‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 33 sur 72 · L'ILE DE SI A K K KN · texte numérisé non relu

L'ILE DE SI A K K KN

I,F. ZUIDERZKK

Au milieu du Zuiderzée, presque au-dessous de Stavoren, se trouve une petite île, nommée Urk, laquelle est bien rarement visitée. Parfois quelque touriste, profitant du retour d'un bateau de pêche, part d'Amsterdam ou de Kampen pour aller y passer quelques heures. Mais le nombre de ces curieux est fort rare. On pourrait aisément compter ceux qui se sont aventurés jusque-là.

La raison de ce délaissement est facile à comprendre. Urk est, comme Marken, entièrement habitée par des pécheurs. Ses enfants partent au comniencemcnt de la semaine dans leurs barques, courent pendant six jours leurs bordées sur le Zuiderzée, et chaque fois que leur bateau est plein , ils s'en vont à Harlingen , à Kampen ou à Amsterdam vendre le produit de leur pèche. Puis, le samedi, ils rentrent tous au logis, rapportant de la ville les objets de ménage, les articles de toilette et les provisions qu'on leur a commandées.

Il en résulte que ces petites îles, égarées sur cette mer de formation nouvelle, sont sans rapports amicaux avec la côte, et que les seuls riverains qui y abordent sont les ministres des puissances du ciel et de la terre, le prcdikant qui y apporte la parole de Dieu , et les employés du fisc qui viennent exercer les droits du gouvernement.

Ajoutez que des difficultés d'un autre ordre sont encore pour détourner les curieux et les voyageurs. La navigation du Zuiderzée est

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des plus pcrillcLiscs. A \oir sur les cartes ordinaires cette grande nappe d'eau, il semble qu'on puisse s'abandonner, sur elle, aux vents et aux \agucs, sans craindre les récifs non plus que les abordages. — Mais, dès qu'on a la carte marine sous les }'eux, tout change d'aspect. On est frappe par le nombre considérable de bancs de sable qui s'étendent dans tous les sens et ne laissent entre eux qu'un chemin à peine praticable.

A côté d'un étroit chenal, qui compte quatorze, quinze et parfois vingt pieds de profondeur, s'allonge un énorme yûiidbaiik, qui n'est couvert que de trois, de deux, souvent même d'un seul pied d'eau. Qu'une fausse manœuvre, une erreur, un coup de vent vous pousse sur l'un de ces bancs, tout est perdu. Les sombres récits abondent à chaque page de l'histoire du Zuiderzée, et à défaut de lugubres anecdotes, les grandes carcasses des navires qu'on aperçoit le long de la route, dressant au-dessus des flots leurs charpentes noires et sinistres, achevant silencieusement de se briser et de pourrir, suffiraient à rappeler au sentiment de ces périls.

On comprend qu'avec une navigation aussi incertaine, les amateurs de canotage, les matelots de rencontre, soient assez peu disposés à se risquer dans ces parages dangereux et peu connus. Quant aux commerçants, qu'iraient-ils faire dans un pa3's dont les habitants descendent chaque semaine sur la terre ferme, venant y chercher tout ce qui est nécessaire à des besoins réduits , du reste , à leur plus simple expression ?

Jadis, alors que Je parcourais en tjalk ces curieux parages, j'ai visité tout à mon aise Urk et Markcn, et je m'en voudrais de ne point vous redire ce que j'y ai vu. Nous supposerons donc, pour cette fois, qu'un hasard heureux nous a permis d'aborder dans ces deux îles, de les visiter à loisir, de nous asseoir dans leurs chaumières, et nous allons retracer leurs caractères principaux.

Il n'est pas, sur tout le Zuiderzée, d'île qui soit plus pittoresque qu'Urk. Le village, qui couvre cette île en miniature, est des plus

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étranges qu'on puisse rêver; et sa population est des plus aimables et des plus hospitalières. Du plus loin qu'on l'aperçoit, Urk, au reste, prévient en sa faveur. \j\\ joli phare blanc, une église brune a\cc un clocheton vert, un fouillis de maisons amassées dans un agréable désordre, quelques grands arbres qui viennent mêler leur note vert sombre au rouge intense des toitures, il n'en faut pas plus, au milieu de cette mer glauque, sous ce ciel gris au bleu tendre, presque toujours un peu brumeux, pour composer un charmant tableau.

