‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 16 sur 72 · ZDTPHEN : LES DOUDS DE L'YSSEL · texte numérisé non relu

ZDTPHEN : LES DOUDS DE L'YSSEL

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Alors même qu'elle ne serait point entoure'e de campagnes riantes et de villas tleuries; alors qu'elle ne posséderait ni le i^rand fleuve qui la baigne ni les monuments qui la parent ; alors que son histoire civile et guerrière ne compterait aucun fait éclatant, Deventcr, •qu'il nous faut visiter après Zutphen, mériterait encore de voir passer son nom à la postérité ; car ce nom appartient à la science.

Le docteur Tulp, en effet, cet illustre docteur prolecteur des arts et ami de Rembrandt, au xxiv" chapitre du IIP livre de ses Mcdic'j'uscIk; Aotnu'i'lciuiren :Observations médicales), cite un fait curieux, peut-être unique dans les fastes de la médecine, où le nom de De\enter se trouve mêlé. C'est le cas d'une femme de cette ville, qui, se trouvant dans une position intéressante, fut prise d'une tendresse subite pour les harengs, et en absorba quatorze cents dans une seule séance.

A quoi tiennent les destinées cependant ? A quoi tient la réputation ? A quoi tient la gloire ?

Heureusement que, pour le vo^-ageur parcourant ces contrées, Deventcr a conservé d'autres attraits que ce singulier .sou\enir. Pour nous, qui arrivons du midi, elle olfre maintes particularités

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frappantes. C'est la première ville d'une nouvelle province, l'Over- Yssel , ancienne patrie de nos ancêtres les Francs Saliens. C'est, en outre, une des plus jolies cités secondaires du royaume de Hollande ; enfin, avec elle, nous commençons à pénétrer dans la partie septentrionale du pays et les caractères nationaux se développent et s'accusent.

Ils s'accusent dans les habitations, dont la toiture devient plus pointue, et qui tournent sur la rue leur pignon à redans. Ils s'accusent aussi par la brique devenue visible, et dont on cherche beaucoup moins à déguiser la couleur sous un badigeon clair ou sous une couche de plâtre, de chaux ou de ciment. Ils s'accusent par les types et par les costumes : dans les types, par les physionomies plus blanches et plus roses, par les yeux plus bleus et plus doux, par les cheveux plus blonds, par les carnations plus délicates et plus fraîches: dans les costumes, par les vêtements' plus clairs chez les femmes, et plus sombres chez les hommes, par l'éternelle basquette d'indienne chez les domestiques, et enfin par le casque doré.

Ainsi, insensiblement, nous voici arrivés à ces pays typiques dont nous n'allons plus sortir maintenant. Nous avons traversé le Limbourg peuplé par la race wallonne, nous avons vu Bois-lc-Duc et les Brabançons, nous avons parcouru la Gueldre et le comté de Zutphen et, peu à peu, les caractères de la race se sont accentués; peu à peu, les villes et les pays ont revêtu l'aspect particulier qui constitue leur originalité typique, et nous voilà, sans grandes exclamations et sans étonnement intempestif, parvenus au milieu d'un pays curieux entre tous, qui ne copie personne et qui, fidèle à ses traditions, à ses usages, à ses passions, comme à ses coutumes, a supérieurement conservé les traits qui le distinguent des autres nations de notre continent. Je viens dédire que Deventer était une des plus jolies cités secondaires des Pays-Bas ; mais, si l'on veut être du premier coup séduit par son aspect aimable et ses gracieuses perspectives, il faut se garder de l'aborder par le côté de la station. Pour bien faire, nous devrions.

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avec les yeux bandes, traverser toute la ville, et nous en aller sur l'autre bord de l'Yssel, à l'extrémité du grand pont de bateaux qui met en communication les deux rives.

