L'ILE Ii'CRK ; TYPES ET COSTCMKS
en bois. Toutes sont peintes en vert, en gris bleu ou en noir. Elles n'ont qu'un rez-de-chaussée, et le toit, couvert de tuiles rouges, descend fort bas de chaque côte. Toutes sont, du reste, bâties sur un modèle uniforme, et leur teinte sombre est agrémentée de rehauts blancs, qui entourent les fenêtres et soulignent le pignon.
Marken compte environ un millier d'habitants; mais, en semaine, ce nombre se trouve réduit d'un bon tiers, car, seules, les femmes restent à terre, pendant que les hommes, qui sont d'intrépides pêcheurs, s'en vont au loin, sur le Zuiderzée, pêcher des plies et des
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iinchois. Habitues, dès leur plus tendre enfance, aux périls et aux fatigues de cette vie errante, leur existence presque entière s'écoule sur leurs bateaux, et leur corps, endurci à la lutte, brave à la fois l'insomnie et les rudes intempéries d'un climat humide et brumeux.
Pendant que les maris voguent au loin, les femmes gardent la maison, entretiennent la demeure, confectionnent des vêtements et élèvent les enfants. Ces derniers sont nombreux et robustes. On les voit presque toujours par groupes de dix à douze bambins, frères et sœurs, dont l'ainé compte quinze ans à peine, qui tous, une fois l'école finie, jouent ou travaillent à la maison.
Celle-ci consiste intérieurement en une grande pièce, qu'on divise, à l'aide de cloisons, en autant de chambres qu'il est nécessaire. Comme ces cloisons ne montent point jusqu'à la toiture, les chambres communiquent toutes par le haut. Et le toit leur sert de plafond, le toit en pente, auquel sont suspendus les filets de pêche, les effets de rechange et les grosses provisions.
Dans chaque maison, la pièce principale est la chambre à coucher, et dans cette chambre, le principal meuble, c'est le lit. Celui-ci s'emboîte dans la muraille et fait corps avec elle, formant une sorte de placard, souvent à plusieurs étages, où sont entassés la paillasse, les matelas et les oreillers. L'accès de ce placard, comme bien on pense, n'est rien moins que facile; l'entrée en est étroite. Deux petits rideaux brodés ferment l'ouverture et protègent le dormeur contre le vent, contre le jour et contre les regards indiscrets.
Bon nombre de ces rustiques habitations ne sont pas dépourvues de luxe. Sur les cloisons blanchies à la chaux ou peintes en bleu sont suspendus des faïences de Délit, des plats du Japon ou de beaux cuivres hollandais, qui tiennent compagnie fidèle au coucou de la Frise. Des chandeliers brillants posés sur la table, et des potiches rebondies nichées sur les armoires luisantes, complètent la décoration de ces primitives demeures.
Si ces maisons étranges se sont conservées à peu près intactes
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depuis un siècle et demi, si même celles qu'on reconstruit aujourd'hui sont exactement copiées sur les anciens modèles, on peut ajouter qu'il en est de même du costume, et que celui-ci a rigoureusement conserve toute son originalité'. L'habillement des hommes n'est point très compliqué. Il se rapproche beaucoup de celui des pécheurs d'Urk. Une vaste culotte boulîante, laissant voir le mollet à découvert, une veste à col bas et à double rangée de boutons, qui se trouve prise dans la culotte, un chapeau de feutre ou encore un petit bonnet de fourrure, telle est la tenue des Markenaars.
Tenue fort simple, comme l'on voit, et qui ne comporte d'autre luxe que les boutons de la xeste, qui sont en filigrane d'argent, les boucles de la culotte qui sont également en métaux précieux et même sou\ent formées par des pièces de monnaie fort anciennes, pieusement transmises de père en iils.
Suivant une règle générale en ces pays, le costume des femmes est beaucoup plus compliqué que celui des hommes. Il est aussi beaucoup plus t vpique. Tout d'abord les femmes de Marken laissent voir leurs cheveux, ce qui est une grande curiosité en cette partie des Pays-Bas, où le beau sexe dissimule obstinément sa chevelure sous un casque d'or ou d'argent. Ces cheveux tombent en longues mèches blondes des deux côtés du visage, s'échappant d'un bonnet monumental qui afiecte la forme d'une mitre.
Quant à la robe, elle se compose d'un corsage sans m.anches et d'une jupe. Le corsage est en drap brun, brodé à la main, et couvert d'arabesques où le rouge domine. Les manches, qui appartiennent à un corsage de dessous, sont divisées en deux parties inégales. L'une rayée verticalement de rouge et de noir, et s'arrètant un peu avant le coude; l'autre, bleu foncé, allant jusqu'au poignet et serrant l'avantbras. — En semaine, le corsage est préservé par un double plastron, et le bonnet par un étui en perse, à grands ramages, où le rose et le rouge jouent un rôle prédominant.
Ce mélange de rouge et de rose, qui rappelle les colorations usi-
184 I^^ Hollande à vol d'oiseau.
tées à Hindeloopen, est très caractéristique. Il ne contribue pas pe u à donner au costume des femmes de Marken un aspect si particulier, qu'aucun autre costume ne lui ressemble. ^- Ajoutez à cela que ce n'est pas un, deux, ou dix exemplaires isolés qu'on en rencontre de ci de là. Toutes les femmes le portent sans exception, depuis la fillette qui court follement en sortant de l'école, jusqu'à la vieille grand'mère qui, courbée en deux, gagne péniblement le banc réchauffé par les rayons du soleil.
J'ai dit qu'à Marken les hommes étaient rares en semaine. Il n'en est pas de même le dimanche. Ce jour-là, en effet, toutes les barques rentrent au port, et la population se trouve au grand complet. De tous côtés, de longues files endimanchées prennent le chemin de l'église. Après le service on rentre chez soi. Ce sont les seules heures de la semaine que l'on puisse consacrer à la famille. Le soir, le paysage s'anime de nouveau. Les lumières vont et viennent, et les habitations demeurent éclairées jusqu'au milieu de la nuit. Puis, peu à peu, les maisons se vident, et les barques s'emplissent. Les bateaux quittent un à un le port, et les fiancées qui ont suivi leurs amants, les femmes qui ont accompagné leurs maris, restent encore longtemps debout sur la jetée, suivant des yeux les lanternes tremblotantes qui s'égrènent au loin sur la surface noire de la mer. Mais les lueurs deviennent indécises, les points brillants se perdent dans la nuit, tout rentre dans le calme accoutumé, et le phare, qui veille à la pointe de l'île, est pour six jours l'unique lumière qui éclaire l'horizon.
(ii). [.A rOlNTE DE ilAEKEN.