ALKMAAR
La route est moins belle et moins curieuse pour aller de Hoorn à Alkmaar que pour venir d'Enckhuizen à Hoorn. On suit une interminable jetée qui longe la mer, protégeant contre les flots ces prairies merveilleuses qu'on nomme des polders, polders dont la monotonie n'est rompue que par une série d'oasis de verdure, abritant sous leurs ombrages quelqu'une de ces fermes plantureuses, si justement célèbres dans le monde entier.
Qui ne les connaît point, de réputation au moins, ces fermes de la Noord-Holland ? Qui n'a entendu parler de ces rustiques demeures stupéfiantes de propreté, d'élégance cossue et de raffinement de bienêtre ? C'est là qu'on rencontre ces étables carrelées de faïence, et sablées de différentes couleurs, plus propres que nos salons, où l'on ne doit ni fumer, ni cracher, ni tousser, et dont il est interdit de fouler le sol, si l'on n'a, au préalable, chaussé de gros sabots blanchis.
C'est en ces étables, nouveaux temples, aussi somptueux en leur genre que ceux de l'antique Egypte, que trônent pendant six mois les dieux ou pour mieux dire les déesses de la contrée, les belles vaches noires et blanches symétriquement rangées sur des litières nattées,
toujours fraîches, jamais souillées, avec la queue attachée au plafond, de peur qu'en des moments délicats, elles ne viennent à se barbouiller autre chose que le visage.
« Un homme riche pleure son enfant, un homme pauvre pleure sa vache », a dit le vieux Cats. Combien de Noord-HoUandais, malgré leur richesse, demeurent pauvres sur ce point! Mais l'amour, j'allais dire le culte qu'ils professent pour ces successeurs familiers du trop fameux Apis ne les entraîne pas jusqu'à négliger leurs intérêts. Aussi, quand la vieillesse est venue, savent-ils faire violence à leur cœur ; et, plutôt que de voir l'animal expirer sous leurs yeux, ils préfèrent le confier aux soins éclairés d'un boucher, qui se charge d'abréger ses souffrances et les longueurs de son agonie.
Toutefois, en attendant cet instant fatal, rien n'est assurément plus touchant que le soin pieux dont les fermiers noord-hollandais entourent les superbes animaux qui composent, somme toute, le plus clair de leur actif. Je ne sais rien de plus remarquable que la propreté admirable ce ces étables luxueuses, sablées en losange, et peintes de belles couleurs fraîches, dont l'éclat est encore relevé par un véritable arsenal de seaux, de brocs, de pots, brillants, polis, luisants à faire croire qu'ils sont d'or ou tout au moins de vermeil.
Elles sont si magnifiques ces étables incomparables, qu'elles servent de salon à la famille, et qu'il n'est pas rare de voir dans un coin, ou encore dans un joli réduit ménagé à l'une des extrémités de la pièce, de belles et fraîches jeunes filles, aux grands bonnets, aux casques d'or, travaillant à quelques menues fantaisies, ou tissant de charmantes frwolitcs. C'est là que s'écoule la plus large partie de leur existence, sans souci de ce qui se passe au loin, ignorant souvent ce qui se fait auprès; vie très large dans sa simplicité, exempte de préoccupations d'esprit, sans passion dans le cœur, avec un horizon borné par des piles de fromages et par des piles d'écus.
Ce ne sont point pourtant les salons et les salles de réception qui manquent à la maison d'habitation. Une des curiosités de ces
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maisons, c'est que la plupart d'entre elles ontdeux portes : l'une sans prétention, pour les besoins journaliers, l'autre dorée et sculptée, qui ne s'ouvre que pour les grands événements de la vie : le baptême, le mariage ou la mort. Baptêmes et mariages donnent lieu à de grandes fêtes, à des courses interminables en boerchai-^cn, avec huit, dix, douze tilburys se suivant à la file, le fouet enrubanné et des fleurs aux harnais des chevaux. Quant à la mort, elle est acceptée par ceux qui restent, comme une de ces inéluctables nécessités devant lesquelles il nous faut tous courber la tête.
