‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 76 sur 113 · Voyez chapitre vix · texte numérisé non relu

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ce qui est au delà de la vie commune. Il faudra surtout qne cette action soit intéressante, car tous les coeurs veulent être 3 remués; et un poëme parfait d'ailleurs, s'il ne touchait point, serait insipide en tout temps et en tout pays. Elle doit être entière, parce qu'il n'y a point d'homme qui puisse être satis- ^ fait s'il ne reçoit qu'une partie du tout qu'il s'est promis d'avoir.

Telles sont à peu près les principales règles que la n^ujef ^ dicte à toutes les nations qui cultivent les lettres; mais la machine du merveilleux, l'intervention d'un pouvoir céleste, la nature des épisodes, tout ce qui dépend de la tyrannie dei la coutume, et de cet instinct qu'on nomme goùt, voilà sur quoi il y a mille opinions, et point de règles générales.

Mais, me direz- vous, n'y a-t-il point des beautés^^^goût qui ' plaisent également à toutes les nations? 11 y en a sans doute en très-grand nombre. Depuis le temps de la renaissance des lettres, qu'on a pris les anciens pour raod'èles , Homère , Démosthène, Virgile, Cicéron, ont en que'lque manière réuni sous leurs lois tous les peuples de l'Europe, et fait de tant de ■ » nations différentes une seule république des lettres; mais, au : milieu de cet accord général, les coutumes de chaque peuple | introduisent dans chaque pays un goût particuliex.

Vous sentez dans les meilleurs écrivains modernes le caractère de leur pays à travers l'imitation de l'antique : leurs fleurs et leurs fruits sont échauffés et mûris par le même soleil ; mais ils reçoivent du terrain qui les nourrit des goûts, des couleurs, et des formes différentes. Vous reconnaîtrez un Italien, un Français, un Anglais, un Espagnol, à son style, comme aux traits de son visage, à sa prononciation, à ses manières. La douceur et la mollesse de la langue italienne ' s'est insinuée dans le génie des auteurs italiens. La pompe des paroles, les métaphores, un style majestueux, sont, ce me semble, g-^néralement parlant, le caractère des écrivains espa- » gnols. La force, l'énergie, la hardiesse, sont plus particulières aux Anglais; ils sont surtout amoureux des allégories et des comparaisons. Les Français ont pour eux Ja clarté, l'exacti- > tude, l'élégance : ils hasardent peu; ils n'ont ni la force ; anglaise, qui leur paraîtrait un«^ '"orce gigantesque et mens- '

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