F a A X K K i; U ; L U 0 T li L DE VILLE
visages, — xosci; ti: ipsum • — • ou bien ou ru;\ — sol.v i!o\a qu.e HONTST.v, — j'en passe et des meilleures, — notre visite à Franeker se trouvant à peu près terminée, il ne nous resterait plus qu'à continuer notre route, si la campagne environnante ne nous offrait de nombreux sujets d'étude et d'observation.
Le sol de la Frise, je crois l'avoir dit, est uniformément plat. L'aspect de la campagne toutefois n'est point monotone. Ce ne sont plus, comme dans certaines autres provinces des Pays-Bas, des prairies sans limites, s'étcndant à perte de vue, rayées par des canaux interminables ou par des fossés sans fin, dans lesquels des légions
iSo La Hollande à vol d'oiseau.
de grenouilles et de crapauds s'égosillent nuit et jour. De nombreux boiîquets d'arbres, jetés un peu au hasard, des fermes édifiées sur de petits tertres qui les mettent à l'abri de l'inondation, des champs de blé, de colza ou de pommes de terre, alternant avec les vertes prairies, toutes peuplées de somnolents bestiaux, viennent donner à cette riche campagne un aspect pittoresque et varié dans son uniformité relative.
Le lin, qui est en Frise l'objet d'une culture spéciale, forme aussi l'un des éléments de richesse de l'agriculture frisonne, et la production du beurre et du fromage achève de donner à ce fertile pays son maximum de prospérité. Aussi ne faut-il point s'étonner que dans toute la province les paysans jouissent d'un bien-être exceptionnel. Il est peu d'agriculteurs frisons qui ne soient fort à leur aise; il n'est guère de fermier qui, en dehors des propriétés qu'il tient à bail, ne soit lui-même possesseur de quelque gros lopin de terre. L'exploitation des terres s'éternise en outre dans les mêmes familles, et bien que le sol ne soit point, comme dans la province de Groningue, soumis au Bclclcinming, il faut de bien graves raisons pour qu'un fermier soit dépossédé de sa ferme, et pour qu'il ne la transmette point à ses petits-enfants.
Le résultat de cette prospérité exceptionnelle est visible pour tous. Les fermes en Frise ont partout un aspect de bien-être qu'on voit rarement autre part. Elles sont, en outre, tenues avec un soin méticuleux et une propreté admirable, qu'on rechercherait vainement en tout autre pays. Les demeures des simples pa3'sans sont plus luxueuses que celles de nos bourgeois, et plus d'un hobereau, chez nous, ignore la moitié du confortable et de l'aisance qu'on rencontre dans ces rustiques demeures.
Jadis ce luxe était encore, sinon plus grand, du moins mieux fait pour réjouir les yeux et pour satisfaire l'esprit. On voyait s'épanouir, le long des murailles carrelées en faïence ou blanchies à la chaux, ces belles et vastes armoires de nover, dont les colonnes massives, en
Franck cr. i5i
poirier noirci imitant l'cbène, soutiennent un entablement capable d'abriter une famille entière. On y voyait ces créJences, ces bahuts, ces bullets sculptes, rouillc's, poncés, luisants de propreté et re\'C'tus par les ans d'une chaude patine. Les grandes tables de chêne aux pieds renflés, les chaises au dossier ajouré, les vieux lits à colonnes ou encastrés dans la muraille comme les tiroirs d'une gigantesque commode, tout cela ciré, verni, frotté a\'ec amour, donnait à la maison un aspect de luxe solide et \énérable, que venaient encore augmenter les faïences de Delft, et les porcelaines japonaises ou chinoises, logées sur le manteau de la large cheminée, ou sur la plateforme de l'armoire monumentale. Enfin, pour aclie\cr de réjouir ces beaux intérieurs, riné\itable coucou frison avec son fronton historié, ses colonnettes torses, faisait entendre tous les quarts d'heure le ramage babillard de son carillon argentin.
Aujourd'hui, la plupart de ces beaux meubles ont disparu. Les juifs en ont emporté la plus grande partie, le reste a été détruit. L'acajou iconoclaste a passé par là — l'alVreux mobilier aux formes carrées, maigres et sans grâce, a tellement séduit ces braves paysans, que presque tous se sont débarrassés de leurs vieux compagnons, pour leur substituer ces choses abominables.