« Il n'y a pour l'homme que trois événements, écrivait La Bruyère, naître, vivre et mourir. Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. » C'est surtout aux paysans de la Noord-HoUand que cette parole du grand moraliste peut s'appliquer. Ici, les cœurs sont comme atrophiés par la règle. Les émotions ont peu de prise sur eux, et l'amour lui-même devient pour ces âmes placides une passion réfléchie, méthodique et réglée. Aussi ne voit-on guère de désespoirs poignants, de douleurs inconsolables, ni d'afflictions sans remède. Les regrets n'ont rien d'éternel ; ils se font jour d'une façon calme, réservée, sans éclat, et les larmes coulent pour ainsi dire à heure fixe et prévue.
Un de ces fortunés paysans vient-il à quitter sa vie honnête et paisible pour le repos éternel, on l'habille avec soin, tout de noir, et sur sa tête on place un bonnet de coton blanc. Ensuite, on dépose le corps dans un cercueil, en ayant soin que le couvercle laisse le visage à découvert. Le lendemain, la famille se réunit autour du mort. Le maître d'école arrive avec sa grosse bible qu'il pose sur la bière, puis il commence les saintes lectures, auxquelles s'associent les parents du défunt et quelques intimes. Seule, assise aux pieds de celui qui fut son époux, la veuve, la tète ensevelie sous un vaste capuchon noir, se recueille et se tait.
Bientôt le Domine apparaît à son tour. Il récite des prières et fait une petite allocution de circonstance, toujours un peu la même. Il
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compare la vie à un oiseau qui passe ; il parle des joies célestes qui nous attendent dans l'autre monde, de la miséricorde de Dieu et de son ineffable bonté. A ce moment, les voisins, qui guettaient du dehors, pénètrent dans la chambre, et la veuve, qui était demeurée jusque-là calme et tranquille, se met à pousser des cris déchirants. Malgré cette explosion de douleur, on ferme la bière, on enlève le corps; il franchit pour la dernière fois la porte dorée ; on le place sur une charrette, et la pauvre femme, qui doit accompagner son époux jusqu'à sa demeure dernière, s'assoit gravement sur le cercueil.
Les regrets ont beau être sincères et la douleur véritable, la place énorme que les soins du ménage et les préoccupations matérielles tiennent dans ce pauvre cœur en auront bien vite raison. La veuve reprendra sa vie calme et paisible, et rien ne dit qu'avant quelques années la porte dorée ne se rouvrira pas; mais, cette fois, pour un mariage et non pour une mort.
Tout en contemplant ces fermes incomparables et ces coquettes habitations, nous voici arrivés auprès d'Alkmaar. La ville nous apparaît entourée de grands arbres, qui mirent leurs hautes cimes dans l'onde tranquille des canaux. Au-dessus d'eux, les clochers et le beffroi dressent leurs flèches aiguës, pendant que la vieille église arrondit sa masse puissante et sombre, qui domine les maisons aux pignons pointus.
Alkmaar porte un beau surnom; on l'appelle ^/Av;7c7rÙ7 rictrix a cause de l'héroïque résistance qu'elle opposa jadis aux Espagnols; et elle mérite doublement cette victorieuse qualification, car elle a triomphé non seulement des oppresseurs de la Néerlande, mais encore du temps, cet ennemi implacable de toutes les œuvres humaines.
On entre dans la ville par une avenue de minuscules maisons, claires et proprettes, ombragée de grands arbres qui lui donnent un aspect amical, accueillant et confortable. On franchit l'ancien fossé et' les anciens remparts. Ces vieux remparts, qui avaient si vaillamment soutenu l'effort de don Frederique et des troupes espagnoles, qui
Alkmaar
avaient résisté à trois assauts, et avaient été défendus avec un tel acharnement, que les assiégeants refusèrent à leur général de retourner à la brèche, ces vieux remparts ont aujourd'hui disparu pour faire
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place, suivant l'usage, à une magnifique promenade, qui enveloppe toute la ville dans son vaste circuit.
La promenade dépassée, on se trouve au milieu de petites rues calmes et silencieuses, admirablement soignées, d'une propreté méticuleuse, où il semble qu'on ne pourrait découvrir ni une tache, ni un grain de poussière, sorte de faubourg en miniature d'une ville sans
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industrie et sans commerce local. Toute l'animation d'AIkmaar, toutes les affaires qui s'y traitent lui viennent, en effet, du dehors et se résument dans son marché. Ce marché a lieu le vendredi, et, ce jour-là, la ville, si tranquille le reste du temps, devient des plus animées; car Alkmaar est, de toute la Noord-Holland, la place oià se traite le plus gros chiffre d'affaires en fromages.
