‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 39 sur 113 · Seconde partie, chap. xciv. — R · texte numérisé non relu

Seconde partie, chap. xciv. — R

%. Il fut, suivant le récit de Bayle, tué à la Saint-Barthélemi. — R.

attendrir à sa vue ; mais d'autres plus barbares le massacrèrent. (1730.)

'22. Besme était un Allemand , domestique de la maison de Guise. Ce misérable étant depuis pris par les protestants, les Rocbellois voulurent l'acheter pour le faire écarteler dans leur place publique. Ils proposèrent ensuite de l'échanger contre le brave Montbrun, chef des protestants de Dauphiné, à qui le parlement de Grenoble faisait alors le procès. Montbrun fut exécuté, et Besme tué par un nommé Bretanville. (1730.)

23. Il est impossible de savoir s'il est vrai que Catherine do Médicis ait envoyé la tète de l'amiral à Rome, comme l'assurent les protestants (1723); mais il est sûr qu'on porta sa tète à la reine , avec un coffre plein de papiers , parmi lesquels était l'histoire du temps écrite de la main de Coligni. (1730.) On y trouva aussi plusieurs mémoires sur les affaires publiques. Un de ces mémoires avait pour objet d'engager Charles IX à faire la guerre aux Anglais. Charles IX fit lire ce mémoire à l'ambassadeur d'Angleterre, qui se plaignait à lui de la trahison faite aux protestants, et qui n'en méprisa que plus la politique de la cour de France. Un autre mémoire montrait les dangers auxquels il exposerait la tranquillité de l'État s'il donnait un apanage à son frère le duc d'Alençon : on le montra à ce jeune prince, qui regrettait l'amiral. « Je ne sais pas, répondit-il après l'avoir lu, si ce mémoire est d'un de mes amis, mais il est sûrement d'un sujet fidèle. » — K.

La populace traîna le corps de l'amirai par les rues , et le pendit par les pieds avec une chaîne de fer au gibet de Montfaucon. (1723.) Le roi eut la cruauté d'aller lui-même avec sa cour à Montfaucon jouir de cet horrible spectacle. Quelqu'un lui ayant dit que le corps de l'amiral sentait mauvais, il répondit, comme Vitellius : « Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon. » (1723 et 1730.)

11 alla au parlement accuser l'amiral d'une conspiration , et le parlement rendit un arrêt contre le mort, par lequel il ordoana que son corps, après avoir été traîné sur une claie, serait pendu en Grève, ses enfants déclarés roturiers et inca

pables de posséder aucune charge, sa maison de Châtillan-sur- Loing rasée , les arbres coupés , etc. ; et que tous les ans on ferait une procession le jour de la Saint-Barthélemi, pour remercier Dieu de la découverte de la conspiration, à laquelle i'amiral n'avait pas songé. Malgré cet arrêt, la fille de l'amira!, veuve de Téligni, épousa peu de temps après le prince d'Orange (1723 et K.)

Le parlement avait mis quelques années auparavant sa tête à cinquante mille écus; il est assez singulier que ce soit précisément le même prix qu'il mit depuis à celle du cardinal Mazarin. Le génie des Français est de tourner en plaisanterie les événements les plus affreux : on débita un petit écrit intitulé : Passio Domini nostri Gaspardi Coligni, secundum Bartliolomœum. (1723.)

Mézerai rapporte^, dans sa grande Histoire, un ftiit dont il est très-permis de douter. Il dit que, quelques années auparavant, le gardien du couvent des cordeliers de Saintes, nommé Michel Grellet, condamné par l'amiral à être pendu, lui prédit qu'il mourrait assassiné, qu'il serait jeté parles fenêtres, et ensuite pendu lui-même.

De nos jours, un financier ayant acheté une terre qui avait appartenu aux Coligni, y trouva dans le parc, à quelques pieds sous terre, un coffre de fer rempli de papiers qu'il fit jeter au feu comme ne produisant aucun revenu. (17'23.)

24. C'était Henri duc de Guise, surnommé le Balafré, fameux depuis par les barricades, et qui fut tué à Blois. Il était fils du duc François, assassiné par Poltrot. (1730.)

25. Frédéric de Gonzague, de la maison de Mantoue, duc de Nevers, l'un des auteirs de la Saint-Barthélemi. (1730.)

26. Albert de Gondi, maréchal de Retz, favori de Catherine de Médicis. (1730.) C'était lui qui avait appris à Charles IX à jurer et à renier Dieu, comme on disait dans ce temps-là. — K.

