‹ La Henriade, poemeChapitre 12 sur 19 · FIN DO CHANT QUATIUKMK · texte numérisé non relu

FIN DO CHANT QUATIUKMK

ARGUMENT

f.69 assieges sont vivement presses. La discorde excite Jacqnei Clement 4 sortir de Paris pour assassiner le roi. Elle appe.le du fond des enfers le demon du fanatisme, qui conduit ce parricide. Sacrifice des ligueurs aux esprits infcrnaux. Henri III est assassin^. Sentiments de Henri IV. II est reconnu roi par 1'armee.

s'avan^aient ces machines mortelles Qui portaient dans leur sein la perte des rebelles ; Et le fer, et le feu, volant de toutes parts, De cent bouches d'airain foudroyaient leurs remparts

Les Seize et leur courroux, Mayenne et sa prudence, D'un peuple mutine la farouehe insolence, Des docteurs de la loi les scandaleux discours, Centre le grand Henri n'otaient qu'un vain secours : La victoire, ;i grands pas, s'approchait sur ses traces. Sixte, Philippe, Rome, eclataient en menaces : Mais Rome n'etait plus terrible ;\ 1'univers ; Ses foudres impuissants se perdaient dans les airs ; Et du vieux Castillan la lenteur ordinaire Privait les assioges d'un secours nccessaire. Ses soldats, dans la France errant de tous cotes, Sans secourir Paris, desolaient nos cites.

Le perfide attendait que la ligue epuis6e Piit offrir a son bras une conquete aisee ; Et 1'appui dangereux de sa fausse amiti6 Leur prcparait un maitre, au lieu d'un allie ; Lorsque d'un furieux la main determinee Sembla, pour quelque temps, changer la destin6e. Vous, des murs de Paris, tranquilles habitants, Que le ciel a fait naitre en de plus heureux temps, Pardonnez si ma main retrace a la m6moire De vos a'feux seduits la criminelle histoire. L'horreur de leurs forfaits ne s'etend point sur vous : Votre amour pour vos rois les a repares tous.

L'eglise a, de tout temps, produit des solitaires, Qui, rassembles entre eux sous des regies sevexes, Et distingucs en tout du reste des mortels, Se consacraient i Dieu par des voeux solemnels. Les uns sont demeurcs dans une paix profonde, Toujours inaccessible aux vains attraits du monde , Jaloux de ce repos qu'on ne peut leur ravir, Us ont fui les humains, qu'ils auraient pu servir : Les autres, a 1'ctat rendus plus nccessaires, Ont eclaire 1'eglise, ont mont6 dans les chaires ; Mais souvent, enivr6s de ces talents flatteurs, Repandus dans le siecle, ils en ont pris les mceurs; Leur sourde ambition n'ignore point les brigues ; Souvent plus d'un pays s'est plaint de leurs intrigued. Ainsi, chez les humains, par un abus fatal, Le bien le plus parfait est la source du mal.

Ceux qui de Dominique ont embrass6 la vie Ont vu long-temps leur secte en Espagne 6tablie; Et, de 1'obscurite des plus humbles emplois, Ont passe tout-a-coup dans les palais des rois.

74 LA HENRIADK.

Avec non moins de zele, et. bien moins de puissance, Get ordre respecte fleurissait dans la France, Protege par les rois, paisible, heureux enfin Si le traitre Clement n'eut ete dans son sein.

Clement dans la retraite avait, des son jeune &ge, Porte les noirs acces d'une vertu sauvage. Esprit faible et credule en sa devotion, v II suivait le torrent de la rebellion.

Sur ce jeune insens6 la discorde fatale Repandit le venin de sa bouche infernale. Prosterne, chaque jour, au pied des saints autels, II fatiguait les cieux de ses VCEUX criminels. On dit que. tout souille de cendre et de poussiere, Un jour il pronon^a cette horrible priere :

Dieu, qui venges 1'eglise et punis les tyrans, Te verra-t-on sans cesse accabler tes enfants, Et, d'un roi qui t'outrage armant les mains impurea, Favoriser le meurtre, et benir les parjures? Grand Dieu! par tes fleaux c'est trop nous eprouver; Contre tes ennemis daigne enfin t'61ever ; Detourne loin de nous la mort et la misere; Delivre-nous d'un roi donn6 dans ta colere : Viens, des cieux irrites abaisse la hauteur, Fais marcher devant toi 1'ange exterrninateur ; Viens, descends, arme-toi ; que ta foudre enflammee Frappe, ecrase a nos yeux leur sacrilege armee; Que les chefs, les soldats, les deux rois expirants, Tombent comme la feuille eparse au gre des vents ; Et que, sauv6s par toi, nos ligueurs catholiques Sur leurs corps tout sanglants t'adressent leurs cantiques !

