‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 55 sur 113 · Il s'appelait Bussi-ie -Clerc · texte numérisé non relu

Il s'appelait Bussi-ie -Clerc

et dans les reraaraues, à la Aq du poème, on lisait cette phrase : « On ne connaît rien d'Amelot, s non qu'il était conseiller cette année, et de la maison de robe qui porte son nom. n

Vers 4. Ce vers, dans les éditions de 1723 et 1724, est précédé de huit autres, qui, depuis, avec de légers changements, ont été transportés au chant sixième. Voyez, dans les Variantes et Imitations de ce dernier chant, celles qui se rapportent au

Vers 60. La Fontaine a dit, livre VIII, fable 5 :

Par des vœux importuns nous fatiguons les dieux. Vers 71. Les éditions de 1723, 1724 et de Kehl portent :

Viens, des cieux enflammés, etc.

Palissot a mis :

Viens, des cieux ébranlés, etc.

On lit dans les éditions stéréotypes t

Viens, des cieux irrités, etc.

L'image que présente ce vers est empruntée du psaume cxlih, vers 5: Domine, inclina cœlos tuos et descende. J.-B. Rousseau l'avait ainsi rendue :

Abaisse la hauteur des cieux, Et viens sur leur voûte enflammôa.

D'une main de foudres armée, Frapi»er ces monts audacieux.

Vers 80. Après ce vers, od lit dans l'édition de 1723, el dans plusieurs autres, les dix vers suivants :

Les enfers sont émus de ces accents funèbres ;

Un monstre en ce moment sort du fond des ténèbre»»

Monstre qui de l'abîme et de ses noirs démons

Réunit dans son sein la rage et les poisons;

Cet enfant de la nuit, fécond en artifices,

Sait ternir les vertus, sait embellir les vices,

Sait donner, par l'éclat de ses pinceaux trompeurs.

Aux forfaits les plus grands les plus nobles couleurs.

C'est lui qui, sous la cendre et couvert du cilice,

Saintement aux mortels enseigne l'injustice.

* Toujours il revôtajt, etc.

Vers 107. Il y avait dans la première édition de Londres:

Dans Londre il inspira ce peuple de sectaires, Tiembleurs, indépendants, puritains, unitaires.

Vers 179. J.-B. Rousseau a dit {Allégories, 1, 128) :

Sa vanité marche les yeux baissés.

Vers 197. 11 y avait dans le poème de la Ligue :

Voilà comme à nos yeux, trop faibles que nous somme»,

* Souvent les scélérats ressemblent aux grands homme». On ne dislingue point le vrai zèle et le faux;

Comme la vérité, l'erreur a ses héros.

Le fanatique impie et le chrétien sincère Sont marqués quelquefois du même caractère.

* Mayenne, dont les yeux, etc.

Vers 225. L'édition de 1723 met ainsi ce vers et les suivants:

Là sont les instruments de ces sombres mystères; Des métaux constellés, d'inconnus caractères, Des vases pleins de sang et des serpents affreux.

* Le prêtre de ce temple est un de ces Hébreux

* Qui, proscrits sur la terre et citoyens du monde, Vont porter eu tous lieux leur misère profonde,

* Et d'un ant que amas de superstitions •Ont rempli dès longtemps toutes les nation».

* Aux magiques accents, etc.

Vers 235. Racine a dit, dans Athalie, acte II, scène itî

Et tout ce vain amas de superstitions Qui ferme votre temple aux autres nations.

Vers 249. On a remarqué que Saûl ne consulta pas lapythonisse dans Gelboa, ou plutôt Gelboé (comme dit l'Écriture), qui était une montagne sur laquelle l'armée de Saiil fut défaite, et où il perdit la vie; Saûl consulta la pythonisse dans la ville d'Endor, distante d'environ une journée de Gelboé.

Vers 264. On lit dans Corneille, Horace, acte III, scène i,

Pareille à cent éclairs qui, dans le fort des ombres, Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres.

Vers 335. Dans Phèdre, acte V, scène vi :

Imitaient son silence, autour de lui rangés.

Vers 341. Édition de 1723 :

D'autres, voyant périr leur fortune passée Couvraient d'un zèle faux leur crainte intéressée.