La faïence, elle aussi, a fait place à la porcelaine banale, les boiseries sculptées et les carrelages éclatants ont été recouverts par le vulgaire papier peint, et la pendule dorée, avec sa bergère sentimentale ou son malencontreux troubadour, a remplacé l'horloge ou le coucou aux sonneries harmonieuses. Un seul détail fera juger du débordement d'horlogerie moderne qui sé\ it sur ces campagnes. Il existe à Leeuwarden un industriel dont les atfaires se chilfrent, chaque année, par centaines de milliers de llorins et qui n'a d'autre clientèle que les fermiers d'alentour. Pendules extraordinaires, montres enrichies de brillants, chronomètres à répétition, boites-mécaniques en or émaillé, orgues et boîtes à musique en marqueterie, en bois sculpté, en bronze; toutes ces futilités coûteuses se trou\enl chez lui à profusion.
La Ilollaiide à vol d'oiseau.
Ses chronomètres, commandés à Paris et confectionnés entièrement en platine, valent jusqu'à deux et trois mille florins, et plus le prix est élevé, plus ils sont de défaite facile. Quant aux Orgues ce sont des meubles somptueux, sinon d'un goût parfait, du moins d'une richesse cossue, qui se remontent comme une horloge, et valent jusqu'à cinq et six mille florins.
L'existence d'un pareil magasin au centre d'une contrée agricole en dit plus sur le bien-être des habitants et sur leur luxe que bien des pages de statistique, que bien des volumes de chiffres et d'appréciation.
Il ne faudrait pas conclure toutefois de cette prospérité merveilleuse que l'agriculture en Frise soit beaucoup plus avancée qu'ailleurs. Non pas — les exportateurs et les marchands se plaignent au contraire de ce que le fromage et le beurre, ces deux grands produits des fermes néerlandaises, y sont moins fms, moins savoureux, moins délicats que de l'autre côté du Zuiderzée. Ils accusent le paysan frison d'être rebelle au progrès, de s'attarder dans la routine et de ne point profiter des améliorations introduites depuis longtemps dans la fabrication par ses voisins de la Noord-HoUand. Pour se tenir au courant des progrès accomplis, il suffirait de traverser un bras de mer, d'aller passer un mois loin de sa ferme, et c'est là un trop gros effort pour des hommes si heureux. Et puis, qu'importe ! la « Frise bénie » est si généreuse et si bonne, que, pendant bien des années encore, malgré leur entêtement et leur routine, elle continuera d'enrichir les paysans frisons.
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57. UNE F E U ai K F UI S O N N E 1 K N V I U 0 N S D K F R .\ X E K E [î 1.
Û4. s s E E K : V U 3 DE LA P O n ï R D ' E A C
SXEEK ET BOLSWARD
HARLINGEN
Au sud de Franeker se trouve une gentille ville qu'il ne faut pas manquer de visiter. — C'est Sneek. — On s'y rend en bateau. Un petit stoomboot fait le service, et le chemin, s'il n'est pas des plus accidentés, ne laisse point que d'être intéressant et curieux.
Le canal qu'il faut suivre est long et sinueux. Il dévide ses anneaux au milieu de prairies interminables, où paissent de belles vaches blanches et noires, luisantes de santé, enfouies jusqu'au jarret dans une herbe fraîche et drue. Un rideau d'arbres dont la silhouette bleue se dessine dans le lointain, des clochers aux tuiles brunes, dont le coq doré scintille au soleil du matin, quelques toits rouges émergeant du feuillage, parfois un hameau, un village, un bourg, une petite ville, a\ec ses pignons, ses campaniles et ses nombreuses cheminées, tel est le continuel spectacle qui se déroule autour de nous, toujours le même et cependant toujours varié.
Partout règne l'abondance. Les fermes qu'on longe, et qui se raccordent au grand canal par un autre canal plus petit, sont d'une propreté merveilleuse. Près de la porte, les baquets peints en bleu s'élèvent
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en bel ordre, et, au seuil des maisons, on aperçoit les ménagères au casque d'or, maniant de grands brocs de cuivre qui ctinccllent au soleil.
