‹ La héronnière d'Écury et le héron grisChapitre 20 sur 26 · KT LE IIÉROX GRIS · texte numérisé non relu

KT LE IIÉROX GRIS

Les baguettes étaient très-sèches et sans cloute beaucoup étaient cassées en deux ou en trois quand je les ai désagrégées, néanmoins il ne sera pas sans intérêt de donner l’état suivant :

Nid du haut :

Baguettes ayant eu approximativement au moment de l’édification en moyenne (r,iO de long, et mesurant à elles toutes 241 mètres. Poids 2700 gr.

Uuelques roseaux 80

Terre et poussière 290

Total 3070 gr.

Nid du bas :

Baguettes ayant eu approximativement au moment de l’édification en moyenne de 0“40 de long et mesurant à elles toutes 228 mètres Poids 3112,

Terre et poussière 445)

Poids total 0633 gr.

Les nids de héron sont parmi les plus considérables de notre pays, ceux qui se rapprochent le plus de Paire de l’aigle.

Ils durent des années, grâce aux réparations qu’ils reçoivent à chaque printemps, et forment ainsi de véritables immeubles.

11 est des nids plus Jolis, plus gracieux que ceux que nous décrivons, mais aucun d’eux n’est plus que ces derniers en rapport avec les besoins et les moyens de ceux qui les construisent : tant il est vrai que tout est harmonie même dans les plus

LA HÉRONNIÈRE D’Ér,URY-LE-rxRAND

petits détails de la création. Si le héron n’est point artiste à la façon du chardonneret et du loriot, il est néanmoins un habile constructeur.

A la héronnière, le silence ne se fait qu’au milieu de la nuit, de dix heures du soir k trois heures du matin.

Pour manifester ses désirs, il a été donné au héron d’employer des signes et un peu de pantomime; cela était trop naturel, car par ses proportions et surtout quand il met ses ailes en mouve-. ment, il n’est pas sans analogie avec nos anciens télégraphes; mais ce genre de langage dont se contentent les carpes était pour lui insuffisant, il devait jouir du privilège que les animaux terrestres de grande et de moyenne taille ont de s’exprimer au moyen de sons.

Qu’un oiseau de proie ou un dénicheur s’approche des nids, la sentinelle la plus vigilante donne un coup de trompette. A ce signal d’alarme, tous les habitants de la héronnière sont en éveil et lancent aussi leurs notes de détresse. Alors de plusieurs kilomètres, accourent d’autres hérons pour faire la guerre d’épouvantails et brandir leurs formidables becs.

Mais cette intéressante fédération d’oiseaux, qui depuis des siècles s’est placée sous la haute protection de la famille de Sainte-Suzanne, échappe aux attaques des hommes et généralement elle jouit des bienfaits de la paix. Alors le héron ne fait plus entendre les notes stridentes de sa trompette, il comprime moins vivement l’entrée de son instrument et il en tire des sons le plus souvent éraillés, quelquefois assourdis, mais très-variés, qui rap-

ET LE TIÉRON GRTS.

pellent de temps en temps le cliuchotement de quelques mégères, un tic-tac aigu de moulin, le sifflement de l’oie, le râlement d’un moribond, le grondement d’un chien, le mugissement du bœuf.

Ce langage n’a rien de musical, pas plus que le sifflet du chemin de fer, mais cela n’était pas nécessaire, notre écumeur de marais n^a pas été choisi comme le rossignol pour être soliste dans les concerts de la nature, il est au plus chargé dans les circonstances dont nous venons de parler de quelques accompagnements de contre-basse.

Les variétés de ce langage lui permettent sans doute de dire à sa façon, papa, maman, garçon, fillette, voisin, bon, concorde, plaisir, impatience, colère, terreur, mauvais, peine, pluie, beau temps, lever du soleil, viens à moi^ je vais à toi, etc. En effet, malgré la pauvreté de son vocabulaire, il se fait comprendre très-bien de ses semblables et il les comprend, il n’a pas besoin de belles périodes et de l’éloquence de la parole pour apprécier et remplir ses devoirs de société et de famille, si Ton en juge d’après l’ordre qui règne dans chaque ménage, aussi bien que dans toute la cité.

Quand les conversations s’échauffent, elles s’entendent de huit cents mètres.

La béronnière devrait fournir pour les jardins du château des couches de guano, mais on dirait que le héron se nourrit perpétuellement de laxatifs, ce qu’il rend est liquide, blanchâtre, et se décompose très-facilement; aussi les branches et le tronc des arbres qui supporteiit les nids, sont comme s’ils avaient été blanchis par un badigeonneur, et les

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feuilles des plantes et des arbustes qui couYrent le sol semblent panachées.

Quant aux mainaises odeurs, elles sont trèssupportables parce qu’elles se produisent au grand air.

Dans mes quatre dernières années de visites à la

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héronnière, j’ai tenu cà constater les faits qui ont le plus d’intérêt pour la science, et par suite j’ai fait un inventaire exact des œufs et des petits qui étaient alors dans chaque nid; de là quatre états que je vais d’abord résumer dans le tableau suivant ;

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Je pourrais reproduire, avec tous leurs détails, les chiffres qui m’ont servi à former ces totaux, mais ce serait peut-être abuser de la patience de ceux de mes lecteurs qui ne sont pas ornithologistes. Je me contenterai donc d’offrir ce travail

complet pour mon état du 1®" mai 1865, et de dire que trois autres grands tableaux de 1868, 1872 et 1875, ne diffèrent pas sensiblement de celui de 1865.