Vers 347. Au lieu de ce vers et des deux qui le suivent, on lit dans l'édition de 1723:

Tous les ressentiments sont alors efiFacés ;

On ne se souvient plus de ses chagrins passés.

Que dis-je 1 ce héros se cachait à lui-même.

Vers 378. Dans toutes les premières éditions, et même dans celle de 1751, le chant était terminé par les vers suivants :

Insensés qu'ils étaient 1 ils ne découvraient pas

Les abimes profonds qu'ils creusaient sous leurs pas;

lis devaient bien plutôt, prévoyant leurs misères,

Changer ce vain triomphe en des larmes amères.

Ce vainqueur, ce héros qu'ils osaient défier,

Henri, du haut du trône allait les foudroyer.

Le sceptre, dans sa main rendu plus redoutable,

Annonce à ces mutins leur perte inévitable.

Devant lui tous les chefs ont fléchi les genoux.

Pour leur roi légitime ils l'ont reconnu tous;

Et. certains désormais du destin de la guerre,

Ihi jurent de le suivre aux deux bouts de la terre.

ISw

Vers 1. Il a déjà été dit, page 139, note 1, que les premiers vers de ce chant faisaient, en 1723, partie du neuvième, qui était alors le dernier.

Vers 12. Édition de 1723 (chant IX) :

Ose de ces états demander l'assemblée.

Partout on entendait cette f^ale toix.

Que le peuple eu tout temps est souverain des roi».

Ces maximes alors, en malheurs si fécondes.

Jetaient dans les esprits des racines profondes.

On \oit de tous côtés s'assembler à grand bruit

Ces ligueurs obstinés qu'un fol orgueil conduit.

* Le Luxe, toujours né des misères publiques. Prépare avec éclat ces états chimériques.

Là ne parurent point les princes, les seigneurs, De nos antiques pairs augustes successeurs, *Qui, près des rois assis, nés juges de la France, Du pouvoir qu'ils n'ont plus conservent l'apparence.

* Là, de nos parlements les sages députés •Ne défendirent point nos faibles libertés. Les lis n'ornèrent point ce tribunal impie ; Sous un dais étranger l'Ambition hardie

Au milieu des Lorrains renversait à ses pieds

Des indignes Français les fronts humiliés.

Dans ces lieux étonnés Rome et Madrid commandent.

Cent conseils opposés de tous côtés s'entendent;

Le bandeau de l'Erreur aveugle tous les yeux,

L'un, de la cour de Rome esclave ambitieux

Aux états assemblés insolemment déclare

■ Qu'il est temps que les lis rampent sous la tiare;

"Qu'on érige à Paris ce sanglant tribunal,

•Monument odieux du pouvoir monacal.

Que l'Espagne a reçu, que l'univers abhorre,

* Qui venge les autels, «t qui les aéshonore.

Il manque ici deux vers.

"Celui-ci, corrompu par l'or de ribéri-^,

" A l'Espagnol qu'il hait veut vendre sa patrie,

L'autre, plus emporté, mais moins lâche en son choix,

* Plaçait déjà Mayenne au trône de nos rois.

Soudain Daabray se lève, et demande audience. Chacun, à son aspect, garde un morne silence; Parmi ce peuple lâche et du crime infecté, Daubray fut toujours juste et pourtant respecté ; Souvent on l'avait vu, par sa mâle éloquence, '

• De leurs emportements réprimer la licence. Une noble colère éclate dans ses yeux.

€ Lorsque j'ai vu, dit-il, assemblés en ces lieax Les soutiens de l'Église et nos chefs les plus braves, J'ai cru voir des Français et non poiat des esclares. Quoi! sous un joug honteux prompts à nous avilir, Ne disputez-vous donc que l'honneur de servir? Ah ! si de sept cents ans les droits héréditaires N'ont pu placer Bourbon dans le rang de ses pères; Si, tant de fois vaincus et toujours moins soumis, Nous comptons les Capets parmi nos ennemis ; Si le joug de Henri nous semble un joug trop rude, Pourquoi faut-il si loin chercher la servitude, Et rejeter nos rois pour aller à genoux Attendre qu'un tyran daigne régner sur nous?