Ajoutez à cela de longues cigognes, plantées sur une patte, et qui, la tête penchée, l'œil attentif, surveillent l'eau qui les entoure, les vols de \anneaux, et les bandes de inilpcn traversant le ciel avec de grands battements d'ailes, pendant que les mouettes font compagnie au bateau, plongeant à tout instant dans le remous, pour reparaître bientôt avec un poisson dans leur bec effilé.
Avec de pareils tableaux sous les 3'eux, on peut se laisser \ivre; le temps passe toujours vite, et nous voilà arrives à Sneek avant d'avoir pu trouver le trajet long.
C'est par une grande avenue bordée d'auberges qu'on entre dans la ville; et par des rues régulières, bien bâties et d'une irréprochable propreté, on est bientôt à la grande place, vaste parallélogramme un peu triste et un peu vide, où l'herbe pousse entre les pavés. C'est là pourtant que se dressent les principaux édifices de la petite cité, son poids, son hôtel de ville et son auberge la plus renommée.
Restauré ou plutôt reconstruit au siècle dernier, en lySij si j'ai bonne mémoire, l'hôtel de ville est bien un des monuments les plus étranges qui soient au monde. Imaginez un curieux mélange de lambrequins Louis XIV et de décoration rococo, plaqué sur un bâtiment à deux étages, précédé d'un perron et surmonté d'un clocheton, tout cela enchevêtré de palmes et de rinceaux, de consoles invraisemblables, d'attributs et de vases, avec les armes de la ville sur le perron. Peuton rêver rien de plus agréablement baroque, de plus gracieusement extravagant ?
Il est à croire, du reste, qu'au siècle dernier, Sneek a possédé dans ses murs un habile architecte épris du st\-le rococo, car son hôtel de ville n'est point le seul de ses monuments qui revête cette étrange parure. On a pareillement accommodé à la même sauce une vieille porte de la ville, laquelle aurait sans cela un aspect vénérable, et qui maintenant, elle aussi, fait une figure singulièrement bizarre. Ses deux
Sncek ci Bulsward. — Harliugcn. jSS
belles tours octogones, couronnées d'une énorme toiture pointue et percées de meurtrières, ont été reliées par un corps de logis central, surmonté d'un campanile à balustrade et enguirlandé de rmceaux et d'attributs du plus pur style Louis XV. Jamais amalgame plus hétéroclite ne produisit un etlét plus inattendu.
Malgré cette parure originale et ces embellissements intempestifs, cette porte d'eau, qui, en frison, s'appelle la Hoogmdster-pijp, a encore moins soullert des architectes que la grande église. Celle-ci, jadis dédiée à saint Martin, a été tellement réparée et remaniée qu'elle a perdu presque tout son caractère. Heureusement que, pour faire compensation, une autre église s'élève près des anciens remparts, moderne celle-là et fort belle, abondamment décorée, et appartenant à ce genre semi-byzantin, semi-gothique qu'un architecte hollandais contemporain, M. Cuypers, a mis à la mode dans les Pays-Bas.
Les anciens remparts, sur lesquels elle se dresse, ont été, suivant l'habitude, transformés en une promenade charmante. Cette promenade, si nous la suivions, nous conduirait à une jolie route ombragée, bordée de grasses prairies et de coquettes habitations; et qui, après avoir traversé deux villages, Ijsbrechturn et Nijland, s'en va aboutir à Bolsward par une majestueuse allée a\'ant tout à fait grand air.
La distance de Sneek à Bolsward n'est point longue du reste, et nous la pouvons franchir aisément à pied. On compte entre les deux villes une heure de marche, car en Frise il n'est jamais question de lieues ni de kilomètres. On mesure le chemin par heures, et chaque heure représente une longueur de 5, 5.^5'", 53.
Bien qu'elle soit au nombre des plus anciennes cités frisonnes, et que certains de ses généalogistes la prétendent fondée, en l'année 71 3, par une fille du célèbre roi Radbod, nommée Bolswina, Bolsward n'a rien dans son aspect qui soit imposant. Sitôt ses anciens remparts franchis, on se trouve au milieu de rues de modeste apparence, ayant bien plus l'air d'appartenir à quelque gros village qu'à une ville très ancienne et jadis très puissante.