La discorde attentive, en traversant les airs, Entend ces cris affreux, et les porte aux enfers.

CJIANT V. 75

Elle amene a 1'instant, de ces royaumes sombres, Le plus cruel tyran de 1'empire des ombres. II vient, le fanatisme est son horrible nom : Enfant denature de la religion, Armc pour la defendre, il cherche a la detruire, Et rcc;u dans son sein, 1'embrasse, et le dechire.

C'est lui qui, dans Raba, sur les bords de 1'Arnon, Guidait les descendants du malheureux Ammon, Quand a Moloc leur dieu, des meres gemissantes Offraient de leurs enfants les entrailles fumantes. II dicta de Jephte le serment inhumain : Dans le cocur de sa fille il conduisit sa main C'est lui qui, de Calchas ouvrant la bouche impie, Demanda par sa voix la mort d'Iphigenie. France, dans tes forets il habita long-temps. A raffreux Teutates il offrit ton encens : Tu n'as point oublie ccs sacres homicides Qu'a tes indignes dieux presentment tes Drultdes. Du haut du capitole il criait aux pai'ens : Frappez. exterminez, dechirez les Chretiens. JWais lorsqu'au fils de Dieu Rome enfin fut soumise, Du capitole en cendre il passa dans 1'eglise ; Et, dans les cceurs Chretiens inspirant ses fureurs, De martyrs qu'ils etaient, les fit persecuteurs. Dans Londre il a forme la secte turbulente Qui sur un roi trop faible a mis sa main sanglante. Dans Madrid, dans Lisbonne, il allume ces feux, Ces buchers solemnels, ou des Juifs malheureux Sont, tous les ans, en pompe, envoyes par des pr£tres, Pour n'avoir point quitti la foi de leurs ancetres.

Toujours il revt'tait, dans ses dcguisements, Des ministres des cieux les sacres ornements :

Mais il prit cette fois dans la nuit eternelle,

Pour des crimes nouveaux, une forme nouvelle ;

L'audace et 1'artifice en firent les apprets.

II emprunte de Guise et la taille et les traits,

De ce superbe Guise en qui Ton vit paraitre

Le tyran de 1'etat et le roi de son maitre,

Et qui toujours puissant, ineme apres son trepas,

Trainait encor la France a. 1'horreur des combats.

D'un casque redoutable il a charge sa tute :

Un glaive est dans sa main au meurtre toujours prute;

Son flanc mime est perce des coups dont autrefois

Ce heros factieux fut massacre dans Blois ;

Et la voix de son sang, qui coule en abondance,

Semble accuser Valois et demander vengeance.

Ce fut dans ce terrible et lugubre appareil, Qu'au milieu des pavots que verse le sornmeil II vint trouver Clement au fond de sa retraite. La superstition, la cabale inquiete, Le faux zele enflamme d'un courroux 6clatant, Veillaient tous a sa porte, et 1'ouvrent a 1'instant. II entre, et d'une voix majestueuse et ficre : Dieu re^oit, lui dit-il, tes VOGUX et ta priere ; Mais n'aura-t-il de toi, pour culte et pour encens, Qu'une plainte eternelle, et des vceux impuissants ? Au Dieu que sert la ligue il faut d'autres offrandesj II exige de toi les dons que tu demandes. Si Judith autrefois, pour sauver son pays, N'eut offert a son Dieu que des pleurs et des cris ; Si, craignant pour les siens, elle eut craint pour sa vie, Judith eut vu tomber les murs de Bethulie. Voila les saints exploits que tu dois imiter, Voila 1'offrande enfin que tu dois presenter.

Mais tu rougis dejti de 1'avoir differce. . .

Cours, vole ; et que ta main, dans le sang consacree,

Delivrant les Franqais de leur indigne roi,

Venge Paris, et Rome, et 1'univers, et moi.

Par un assassinat Valois trancha ma vie ;

II faut d'un me me coup punir sa perfidie.

Mais du nom d'assassin ne prends aucun effroi ;

Ce qui fut crime en lui sera vertu dans toi.

Tout devient legitime a qui venge 1'eglise :

Le meurtre est juste alors; et le ciel 1'autorise.