« Pour vous, qui destinez Mayenne au rang suprême. Je conçois votre erreur, et l'excuse moi-même ; Mayenne a des vertus qu'on ne peut tftp chérir,

• Et je le <±oisirais, si je pouvais choisir. Mais nous avons des lois ; et ce héros insigne.

S'il veut monter au trÔHe, en est dès lors indigne, i /

• Comme il disait ces mots, Mayenne entre soudain Avec l'éclat pompenx qui suit un souverain. Daubray le Yoit entrer, etc.

Dès l'édition de 1728, Voltaire substitua le nom de Potier à celui de Daubraj', et transporta dans le sixième chant la, tenue des états, qui fesait précédemment partie du neuvième.

Vers 13. On lit dans Cinna, acte V, scène 1 1 Sans vouloir l'acquérir par un assassinat.

Vers 42. Imitation du psaume ii, vers 10 : « Et nunc, reges, întelligite ; erudimini qui judicatis terram. »

Vers 54. Hémistiche emprunté à Molière t

▼eu nous assassiner arvec un fçr sacré :

Le Tartuffe, acte I, scène ffc

Vers 65. Crébillon a dit, dans Rhadamisteet Xénobie, acte I, scène i :

Mais le cruel, bien loin d'appuyer sa grandeur, Le dévora bientôt dans le fond de son cœur.

Vers 94. Édition de 1723 (chant IX) :

Vous parler en ces lieux pour la France et pour nou* 11 ne nous convient pas de nous choisir un maître.

Versll2. Édition de 1723:

A l'oint de votre Dieu dérobe votre hommage? Le sang de saint Louis, parjure à ses serments.

Vers 115. Édition de 1723 :

U vient les protéger, les chérir, et s'instruire,

11 vient venger les lois, dont vous bravez l'empir».

Vers 142. Édition de 1723 :

C'en est fait, il approche, et nous sommes perdus.

D'armes et de tambours un bruit plein de terreufc Vers 152. Édition de 1723 (chant IX) :

* Qui lasse du repos, et de sang affamée,

Venait, d'un sang rebelle inundant nos sillon»,

Aux champs parisiens planter ses pavillons;

Ces lions déchaînés, avides de carnage,

N'attendent que l'assaut, la prise, le pillage :

Le fer vengeur est prêt, les feux sont allumés;

Bientôt ces murs fameux, détruits et consumés,

Cachant sous leurs débris le crime et l'innocence,

Vont être un grand exemple au reste de la France.

Mais, d'un peuple barbare ennemi généreiu,

Henri retient ses traits déjà tournés sur eux.

11 voulait les sauver de leur propre furie :

Haï de ses sujets, il aimait sa patrie.

Armé pour les punir, prompt à les épargner,

Eux seuls voulaient se perdre; il voulait les gagner.

Heureux si sa bonté, etc.

La suite de ce passage a été conservée dans le chant X, vert

193 et suivants.

Vers 166. Ce vers est encore emprunté à l'abbé Cassaigne et se trouve dans le poème, déjà cité page 238, Henry-le-Grand au Boy, 1661, in-folio.

Vers 198. Dans l'édition de 1723, on lisait au chant VU» (aujourd'hui le VHP) :

Pour vous exterminer, vos enfants odieux Ont dérobé le foudre allumé dans les deux.

Vers 203. On lisait dans l'édition de 1748 et dans les précédentes :

Le salpêtre enfoncé dans ces globes d'airain Part, s'échauffe, s'embrase, et s" écarte soudain ; La mort en mille éclats en sort avec furie.

Vers 223. Quelques éditions, de 1737 à 1752, portent:

Il ne voit dans îa guerre

Qu'un châtiment affreux des crimes de la terre.

Vers 251. Imité de Racine {la Thébaïde, acte V, scène m):

D'un geste menaçant, d'un œil brûlant de rage, Dans le sein l'un de l'autre ils cherchent un passage.

Vers 267. Ce vers et les sept suivants appartenaient primitivement au chant cinqvième, dont ils formaient le commencement. Les voici, tels qu'ils se trouvent dans l'édition tti 1723:

De la noblesse anglaise ime nombreuse élite, Par le vaillant Essex en nos climats conduite, Prête à nous secourir pour la première fois, S'étonnait en marchant de servir sous nos rois. Ils suivaient nos drapeaux dans les champs de Neustrie ; C'est là qu'ils soutenaient l'honneur de la patrie. Orgueilleux de combattre et de vaincre en des lieuz • Où la Seine autrefois vit régner leurs aïeux.

