LEBUWARD&S: POBTE 1>* C N B BrELl
6'). F R A S E K K U : VUE 0 E X K R A T. E . T U I S E DE I. V STATION.
La première ville que nous rencontrons après Lecuwarden est Franeker. C'est une toute petite cité, mais j'en connais peu qui. de près ou de loin, fassent meilleur etTet, aient meilleur aspect et se présentent mieux au visiteur.
D'anciens remparts devenus un boule\'ard accidenté, un joli canal enserrant la ville dans ses multiples réseaux, de grands arbres dominés par les ailes multicolores des moulins à vent, et par-dessus cela des clochers pointus plantant, dans les nuages, leurs coqs, leurs tièches ou leurs croix, telle est Franeker quand on l'aperçoit du chemin de fer.
A mesure qu'on s'en approche, le coup d'ceil de\ient encore plus agréable en même temps que plus accidenté. Les clochers se dérobent derrière le sommet des grands arbres, mais les moulins s'élèvent, et les contreforts des anciens bastions prennent l'apparence de petites collines. Puis c'est un pont qu'on franchit entre deux rangées de gros bateaux luisants, au gouvernail peint en vert, rehaussé de cui\res brillants, et qui mirent dans les eaux claires leurs grands mâts, lefl|rs belles coques brunes et la petite tlammc rouge qui frémit au sommet
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de leur mât. On tourne une rue, on longe une promenade, celle des vieux remparts, on enfile une longue \oie bordée de maisons basses, fraîches et proprettes, pavée de cailloux ronds, avec des semblants de trottoirs; et cette rue en moins de cinq minutes nous conduit, par un crochet, à l'église et à l'hôtel de ville, qui sont les deux monuments principaux de la gentille cité.
Au milieu de sa longueur, cette voie est coupée par un petit canal; et le petit canal est traversé par un pont. Une inscription curieuse et un amusant bas-relief, incrustés dans un mur voisin, expliquent qu'en ce même endroit, le ("> janvier i665, le comte Jean Maurice de Nassau faillit périr dans les ondes. Il était à cheval, n'a\'ant avec lui qu'une faible escorte, et gaiement il traversait le pont-levis qui existait alors à cette même place. Tout à coup les chaînes se rompirent, le pont s'écroula, et la cavalcade fut précipitée dans l'eau. Trois ou quatre des ca\'aliers trouvèrent la mort dans cette chute, les autres en furent quittes pour un bain.
Je n'aurais point mentionné cette anecdote, aventure ridicule somme toute et de bien peu d'importance, si elle n'avait fourni aux peintres et aux graveurs du xvii'' siècle un inépuisable sujet pour exercer leurs nombreux talents. Jamais, je le crois, fait de guerre, bataille ou conquête, grande découverte, invention merveilleuse ou chef-d'œuvre accompli, n'émurent davantage les artistes d'aucun temps.
La grande église à laquelle nous arrivons par cette voie douloureusement pavée et désormais historique fut jadis dédiée à saint Martin, le patron par excellence de tout le paj's frison. Elle est entourée par une petite place plantée d'arbres, et qui fut autrefois le cimetière de Franeker. C'est un vaste édifice, de belles proportions, fort simple, car il est construit en briques, mais malgré cela d'une grande légèreté. A l'mtérieur, le vieux sanctuaire n'est guère orné, et seule une remarquable clôture en pierre de taille, qui sépare le chœur du pourtour, vient rompre l'inévitable
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monotonie de cette architecture infiniment trop sobre, et sévère à l'excès.
Non loin de Tèglise, faisant l'angle d'une gentille place et d'un joli canal, se dresse l'hôtel de ville. Le stadhttis est une construction pittoresque, du même temps que la Chancellerie de Leeuwarden et un peu dans le même style. C'est un monument à deux étages avec deux pinacles, près de l'angle, surmontant une porte devant laquelle s'arrondit un perron circulaire. Un amusant campanile, élégant et curieux de forme, couronne le grand toit et remplace le bellroi traditionnel, emblème de l'indépendance communale.
