‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 15 sur 72 · ZUTPnEN ; LÀ GRAS DE ÉGLISE, VUE DES IlESIPARTS · texte numérisé non relu

ZUTPnEN ; LÀ GRAS DE ÉGLISE, VUE DES IlESIPARTS

vénérables. Combien de bibliothèques, qui se croient riches, n'en pourraient aligner autant! Et cependant ces trésors bibliographiques sont loin d'être traités avec tous les égards qu'ils méritent.

Enfermés au fond de cette crypte, ils demeurent à la garde d'un honnête sacristain, qui se fait un devoir d'ignorer l'importance du trésor confié à ses soins. L'air pénètre rarement dans ce réduit. L'humidité y accomplit lentement son œuvre, et des mains impies achèvent la triste besogne dont le temps s'est si bien chargé. On sort de cette bibliothèque l'esprit morose; mais, pour se remettre en

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belle humeur, il n'est pas besoin de faire un long chemin. Il suffit de franchir la porte située près de Sainte- Walburge et de gagner le rempart.

Je connais peu de promenades plus délicieuses que celle-là et mieux faites pour rasséréner l'esprit. D'un côté, la vue, franchissant les bastions neufs qui ceignent la ville d'un double circuit, s'étend sur une campagne fertile et plantureuse, coupée de longues allées d'arbres et de canaux argentés. Puis le regard, remontant le cours de l'Yssel et suivant ses majestueux circuits, va se perdre tout au loin dans des massifs de grands arbres quidécoupent sur l'horizon leur silhouette azurée. — Ce n'est pas d'aujourd'hui que cette campagne est célèbre. Il y a deux siècles et demi, le vieux Blaeu, peu accessible cependant aux beautés de la nature, s'écriait en parlant de Zutphen : « Elle se réjouit de son climat salubre, et les champs qui s'étendent à ses portes sont fertiles et propres à engraisser les bestiaux aussi bien qu'à porter d'abondantes récoltes. » Depuis lors, la campagne qui entoure Zutphen n'a certes pas démérité.

De l'autre côté, on domine l'ancien fossé, les vieux remparts et les maisons de la ville, qui semblent enchâssées dans des massifs de verdure. Puis c'est l'église Sainte- Walburge qui développe son abside toute faite de bâtiments incohérents et tourmentés, rajustés de la façon la plus extraordinaire qu'on puisse voir; et une vieille tour, avec ses créneaux et ses mâchicouUs, la Drogeiiapstorcn, un peu penchée, comme il convient à un monument de son âge, mais encore robuste malgré les ans, mire sa double plate-forme et ses longues meurtrières dans l'eau limpide du fossé.

Ces tons chauds de la brique, ces teintes fraîches du feuillage, ce miroitement de l'eau refléchissant les vieux murs, les arbres et le ciel, tout cela forme un tableau d'une harmonie délicieuse et qui se continue pendant un long espace de temps, faisant ainsi presque tout le tour de la ville. Et derrière ces fossés, ces arbres, ces fleurs, ce mur à moitié rompu, ébréché, troué, crevé par place, on aperçoit les

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toits rouges qui s'entassent et se pressent, les maisons coquettes, qui dressent leurs gracieux pignons, les pigeonniers et les tourelles qui attestent l'ancienne fortune des habitants de Zutphcn, et justifient le fameux dicton gucltrois auquel nous a\ons dcjà fait allusion :

Nymegen tio oudste, Roermond de grootste, Arnhcm de lugtigste, Zutphcn de rykste.

« Nimègue est la plus \ieille; Roermond est la plus grande, Arnhem « est la plus gaie; et Zutphcn la plus riche. »

En suivant cette charmante et silencieuse promenade, on arri\e à une vieille porte de la ville qu'on appelle « la Ruine » et qui mérite bien son nom. C'est une de ces anciennes « portes d'eau » comme on en voyait jadis dans toutes les villes fortifiées des Pays-Bas. Assise sur deux piles robustes, enjambant la rivière comme un pont, cette porte, qui barre la Berkel, défendait jadis l'accès de ce petit cours d'eau qui traverse Zutphen de part en part.

Au-dessus de ses arches règne encore aujourd'hui une longue galerie flanquée de deux petites tourelles et percée sur toute sa longueur de meurtrières et de mâchicoulis. Pauvre invalide à moitié détruit, le lierre et les glaïeuls promènent leurs verdo\-antes arabesques sur ses blessures, et pendant que ses vieux murs désunis, s'effritant au soleil et à la pluie, témoignent de la \anité de nos oeuvres, la nature, par la parure discrète dont elle recouvre ces plaies béantes, atteste son impérissable jeunesse et son éternelle fécondité.

La Berkel, je viens de le dire, coupe Zutphen en deux, et je connais peu de rivières qui, sur un aussi court trajet, fournissent à l'artiste plus de motifs pittoresques. Des deux côtés de ce maigre cours d'eau, c'est un défilé de maisons branlantes, aux murs lé/ardés, avec des balcons noirs, des toits rouges, des murs gris, des terrasses en bois garnies de fleurs et de verdures, de petits escaliers et de grandes

La I]()lhi)ide à vol d'oiseau.

cages suspendues, comme des moucharabis, au-dessus de l'onde limpide et pressée, qui court en frissonnant sur un lit fait de cailloux luisants, de poteries brisées, de chaudrons éventrés et de tessons de bouteilles.

Deux ponts et deux moulins coupent la Berkel, sans qu'elle consente à ralentir son allure hâtive.

Elle longe un marché au poisson et s'en va retrouver, de l'autre côté de la ville, les fossés qu'elle arrose et les murailles du vieux temps auxquelles elle sert de miroir. Le cours de cette curieuse rivière et la promenade des remparts sont assurément les deux points les plus pittoresques de Zutphen.

On doit encore, pour connaître la ville, parcourir ses belles et larges rues, visiter ses églises, celle des dominicains froide et nue, l'église Notre-Dame avec son gigantesque clocher pointu, moins démeublée que ses deux rivales, car elle appartient aux catholiques. Il faut surtout longer l'Yssel, suivre ses beaux quais ombragés, s'attarder au milieu des corbeilles fleuries; mais l'artiste revient toujours à ces deux points si pittoresques, le cours de la Berkel et les anciens remparts.

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