'histoire et de littérature, par M. de Vigneul-Marville (Noël-Bonaveature d'Argonae), 4e édit. Paris, 1775, in-12, t. II, pu 311.

sous l'amiral, qui lui avait tenu lieu de père; il avait été accoutumé à le respecter, et ne devait ni ne pouvait le soupçonner d'aucune action indigne d'un grand homme, surtout après la justification publique de Coligni qui ne pouvait point paraître douteuse au roi de Navarre.

A l'égard de la révolte, ce n'était pas à ce prince à regarder comme un crime dans l'amiral son union avec la maison de Bourbon contre des Lorrains et une Italienne. Quant à la religion , ils étaient tous deux protestants ; et les huguenots, dont Henri IV était le chef, regardaient l'amiral comme un martyr (1723).

16. On a prétendu que le projet du massacre des huguenots était formé depuis huit années; que le duc d'Albe en avaii donné le conseil à Catherine de Médicis dans les conférences qu'il eut avec elle à Bordeaux.

D'autres croient que le projet ne fut formé que dans le temps de la dernière paix avec les huguenots. M. de Voltaire était de cette opinion ; autrement il n'aurait pas dit:

Dans l'ombre du secret, depuis peu Médicis A la fourbe, au parjure, avait formé son fils.

Quelques écrivains ont même avancé que Charles IX ne savait rien encore du projet lorsque l'amiral fut blessé; qu'il était de bonne foi lorsqu'il jura de punir les assassins de l'amiral ; qu'alors la reine lui avoua qu'elle était un des complices, le fit consentir en un instant à commettre le même crime dont il venait de jurer qu'il tirerait vengeance, et 3 faire égorger cent mille de ses sujets, à qui il venait de pardonner.

D'autres enfin ont cru que le projet de la reine était de faire tuer l'amiral par les assassins aux gages du duc de Guise, de faire ensuite attaquer par les gardes le duc et ses satellites; qu'alors Charles IX, délivré à la fois des deux chefs de parti qu'il pouvait craindre, aurait, aux yeux de toute l'Europe, l'honneur d'avoir puni le crime du duc de Guise. L'habileté du Balafré fit manquer ce projet.

Nous ne discuterons pas ici toutes ces opinions, dont les troii

premières sont appuyées sur des probabilités assez fortes. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on mit dans l'exécution du projet autant d'irrésolution que d'atrocité; que les chefs n'étaient d'accord entre eux sur rien; que le duc de Guise voulait envelopper dans le massacre toutes les grandes familles fidèles au roi; qu'il multiplia les victimes; que lorsque Charles IX vint au parlement accuser avec tant de lâcheté l'amiral d'une prétendue conspiration, il était prêt, et peut-être avait déjà envoyé des contre-ordres dans les provinces ; que les ordres n'émanaient point tous de lui; qu'enfin le fanatisme populaire , la barbarie de Charles IX, du duc d'Anjou, et de sa mère, ne furent en cette occasion que les instruments de projets dont eux-mêmes devaient être les victimes. — K.

17. Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, fut mariée à Henri IV en 1572, peu de jours avant les massacres. (1730.)

18. Le pape refusait à Marguerite de Valois la permission d'épouser Henri IV. « Si mons du pape fait trop la bête, dit Charles IX avec ses jurements ordinaires, je prendrai moimême Margot par la main, et la mènerai épouser en plein prêche!. » Enfin le pape se rendit, et Marguerite fut mariée à la porte de Notre-Dame de Paris par le cardinal de Bourbon , oncle de Henri IV. Charles IX parlait- il de bonne foi? ou la colère apparente contre le pape était-elle le fruit de la dissimulation? Ce pape, qui depuis approuva la Saint-Barthélemi, était-il instruit du complot lorsqu'il accorda la dispense? — K.

19. Jeanne d'Albret, attirée à Paris avec les autres huguenots, mourut après cinq jours d'une fièvre maligne : le temps de sa mort, les massacres qui la suivirent, la crainte que son courage aurait pu donner à la cour; enfin sa maladie, qui commença après avoir acheté des gants et des collets parfumés chez un parfumeur nommé René, venu de Florence avec la reine, et qui passait pour un empoisonneur public : tout cela fit croire qu'elle était morte de poison. On dit même que ce René

i Journal et Henri lll, par Pierre de l'Estoile. (Année 1572.) — E.