Vers 280. Ce passage est imité de Xénophon, Histoire grec'-iue, livre IV : il est cité par Longin dans son Traité du sublime, chapitre xvi. Voici la traduction qu'en a donnée Boileau : « Ayant approché leurs boucliers les uns des autres, ils reculaient, ils combattaient, ils tuaient, ils mouraien* ensemble. »

Vers 318. Imité de Virgile, jEneid., lib. IX, venZl t Ferte citi ferrum, date tela, et scandite muros.

Vers 330. Racine a dit {la Thcbaïde, acte IV, scène m) :

Est-ce donc sur des morts que vous voulez téguert Vers 336. Édition de 1728 : ^' '

' ri."

* « O fatal habitant de l'invisible monde, ïîépond-il, quel tîessein te transporte en ces lieui? Sors-tu du noir abîme, ou descends-tu des cieux? Que viens-tu m'annoncer? que dois-je faire encore? Faut-il que je t'encense, ou bien que je t'abhorre? Es-tu mon mauvais ange, es-tu mon défenseur? •

• Alors il entendit, etc.

Vers 354. Imité de Virgile, ^neid., II, 792-794 :

Ter conatus ibi collo dare brachia circum ; Ter frustra comprensa manus eflugit iniago, Par levibus ventis, volucrique simillima somno.

Vers 355. Au lieu de ce vers et des dix-huit qui le suivent, il y avait en 1728 :

Cependant la nuit vient ; le héros dans la plaine Suit Louis, qui s'envole aux chênes de Vincenne, Vmoenue, lieux sacrés, où, Louis autrefois, etc.

Vers 1. Tout le commencement de ce chant est entièrement différent dans la première édition (où il était le sixième).

Les voiles de la nuit s'étendaient dans les airs; Un silence profond régnait dans l'univers. Henri, près d'affronter de nouvelles alarmes, Eudormi dans son camp, reposait sur ses arme». Un héros, descendu de la voûte des cieux, Ministre de Dieu môme, apparut à ses yeux :

C'était ce saint guerrier qui, loin du bord celtique, iJla vaincre et mourir sur les sables d'Afrique; Le généreux Louis, le père des Bourbons, A qui Dieu prodigua ses plus augustes dons. Sur sa tête éclatait un brillant diadème ; Au front du nouveau prince il le posa lui-même : « Recevez-le, dit-il, de la main de Louis; Acceptez-moi pour père, et devenez mon fils. La vertu, qui toujours vous guida sur ma trace. Du temps qui nous sépare a rapproché l'espace; Je reconnais mon sang que Dieu vous a transmis;

• Tout l'espoir de ma race en tous seul est remis. Mais ce sceptre, mon fils, ne doit point vous suffire; Possédez ma sagesse, ainsi que mon empire.

C'est peu qu'un vain éclat qui passe et qui s'enfuit,

• Que le trouble accompagne, et que la rsort détruit;

• Tous ces honneurs mondains ne sont qu'un bien stérile,

• Des humaines vertus récompense fragile. D'un bien plus précieux osez être jaloux ;

Si Dieu ne vous éclaire, il n'a rien fait pour vous. ,

Quand verrai-je, ô mon fils! votre vertu guerrière.

Comme sous son appui, marcher à sa lumière?

Mais qu'ils sont encor loin ces temps, ces heureux temps, <

Où Dieu doit vous compter au rang de ses enfants !

Que vous éprouverez de faiblesses honteuses!

El que vous marcherez dans des routes trompeuse»!

Osez suivre mes pas par de nouveaux chemins, Et venez de la France apprendre les destins. •

Henri crut, à ces mots, dans un char de lumière Des cieui en un moment pénétrer la carrière; Comme on voit dans la nuit la foudre et les éclairs Courir d'un pôle à l'autre, et diviser les airs.

Parmi ces tourbillons que d'une main féconde

Disposa l'Éternel au premier jour d'à monde,

Est un globe élevé dans le faîte des cieux, , ^

Dont l'éclat se dérobe à nos profanes yeux :

C'est là que le Très-Haut forme à sa ressemblance

Ces esprits immortels, enfants de son essence.