C'est auprès de son « Poids « que ces transactions ont lieu. Dès le matin, comme à Hoorn, la place est envahie par les paysans, qui dressent en piles majestueuses les belles boules dorées, nouvelles pommes d'or de ce septentrional jardin des Hespérides. A midi, au son de la cloche, les ventes et les achats commencent. Après avoir considéré la marchandise et l'avoir soupesée, l'acheteur, tout vêtu de noir, enveloppé de sa grande redingote et coiffé de son petit chapeau, regarde le vendeur tout aussi sombrement habillé. Puis, allongeant le bras, il crie un chiffre et frappe dans la main de son partenaire en crispant un ou plusieurs doigts. Le geste et le cri se répètent souvent trois ou quatre fois de suite. L'acheteur et le vendeur, toujours prudents, ne disent à haute voix que le gros du prix, et l'appoint est indiqué par la poignée de main qu'ils échangent.
Dès qu'un marché est conclu de la sorte, on voit accourir les porteurs du « Poids >i. Leur costume tranche sur celui de la foule sombre et grave des acheteurs et des marchands. Ils sont en effet vêtus tout de blanc, à l'exception du chapeau et de la cravate qui sont ou bleus, ou rouges, ou jaunes, ou verts, suivant la balance à laquelle ils sont attachés, car chaque balance a sa couleur particulière. Une fois amenés au « Poids », les fromages sont officiellement pesés, et l'acquéreur en prend livraison.
Rien n'est curieux comme de voir cette manœuvre, où les boules dorées, lancées avec une prestigieuse habileté, bondissent de mains en mains pour aller du marché à la balance, et finalement de la balance au bateau ou à la voiture qui doit les emporter.
Plus de la moitié du fromage qu'on fait dans la province passe
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là, et l'on estime à plus de cinq millions de kilogrammes la quantité qui, chaque année, fait connaissance avec les balances de la ville.
Le « Poids », autour duquel ces scènes animées ont lieu, est une des plus curieuses constructions de tout le pays. Le joli dessin de Lalanne me dispense de le décrire. Mais, ce que ce dessin ne peut vous montrer, c'est la couleur chaude de cette construction élégante, c'est l'éclat que lui donne la peinture singulière qui surmonte sa façade, c'est l'harmonie de ses tons de briques tranchant sur les assises de pierre et sur les noirs reflets du grand toit en ardoise, qui domine toute la construction.
Il s'en faut toutefois que ce « Poids » si curieux soit la seule construction archaïque de mérite que renferme Alkmaar. Je ne dis rien des vieilles maisons. On les y rencontre à la douzaine, toutes fringantes, repeintes, attifées comme de vieilles douairières, dressant en l'air leurs pignons historiés, quelques-unes ayant même conservé leurs auvents, avec l'arsenal de crochets obligatoires. Pour ne parler que des monuments, Alkmaar, sans être aussi riche que Hoorn, est abondamment pourvue d'édifices curieux et pittoresques.
Je citerai d'abord l'hôtel de ville, conçu et bâti dans le goût gothique, avec un bel escalier à double rampe qui mène au premier étage oia il forme perron. Ce coquet 5/a//zzn'.y est construit en brique et pierre. Avec ses fenêtres trilobées, ses balustrades sculptées, ses niches, ses consoles, ses pinacles, ses tourelles et son beffroi, il a tout à fait bonne façon. Malheureusement, il est placé au milieu d'une longue rue, et, faute de recul, il n'est guère possible de le bien voir.
On nomme cette longue rue la Langestraat . Elle aboutit à la grande église, jadis placée sous le vocable de Saint-Laurent, beau temple, de vastes proportions, qui appartient, lui aussi, au style gothique, mais au gothique du xv siècle, c'est-à-dire à son déclin.
A l'intérieur de l'église, on voit la tombe du comte Florent V, couverte de ses nobles armoiries; et de petits navires, suspendus par de longues cordes à la voûte du chœur, attestent hautement que le dieu
vénéré dans ce sanctuaire ne marchande point aux navigateurs d'Alkmaar son appui et sa protection.
Point d'autres ornements du reste. Le temple est nu, dévasté, et, n'était la propreté merveilleuse qui règne dans cette solitude sacrée, on croirait qu'elle vient d'être mise au pillage par une bande d'iconoclastes. A l'extérieur, son porche méridional qui donne sur l'ancien cimetière, et un petit réduit fortement orné, plaqué contre l'abside, égayent l'impression austère que produisent ses grandes lignes élancées, sveltes, élégantes, mais un peu dénuées d'ornements.