Que dis-je ! il le commande ; il t'instruit par ma voix

Qu'il a choisi ton bras pour la mort de Valois :

Heureux, si tu pouvais, consommant sa vengeance,

Joindre le Navarrois au tyran de la France ;

Et si de ces deux rois tes citoyens sauv6s

Te pouvaient. . . ! Mais les temps lie sont pas arriv6s.

Bourbon doit vivre encor ; le Dieu qu'il persecute <

Reserve a d'autres mains la gloire de sa chilte.

Toi, de ce Dieu jaloux remplis les grands desseins,

Et resois ce present qu'il te fait par mes mains.

Le fantome, a ces mots, faitrbriller une epee Qu'aux infernales eaux la haine avait trempje ; Dans la main de Clement il met ce don fatal ; 11 fuit, et se replonge au scjour infernal.

Trop aisement trompe, le jeune solitaire Des intercts des cieux se crut depositaire. II baise avec respect ce funeste present ; II implore u genoux le bras du Tout-Puissant ; Et, plein du monstre affreux dont la fureur le guide, D'un air sanctifie s'appn te au parricide.

Combien le coeur de 1'homme est soumis k 1'erreur Clement god ait alors un paisible bonheur •

II etait anim6 de cette confiance

Qui dans le cceur des saints affermit 1'innocence:

Sa tranquille fureur marche les yeux baisses ;

Ses sacri!6ges voeux au ciel sont adress6s ;

Son front de la vertu porte 1'empreinte austere}

Et son fer parricide est cache sous sa haire.

II marche : ses amis, instruits de son dessein,

Et de fleurs sous ses pas parfumant son chemin,

Remplis d'un saint respect, aux portes le conduisent,

Benissent son dessein, 1'encouragent, 1'instruisent,

Placent deja son nom parmi les noms sacres

Dans les fastes de Rome a jamais reveres,

Le nomment, a grands cris, le vengeur de la France,

Et, 1'encens a la main, 1'invoquent par avance.

C'est avec moins d'ardeur, avec moins de transport,

Que les premiers Chretiens, avides de la mort,

Intrepides soutiens de la foi de leurs peres,

Au martyre autrefois accompagnaient leurs freres,

Enviaient les douceurs de leur heureux trepas,

Et baisaient, en pleurant, les traces de leurs pas.

Le fanatique aveugle, et le chretien sincere,

Ont porte trop souvent le meme caractere ;

Us ont m6me courage, ils ont memes desirs.

Le crime a ses heros; 1'erreur a ses martyrs.

Du vrai zele et du faux vains juges que nous sommes !

Souvent des scelerats ressemblent aux grands hommes.

Mayenne, dont les yeux savent tout eclairer, Voit le coup qu'on prepare, et feint de 1'ignorer. De ce crime odieux son prudent artifice Songe a cueillir le fruit sans en etre complice : II laisse avec adresse aux plus seditieux Le soin d'encourager ce jeune furieux.

Tandis que des ligueurs une troupe homicide Aux portes de Paris conduisait le perfide, Des Seize en meme temps le sacrilege eflbrt Sur cet evenement interrogeait le sort.

Jadis de Mcdicis 1'audace curieuse Chercha de ces secrets la science odieuse, Approfondit long- temps cet art surnaturel Si souvent chimerique, et toujours criminel. Tout suivit son exemple ; et le peuple imbecille, Des vices de la cour imitateur servile, Epris du merveilleux, amant des nouveautes, S'abandonnait en foule a ces impi6tes.

Dans I'ombre de la nuit, sous une voute obscure, Le silence a conduit leur assemblee impure. A la pale lueur d'un magique flambeau S'eleve un vil autel dresse sur un tombeau : C'est la que des deux rois on placja les images, Objets de leur terreur, objets de leurs outrages. Leurs sacrileges mains ont mele, sur 1 'autel, A des norns infernaux le nom de 1'Eternel. Sur ces murs tenebreux des lances sont rang6es, Dans des vases de sang leurs pointes sont plongees, Appareil mena(;ant de leur mystere afFreux. Le pretre de ce temple est un de ces Hebreux Qui, proscrits sur la terre, et citoyens du monde, Portent de mers en mers leur miscre profonde, Et d'un antique amas de superstitions Ont rempli des long-temps toutes les nations.

D'abord, autour de lui, les ligueurs en furie Commencent, a grands cris, ce sacrifice impie. Leurs parricides bras se lavent dans le sang ; De Valoia sur 1'autel ils vont percer le flanc;

Avec plus de terreur, et plus encor de rage, De Henri sous leurs pieds ils renversent 1'image ; Et pensent que la raort, fidele a. leur courroux, Va transmettre ti ces rois 1'atteinte de leurs coups.