I. Ilisioire de f'rance; Paris, 1646, in-folio, p. 1004. — &.

Î7. Gaspard de Tavanne, élevé page de François V^. Il courait dans les rues la nuit de la Saint-Barthélemi , criant: « Saignez, saignez ; la saignée est aussi bonne au mois d'août qu'au mois de mai i. » Son fils, qui a écrit des Mémoires, rapporte que son père, étant au lit de la mort, fit une confession générale de sa vie, et que le confesseur lui ayant dit d'un air étonné : « Quoi ! vous ne parlez point de la Saint-Barthélemi?

— Je la regarde, répondit le maréchal, comme une action méritoire qui doit efi'acer mes autres péchés 2. » (1730.)

28. Antoine de Clermont-Resnel, se sauvant en chemise, fut massacré par le fils du baron des Adrets, et par son propre cousin Bussy d'Amboise.

I^ marquis de Pardaillan fut tué à côté de lui. (1730.)

29. Guerchy se défendit longtemps dans la rue et tua quelques meurtriers, avant d'être accablé par le nombre ; mais le marquis de Lavardin n'eut pas le temps de tirer l'épée. (1730.)

30. Sdûrsillac, comte de La Rochefoucauld, était favori de Charles IX, et avait passé une partie de la nuit avec le roi. Ce prince avait eu quelque envie de le sauver, et lui avait même dit de coucher dans le Louvre, mais enfin il le laissa aller en disant: « Je vois bien que Dieu veut qu'il périsse. »

Soubise portait ce nom, parce qu'il avait épousé l'héritière de la maison de Soubise. Il s'appelait Dupont-Quellenec. Il se défendit très-longtemps, et tomba percé de coups sous les

1. Voyez Brantôme, Vies des hommes illustres et grands capitaines français, discours lxxxii, art. v. R.

2. Oa ne trouve rien de semblable dans les Mémoires de très-noble et Irès-illuslre Gaspard de Saux, seigneur de Tavanne, rédigés par l'un de ses fils. On y lit seulement ce qui suit : « Il se confessa .-^ans faire mention d'avoir adhéré au conseil de la Sainct-Barthélemy, contre des rebelles qui s'estoient précipitez à leur malheur malgré que leurs majestez en eussent. » [(.oUection complète des Mémciies rebttifs à l'histoire de France; Paris, Foucault, 1822, in-8, t. XXV, p. 42S.) Ui autre fils du maréchal, Guillaume de Tavanne, qui a écrit ses oroores ilemoins, cherche à disculper son père de toute pai (ici, iai-\»tv »ix conseils qui amenèrent ces massacres. (Même collection, t. IX kV, p 302.)

fenêtres de la reine. Comme sa femme lui avait intenté un procès pour cause d'impuissance, les dames de la cour allèrent voir son corps nu et tout sanglant par une curiosité barbare digne de cette cour abominable. (1730.)

31. Voici ce que Brantôme ^ ne fait pas difficulté d'avouer lui-même dans ses Mémoires : « Quand il fut jour, le roi mit la tête à la fenêtre de sa chambre, et voyant aucuns dans le faubourg Saint-Germain qui se remuoient et se sauvoient, il prit une grande arquebuse de chasse qu'il avoit, et en tiroit tout plein de coups à eux, mais en vain, car l'arquebuse ne tiroit si loin : incessamment crioit : Tuez, tuez. » — K.

Plusieurs personnes ont entendu conter à M. le maréchal de Tessé que, dans son enfance, il avait vu un gentilhomme âgé de plus de cent ans, qui avait été fort jeune dans les gardes de Charles IX. Il interrogea ce vieillard sur la Saint-Barthélemi, et lui demanda s'il était vrai que le roi eût tiré sur les huguenots. « C'était moi, monsieur, répondit le vieillard, qui chargeais son arquebuse. »

Henri IV dit publiquement plus d'une fois qu'après la Saint- Barthélemi une nuée de corbeaux était venue se percher sur le Louvre, et que, pendant sept nuits, le roi, lui et toute la cour, entendirent des gémissements et des cris épouvantables à la même heure. Il racontait un prodige encore plus étrange; il disait que, quelques jours avant les massacres, jouant aux dés avec le duc d'Alençon et le duc de Guise, il vit des gouttes de sang sur la table; que par deux fois il les fit essuyer, que deux fois elles reparurent, et qu'il quitta le jeu saisi d'effroi. (17'23.)

32. On trouve dans les 31émoires de Villeroi 2 un Discours de Henri III à un de ses confidents sur la Saint-Barthélemi, où ce prince disculpe Charles IX, et accuse sa mère et lui-môme

1. Vies des hommes illustres et grands capitaines français, discour

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