PATTES DU HÉRON
La charpente osseuse dont nous venons de parler a été composée non-seulement pour protéger les gros appareils de transformation que possède le héron, mais encore et surtout pour servir de hase à ses appareils de locomotion et à tous ses mouvements.
Kt d’abord si les déplacements longs, rapides et multipliés à travers beaucoup d’obstacles, sur terre, sur les arbres, sur l’eau et dans les airs, ont rendu le vol nécessaire, il faut reconnaître que la plupart des oiseaux sont surtout appelés à faire usage de leurs pattes. Examinons donc d’abord ce que cette partie de l’organisme nous apprendra sur le rôle du héron.
Du moment où cet animal avait pour de grands et rapides déplacements les facilités du vol, il était bien inutile de lui donner les embarras d’un grand nombre de pattes comme aux insectes et aux mammifères ; il lui suffisait d’en avoir deux égales en poids et en longueur ; cette simplification de mécanisme lui assure l’agilité dont l’homme jouit pour la marche, et il peut, sans se préoccuper des obstacles, se lancer dans toutes les voies qui lui sont
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ouvertes sur terre, dans les herbes, sur les arbres, dans l’eau et dans les airs.
Formée d’une seule ou de nombreuses plialanges comme une jambe de bois et comme les vertèbres du cou, la jambe du héron aurait été, dans le premier cas, sans souplesse, et, dans le second, sans force ; sa division telle que nous la constatons dans cet oiseau est si remarquable qu’à elle seule elle nous révèle déjà le rôle de cet éliminateur.
La patte est attachée au milieu du sacrum par l’articulation du fémur long de 0“09 ; le fémur fléchi s’avance jusqu’au milieu des vertèbres dorsales, contre lesquelles il est souvent adossé, et quel que soit le redressement ou l’inclinaison du corps, les pattes peuvent facilement correspondre au centre de gravité.
La seconde partie de la patte qui, chez tous les oiseaux est la plus longue, est formée par un tibia et un péroné rudimentaire. Le tibia du héron a 0“21 ; il sert d’intermédiaire entre le fémur et le tarse. Tous ces os donnent attache à des muscles dont l’action exécute les mouvements qui se transmettent par les tendons aux ditférents os mobiles.
La troisième partie a dans le système humain pour analogue le pied. En fait il se compose chez le héron d’un prolongement de la jambe qu’on nomme tarse et qui a seize centimètres de long, et de quatre doigts qui se plaquent sur terre de manière à remplacer la plante du pied ; si donc la patte de l’oiseau, par le reploiement plus ou moins complet du fémur, perd de sa longueur, il la retrouve dans le tarse. Cette partie est même la plus carac-
téristique de la jambe chez les oiseaux ; c’est elle qui, sous forme de peau écussonnée, épaisse, légère et imperméable, porte les guêtres dont nous entourons notre tibia pour marcher dans les herbages. De cette façon le pied est encore plus allégé que la jambe et n’est pas un embarras pour la marche.
La distribution des doigts n’est pas moins remarquable, le médium qui a 0“ 105 de long a pour prolongement en arrière un pouce long de 0“06. Pour former l’équilibre de côté, il est aidé de deux autres doigts qui ont en longueur celui de l’intérieur O^'OST et celui de l’extérieur 0“097. Le pouce n’a qu’une phalange, mais le doigt interne en a deux, le médium trois et l’externe quatre. A leur point de départ et sur une longueur de 015, l’externe et le médium sont réunis par une palmure semblable à celle du canard. Les trois doigts sont également garnis sur une grande longueur de membranes qui élargissent un peu leur base. L’extrémité des doigts est armée d’ongles longs et acérés.
Telles sont la forme et les divisions de la patte et des doigts du héron.
Les avantages dont nous avons déjà parlé ne sont pas les seuls qui en résultent.
Les pattes étant divisées en trois parties, l’oiseau peut les étendre inégalement et suivre ainsi les inclinaisons du sol ou d’une branche balancée par le vent, sans imprimer de trop grandes contorsions à son corps.
Oiseau de marais appelé à marcher sur la vase ou les herbages; il lui suffisait d’avoir des jambes assez fortes pour porter le corps. Aussi il n’a pas
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les pattes renforcées et les fortes articulations de Tœdicnème criard. De petites palmures indiquent (jue cet oiseau doit rester posé dans le marais et \ marcher, de même qu’il marche et se pose sur une branche.
Chaque patte est combinée et surtout équilibrée à sa base de manière à porter alternativement le corps, ce qui est pour l’oiseau une manière de se reposer.
Sous tous les rapports les pattes sont d’une exiguïté qui rappelle l’instrument de locomotion que nous appelons échasse, et il est donc logique que le héron ait été appelé échassier.
Pour forcer les petits animaux à sortir des retraites où ils se réfugient, les hérons se servent des ongles dont sont armés leurs longs doigts; souvent aussi ils foulent la vase avec leurs pieds.
Grâce à la longueur de ses pattes, le héron s’élance de terre et prend son vol sans trop de gêne, ce qui n’arriverait pas assurément si, sous ce rapport, il n^était pas mieux monté que le martinet.
Si, désailé ou surpris, il se trouve en face d’un ennemi, il peut en faisant seulement deux ou trois pas en arrière, prendre une position plus avantageuse et mieux préparer ses coups.
En allongeant ses pattes, en s’élançant vivement et en s’aidant de ses ailes, il franchit très-vite quelques mètres, de manière à saisir une couleuvre qui fuit.