Le marché au poisson, construction beaucoup plus moderne, fort amusante de forme, presque classique malgré cela, et un hospice de vieilles gens remontant au xvf siècle, édifié en brique et pierre, avec tourelles, portes sculptées, frises et bas-reliefs, viennent encore confirmer ce que je disais tout à l'heure à propos des monuments. Mais Alkmaar serait moins riche de ce côté, qu'elle n'en resterait pas moins une des plus curieuses cités de la Noord-Hollande.
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LA ZAAN
C'est en tilburys, en boerchaiien, en chariots de toute sorte, montés sur de grandes roues, couverts de sculptures singulières et d'armoiries provinciales, que les paysans des alentours se rendent au marché d'Alkmaar. Dès le matin du vendredi, les voitures se rangent en bataille autour du Kaasmarkt, et les chevaux aux longues crinières noires s'en vont chercher, dans quelque stalling du voisinage, la nourriture et le repos auxquels ils ont droit.
Quant aux fromages, s'ils viennent en voiture, ils s'en retournent le plus souvent en bateau. Un grand canal, qui longe le quai sur lequel le « Poids » est bâti, et qui porte, sur les vieilles cartes, le nom de Nieiitve Vaert, permet aux tjalks et aux koffen de venir atterrir au milieu du marché ; et là, d'ingénieuses rigoles conduisent, par une pente douce, les fromages bien et dûment pesés jusqu'au fond de la cale lebondie, qui doit leur servir d'asile.
Une fois que le bateau est chargé, s'éloignant pour faire place à d'autres, il s'engage dans IsLuthe Outdorp, longe la Zjdam et aboutit
au Voormeer^ d'où il gagne le nord de la presqu'île par le grand canal
d'Amsterdam à la mer, ou le sud en prenant la jolie rivière qui porte le nom de la Zaan.
C'est par ce dernier chemin que nous allons quitter Alkmaar. Aussi bien, il n'en est pas de plus agréable pour gagner Amsterdam. La station du chemin de fer a beau profiler au loin ses toits élégants et corrects, le train venant du Helder a beau jeter au vent les appels stridents de son aigre sifflet, j'avoue que je préfère la rivière à la voie ferrée, et les doux balancements de V Alkmaar-packet aux secousses précipitées du train express.
Mais, avant de partir, donnons un dernier regard et adressons un dernier adieu à la victorieuse Alkmaar.
Saluons sa population obligeante, affable, hospitalière; admirons, une fois encore, sa merveilleuse propreté, son immaculée netheid; contemplons ses boutiques de pâtissiers toujours bien fournies, et les brillants étalages de ses orfèvres, où étincellent les casques d'or et les boucles en diamants ; suivons une dernière fois du regard ses rues sinueuses, où l'on chercherait en vain une salissure sur la muraille et une ordure sur le pavé; emportons dans nos yeux sa couleur brillante, chaude, vibrante, où les notes rouges de la brique s'allient aux tons frais du feuillage, où les blanches peintures encadrent les brunes fenêtres, où le grand toit, aux tuiles gondolées et vernies, réverbère en chauds éclats la lumière du soleil.
Nous voilà au bateau. Maintenant, en route!
Alkmaar signifie « tout-eau ». Ce nom fut donné jadis à la ville que nous quittons, à cause de la quantité d'eau qui se trouvait autour d'elle. Elle était, à cette époque, enveloppée par une série de lacs communiquant entre eux, qu'on appelait la Mer d'Alkmaar. Peu à peu, et morceau par morceau, l'industrie des habitants s'est emparée de ces lacs, les a entourés de digues, les transformant ainsi en de gigantesques cuvettes, qu'on a vidées ensuite à l'aide de pompes aspirantes mises en œuvre par des moulins à vent.
Encore à l'heure actuelle, pour que les eaux ne viennent point ré-
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cupérer ce terrain qu'on leur a dérobé, les digues sont partout conservées, soigneusement entretenues, et une armée de moulins à vent, dont nous voyons les grands bras se profiler dans l'azur pâle du ciel, sont chargés de pomper l'eau qui pourrait s'infiltrer dans les bas terrains.