L'H6breu joint cependant la priere au blaspheme : Jl invoque 1'abyme, et les cieux, et Dieu meme, Tous ces impurs esprits qui troublent 1'univers, Et le feu de la foudre, et celui des enfers.

Tel fut, dans Gelboa, le secret sacrifice Qu'a ses dieux infernaux offrit la Pythonisse, Alors qu'elle cvoqua, devant un roi cruel, Le simulacre aft'reux du prctre Samuel.

Ainsi, centre Juda, du haut de Samarie, Des prophctes menteurs tonnait la bouche impie : Ou tel, chez les Remains, 1'inflexible Ateius Maudit, au nom des dieux, les armcs de Crassus. Aux magiques accents que sa bouche prononcc, Les Seize osent du ciel attendre la reponse ; A devoiler leur sort ils pensent le forcer. Le ciel, pour les punir, voulut les exaucer : II interrompt pour eux les lois de la nature ; De ces antres muets sort un triste murmure ; Les eclairs, redoubles dans la profonde nuit, Poussent un jour affreux qui renait et qui fuit. Au milie-u de ces feux, Henri, brillant de gloire, Apparait a leurs yeux sur un char de victoire : Des lauriers couronnaient son front noble et serein, Et le sceptre des rois eclatait dans sa main. L'air s'embrase a 1'instant par les traits du tonnerre, L'autel. couvert de feux, tombe, et fuit sous la terre ; Et les Seize eperdus, 1'Hebreu saisi d'horreur, Vont cacher dans la nuit leur crime et leur terreur.

Ces tonnerres, ces feux, ce bruit epouvantable, Annoiit aient a Valois sa perte inevitable. Dieu, du haul de son trone, avait compte ses jours, I] avait loin de lui retire son secours : La mort impatiente attendait sa victime ; Et, pour perdre Valois, Dieu permettait un crime. Cljment au camp royal a marche sans effroi. II arrive, il demande a parler i son roi ; II dit que, dans ces lieux arnene par Dieu meme, 11 y vient retablir les droils du diademe, Et reveler au roi des secrets importants. On 1'interroge, on doute, on 1'observe long-temps, On craint sous cet habit un funeste mystere. II subit sans alarme un examen severe : II satisfait a tout avec simplicite.

Chacun, dans ses discours, croit voir la verite. La garde aux yeux du roi le fait enfin paraitre.

L'aspect du souverain n'ctonna point ce traitre. D'un air humble et tranquille il flechit les genoux; II observe a loisir la place de ses coups ; Et le mensonge adroit, qui conduisait sa langue, Lui dicta cependant sa perfide harangue. Souffrez, dit-il, grand roi, que ma tirnide voix S'adresse au Dieu puissant qui fait regrier les rois, Permettez, avant tout, que mon coeur le benisse Des biens que va sur vous ropandre sa justice. Le vertueux Potier, le prudent Villeroi, Parmi vos ennemis vous ont garde leur foi ; Harlay, le grand Harlay,dont 1'intrepide zele Fut toujours formidable k ce peuple infidele, Du fond de sa prison rcunit tous les cceurs, Rassemble vos sujets, et confond les ligueurs. f

Dieu, qui, bravant toujours les puissants et les sages, Par la main la plus faible accomplit ses ouvrages, Devant le grand Harlay lui-meme m'a conduit. Rempli de sa lumiere, et par sa bouche instruit, J'ai vole vers mon prince, et vous rends cette lettre, Qu'a mes fidoles mains Harlay vient de remettre

Valois revolt la lettre avec empressement. II benissait les cieux d'un si prompt changement. Quand pourrai-je, dit-il, au gre de ma justice, Recompenser ton zele, et payer ton service ? En lui disant ces mots, il lui tendait les bras : Le inonstre au meme instant tire son coutelas, L'en frappe, et dans le flanc 1'enfonce avec furie. Le sang coule ; on s'etonne, on s'avance, on s'ecrie Mille bras sont leves pour punir 1'assassin : Lui, sans baisser les yeux, les voit avec dedain ; Fier de son parricide, et quitte envers la France, II attend a genoux la mort pour recompense : De la France et de Rome il croit etre 1'appui ; II pense voir les cieux qui s'entr'ouvrent pour lui; Et, demandant a Dieu la palme du martyre, II benit, en tornbant, les coups dont il expire. Aveuglement terrible, affreuse illusion, Digne a la fois d'horreur et de compassion, Et de la mort du roi moins coupable peut-ctre Que ces laches docteurs, ennemis de leur maitre, Dont la voix, repandant un funeste poison, D'un faible solitaire egara la raison !