Quand il vole, en allongeant les pieds et en éloignant ainsi plus ou moins le [)oids de ses huit doigts, il rétablit à l’arrière l’équilibre que son grand cou a rompu un instant à l’avant. Il se trouve
ainsi que pour équilibrer son corps en volant et lui conserver une position horizontale il a deux balanciers, celui du cou et des pattes dans le sens de la longueur, et celui des ailes dans le sens de la largeur : c’est pour les besoins de cet équilibre que le cou se plie et affecte les sinuosités que nous remarquons.
§5. — BALLONS intérieurs; AILES.
Le mécanisme du vol est bien plus remarquable encore.
Pour voler, c’est-à-dire se déplacer dans les airs, il fallait ou utiliser les forces de la nature, c’est-àdire s’alléger de manière à être porté et poussé par le vent, s’élever et se tenir dans les couches élevées et moins denses de l’espace ou comprimer l’air assez pour y trouver des points d’appui.
Or, le héron ne pouvait s’élever comme la fumée, être poussé comme une plume, se promener sur des couches d’un gaz comprimé à la façon de l’air encaissé dans un coussin. En raison de son poids qui va jusqu’à deux kilogrammes il ne devait donc pas quitter la terre, et ainsi il n’aurait jamais dominé un lapin du même poids que de la hauteur de ses écliasses et de son cou.
Mais le créateur a voulu le rendre capable d’opérer, pour les éliminations mises àsacharge^delongs et rapides déplacements, et il en a fait un oiseau de haut vol.
D’abord son corps est drainé non-seulement poulies fluctuations du sang, mais encore pour une distribution générale et continuelle d’air chauffé
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et chargé de vapeur; ces drains à air aboutissent à de nombreux réservoirs contenus par des enveloppes membraneuses très-minces et extensibles. Leur gonflement augmente au fur et à mesure que l’action du vol développe de la chaleur. Les os de l’humérus et du fémur, au lieu de contenir de la moelle, comme les os des mammifères, sont creux et encaissent également de l’air chauffé ; de cette façon le corps acquiert déjà les propriétés d’un ballon.
De plus, le héron a reçu des ailes qui en se déployant, font office de voiles et qui, mises en mouvement, deviennent des appareils à compression d’air, des rames et des leviers emplumés ; grâce surtout à ces annexes, aussi légères qu’étendues en surface, aussi flexibles que fermes, l’oiseau met les vents à profit et comprime assez l’air pour s’y créer des points d’appui, s’élever et se diriger à toutes les hauteurs et dans toutes les directions.
Quelques détails de ce mécanisme justifieront ces énonciations. '
On comprend déjà que de grandes voiles attachées aux pieds^ comme le sont les palmes du canard, n’auraient pas résolu la question. Ces voiles ne pouvaient fonctionner facilement et assurer tous équilibres qu’à la condition d’être attachées sur les côtés à l’avant et à la partie supérieure du corps. En effet, si l’oiseau fait usage de ses pieds pour se reposer, se percher^ marcher et courir, les ailes ne servent que pour le transporter et non pour lui procurer l’immobilité dans l’air. Par suite il n’était pas nécessaire que leur attache principale concordât avec le centre de gravité du corps: placé à ce centre de gravité, l’oiseau eût culbuté en avant ou oscillé
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comme le papillon; fixéesetcommeatteléesàchaque côté de l’avant, elles avaient l’avantage d’assurer au centre de propulsion la direction de la tête de l’oiseau. Ainsi libres de leurs mouvements elles s’élèvent, s’abaissent, s’avancent, se retirent de manière à fournir par des compressions d’air rapides et continuellement répétées tous les points d’appui dont l’oiseau a besoin. Comme elles sont égales en poids et en longueur et qu’elles se replient et s’étendent également à chacun de leurs mouvements, elles procurent toujours à droite et à gauche du corps les mêmes points d’appui et assurent l’équilibre qui est nécessaire au vol; aussi, quand on coupe un bout d’aile à l’oiseau, il ne peut plus voler et si, au contraire, on lui coupe également chaque bout d’aile, il s’élève et même il vole plus ou moins bien et longtemps.
Par la division, la forme, la solidité, la flexibilité, l’étendue et la légèreté de ces annexes on s’explique du reste les secrets de leurs évolutions.
D’abord l’appareil de l’aile se compose d’une tige principale en os, muscles et peau, et même, quand l’oiseau sort de la coquille, il ne possède encore que cet appendice. Si cette tige avait été d’une seule pièce comme la vergue d’une voile de navire, elle aurait été pour l’oiseau au repos d’un très-grand embarras et elle n’aurait pu accomplir tous les mouvements nécessaires au vol. Aussi elle a été divisée en trois parties : la première qui se compose de rhumérus, la deuxième du cubitus et du radius, la troisième du carpe, du métacarpe et de deux petites phalanges. Repliées quand l’oiseau est posé sur ses pattes, c’est-à-dire le plus sou-
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vent les trois parties principales de l’aile recouvrent et garantissent les côtes du squelette et complètent ainsi les grosses charpentes des vertèbres dorsales du sternum et du sacrum. En s’étendant et en raison de leur variété elles se prêtent parfaitement au vol nécessaire à chaque espèce d’oiseau.
Cette tige principale étant appelée à couper l’air en avant et de côté, n’a été pourvue de voiles qu’à l’arrière et à l’extrémité.
Les voiles, au lieu d’être en peau comme celles du poisson volant, de la chauve-souris ou de la palme attachée à la patte du canard, sonten tissus soyeux.
Sous le paragraphe 7, c’est-à-dire après avoir dit quelques mots des muscles et de la peau, nous exposerons à la fois les principes qui se rattachent aux plumes, aux voiles des ailes et de la queue.