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Ses seuls monuments importants sont un curieux hôicl de ville et deux églises. L'hôtel de ville est une construction élégante en pierres et en briques, comportant deux étages que domine un grand toit couronné par un amusant campanile. Le milieu de l'édifice est marqué par un avant-corps, que précède un perron à double rampe et que surmonte un pinacle tout hérissé de pyramides, tout gondolé, tout boursouflé. La porte à laquelle le perron donne accès est encadrée par des colonnes. Des cariatides et une petite niche renfermant une statue de la Justice complètent la décoration.
Les deux églises sont moins intéressantes. La plus ancienne, qui porte le nom de « petite église », remonte au xui" siècle. Elle est construite en grosses briques que la pluie et le soleil ont superbement colorées; mais son architecture est des plus ordinaires et des plus simples. Quant à l'autre, qui ne date que du xv= siècle, quoiqu'elle soit beaucoup plus vaste, elle n'est guère plus ornée. La nature même des matériaux employés à sa construction lui communique, en outre, une apparence lourde et massive. La tour qui la précède, elle aussi, épaisse de forme, se termine, comme la plupart des vieux clochers frisons, par un toit en bàtière, qui n'est certes point fait pour racheter le peu d'élégance et de légèreté de la construction; enfin, à l'intérieur, ce trop simple sanctuaire n'a guère de remarquable que sa chaire de vérité.
De Sneek à Harlingen, c'est aussi par bateau qu'on voyage. On traverse de nouveau ce « paradis des vaches » que nous admirions tout à l'heure; on revoit ces fermes plantureuses, ces grasses prairies, ces joyeux villages, et ces aimables petites villes, qui dressent au loin leurs tours et leurs clochers. Ce sont les toits rouges de Tijum, de Spannum, de Winsum, de Franeker, de Hitsum, qui animent le paysage. Plus loin les fours à chaux arrondissent leur blanches coupoles semblables aux dômes d'une mosquée; les briqueteries pittoresques découpent sur le ciel bleu les profils biscornus de leurs balcons étranges ou la sombre masse de leurs grands toits noircis ; et de
Siu'c/c cl Balsward. — llarliiis^en.
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la sorte, après quelques heures d'une navigation sinon sans émotions du moins sans secousses, on arrive à Harlingen par le Lccmvardcnvcrt.
M. llOLSWAJtU : i,A CIlilnE DE V le lU T S.
Des rues propres et larges, des maisons qui penchent, des arbres étendant leurs branches vertes jusque sur la chaussée, de larges bassins et de vastes canaux remplis de na\ircs de toutes sortes, mais
i5S La I!(illi7iuic à vol d'oiseau.
de petit tonnage, tel est l'aspect général d'Harlingen, aspect riant et hospitalier, qui semble faire fête au voj'agcur égaré dans ces contrées. Les habitants, eux aussi, sont plus actifs, moins silencieux, moins absorbés qu'en aucun autre coin de la Frise. Ils n'ont pas cette allure un peu froide, toujours réservée, qu'aOectent les Hollandais du Nord.
La ville ne paraît point, non plus, endormie, recueillie, solitaire comme Sneek, Franeker, Bolsward et les autres petites cités frisonnes; elle est au contraire animée, éveillée, joj'euse, presque turbulente. C'est que Harlingen est le grand port de la Frise. C'est elle qui met les vertes campagnes que nous venons de parcourir en communication avec r.\ngleterre. Visitez ses canaux, inspectez ses bassins, vous y verrez une activité qui certainement vous surprendrait si vous ne saviez que c'est par là que passent, avant de prendre la mer, les montagnes de beurre, de fromages, d'œufs et de fruits qui vont alimenter le Royaume-Uni. C'est ici, en effet, qu'on embarque les bœufs, les moutons et les porcs, les chapons, les oies et les poulets qui vont arrondir les majestueuses bedaines d'outre-Manche, véritable tonneau des Danaïdes, où s'engloutit, dans d'insondables profondeurs, tout ce que les rivages de la mer du Nord produisent de meilleur et de plus délicat.