Dejd Valois touchait a. son heure derniere, Ses yeux ne voyaientplus qu'un reste de lumiere; Ses courtisans en pleurs, autour de lui ranges, Par leurs desseins divers en secret partag6a

D'une commune voix formant lea mfimes plaintes, Exprimaient des douleurs ou sinceres ou feintes. Quelques uns, que flattait 1'espoir du changement, Du danger de leur roi s'affligeaient faiblement; Les autres, qu'occupait leur crainte interessee, Pleuraient, au lieu du roi, leur fortune passee. Parini ce bruit confus de plaintes, de clameurs, Henri, vous r6pandiez de vferitables pleurs. II fut votre ennemi ; mais les cceurs n6s sensiblea Sont aisement emus dans ces moments horribles. Henri ne so souvint que de son amitie : En vain son interfit combattait sa pitie ; Ce h6ros vertueux se cachait a lui-meme Que la mort de son roi lui donne un diademe. Valois tourna sur lui, par un dernier effort, Ses yeux appesantis qu'allait fermer la mort ; Et, touchant de sa main ses mains victorieuses, Retenez, lui dit-il, vos larmes gen6reuses : L'univers indigne doit plaindre votre roi ; \ ous, Bourbon, combattez, regnez, et vengez-moi. Je meurs, et je vous laisse, au milieu des orages, Assis sur un 6cueil couvert de mes naufrages. Mon trone vous attend, mon trone vous est dft Jouissez de ce bien par vos mains defendu : Mais songez que la foudre en tout temps 1'environne , Craignez, en y montant, ce Dieu qui vous le donne. Puissiez-vous, detrompe d'un dogme criminel, Rctablir de vos mains son culte et son autel ! Adieu, regnez heureux ; qu'un plus puissant genie Du fer des assassins det'ende votre vie. Vous connaissez la ligue, et vous voyez ses coups : Us ont paasc par moi pour aller jusqu'ii vous ;

84 LA IIZNRIADE.

Peut-etre un jcur viendra qu'une main plus barbare. . . Juste Ciel. epargnez une vertu si rare ! Permettez. . . ! A ces mots 1'impitoyable mort Vient fondre sur sa tete, et termine son sort.

Au bruit de son trepas, Paris se livre en proie Aux transports odieux de sa coupable joie ; De cent cris de victoire ils remplissent les airs : Les travaux sont cesses, les temples sont ouverls ; De couronnes de fleurs ils ont pare leurs teles Ils consacrent ce jour a d'eternelles fY:tes. Bourbon n'est a leurs yeux qu'un heros sans appui, Qui n'a plus que sa gloire et sa valeur pour lui. Pourra-t-il register &. la ligue affermie, A 1'eglise en courroux, a 1'Espagne ennemie, Aux traits du Vatican, si craints, si dangereux, A 1'or du nouveau monde, encor plus puissant qu'eux ? Dejo. quelques guerriers, funestes politiques, Plus mauvais citoyens que zeles catholiques, D'un scrupule affecte colorant leur dessein, Separent leurs drapeaux des drapeaux de Calvin ; Mais le reste, enflamme d'une ardeur plus fidele, Pour la cause des rois redouble encor son zele. Ces amis eprouves, ces genereux soldats, Que long- temps la victoire a conduits sur ses pas, De la France incertaine ont reconnu le maitre ; Tout leur camp reuni le croit digne de 1'etre. Ces braves chevaliers, les Givris. les d'Aumonts, Les grands Montrnorencis, les Sancis, les Crillons, Lui jurent de le suivre aux deux bouts de la terre : Moins faits pour disputer, que formes pour la guerre, Fideles ;i leur Dieu, fideles a leurs lois. C'est 1'honneur qui leur parle ; ils marchent a. sa voix

Mes amis, dit Bourbon, c'est vous dont le courage DCS heros de mon sang me rendra I'heritage ; Les pairs, et 1'huile sainte, et le sacre des rois, Font les pompes du trone, et ne font pas mes droits. C'cst sur un bouclier qu'on vit vos premiers maitres Recevoir les serments de vos braves ancctres. Le champ de la victoire est le temple ou vos mains Doivent aux nations donner leurs souverains.

C'est ainsi qu'il s'explique ; et bientot il s'apprete A. meriter son trone, en marchant a leur tete

Page 1