‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 14 sur 72 · L-TPUES : I. A Bl* 1 M · texte numérisé non relu

L-TPUES : I. A Bl* 1 M

ZUTPHEX

Rien n"estplus varié que la campagne qui enveloppe ApeIJoorn. D'un côté, ce sont des bois hauts et touffus, aux allées ombreuses bordées de vieux arbres; de l'autre, des bruyères désolées, des mamelons dénudés, un sol sablonneux que l'industrie et la persévérance des Hollandais parviennent, à force de travail et d'argent, à transformer en taillis; enfin, un peu plus loin, ce sont des grasses prairies, des campagnes fertiles, des champs couverts de moissons. Les bois conduisent à Milligen où est établi le camp de manœuvres de l'armée néerlandaise; les bruyères, à Arnhem; les riches campagnes sont sur la route de Zutphen.

A mesure qu'on approche de cette dernière ville, le sol s'aniéliore; et bientôt, dans le voisinage de l'Yssel, formé par des terrains d'alluvion, il de\ient d'une fertilité merveilleuse. Imaginez des bestiaux superbes, r(L'il demi-clos, occupés à tondre des prés à l'herbe haute

Ss I.t-1 Hollande à vol d'oiseau.

et dans laquelle ils enfoncent jusqu'aux genoux; ajoutez quelques bosquets touiVus et d'élégantes habitations annonçant l'aisance; telle est cette verdoyante contrée dont la richesse et la fertilité paraissent d'autant plus grandes, qu'on vient de traverser les landes désolées qui enveloppent Apeldoorn à l'ouest et au sud.

Zutphen est assise sur la rive de l'Yssel. Sa position est charmante, et je ne connais pas de plus vivant et de plus gai point de vue que celui qu'elle offre au spectateur qui la considère de l'autre bord de la rivière.

Un long quai, borde de maisons neuves et coquettes, peintes en couleurs claires et rechampies de boiseries blanches, ombragé de beaux arbres aux cimes arrondies, et dont les berges s'inclinant en pente douce sont transformées en véritables parterres; peut-on imaginer rien de plus aimable et de plus gracieux? Placez en avant de cette belle ligne verte et grise un bataillon de gros bateaux aux couleurs chaudes et brillantes, aux longs mâts et à la voile foncée, et audessus les flèches, les tours et les clochers de la vieille ville; certes, il serait difficile de rêver un spectacle plus agréable que celui-là.

La rivière passée, Zutphen ne dément pas la bonne opinion qu'on a conçue d'elle. Tout d'abord un beau quai, ïYsselkade, développe ses splendeurs fleuries et feuillues et sa longue rangée de maisons élégantes. Puis, contraste frappant, derrière cette première ligne si correcte, si soignée, si bien attifée, si pimpante, on retrouve l'ancien fossé de la ville, alimenté par une autre rivière, la Berkel, et bordant un vieux rempart, qui est bien la construction la plus désordonnée qu'on puisse voir.

Cet ancien mur d'enceinte, devenu une inutile parure, a été, e" effet, absorbé par les habitants. Plus d'un Ziitpheiiaar s'y est taillé une demeure, en y pratiquant quelques ouvertures et en le surmontant par un lambeau de toit. Ensuite sont venus les persiennes blanches ou vert pomme, les escaliers extérieurs, toujours noircis au goudron, un fouillis d'herbes et de fleurs, à peine contenu par quelques bar-

Zntplu-u. 83

rièrcs blanches, qui mirent dans les eaux de la rivière leurs maigres silhouettes enrubannées de lierre, de glaïeuls et de pétunias.

Un petit pont permet de franchir le vieux fossé, et, par lui, on pénètre dans le cœur de la cité. Guicciardini, ce consciencieux observateur, qualifiait au xvi" siècle Zutphen « une bonne ville et bien bâtie ». Il faut croire qu'elle n'a pas changé depuis ce temps, car aujourd'hui on ne trouverait pas d'expression plus juste pour la dépeindre. Ses rues sont larges et propres, point trop droites, bien passantes, bordées de constructions soignées et solides; elles sont, en outre, animées, gaies, bruyantes même parfois, surtout les jours de marché.