Rien n'est curieux comme d'observer le mécanisme ingénieux à l'aide duquel ces prairies nouvellement conquises sont maintenues dans un état permanent de sécheresse. Chacun de ces polders (c'est, je l'ai dit, le nom qu'on leur donne) est coupé par des fossés toujours pleins d'eau, qui communiquent entre eux et aboutissent à une vanne près de laquelle est bâti un petit moulin. Tout l'excès d'humidité du polder est drainé par ces fossés, et lorsque ceux-ci s'engorgent, on ouvre la vanne, on fait fonctionner le moulin, et l'eau est projetée dans un canal enserré entre deux digues, dont le niveau est plus élevé que le sol de la prairie. Ce canal, qui reçoit ainsi, de chaque côté, tout l'excédent d'humidité des ^o/<i(?r5 qu'il traverse, aboutit à une seconde vanne et à un second moulin, lequel, à son tour, envoie dans un canal supérieur le trop-plein du premier canal; et ainsi montant d'étage en étage, l'eau finit par arriver à un dernier canal, dont le niveau est supérieur àcelui de la mer, dans laquelle, à marée basse, son contenu s'écoule par une pente naturelle.
Voilà à l'aide de quels moyens fort simples en apparence, fort compliqués dans l'application, on arrive à maintenir, dans le bel état oîi nous les voyons, ces prairies verdoyantes toutes couvertes de vaches, et qui,topographiquement, sont situées à trois, quatre et parfois même jusqu'à cinq pieds au-dessous du niveau de l'Océan.
Presque toute la presqu'île de Noord-Holland, si fertile, si riche, si merveilleusement cultivée, se trouve placée dans cet état précaire. On comprend dès lors quelle perpétuelle menace est suspendue audessus de la tète de ses habitants, et à quelles précautions constantes ils sont obligés. Une connexité absolue existe entre leurs intérêts. Car si, par négligence, incapacité ou incurie, les propriétaires à' un polder
laissaient l'eau reprendre le dessus, la vie et les biens de leurs voisins se trouveraient certainement compromis. Aussi, pour éviter de pareils dangers, l'État soumet-il les propriétaires dt polders à une surveillance constante, et intervient-il pour régler non seulement les travaux de protection qui doivent être entrepris, mais encore pour contrôler l'entretien de ceux qui existent.
Cette surveillance et cette intervention forment l'une des branches les plus importantes de ce service public, qu'on nomme, en Hollande, le Waterstaat.Sons cette dénomination qui signifie» État de l'eau», on comprend non seulement le magnifique réseau de travaux d'art qui couvrent tout le pays et le protègent contre l'inondation, mais aussi le corps des ingénieurs spéciaux, chargés par l'État de la direction et de la surveillance des digues et des polders.
Cette organisation offre la plus grande analogie avec notre service des ponts et chaussées.
Comme chez nous, le I^F<3^er5?a<3^ recrute son haut personnel parmi les ingénieurs les plus distingués sortis d'écoles spéciales. Comme chez nous encore, ces ingénieurs, répartis par provinces et par arrondissements, sont organisés hiérarchiquement, et l'ensemble de leurs travaux vient se condenser entre les mains d'une administration supérieure, qui se charge de donner partout une impulsion uniforme, et crée, entre ces efforts dispersés sur tous les points du territoire, une unité nécessaire et une indispensable corrélation.
Enfin au-dessous de cette administration suprême relevant de l'État, il existe pour chaque /^oWer une direction locale, particulière, spéciale, dont les devoirs sont réglés par une législation très complète, en même temps que très sévère. Nul ne peut, en effet, créer un polder ou exécuter les travaux nécessaires à sa conservation, sans en avoir au préalable soumis les plans à l'approbation du Waterstaat. Puis, dès que le polder est créé, il est assujetti au contrôle, à la surveillance de tout un personnel assermenté. Depuis le président du polder, le Dykgraaf^ le comte de la digue, comme on l'appelle, jusqu'au simple
La Zaan.
meunier chargé d'élever les eaux à l'aide de son moulin, tous les membres du conseil, tous les employés placés sous leurs ordres, tous, jusqu'aux moindres surveillants, ont des devoirs fixes, précis, qui leur sont imposés par la loi, et auxquels ils sont obligés, par de rigoureuses pénalités, de se conformer fidèlement.
Et c'est à l'aide de cette savante organisation que la Noord-