‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 41 sur 72 · AMSTEItDAM : LA VIEILLE E U · texte numérisé non relu

AMSTEItDAM : LA VIEILLE E U

défendant d'aller plus loin; ce sont eux, au contraire, qui ont commandé aux éléments, qui les ont plies à leur volonté, aux exigences de leurs besoins, aux caprices de leurs fantaisies.

A travers ces rues et ces canaux, il nous est facile, en effet, de démêler l'histoire d'Amsterdam, ou tout au moins de suivre ses développements successifs. Les tours qui jadis défendaient ses remparts

nous montrent les étapes successives qu'elle a parcourues. Voyez à deux pas de nous ce massif puissant avec ses cinq poivrières. C'est l'ancienne porte Saint-Antoine; en i5oo, la ville s'arrêtait là. La tour de Montalbaan, que vous distinguez plus loin, avec son campanile curieux et ses robustes murailles de briques, nous dénonce un second temps d'arrêt, celui où VOiide Schans servait de fossé. Mais voyez comme depuis lors elle a été dépassée, cette tour Montalbaan. Elle qui jadis constituait une position avancée, la voilà qui semble aujourd'hui presque au milieu de la ville.

D'un autre côté, voici le bastion du Rondeel et la tour de la Monnaie. Autrefois ils protégeaient l'Amstel et gardaient l'entrée de la rivière. Eux aussi, maintenant, sont si loin des nouvelles issues qu'on ne pourrait, à voir la place qu'ils occupent, deviner leur primitive destination. La tour des Pleureuses a été la dernière à conserver son emplacement aux extrémités de la cité. Elle devait cela à sa position sur le port, et il a fallu les derniers travaux exécutés sur l'Y, pour qu'elle se trouvât à son tour reléguée à l'intérieur.

D'autres points de repère se montrent encore à l'horizon, mais ceux-là nous suffisent. Ils nous font voir comment Amsterdam s'est développée d'après un plan sagement ordonné, savamment étudié, mûri avec prudence et où rien ne fut jamais abandonné au hasard.

Suivez du regard toutes ces lignes concentriques, elles vous raconteront comment, à mesure que la ville grandissait en force et en richesse, elle a grandi aussi en étendue. Chaque siècle enveloppe Amsterdam d'une zone d'habitations nouvelles, mais avec une persistance admirable, chaque siècle aussi lui conserve sa forme logique. A chaque extension que subit son périmètre, le fossé qui protégeait le rempart devient un gracht. Il se borde de quais, les quais se peuplent de maisons. Partout des ponts larges et commodes facilitent la circulation, et les rues, qui s'éloignent du centre, franchissant les ponts, traversant les canaux, viennent abréger les distances et rapprocher les quartiers les plus éloignés. Mais cette transformation s'opère

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sans que le plan général soit jamais méconnu, abandonné, modifié, et les nouveaux canaux, développant leurs courbes harmonieuses, continuent d'envelopper la ville pour aboutir au port.

Aujourd'hui encore, Amsterdam, fidèle à ses destinées sans cesse grandissantes, s'enveloppe d'une zone nouvelle. Mais également fidèle à ses traditions, elle ne se développe point, comme la plupart des cités modernes, dans un sens unique, elle s'étend à la fois à l'est et à l'ouest, à droite et à gauche de son port.

Remarquez, en effet, quelle activité règne au delà de la porte d'Utrecht. Les machines à vapeur enfoncent les pilotis dans le sol incertain et mouvant; les charpentes se dressent et les murailles s'élèvent comme par enchantement. De l'autre côté, autour du Vondelpark, même spectacle. Des quartiers entiers sont sortis de terre en quelques années. Des villas gracieuses se cachent au milieu des arbres, et les maisons élégantes alignent leurs balcons modernes et leurs toitures en pente, qui ont remplacé les antiques pignons.

Ce Vondelpark, centre d'une agglomération nouvelle, et devenu aujourd'hui le rendez- vous du beau monde amsterdamois, le bois de Boulogne de la capitale hollandaise, n'est point lui-même très ancien. Il nous souvient de l'avoir vu planter. Nous étions à Amsterdam lorsqu'on inaugura la statue du grand poète dont il a pris le nom. En ce temps-là, il était situé au milieu des champs, au centre d'un polder; aujourd'hui il se trouve englobé dans la ville. Quels merveilleux changements accomplis en quelques années !

Si maintenant, de ces quartiers lointains, nous ramenons nos regards au spectacle qui se déroule à nos pieds, nous apercevons le Dam où s'agite une vraie fourmilière. C'est le forum de la cité, c'est le centre de sa vie et de son mouvement, c'est en quelque sorte son cœur. C'est là qu'aboutissent les tramways qui la relient à ses diverses gares, et les omnibus qui communiquent avec ses quartiers éloignés.

Ce n'est point, je l'ai dit, une place régulière que ce Dam. Ses maisons n'ont rien de bien grandiose ni de particulièrement

remarquable, et la magnificence de ses édifices ne répond pas à la splendeur de son palais.

La Bourse, le plus important d'entre eux, est loin d'être d'une plasticité modèle. Les deux clubs qui lui font pendant, le Zeemanshoop et le Groote Club, le premier, rendez-vous des gens de mer, le second, asile habituel de l'aristocratie et de la Jeunesse dorée, sont d'un goût meilleur. L'abside de la Nieuwekerk vaut mieux encore. Mais tout cela réuni forme un ensemble assez mal équilibré, un quadrilatère sans aplomb, qu'achève de déparer le monument singulier qu'on a fort imprudemment construit au milieu de la place et qui porte le nom de « Croix de métal ».

Néanmoins c'est sur ce Dam, qui donna jadis son nom à la ville, que se sont accomplis les grands faits qui accidentent l'histoire d'Amsterdam. Depuis le massacre des anabaptises jusqu'à l'occupation prussienne de 1787, depuis les exécutions sanglantes ordonnées par les implacables lieutenants de Philippe II jusqu'au défilé des troupes de Pichegru, tous les événements considérables ont eu leur dénouement sur cet espace restreint, et c'est sur cette place qu'aujourd'hui encore se manifeste, avec le plus d'intensité, la vie de la vieille et robuste capitale.

SI. A M s T ii II u A il : l t; 11 a u eu É aux poissons.

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