Qui, soudain répandus dans les mondes divers,

"Vont cmimer les corps, ei peuplent l'univers.

Là sont, après la mort, nos âmes replongées.

De leur prison grossière à jamais dégagées;

Quand le Dieu qui les fit les rappelle en son sein,

D'une course rapide elles volent soudain : : 1

Comme on voit dans les bois les feuilles incertaine^

Avec un bruit confus tomber du haut des chêne». Lorsque les aquilons, messagers des hivers, Ramènent la froidure et sifflent dans les airs; Ainsi la mort entraîne en ces lieux redoutables Des mortels passagers les troupes innombrables. Un juge incorruptible, avec d'égales lois, y rassemble à ses pieds les peuples et les rois. Tout frémit devant lui ; les morts dans le silence

• Attendent en tremblant l'éternelle sentence ;

Lui qui dans un moment voit, entend, connaît tout,

• D'un coup d'oeil les punit, d'un coup d'œil les absout; De ses ministres saints la troupe inexorable

Sépare incessamment l'innocent du coupable, Donne aux uns des plaisirs, aux autres des tourments, Des vertus et du crime éternels monuments.

Mais à'oix partent, grand Dieu, ces cris épouvantables? Ces torrents de fumée et ces feux redoutables?

• Quels monstres, dit Bourbon, volent dans ces climats? Quel est ce gouffre affreux qui s'ouvre sous mes pas? i f O mon fils ! vous voyez, » etc.

Vers 26. Imitation de Racine {Androtnaqiie,&cteW^ scène m) :

Enfin avec transport prenant son diadème.

Sur le front d'Andromaque il l'a placé lui-môme.

Vers 28. Dans Virgile {^neid., lib. XI J, vers 59) Amate dit '. Turnus :

.... in te omnis domus inclinata recumbit.

Vers 46. On lit dans le poëme de Saint-Louis du P.Lemoine» livre VIII, vers 151-152 :

Moins pompeuse monta cette nue embrasée Qui ravit autrefois le maître d'Elisée.

Vers 65. En citant ce vers et les quatre qui le précèdent dans l'opuscule intitulé les Adorateurs ou les Louanges de Dieu, publié vers la fin de 1769 sous le nom supposé d'Imhof, Voltaire les fait suivre de cette réflexion : « J'aurais mieux aimé que l'auteur eût dit :

Dans ces cieux infinis le Dieu des cieux réside. >

Mais il changea d'avis, sans doute, car cette correction n'a été introduite dans aucune édition de la Henriade,

Vers 78. Dans l'édition de 1728 il y avait :

Fait si pieusement de sa sagesse immense.

La Mort est à ses pieds, elle amène à la fols

Le juif et le chrétien, le Turc et le Chinois.

Là, le dervis tremblant, d'une vue inquiète,

A la droite de Dieu cherche en vain son prophète;

Le bonze, avec des yeux tristes et pénitents,

y vient vanter en vain ses vœux et ses tourments :

Leurs tourments et leurs vœux, leur foi, leur ignorance.

Comme sans châtiment restent sans récompense;

Dieu ne les punit point d'avoir fermé les yeux

* Aux clartés que lui-même il plaça si loin d'eux.

Il ne les juge point, tel qu'un injuste maître.

Sur les chrétiennes lois qu'ils n'ont point pu connaître,

Sur le zèle emporté do leurs saintes fureurs,

Mais sur la simple loi qui parle à tous les cœurs.

La Nature ici-bas, sa fille et notre mère,

Nous instruit en son nom, nous guide, noiis éclaire;

De l'instinct des vertus elle aime à nous remplir,

Et dans nos premiers ans nous enseigne à rougir;

Mais, pure en notre enfance, et par l'âge altérée.

Elle pleure ses fils dont elle est ignorée :

Elle pleure; et ses cris, que nous n'entendons pas,

S'élèvent contre nous dans la nuit du trépas.

