‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 17 sur 72 · D E V K N i L 1: ; LE " It ii 1 S K · texte numérisé non relu

D E V K N i L 1: ; LE " It ii 1 S K

montrait singulièrement dédaigneux de ce principe d'Aristote prétendant u qu'il appartient aux beaux hommes de commander à leurs concitoyens ». Mais, grâce à la magie de son pinceau, le maître a si bien composé son tableau, il a si heureusement reproduit les attitudes, il a imprime aux physionomies de ses petits personnages un tel caractère de \ érité, il a déployé sur cette toile, relativement étroite.

Q4 La Hollande à vol d'oiseau.

tant de soin, tant de précision, tant d'exactitude dans l'observation de chaque détail, il a enfin enveloppé son œuvre dans une lumière si chaude, si puissante, si généreuse que, d'une scène en apparence bourgeoise et même un peu vulgaire, il a fait une page d'histoire du plus haut intérêt.

Le grand peintre habitait Deventer à l'époque où il fut chargé par le magistrat d'exécuter ce chef-d'œuvre. Il étair né à Zwolle en 1608, et, après avoir longtemps vécu à Amsterdam, à cinquante-neuf ans il était revenu se fixer dans la province où il avait vu le jour. Il s'était marié en arrivant à Deventer, puis il avait exécuté le chefd'œuvre que nous venons d'admirer, sans se douter qu'il s'assiérait, lui aussi, sous les glaives terribles de la loi, et que nommé échevin par ses nouveaux concitoyens, il rendrait à son tour la justice.

Mais Terburg ne doit pas nous faire oublier Deventer et la jolie ville nous réserve encore d'autres tableaux, ceux-là d'un autre ordre, formés par ses aimables perspectives et les gracieuses façades de quelques-unes de ses maisons.

En sortant de l'hôtel de ville, nous passons devant le bureau de police, sans nous y arrêter. C'est pourtant une construction du plus heureux style, avec son mélange de brique et de pierre, ses fines sculptures, son ornementation tourmentée, son pignon à redans et volutes et la statue guerrière qui le couronne. Passons aussi devant cette maison de bois, dernier vestige des habitations du xiv siècle. Il me tarde de vous conduire sur le Brink et de vous montrer le <i poids » de la ville.

Le Brink est l'ancien forum de Deventer, à la fois marché, promenade et place publique. C'est là que la population s'amassait autrefois pour se livrer à ses transactions commerciales ou encore pour assister aux supplices des condamnés et aux harangues du magistrat. Le « poids » qui occupe le milieu du Brink est un des édifices les plus pittoresques qu'on puisse rêver. Construit en brique et pierre, souvent restauré, jamais défiguré, il fut édifié en

Dcreiiler. qS

i52S,ce qui ne l'empcchc point d'avoir des fenêtres trilobées, des tours et des tourelles, c'est-à-dire tout l'appareil des monuments gothiques. En i(3|'3, on le compléta par un élégant perron et par un escalier à double rampe, qui font un excellent ellei.

Jamais bâtiment civil plus amusant de forme, plus curieux de tournure, plus bizarre dans sa coquetterie fantasque, ne servit d'abri à de graves marchands toujours préoccupés de leurs intérêts, toujours absorbés dans les combinaisons et les calculs. C'est pourtant là qu'ils se réunissaient jadis, ces graves négociants, pour régler leurs transactions; car Dcvcntcr fut pendant trois siècles une place de commerce importante. Aujourd'hui, de ses splendeurs industrielles il ne reste plus que sa fabrication des tapis qui est demeurée fameuse dans toute l'Europe, et celle de son pain d'épice, le dcvcntcrkock, comme on le nomme, qui n'a guère de notoriété que dans l'Over- Yssel et les provinces en\ ironnantes.

Le Briitk, je l'ai dit, forme une jolie promenade ombragée de grands arbres. A l'ombre de ces grands arbres, on distingue bon nombre de maisons élégantes et curieuses. Les plus âgées datent de la Renaissance, et l'une d'elles porte, nichées dans sa façade, les vertus théologales, la Foi, l'Espérance et la Charité. D'autres, plus modernes, mais non moins remarquables, étalent à leurs frontons des dieux et des déesses tels qu'on savait les comprendre au siècle dernier, ^'ieilles ou jeunes, toutes sont de précieux échantillons de ce que le bon goût sait faire produire aux époques les plus diverses. Notre temps sera-t-il donc le seul à ne point laisser de pareils souvenirs ?

En quittant le Brink et en appuyant sur la droite, nous ne tardons pas à arriver au bas d'un monticule que couronne la Bcrffkci-k, l'église de la montagne. Que ce nom toutefois ne vous cause aucune appréhension. Pour visiter la Bcrgkcrk, il n'est pas nécessaire d'escalader des cimes escarpées, ni de gravir des pentes rapides et tortueuses.

La montagne sur laquelle est posée l'église Saint-Nicolas est une

La Ifollûiuh- à roi d'oiseau.

simple colline, une butte, inoins que cela encore. Mais, dans ce pays de plaines infinies, la moindre taupinière devient mont aux yeux des habitants. C'est pourquoi le vénérable curé de Saint-Nicolas était jadis nommé pastoor op Jeu bcrff, le pasteur sur la montagne. Cela n'empêche pas, du reste, la Bcrgkcrk d'être fort pittoresquement située, et ses hautes tours à toitures pointues, sa façade sombre et nue, son abside élégante d'avoir un grand caractère.

En descendant de la montagne, si nous accentuons notre marche vers la gauche, nous ne tardons pas à arriver à une ancienne porte de la ville. Elle se nomme la Bergpoort. C'est la seule des anciennes clôtures de la vieille cité qui soit demeurée debout. Cette Bergpoort a conservé du reste une vaillante prestance. Elle remonte au xvu" siècle, c'est-à-dire à l'époque du classicisme à outrance; aussi sa forme générale est-elle celle d'un portique. Elle est en outre décorée en rustique et ornée de bas-reliefs et de statues.

Avant de franchir cette porte, adressons un dernier regard à la ville, à ses faubourgs, à l'abside Saint-Nicolas, et puis nous gagnerons la campagne.

Page 1