La bonne impression qu'on a tout d'abord éprouvée ne fait que s'accroître à mesure qu'on approche. Le petit port, plein de bateaux de pêche, avec les pavillons rouges llottant au haut des mâts, les grandes poutres noires qui supportent la jetée, les quais en pente douce, cou\erts de gazon, et, là-dessus, les maisons en bois peint s'entassant pêle-mêle au hasard, tout cela fait plaisir à voir.

Une fois qu'on a abordé, on se trouve au milieu d'un village aussi désordonné que Molkwcrum. Les rues y sont d'une irrégularité merveilleuse, les places sont biscornues et les maisons plantées à l'aventure, sans que jamais alignement soit venu décider de leur position. Et tout ce désordre est d'autant plus original, d'autant plus pittoresque, que, pour animer le tableau, hommes et femmes, ménagères et pêcheurs, ont un costume spécial, qui est à la fois typique et curieux.

Les hommes portent l'énorme culotte bouffante et la veste courte, commune aux pêcheurs du Zuider/.ée. Leur gilet à deux rangs de boutons, qui croise jusqu'au cou, aboutit à une petite cravate noire qui semble les étrangler. Des médailles d'argent leur servent, à la ceinture, de boucles et d'agrafes. Tout leur costume du reste est sombre et sans linge voyant. Quant aux femmes, leur poitrine est prise dans un corsage sans manches, rayé de noir et de blanc, qui descend à peine plus bas que les seins, et recouxre un autre corsage de couleur jaune, qui serre la taille et laisse les bras nus.

/(l'o La Hollande à vol d'oiseau.

La jupe est noire et courte, permettant de voir la jambe; un grand tablier bleu foncé, lié en arrière par deux cordons, la protège. Quant à la coiffure, elle consiste dans une espèce de bonnet placé au sommet de la tète, bonnet qui emprisonne les cheveux, laisse voir les oreilles qu'il recouvre à peine, et se trouve retenu par un double ruban noir posé à plat. Rien de plus simple, n'est-il pas vrai? et j'ajouterai rien de plus gracieux. Les mines fraîches et rieuses des jolies filles d'Urk s'accommodent divinement de ces deux couleurs, blanc et noir, qui font ressortir l'éclat rosé de leur teint et l'azur pâle de leurs grands yeux.

Tout le monde porte à Urk le costume national. Seul l'instituteur ei les pasteurs font exception à cette règle presque universelle. Eux seuls sont étrangers à l'île, eux seuls n'y sont point nés. Je dis les pasteurs, car il y en a deux : un libéral, l'autre orthodo.xe. Le seul point sur lequel ce peuple, si uni pour tout le reste, n'est point d'accord, c'est en effet la religion.

Le territoire d'Urk, pouvant être facilement parcouru en une bonne demi-heure, ne saurait nous retenir bien longtemps. Traversons donc le Zuiderzée, et allons, si vous le voulez bien, visiter l'île de Marken.

3Lu-ken n'a point, comme Urk, la forme, ni l'apparence d'une colline. C'est une grande langue de terre absolument plane , dont le sol n'est guère plus élevé que le niveau de la mer. Une levée en terre, d'environ un mètre de haut, est la seule barrière qui s'oppose aux fantaisies des flots; et comme conséquence, les inondations y sont périodiques. Aussi, pour se préserver contre ces humides visites, les habitants ont-ils élevé des petits tertres, sur lesquels ils ont édifié leurs demeures. Ces tertres sont au nombre de huit, sept supportent des agglomérations de maisons en bois. Ils ont chacun leur nom. Le huitième est le kcrkhof, l'asile des morts.

En hiver, quand la mer a envahi l'île et recouvert ses prairies, c'est en bateau que l'on va d'un hameau à l'autre; cest aussi en

Le Z uidcriée.

bateau, que ceux qui ne sont plus gagnent leur dernière demeure, et c'est un spectacle à la fois triste et curieux que de voir ces barques lugubres glissant à la surface de l'eau, pour se rendre à ce monticule, où se résume la vie de toute la petite colonie, et où chacun, à son tour, viendra réclamer sa place.

Les maisons qui garnissent les autres tertres sont, je l'ai dit.

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