‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 25 sur 72 · r. R O N 1 N G D E : LE S C H U J T E N U I E P · texte numérisé non relu

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fesseurs soit moins grand que jadis; mais les étudiants désertent l'académie. Le proverbe « nul n'est prophète en son pays » est devenu ici d'une vérité douloureuse, et les studieux élèves, qui devraient venir chercher à Groninguc la manne intellectuelle, préfèrent aller plus loin, pensant trouver mieux.

Dois-je ajouter qu'un certain nombre de professeurs éminents ont, eux aussi, quitté la ville qu'ils honoraient de leur savoir, et l'académie qu'ils emplissaient de leur éloquence ? Malgré cela, l'institution tient bon. Il y a quelque temps, on a pu croire qu'on allait assister à son agonie, mais de toutes parts il s'est élevé un tel concert de protestations, qu'on a dû surseoir à cette douloureuse exécution, et l'existence de la

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vieille Université s'est trouvée justement consolidée par la mesure qui la menaçait de mort.

J'aimerais à vous faire parcourir les bâtiments nouvellement reconstruits, où se tiennent aujourd'hui les cours et où se donnent les leçons. Ils ont vraiment une majestueuse tournure. Les salles sont vastes, les dégagements spacieux. La bibliothèque est célèbre et le cabinet d'histoire naturelle jouit d'une juste renommée. Mais il me tarde de vous mener à la grande place, au forum , où viennent se condenser l'animation et la vie de Groningue, et sur lequel s'élèvent les principaux monuments de la cité.

Ces monuments sont l'hôtel de ville, l'église Saint-Martin, la maison du Receveur, l'hôtel du duc d'Albe, et un petit édifice qui porta jadis le nom de Raad en Rcglliitis, et qui remonte au xi\' siècle.

L'hôtel de ville est un lourd édifice à colonnes pesantes, portant à son fronton la date de 1810, date fâcheusement éloquente qui nous dit et son stj'le et son caractère. Je n'en parlerais pas, n'étaient les curiosités qu'il renferme, archives, privilèges, registres de corporations, sceptres de bourgmestres, masses des échevins et chapeau emblématique aux armes de la ville, sans compter les tableaux, les meubles, les coffres, et ces verres géants, vidrecomes de nos aïeux, capables de faire frémir les buveurs de nos jours.

Autant cet hôtel de ville est disgracieux et épais, autant la « maison du Receveur », le collecthids, comme on l'appelle à Groningue, est élégante et coquette. C'est une de ces jolies habitations faites de briques rouges, rayées de pierres blanches, dont les pignons historiés se hérissent de pyramides sculptées et de pinacles fleuris. Des coquilles renversées formant le tympan des fenêtres, de gracieuses volutes à tète de femme servant de contrefort, des armoiries inscrites au sommet du pignon achèvent de donner à cette jolie construction une élégance toute spéciale, et dont on chercherait vainement l'équivalent dans le reste du pays.

La maison dite du duc d'Albe, qui lui fait vis-à-vis, est fort élé-

Groningiw. ' /j-f

gante, clic aussi, mais moins curieuse. Elle a du reste été fortement restaurée, et son principal mérite serait assurément le souvenir historique qu'elle rappelle, s'il était bien certain que le duc d'Albe ait jamais logé entre ses quatre murailles.

Pareillement restaurée, elle aussi, l'ancienne maison de justice est cependant demeurée en sa forme primitive. Mais est-il possible de se préoccuper de ce petit édifice si menu, si bas, si étroit, si réduit, quand on voit se dresser derrière lui ce géant de pierre, qui a nom le clocher de l'église Saint-Martin ?

Ce clocher est célèbre dans tout le pays, et sa célébrité ne date pas d'hier, car au \\i' siècle déjà le vénérable Kempius avait pris le soin de vanter ses mérites. Il se compose de six étages et mesure 94 mètres de haut. Les trois premiers étages sont carrés, les trois autres octogones. Les premiers sont troués de hautes ogives et couronnés de galeries trilobées; les derniers, produit irréfléchi du xvii' siècle, ne sont d'aucun style, ni d'aucun genre.

Malgré l'incohérence de sa coiffure, la tour de Saint-Martin a une si fière mine et un si grand aspect, que l'éghse, à laquelle elle sert de péristyle, s'en trouve singulièrement diminuée. Disons vite, du reste, que ce vieux temple reconstruit au xv^' siècle n'offre rien de bien étonnant ni de particulièrement remarquable, si ce n'est peut-être sa haute ■ nef qui, bien qu'elle soit voûtée, a été audacieusement construite sans .. arcs-boutants. Édifiée entièrement en briques, elle est toutefois d'une grande simplicité, et son architecture ne saurait présenter ni cette richesse, ni cette svelte élégance, qu'offrent les monuments construits avec un matériel plus généreux.

Les autres églises de Gioningue ont, elles aussi, beaucoup eu à souffrir du temps et des hommes, et l'intérêt qu'elles présentent s'en ressent. L'ancienne église française, occupée actuellement par les catholiques, a pu être belle jadis, mais aujourd'hui les archéologues ne découvriraient rien en elle qui pût les séduire ou éveiller leur curiosité. Quant à YAakcrk, ou, pour l'appeler par son vrai nom.

VOiiie licrc ]'roun<L'kcrk ter Aa (église de Notre-Dame-sur-1'Aa), clic a été en partie rebâtie en 1710; c'est assez dire qu'elle a gardé peu de chose de son caractère primitif. Sa nef cependant a conservé sa noble élévation, ses bas côtés sont demeurés très vastes, et quand on l'aperçoit du voisinage de l'hôtel de ville, de l'entrée du long marché au poisson dont elle limite l'horizon, la masse de son abside, dominant la façade de la Bourse, a une grande tournure et un noble aspect.

A parcourir la ville, je pourrais encore vous montrer de curieux édifices et de jolies maisons. Le palais de justice, avec ses longues fenêtres et ses gracieuses sculptures, les amusantes constructions qui bordent le groole spilslin\en, leloopend diep et le marché aux bœufs, et surtout l'élégante petite façade tout en pierre, étageant ses trois ordres classiques, laissant émerger les têtes de ses ingénieux mascarons et marquant ses étages par des frises délicatement fouillées qu'on voit près de VHarmojiic. Mais le clocher de Saint-Martin laisse lentement tomber sur la ville sa mélopée du soir. L'heure du souper est venue, il nous faut reprendre le chemin de l'hôtel.

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