Je ne décrirai point l'intérieur de cet hôtel de ville, ni la chambre d'arrêt, ni celle de la caisse d'épargne qui se distinguent par de vieilles et monumentales cheminées, ni la salle du conseil tapissée en vieux cuir de Cordoue. Je ne cataloguerai pas non plus les très nombreux portraits qui, du haut en bas, garnissent les murailles de deux ou trois autres salles. Portraits peu avenants, à mine rébarbative, à figures maussades et pédantes, qu'on dit être les images des anciens professeurs de l'académie.
Car Franeker compta Jadis une académie en ses murs, et bien que Diogène, Gaston de Foix, Pic de la Mirandole et quelques autres célébrités de divers temps et de paj's variés, dont j'aperçois, dans le nombre, les images, n'aient jamais rien eu personnellement à démêler avec ce centre uni\ ersitairc, l'atmosphère pédagogique qui se dégage de cette collection de docteurs, de professeurs et de régents emperruqués, nous monte si fort îi la tête, qu'on n'a point grand plaisir à s'attarder en si magistrale et si prétentieuse compagnie.
Aujourd'hui l'académie de Franeker a cessé d'être.
Elle était de ce monde, où les meilleures choses Ont le pire destin.
On l'a remplacée par une maison de fous. Certes, il y aurait au moins impertinence à prétendre que cela fait compensation. Je laisse
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même à d'autres le soin délicat de se livrer à tous les rapprochements psjrcholùgiques que peut provoquer une transformation pareille.
Mais si Franeker n'a plus d'académie, elle a encore son Planétarium et ce Planctariiim jouit, dans tout le pays, d'une célébrité telle, que ce serait nous exposer à de cuisants regrets que de ne point lui faire la visite à laquelle il a droit assurément.
Imaginez une petite pièce peinte en bleu, avec un plafond mobile. Le plafond représente la voûte de l'empyrée; et les planètes, sous la forme de boules dorées, exécutent, au moyen d'un mécanisme d'horloge, leur rotation autour du soleil. Ce dernier occupe au milieu de la chambre ou, pour être plus exact, au milieu du plafond, une place d'honneur où il doit se trouver assez mal à son aise; car, même aux meilleures heures du jour, il y demeure plongé dans une demiobscurité peu compatible avec ses habitudes lumineuses.
Au-dessus de cet emp3'rée en miniature existe une vaste soupente, où se trouve logé le mécanisme chargé de mettre cet univers en mouvement. Pour y parvenir, il ne faut pas craindre de bossuer son chapeau, ni de se cogner la tète. Après cinq ou six chocs, on finit par apercevoir, à la lueur d'une chandelle fumeuse, un amas de roues et d'engrenages, de cordes et de courroies de transmission, qui s'enchevêtrent sous nos yeux d'une façon presque inextricable, et auquel, faute de lumière spéciale, on ne comprend pas grand'chose vraiment.
Ajouterai-je que l'auteur de ce chef-d'œuvre mécanique, Eise Eisinga, célèbre mathématicien, passa sept années de sa vie à construire ce Planctariuvi ? Dirai-je encore qu'il a laissé non seulement ce témoignage de son savoir et de sa patience, mais de plus une petite nièce, aujourd'hui femme très mûre, qui fait l'explication de l'étonnant travail de son grand-oncle, la baguette en main et sur le ton des montreurs de lanterne magique ?
Ce PlauL'Uirium est situé dans une des curieuses maisons qui avoisinent l'hôtel de ville, maisons peintes et sculptées, à toitures extravagantes," à façades parées d'ornements étranges, et dont l'ar-
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chitecturc, à tout le moins excentrique, est une des curiosités de Francker.
Après avoir relevé quelques inscriptions prétentieuses, tracées sur les murs de l'académique cité, par les ordres sans doute de ces professeurs renfrognés dont nous voyions tout à l'heure les lugubres
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