Ces vers, supprimés en 1730 et remplacés par les dix premiers de ceux qu'on lit aujourd'hui, furent mis en variantes avec cette note :

« Beaucoup de curieux regrettaient ce morceau; mais il faut avouer que celui que l'auteur y a substitué est infiniment plus raisonnable dans un poème fondé sur la religion catholique. »

Vers 86. Laharpe, dans son Cours de littérature (livre I, chapitre m, section 13), observe que « Voltaire est le premier, ce semble, qui ait hasardé de franciser l'adjectif latin hyper- ^, boreus et d'en faire hyperborée... mot très-nombreux et beau-^U coup plus commode pour la poésie que celui d'hyperboréen ^^ qui était seul en usage. »

Vers 144. Au lieu de ce vers et des onze suivants, voici ce qu'on lit dans l'édition de 1723 i

2nÔ î^ LA HENRiADE.

D'abord de tous côtés s'offrent «ur leur passage Le Désespoir, la Mort, la Fureur, le Carnage, Et ces vices affreux, suivis par les douleurs, Formés dans les enfers, ou plutôt dans nos coeurs; L'Orgueil au front d'airain, la lâche Perfidie, ' i Qui d'abord en rampant se cache et s'humilie, •

Puis tout à coup levant un homicide bras, Fait siffler ses serpents et porte le trépas ; L'Avarice au teint pâle, et la Haine, et l'Envi©, Le Mensonge, et surtout sa sœur l'Hypocrisie, Qui, les regards baissés, l'encensoir à la main, Distille en soupirant sa rage et son venin; Le faux Zèle, étalant, etc.

Vers 164. Édition de 1723 :

Quel mortel, disaient-ils, par Dieu même conduit, Vient effrayer l'enfer et l'élernelie nuit?

Vers 170. Après ce vers, on lit, dans l'éditioa de 1*72.3, les juatre suivants, retranchés en 1728 :

Voyez de ces serpents tout son corps entouré. Sous leur dent vengeresse en lambeaux déchiré; Fuyons, n'aigrissons point le tourment qui l'opprime. « Sa peino, dit Louis, est égale à sou crime. »

* Tandis que dans Paris, etc.

Vers 176. Édition de 1723 :

* Mais apprenez, mon fils, quelles sévères lois

. .Poursuivent en ces lieux tous les crimes des roia.

Vers 177. Édition de 1723 :

Et se plaît à venger, par des maux infinis.

Les crimes qu'ils ont faits et ceux qu'ils ont permi».

La mort leur a ravi ces grandeurs passagères.

Vers 185. Édition de 1723 :

La Vérité terrible, augmentant leurs supplices. De son flambeau sacré vient éclairer leurs vices.

Près de ces mauvais rois sont les fiers conquérairts.

* Héros aux yeux du peuple, etc.

Vers 199:

Êtes-vous en c«8 lieux, faibles: et tendres cœurs, «le.

Au lieu de ce vers et des sept qui le suivent, en voici huit autres qu'on lit dans l'édition de 1723 :

Le sujet révolté, le lâche adulateur.

Le juge corrompu, l'infâme délateur,

Ceux même qui, nourris au sein de la mollesse.

N'ont eu pour tons forfaits qu'un cœur plein de faiblesse;

Ceux qui, livrés sans crainte à des penchants flatteurs,

N'ont connu, n'ont aimé que leurs douces erreurs;

Tous enfin, de la mort éternelles -victimes.

Souffrent des châtiments qui surpassent leurs crimes. ^

Le généreux Henri, etc.

Et dans celte de 1737, voici comme ces derniers vers sont tournés :

Il est, il est aussi dans ce lieu de douleurs Des coeurs qui n'ont aimé que leurs douces erreur». Des fouies de mortels noyés dans la mollesse, Qu'entiaîna le plaisir, qu'endormit la paresse, etc.

On voit, par tous ces différents changements, avec quelle extrême attention et avec quelle sévérité l'auteur a revu son ouvrage; c'est ainsi que doit en user quiconque travaille pour la postérité (1746),

Vers 252. Imitation de Virgile {^neid., lib. VHI, vers 670):

.... His dantem jura Catonem.

Vers 265. Édition de 1723:

Plus loin sont ces guerriers, vengeurs de la patrie, Qui dans les champs d'honneur ont prodigué leur via;

* La Trimouille, Clisson, Montmorency, de Foix, Et le brave Guesclin, et l'auguste Dunois.