Ce marché se tient sur une grande place, de forme bizarre, allongée, étranglée en quelque sorte, que termine une jolie construction de bon style, précédée d'un perron et d'un bellVoi. Jadis ce bel édifice et sa tour se nommaient la << Cour du comte ». Depuis, on leur a donné le nom de IVfiihuis ou « Maison au vin ». Le beau dessin de Lalanne rend toute description de ce monument inutile; aussi me bornerai-je à dire que le Wyiihuis à l'intérieur n'est pas moins intéressant qu'au dehors, car c'est là que sont renfermées les richesses artistiques de la ville.

Un joli musée, des archives intéressantes, un commencement de bibliothèque, telles sont les trois divisions entre lesquelles un conser\ateur intelligent et érudit a réparti ce trésor municipal encore bien incomplet. Des chartes fort anciennes, quelques-unes illustrées de curieuses figures, des autographes précieux, quelques manuscrits enrichis de miniatures, les anciens sceaux de la ville, les sceptres des bourgmestres, des morceaux curieux d'orfèvrerie, quelques verreries intéressantes, des armes, pertuisanes, piques, hallebardes, etc. , forment les principaux éléments dont sont composées les deux premières divisions; quant à la bibliothèque, nous la négligerons, si vous y consentez, car Zutphen en possède une autre inùniment plus curieuse. Je veux parler de la bibliothèque de Sainte-Walburge.

S4 ^-'7 IloIIaiidi' à vol d'oiseau.

Mais, a\ant de pénétrer dans ce sanctuaire des vieux livres, permettez-moi de vous montrer l'antique église à laquelle il est annexé. C'est par une large rue s'ouvrant sur la droite qu'on se rend à Sainte- Walburge. Ce vieux temple âgé, aujourd'hui, de près de huit cents ans, est situé sur une petite place irrégulière, mais d'agréable aspect, et tout auprès des remparts qu'il domine de sa masse imposante. Très remanié au xv' siècle, il a conservé cependant unefière tournure, et ses vastes proportions, sa haute tour, ses grandes baies ogivales sont rendues plus gigantesques encore par l'étroitesse des maisons et les proportions modestes des édifices publics, groupés dans un gracieux désordre autour de la place qui lui sert de parvis.

A l'intérieur, Sainte-Walburge est froide et nue comme toutes les églises envahies par le protestantisme ; et c'est à peine si de tous ses trésors d'autrefois, on retrouve encore deux échantillons de quelque mérite. Le premier est un de ces antiques lustres de fer, nommés jadis « couronnes » à cause de la forme qu'ils affectent. Ce lustre date du xiir siècle et fut offert à l'église par le comte Othon II, surnommé le Boiteux. L'autre est un magnifique baptistère de 4 mètres dehaut, tout en bronze, ayant la forme d'une large coupe, surmontée d'un couvercle tout hérissé de niches, de statuettes, de colonnettes et de pinacles, et se terminant par l'image d'un pélican.

Mais alors même qu'elle n'eût pas conservé ces deux restes précieux de son antique splendeur, Sainte-Walburge mériterait qu'on s'y rendît en pèlerinage rien que pour visiter sa bibliothèque, dont nous allons parler maintenant, et qui est unique dans tout le pays.

Ne croyez pas, en effet, rencontrer là un amas considérable de livres rangés sur les vulgaires rayons, disposés dans des armoires plus ou moins vastes. Non point, nous sommes dans une de ces vieilles « librairies », comme on les comprenait il y a trois cents ans; c'est-à-dire dans une salle basse et mal éclairée, où s'allongent vingt doubles pupitres chargés de trois cents énormes in-folio, que trois cents chaînes de fer retiennent à la place qui leur est assignée.

Z ut f lieu.

Ce que peut être une pareille collection, vous le devinez sans peine. Les vieux manuscrits y figurent pour près de moitié, le reste consiste en précieux incunables. Petrus SchoitTer, Baptista de Tortis, Jehan Froben, Henri Estienne, Andréas Thoresanus, Johannes Alemanus, tels sont les noms qui signent une partie de ces livres

^' Vi. ^

H-TiS

Page 1