‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 31 sur 72 · TRAINEAU PEISOS · texte numérisé non relu

TRAINEAU PEISOS

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HINDELOOPEN ET STAVOREN

Nous venons de décrire les plaisirs des Frisons, leurs amusements, leurs courses à travers le pays, en hiver avec le patin, en été avec leurs bateaux, leurs boeicrs. Nous avons parcouru des villes grandes et petites, un peu déchues de leur splendeur, parfois même légèrement somnolentes, jamais complètenient endormies. Nous allons visiter maintenant celles qui se sont laissé gagner par l'éternel sommeil, celles qui après avoir été, en des époques lointaines, des capitales de province, des cités commerçantes et riches, des sièges de gouvernement, des ré'^idcnces de rois, ne sont plus, maintenant, que de pauvres villages, sans monuments, sans édifices, sans rues, sans places et bientôt sans maisons.

La plus célèbre de ces villes mortes de la Frise est Stavoren. Jadis elle lut la reine du pays frison. Son nom est inscrit en lettres dorées dans toutes les vieilles chroniques. Son empire s'est étendu jusqu'au delà de Nimègue, et c'est à peine si aujourd'hui elle figure encore sur les cartes de géographie.

Pour gagner Staxoren, nous devons passer par Hindeloopen, autre ville morte, moins ancienne, mais plus originale encore que sa voisine; et pour aller à Hindeloopen, il nous faut nous embarquer à

l'jo La Jl(}Uandc à vol d'oiseau.

Harlingen, sur le bateau d'Amsterdam, qui l'ait escale en route et nous déposera à destination.

On aborde à Hindeloopen par une jetée. Le port qui se trouve à côté, petit port s'il en fut, ensablé et garni de grandes herbes, est vide. Pas un bateau, pas un canot, et l'estacade qui le protège, en partie rongée par les flots, indique l'insouciance et l'abandon. Audessus, on voit se profiler les toits rouges, inclinés un peu dans tous les sens, dominés par un clocher gigantesque et par la sombre masse d'une grande église. C'est la ville.

Au delà de la ville, les prairies s'étendent à perte de vue dans l'intérieur des terres. Autrefois, l'emplacement qu'Hindeloopen occupe était le centre d'une immense forêt, la forêt de Kreijl, dont la meilleure partie est aujourd'hui remplacée par le Zuiderzée, et dont le reste a été défriché par les Frisons du xir siècle. En 779, disent les vieilles chroniques, les rois et seigneurs de Stavoren, qui venaient chasser régulièrement dans la forêt de Kreijl, édifièrent, en cet endroit, une sorte de pavillon de chasse, puis un château, et, comme de leur terrasse ils apercevaient les biches qui couraient dans le bois, ils composèrent le nom de leur résidence de deux mots, hinden et loopeii, qui signifient chevrettes et courir.

Autour du pavillon royal, quelques serviteurs, des gardes, un intendant, construisirent d'autres maisons, puis vinrent de nouveaux habitants, et, en 122Ô, la bourgade, qui était devenue une cité assez importante, se réveilla port de mer. Dans une nuit terrible, l'Océan, rompant tous les obstacles que la nature lui avait opposes jusque-là, creusa d'un bond ce golfe gigantesque, qu'on devait appeler plus tard de ce nom singulier de « mer du Sud m (Zuiderzée), et engloutit, en quelques heures, la forêt de Kreijl, dont il ne fut plus jamais question.

Je n'ai point l'intention de retracer ici l'histoire d'Hindeloopen. Je ne vous dirai point comment ses habitants, après s'être enrichis par l'agriculture et par le commerce, commencèrent à se lancer dans

Hindeloopcn et Stavorcn. lyi

les lointaines navigations, et occupèrent les chantiers d'Amsterdam, d'Enckuizen et de Hoorn, à la construction d'une Hotte véritable, qui porta jusque dans l'archipel Indien le pavillon de la cité frisonne. — Je me bornerai à signaler certaines particularités qui font de cette ville, aujourd'hui rentrée dans l'oubli, une des agglomérations les plus originales qui soient au monde. Hindeloopen, en ellet, a eu, qui le croirait ? son art à part, son costume particulier, son architecture spéciale, sa langue autochtone, et il est encore aujourd'hui facile de saisir des traces de toutes ces particularités.