Là brille au milieu d'eux cette illustre amazone

Qui délivra la France etrafferniit le trône.

Antoine de Navarre avec des yeux surpris,

"Voit Henri qui s'avance, et reconnaît son fils : ^

Le héros attendri tombe aux pieds de son père ;

Trois fois il tend les bras à cette ombre si chère,

* Trois fois son père échappe à ses emhrassements,

* Tel qu'un léger nuage écarté par les vents >.

1. Ce vers et le précédent font maintenant partie dn chant VI. Voyez, dans les Variantes et mitations de ce chant, celle qui se rapporte au vers 354. — J, R.

272 LA HENRTADE.

Cependant il apprend à cette ombre charmée Sa grandeur, ses desseins, l'ordre de son armée. Et ses premiers travaux, et ses derniers exploits. Tous les héros en foule accouraient à sa voix ; Les Martels, les Pépins l'écoutaient en silence, Et respectaient en lui la gloire de la France. Enfin, le saint guerrier, poursuivant ses desseins: « Suivez mes pas, dit-il, au temple des Destins; Avançons, il est temps de vous faire connaître Les rois et les héros qui de vous doivent naître. De ce temple déjà vous voyez les remparts. Et ses portes d'airain s'ouvrent à vos regards, t Le Temps, d'un cours rapide et pourtant insensible. Parcourt tous les dehors de ce palais terrible;

• Et de là sur la terre, etc.

Vers 284. Entre ce vers et le suivant on trouve, dans les éditions de i723 et 1724, les quatre qui suivent et dont la suppression date de 1728 :

De Dieu dans ce lieu saint la volonté réside. La Crainte languissante et l'Espérance avide Près de ces murs sacrés gémissent nuit et jour : Les Désirs inquiets voltigent à l'entour.

Vers 312. Imitation de Virgile {/Eneid., lib. VI, vers 756 et seq.) :

Dardaniam prolem quas deinde sequatur Gloria, qui maneant Itala de gente nepotes, Illustres animas, etc.

Vers 370. Autre imitation du même poôte {Âineid., lib. VI, vers 847-48) :

Bxcudent alii spirantia mollius asra, Yivos ducent de marmore vultus.

Dans l'édition de 1723 il y a :

Là le marbre est vivant et la toile respire. Ici de mille esprits les efforts curieux

* Mesurent l'univers et lisent dans les cieux. Descartes, répandant sa lumière féconde.

Franchit d'un vol hardi les limites du monde. J'entends de tous côtés ce langage enchanteur Si flatteur à l'oreille et doux tyran du cœox.

t Français, vous savez vaincre, etc. »

Sur cette variante, les éditeurs de Kehl disent : u Ces vers se retrouvent dans l'édition de Londres. Ce fut dans ce voyage en Angleterre que M. de Voltaire connut et adopta le système de Newton, dans un temps ou très-peu de mathématiciens l'avaient étudié, ou les géomètres les plus illustres du continent l'attaquaient encore, où le sage Fontenelle reprochait à ce système de ramener les qualités occultes que Descartes avait bannies de la physique. »

Vers 391. M. de Voltaire avait changé ainsi les deux vers sur M. de Vauban :

Ce héros dont la main raffermit nos remparts, C'est Vauban, c'est l'ami des vertus et des arts.

Mais, dans les dernières éditions, il les a rétablis tels qu'ils étaient dans la première; ils rappellent ces vers d'Athalie (acte V, scène i'*) :

Cependant Athalie, un poignard à la main,

Rit des faibles remparts, de nos portes d'airain. — E.

Vers 394. Édition de 1723 :

Lxxxembourg de son nom remplit toute la terre. Vers 396. Ce beau vers semble imité de celui-ci :

Il arrachait la foudre à l'aigle des Césars,

qui se trouve perdu dans les OEuvres galantes de l'abbé Cotin. Fréron a signalé cet emprunt {Année littéraire, 1770, V, 128).

Vers 407. Imitation de Virgile {^neid., VI, 869-70) :

Ostendent terris hune tantum fata, neque ultra Esse sinent.

Vers 412. Rousseau a dit dans son ode A la Fortune, ▼ers 89-90 1

Et qui, père de la patrie,

Compte ses jours par ses bienfaits.