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O. — POPULATION DE LA HÉRONNIÈRE A DIVERSES ÉPOQUES DE l’année.

L’exposé des tableaux qui précèdent a pour complément naturel diverses observations qu’il nous reste à faire.

Il importe avant tout de déterminer quelle est du mois de février au mois d’août la population de la béronnière, quel contingent d’élimilateurs elle fournit chaque année.

L’incubation durerait, d’après Brehm (1), 21 jours ; d’après le vicomte de Dax (2), 35 jours, et d’après le garde d’Ecury, de30à35jours ; jen’aipasétéàmême, par des vérifications, de savoir quelle est en cela la vérité, au moins j’ai constaté que le 1®"^ mai 1875, année pendant laquelle les nichées étaient très-avancées, il n’y avait pas à la béronnière un seul héronneau capable de prendre son vol. Les plus grands avaient encore besoin d’au moins trois semaines pour se risquer. Or, les pontes avaient dû commencer le 15 février. Il avait donc fallu, indépendamment du temps nécessaire à la construction ou à la restauration du nid, plus de 3 mois pour la ponte, l’incubation et l’élevage au nid ; de plus, entre deux pontes successives d’un même oiseau il y a toujours des jours de repos. Comme le départ général de la béronnière a lieu à la fin de juillet et dans les premiers jours d’août, il est impossible qu’un seul couple élève deux nichées en une année;

(1) Tome II, p. 634.

(2) Jonnwl des chassevrs^ iiniiée 1S61.

ET LE HÉRON (iRlS.

quand une femelle fait une seconde ponte, c’estque la première n’a pas réussi.

Il s’ensuit que la visite des nids au 1®" mai permet de compter aussi exactement que possible le nombre des nichées de l’année.

On peut également trouver le nombre des reproducteurs en en comptant deux par chaque nid habité. En février, les jeunes de l’année précédente sont nubiles, et quand leurs demandes en mariage ne sont pas agréées, ils décampent. Le concubinage, l’adultère donneraient lieu à des duels à mort.

Par ces explications on voit que les chiffres portés au tableau pour exprimer le nombre des hérons qui s’installent en février et qui partent en août doit se rapprocher beaucoup de la vérité.

Il se trouve ainsi qu’en douze ans la population n’a pas sensiblement changé, puisqu’il y avait, en 1865, 800 hérons, et, en 1875, 818.

11 est à remarquer que pendant cette période, l’étendue des marais et des autres terrains couverts d’eau n’a augmenté, ni diminué sensiblement.

On comprend ainsi que, chaque année, il ne revienne à la héronnière pour le moment de la reproduction que de 300 à 350 oiseaux; quoique chaque année il se produise un nouveau contingent de plus de 400 héronneaux.

De plus, en 1872 et 1875, les trois premiers mois ont été relativement beaux et chauds, la végétation s’est développée de très-bonne heure, les insectes et les petits animaux se sont également multipliés plus tôt qu’à l’ordinaire, et pour les mêmes raisons

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réclosion des héronneaux a été plus précoce. Par ce fait ces oiseaux ont séjourné un peu plus longtemps dans nos contrées.

Ne sont-ce pas là autant de faits qui démontrent les harmonies naturelles de la production et de l’élimination?

11 n’est pas possible en effet d’admettre que la mort, soit naturelle, soit violente, enlève plus de la moitié de la population de la héronnière. On ne connaît pas la durée de la vie d’un héron, mais on sait qu’il vit longtemps. Il faut donc reconnaître qu’une partie des hérons qui ne reviennent pas s’expatrie malgré les attractions si puissantes d’Ecury et porte ses services là où ils sont le plus nécessaire.

La région d’Ecury ne pouvait suffire aux besoins d’une population doublée ou triplée.

Instinctivement donc, les hérons gris s’établissent chaque année à la héronnière d’Ecury, dans la proportion des ressources qu’ils entrevoient, et non pas en nombre tellement élevé qu’ils soient obligés de faire payer trop cher aux Champenois les services qu’ils leur rendent.

C’est là, du reste, une des innombrables applications d’un grand principe de l’ornithologie, celui de la répartition sur toutes les parties du globe des diverses espèces d’oiseaux dans des proportions utiles.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, de même que ces oiseaux sont appelés à empêcher l’excessive production des petits animaux, de même ils sont réduits par des agents chargés de cette besogne.

Particulièrement les Itérons, dans leurs longues

ET LE HÉRON ORTS

migrations, au passage des Alpes, des Pyrénées, à leur arrivée en Afrique, sont appelés à payer un tribut, proportionné à leur nombre, aux oiseaux de proie du nord et du midi qui les suivent ou les attendent.

Ces lois si fécondes en bienfaits et en harmonies, aussi merveilleuses que peu connues, ne peuvent être trop signalées à l’attention des penseurs et des destructeurs d’oiseaux.

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