se vanta de son crime , et osa dire qu'il en préparait autant à deux grands seigneurs qui ne s'en doutaient pas. Mézerai, dans sa grande Histoire^, semble favoriser cette opinion, en disant que les ckirurgiens qui ouvrirent le corps de la reine ne touchèrent point à la tète, où l'on soupçonnait que le poison avait laissé des traces trop visibles. On n'a point voulu mettre ces soupçons dans la bouche de Henri IV, parce qu'il est juste dse défier de ces idées qui n'attribuent jamais la mort des grands à des causes naturelles. Le peuple, sans rien approfondir, regarde toujours comme coupables de la mort d'un prince ceux à qui cette mort est utile. On poussa la licence de ces soupçons jusqu'à accuser Catherine de Médicis de la mort de ses propres enfants ; cependant il n'y a jamais eu de preuves ni que ces princes ni que Jeanne d'Albret, dont il est ici question, soient morts empoisonnés.

Il n'est pas vrai, comme le prétend Mézerai, qu'on n'ouvrit point le cerveau de la reine de Navarre; elle avait recommandé expressément qu'on visitât avec exactitude cette partie après sa mort. Elle avait été tourmentée toute sa vie de grandes douleurs de tête, accompagnées de démangeaisons, et avait ordonné qu'on cherchât soigneusement la cause de ce mal, afin qu'on pût le guérir dans ses enfants s'ils en étaient atteints. La Chronologie novenaire rapporte formellement que Ca'illard son médecin , et Desnceuds son chirurgien , disséquèrent son carveau, qu'ils trouvèrent très -sain; qu'ils aperçurent seulement de petites bulles d'eau logées entre le crâne et la pellicule qui enveloppe le cerveau, et qu'ils jugèrent être la cause des maux de tète dont la reine s'était plainte : ils attestèrent d'ailleurs qu'elle était morte dun abcès formé dans la poitrine. II est à remarquer que ceux qui l'ouvrirent étaient huguenots, et qu'apparemment ils auraient parlé de poison s'ils y avaient trouvé quelque vraisemblance. On peut me répondre qu'ils furent gagnés par la conr : mais Desnœuds, chirurgien de Jeanne d'Albret, huguenot passionné, écrivit depuis des libelles contre la cour; ce qu'il n'eût pas fait s'il se fût vendu à elle et, dans ses libelles, il ne dit point que Jeanne d'Albret ait été

1. Uisteire de France; Paris, 1046, iû folio, t. II, p. 1033. - A.

empoisonnée. De plus il n'est pas croyable qu'une femme aussi habile que Catherine de Médicis eût chargé d'une pareille commission un misérable parfumeur, qui avait, dit-on, l'insolence de s'en vanter.

Jeanne d'Albret était née, en 15o0, de Henri d'Albret, roi de Navarre, et de Marguerite de Valois, sœur de François P'. A Vâge de douze ans, Jeanne fut mariée à Guillaume, diic de Clèves; elle n'habita pas avec son mari. Le mariage fut déclaré nul deux ans après par le pape Paul III, et elle épousa Antoine de Bourbon. Ce second mariage, contracté du vivant du premier mari, donna lieu depuis aux prédicateurs de la Ligue de dire publiquement, dans leurs sermons contre Henri IV, qu'il était bâtard; mais ce qu'il y eut de plus étrange fut que les Guises, et entre autres ce François de Guise qu'on dit avoir été si bon chrétien , abusèrent de la faiblesse d'Antoine de Bourbon au point de lui persuader de répudier sa femme, dont il avait des enfants, pour épouser leur nièce, et se donner entièrement à eux. Peu s'en fallut que le roi de Navarre ne donnât dans ce piège. Jeanne d'Albret mourut à quarante-deux ans, le 9 juin 1572.

M. Bayle, dans ses Réponses aux questions d'un provincial'^, dit qu'on avait vu de son temps, en Hollande, le fils d'un ministre, nommé Goyon, qui passait pour petit-fils de cette reine. On prétendait qu'après la mort d'Antoine de Navarre, elle s'était mariée à un gentilhomme nommé Goyon^, dont elle avait eu ce ministre. (1723.)

20. Ce fut la nuit du 23 au 24 août, fête de saint Barthélemi, en 1572, que s'exécuta cette sanglante tragédie.

L'amiral était logé dans la rue Bétizy, dans une maison qui est à présent une auberge, appelée l'hôtel Saint-Pierre, où l'on voit encore sa chambre. (1730.)

21. Le comte de Téligni avait épousé, il y avait dix mois, la fille de l'amiral. Il avait un visage si agréable et si doux, que les premiers qui étaient venus pour le tuer s'étaient laissé

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