Vers 418. On lit dans Athalie, acte I, scène i'* î

Le ciel même peut-il réparer les mines De cet arbre séché jusque dans ses racines t

an* LA HENRIADE.,

Vers 421. Au lieu de ce vers et des dix-liuit qui te suivent, ▼oici ce que met l'édition de 1723 :

( De l'empire français douce et frôle espérance O vous, qui gouvernez les jours de son enfance, Vous, Villeroi, Fleury! conservez sous vos yeux

• Du plus pur de mon sang le dépôt précieux; Conduisez par la main son enfance docile; LeseBtiex des vertus à cet âge est facile;

Age heureux, où son cœur, exempt de passion,

n'a. point du vice encor reçu l'impression ;

Où d'une •cour trompeuse, ardente à noiis séduire,

Le soafûe empoisonné ne peut encor lui nuiro;

Age heureux, où. lui-même, ignorant sou pouvoir,

Vit tranquille et soumis aux règles du devoir.

Qu'au .sortir de l'enfance il paisse se connaître,

Qu'il songe qu'il est homme en voyant qu'il est maître;

Qu'attentif aux besoins des peuples malheureux,

Il ne les charge point de fardeaux rigoureux ;

Qu'il aime à pardonner, qu'il donne avec prudence

Aux services rendus leur juste récompense ;

Qu'il ne permette pas qu'un ministre insolent

Change son règne aimable en un joug accablant;

Que la simple vertu, de soutien dépourvue,

Par ses sa^'es bienfaits soit toujours prévenue ;

Que de l'amitié même il chérisse les lois,

Bien pur, présent du ciel, et peu connu des rois;

Et que, digne en efifet de la grandeur suprême,

11 imite, s'il peut, Henri-Quatre et moi-même. »

* Il dit. En ce moment, etc.

Vers 448. Voltaire se proposait* de remplacer ce vers et les deux suivants par ceux-ci :

D'un sujet et d'un maître il' a tous les talents. Malheureux toutefois dans le cours de sa vie D'avoir- reçu du ciel un si vaste génie. Philippe, garde-toi des prodiges pompeux Qu'on offre à ton esprit, trop plein du merveilleux. Un Écossais arrive, et promet l'abondance ; Il parle ; il fait changer la face de la l'rance ; Des trésors inconnus se forment sous ses mains. L'or devient méprisable aux avides humains. Le pauvre, qui s'endort au sein de l'indigence. Des rois, à son réveil, égale l'opulence;

1. Voyez sa lettre da 13 no-Hemb»* ntô à madame la présidenie de Bernières. — J.-R,

Le riche, en un moment, voit fuir devant ses yeux Tous les biens qu'en naissant il eut de ses aïeux. Qui pourra dissiper ces funestes prestiges, etc.

Vers 450. Dans l'édition de 1723, imprtmée l'année même de la mort du régent, il n'y avait que ces quatre vers sur ce prince et ils étaient placés immédiatemeut après ceux -sur Richelieu et Mazarin * :

Près de ce jeune roi regardez ce héros.

Propre à tous les emplois, né pour tous le$ travaux;

Il unit les talents d'un sujet et d'un maître ;

* Il n'est pas roi, mon fils, mais il enseigne à l'être.

Une version plus étendue de ces vers a paru pour la première fois, en 1834, dans une édition de la Henriade, publiée par M. Beuchot, et faisant partie des OEuvres de Voltaire. La voici :

Auprès du jeune roi regardez ce héros,

Propre à tous les emplois, né pour tous les travaux ;

Son esprit éclairé, peu connu du vulgaire,

De l'art de gouverner possède le mystère.

Les arts sont étonnés de marcher sur ses pas

Avec la politique et le dieu des combats :

Sans besoin de ministre, il fait tout par lui-même;

Maître de ses voisins, sa clémence est extrême;

Toute l'Europe entière, appuyant son pouvoir,

Cfède à ses volontés sans s'en apercevoir.

Il a tous les t^ilents de sujet et de mattre;

* Il n'est pas i-oi, etc.

Vers 460. Il faudrait lui, comme l'a fort bien observé M. Beuchot; mais toutes les éditions, depuis celle de 1728 où ce vert parut pour la première fois, portent leur*

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