La langue, je n'en parlerai pas. Il faudrait entrer dans trop de détails, et commencer par faire un cours complet de linguistique frisonne, ce qui serait d'abord très long, et ensuite parfaitement hors de saison. — - Mais, pour l'architecture, il n'en est pas de même. Ses caractères sautent aux yeux. Sur les deux cents maisons qui composent aujourd'hui la ville d'Hindeloopen, il en est bien au moins cinquante (c'est-à-dire toutes celles qui sont anciennes ou à peu près) qui sont construites sur le même modèle, ayant exactement la même hauteur, la même disposition de façade et les mêmes ouvertures, exactement placées aux mêmes endroits. Cet exemplaire, cinquante fois répété sur un aussi court espace de terrain, n'est point un fait accidentel, et l'on est amené à reconnaître que c'est là la maison type, celle qui résuma jadis tous les desiderata des gens du pa\'s.

Comme ce modèle de maison ne se rencontre, dans tous les Pays-Bas, qu'à Hindeloopen et dans un petit village nommé Molkwerum, village fondé, si l'on en croit les vieux auteurs, par une colonie d'habitants d'Hindeloopen, il vaut la peine que j'en trace ici une description aussi fidèle que possible.

Cette maison type se compose de deux étages et d'un grenier. Elle a son pignon sur la rue. Ce pignon est à arêtes lisses, sans degrés, ni redans. Une frise en briques blanches et noires alternées, et formant une sorte de damier, sépare le rez-de-chaussée du premier étage, et se répète entre le premier étage et le grenier, (^ette seconde frise

sert de base au triangle formé par le pignon. Ce triangle est équilatéral. La façade, ainsi divisée, est percée de six ouvertures, trois au rez-de-chaussée, deux fenêtres et une porte. Le premier étage ne compte que deux petites fenêtres cintrées, étroites et longues, n'ayant qu'un seul carreau de largeur, reléguées aux deux extrémités de la construction, et séparées par un massif sans ornement, ni décoration. Le grenier est éclairé par une grande lucarne, de forme circulaire, située au milieu de pignon, au-dessus de l'intervalle plein du premier étage.

Cette façade, bien qu'irrégulière et incorrecte, est assez jolie de disposition. Elle est en outre bien proportionnée et n'a rien de déplaisant à l'œil; mais ce qui la rend surtout intéressante, c'est, je le répète, sa répétition à cinquante exemplaires, si fidèlement copiés sur le modèle original, qu'on ne peut trouver entre eux la moindre différence, ni dans le dessin, ni dans les dimensions.

A part ces curieuses maisons, Hindeloopen ne renferme aucun édifice qui soit digne d'être décrit. Son hôtel de ville est sans cachet, et son église sans caractère. Rien ne nous empêche donc de nous occuper de suite de son mobilier.

Ce mobilier, dans ses formes générales, tantôt se rapproche du stjie Louis XIV, et tantôt possède un parfum oriental très accentué. Le décor en est formé par des entrelacs et des palmes sculptés et dorés, rehaussés par des peintures d'une tonalité étrange, rouge sur rose, vert sur bleu, dans lesquelles des amours bouffis ou des personnages bibliques viennent se mêler à des rinceaux et à des guirlandes de fleurs étrangement colorées. Tout cela forme un amalgame bizarre, discordant, qui rappelle les peintures persanes ou les cachemires de l'Inde, un papillotage extravagant, un enchevêtrement inattendu de nuances bizarres et rarement associées.

Le costume, la dernière des particularités d'Hindeloopen, dont il me reste à parler, est tellement compliqué, réglé par des coutumes si étroites, par des habitudes si régulières, qu'il faudrait presque un

fliiidclnopeii et Starorcii

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volume pour le décrire, et pour en noter les transformations. Ses dispositions générales (j'entends parler ici seulement du costume

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