Dès que l'Angleterre a commencé à puiser ses provisions de bouche au dehors, la fortune de Harlingen a été assurée. Fondée au XII* siècle, elle était à peine édiliée que déjà les chroniqueurs constataient sa position exceptionnelle et l'importance de son trafic. Au XVII' siècle, sa prospérité commerciale balançait celle de mainte autre ville plus puissante et plus célèbre, u Le nombre de navires de toutes sortes, de marins et de gens s'oecupant de la navigation, qu'on voit dans son port est à peine croyable; j'en dirai autant du chiffre d'affaires et du nombre de transactions, auxquels donne lieu son commerce. » Ainsi s'exprimait Blaeu, en 1668, et personne n'eût songé alors à contredire les assertions de l'éminent géographe.
Depuis lors, il a fallu beaucoup en rabattre. La domination française porta un coup mortel au commerce de Harlingen. Elle arrêta
Siu'L'l: et Bulsiiuird. — IIarliiige}i. i5(j
net cette prospérité jusque-là toujours croissante. Dès que les troupes françaises curent occupé le Helder, tout commerce avec l'Angleterre cessa brusquement. Le blocus continental vint ajouter encore ses rigueurs à cet état si funeste, et les expéditions lointaines durent, elles aussi, être abandonnées à cause des corsaires anglais qui croisaient à l'entrée du Zuiderzéc.
En moins de six années, Harlingcn perdit, avec son commerce, tout son éclat et toute son animation. Son port était désert, ses canaux étaient \'idcs, ses quais abandonnés; ses jetées, que ne sillonnait plus une foule affairée, ses ponts et ses écluses, dc\ enus inutiles, dépérissaient à vue d'ceil. Tout menaçait ruine, et la ville, n'ayant plus le moyen de réparer les digues qui la protègent contre la mer, était à la merci de l'inondation.
Heureusement pour la petite cité, i8r3,cn modifiant l'état politique des Pays-Bas, vint rouvrir l'ère des négociations fructueuses et du commerce florissant. Depuis lors, la ville a repris son ancien lustre et le port a retrouvé son activité. Les bassins primitifs étant devenus insuffisants, il a fallu leur adjoindre un avant-port considérable qui permet désormais à l'exportation de prendre tout le développement que comportent la situation d'Harlingen et la fertilité des campagnes environnantes.
Mais, si Harlingen est riche en marchandises, il s'en faut qu'elle soit aussi bien pourxue en monuments. Les antiques murailles, qui jadis la défendaient contre les velléités olTensi\es de ses ennemis, ont été rasées, et le peu qui reste de ses anciens bastions a été transformé en un parc ombreux, où les amoureux vont le soir soupirer à leur aise. Ses vieilles portes ont été démolies, et le château que les Espagnols avaient édifié au temps de leui" occupation pour tenir les habitants de la ville en respect a depuis longtemps disparu. En fait de vieilles constructions ou d'édifices publics méritant d'être cités, on n'y trouve qu'une église remontant au xv° siècle, un hôtel de ville âgé seulement de cent cinquante ans. et un monument élevé en dehors de la ville
à Gaspar de Robles, seigneur de Billy, jadis gouverneur de la Frise, pour le compte de Philippe II, roi d'Espagne, lequel Gaspar de Robles força les habitants de la province à édifier les remparts, les jetées et les digues, qui protègent encore aujourd'hui la contrée tout entière contre la fureur des Ilots.
Bientôt nous aurons occasion de reconnaître que ce témoignage public de reconnaissance est bien un des mieux mérités, et qu'on a rarement vu un gouverneur plus prévoyant, plus intelligent et plus énergique. Pour le moment, nous nous bornerons à constater que c'est un monument très laid, formé par une sorte de gaine surmontée d'une double tcte moustachue, et qui, s'il atteste chez les habitants de Harlingen la pratique d'une des vertus les plus rares et les plus nobles qui soient, ne plaide guère en faveur de leur goût.
Ajouterai-je que cet édicule n'est pas très ancien? Dirai-je que la reconnaissance des Frisons a été intermittente? Détruit en i5<S8, le monument de Gaspar de Robles fut relevé en 1774, et il faut remercier M. de Wassenaer Twickel de cette restitution, tout en regrettant qu'il ait cru devoir copier exactement cette seconde édition sur le modèle de la première.
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