De là, placés au milieu d'une admirable allée dont les arbres gigantesques forment au-dessus de nos tètes une voûte majestueuse, nous découvrons un panorama magique. Au premier plan, ces géants aux troncs énormes, réguliers, droits et superbes, aux branches souples, s'entre-croisant et s'entrelaçant, au feuillage épais et sombre ; un peu plus loin, le ilcuve d'argent roulant ses petits flots discrets qui semblent pétiller au soleil, et portant de gros bateaux bariolés de couleurs vo3'antes ; puis enfin, sur l'autre rive, Deventer, la ville avec son quai ombragé par place, encore bordé de ses vieilles murailles qu'ont éventrées de coquettes habitations, dominé par une forêt de pignons pointus, au-dessus desquels se dresse la silhouette altière des hautes tours et des clochers ambitieux détachant leur masse sombre et sévère sur les tons irrisés du ciel. Connaissez-vous, en Europe, beaucoup de tableaux qui, dans ces données modestes, soient mieux composés et combinés plus heureusement ?

Le pont traversé, notre passage acquitté, le quai franchi, nous pénétrons dans la ville, et, tout de suite, nous nous trouvons sur une place irrégulière, mais très pittoresque, que bordent, d'un côté, la cathédrale et, de l'autre, l'hôtel de ville entouré de vieilles et curieuses maisons.

L'église, qui se dresse à notre gauche, est une des plus vénérables qui soient dans le pays. Ses fondations datent du vru' siècle, mais par combien de vicissitudes n'a-t-cUe pas passé depuis ! Trois ou quatre fois elle devint \i\ proie des flammes. Il fallut la rebâtir, et puis, quand on l'eut rebâtie, on s'occupa de la restaurer et de l'agrandir. C'est ainsi que jusqu'au xV siècle, elle ne posséda qu'une seule nef; maintenant elle a en trois, et toutes trois d'égale hauteur, recouvertes de belles voûtes en briques qui les complètent admirablement.

C'est aussi du xv'^ siècle que datent sa façade méridionale

construite en pierres de taille, très richement ornc'e, et la belle tour gothique qui orne son portail. Malheureusement, cette dernière est demeurée inache\ée, et, deux siècles plus tard, on l'a couronnée d'un singulier campanile, de forme octogone, avec ses attiques et les pilastres au goût du temps, et portant sur les quatre faces quatre devises prudentes, {jue de tous les points de la ville les habitants ont ainsi continuellement sous les yeux : Fide Dko : Consule : Vic.iea : Fortis ACE. Certes, c'est là une ligne de conduite excellente, bien tracée. Il faut remercier le magistrat de Deventer de l'avoir placée si haut^ pour l'édification de ses concitoyens.

L'hôtel de ville, qui borde l'autre côté de la place, est bien loin d'avoir une aussi fière tournure que la vieille cathédrale. Il a longtemps joui cependant d'une grande réputation. Il date de ii3()3. Dire son âge, c'est relever son style, et, bien que les architectes néerlandais aient rarement réussi dans leurs réminiscences grecques ou latines, il suffisait à ce bon stadhuis d'être d'ordonnance classique, pour inspirer jadis une sérieuse admiration.

Heureusement que l'intérieur rachète largement le peu d'enthousiasme qu'excite la façade. Un beau vestibule orné des armoiries des anciennes corporations et des vieux glaives de justice, la salle échevinale demeurée intacte, le cabinet du bourgmestre qui a conservé son ancienne décoration, la bibliothèque de la ville, composée des débris de l'ancienne bibliothèque académique d'Harderwijck, sont bien capables de nous faire passer quelques heures agréables. Mais tout cela viendrait-il encore à nous faire défaut, qu'il suffirait d'un admirable chef-d'œuvre, que renferme l'hôtel de ville, pour nous plonger dans le plus complet ravissement.

Ce chef-d'œuvre, c'est un tableau de Ter Borg ou, si vous aimez mieux, de Terburg, car ce grand artiste n'est guère connu du public que sous ce dernier nom qui n'était pas le sien. Cette belle peinture, le tableau le plus considérable du maître, est datée de 1667 et représente le conseil échevinal en fonction. Les seize magistrats et les

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quatre secrétaires, en tout vingt personnages, vingt portraits, sont chacun à leur banc, dans l'attitude qui leur était familière, occupés à rendre la justice à leurs administrés.

La tâche du peintre était ingrate, car déjà, au xvir siècle, on se

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