UAARLESI ; VIEILLE POBTE DE LA VILLI
rieuses balafres et dressant fièrement les toits en poivrière de ses échauguettes, dominées par la respectable tour qui gardait jadis l'entrée de la cité.
Les vieux murs et les bastions ont été démolis, mais n'ont été que partiellement convertis en ombreuses promenades. Sur un grand nombre de points, les maisons en ont pris possession, et c'était naturel. Ce ne sont pas, en effet, les promenades qui manquent à Haarlem. Ses rues larges et bien percées, les bords de la Spaarne ombragés de grands arbres, suffiraient à ses habitants, alors même que son Bois magnifique ne serait point là pour leur prodiguer ses superbes ombrages.
Ce Bois, justement célèbre, est au-dessus de tout ce qu'on en peut dire. Ses magnifiques avenues, ses arbres centenaires, ont une telle majesté qu' on ne les peut oublier une fois qu'on les a vus. Ses pelouses, où gambadent les chevreuils, ses perspectives délicieuses de fraîcheur, ses allées si vénérables qu'à certaines d'entre elles on a conservé le nom des Espagnols, tout se réunit pour faire de ce grand parc un bois exceptionnel, et qui serait peut-être le plus beau de l'Europe, si celui de la Haye n'existait pas.
A l'entrée du Bois se trouve un grand château d'une belle ordonnance et d'un aspect cossu, jadis construit par le banquier Hope, acquis plus tard par le roi Louis, resté propriété de la liste civile, et qui abrite aujourd'hui une collection assez nombreuse de peintures modernes. Ces peintures appartiennent toutes à l'école néerlandaise. Mais malheureusement celle-ci n'est que la fille bien dégénérée de la grande école hollandaise d'autrefois. On y retrouve encore de grands noms : Backhuysen, Eeckhout, Maes; mais oii sont les œuvres? Quelques belles églises de M. Bosboom, de grandes pages historiques signées de M. Pieneman, ou les fantaisies javanaises du prince Raden-Salek, ne suffisent point à combler le grand vide qui, depuis cent cinquante ans, s'est fait dans l'art hollandais.
Cette inspection sommaire du Paviljoen m'amène à parler d'un autre musée, situé non plus dans le Bois, celui-là, mais bien au centre de la ville. Ce musée contient, lui aussi, des tableaux modernes, mais en plus petit nombre et mieux choisis. Il renferme en outre toute une réunion de dessins anciens d'une qualité peu commune. Je veux parler de la fondation Teyler.
Cette intéressante institution, qui ne borne point son action aux beaux-arts, mais embrasse encore les arts utiles, qui renferme une bibliothèque et des collections scientifiques, est l'œuvre d'un homme de cœur et de haute intelligence. Elle compte aujourd'hui près d'un siècle d'existence, et M. Teyler, son fondateur, consacra un revenu de cent mille florins à créer cette belle et instructive réunion, et à
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instituer des prix pour les auteurs de découvertes utiles ou pour les vainqueurs de concours scientifiques. Quel plus généreux emploi cet homme de bien pouvait-il faire d'une grande et belle fortune ?
Le musée Teyler est situé dans le Damstraat. Cette rue aboutit sur le Grand Marché, où il nous faut revenir pour visiter encore deux monuments de grand aspect, qui complètent la décoration du Forum haarlemois, l'église Saint-Bavon et le curieux édifice nommé la Boucherie.
L'église Saint-Bavon est l'un des plus vastes temples de la Hollande méridionale, et mérite hautement le nouveau nom de Grootekcrk, qu'on lui a donné. Elle fut construite en 1472, par le comte Albert. Extérieurement, elle est sombre et triste. Sa masse imposante, entourée de boutiques basses et chétives qui semblent en souligner encore la hauteur, n'a rien de bien séduisant. A l'intérieur, elle est nue, vide, uniformément blanchie par le badigeon, et n'étaient quelques peintures murales fraîchement découvertes, la grille du choeur, le tombeau du poète Bilderdijk et ses orgues, elle ne renfermerait rien qui fût digne d'être noté.
Ses orgues surtout sont célèbres. Leurs cinq mille tuyaux ont longtemps passé pour les plus puissants et les plus parfaits qu'on ait jamais réunis en un même registre. Mais, depuis un demi-siècle, l'art de l'organiste a fait tant de progrès, a réalisé tant de prodiges, qu'on conteste aujourd'hui leur supériorité, et les envieux de leur gloire osent même prétendre qu'elles comptent des émules. Toutefois, malgré les on-dit, elles sont demeurées une attraction pour les étrangers, et une source de revenus pour l'église.
La Boucherie, qui confine à la Grooteherk, est un des plus curieux spécimens de l'architecture du xvii' siècle en Néerlande. Ses deux façades, hérissées de pinacles et de petits obélisques, trouées de niches, ornées d'une frise sculptée où s'alignent les têtes de bœufs et de moutons, sont vivement colorées par les alternements de brique et de pierre qui les rayent. Tous ces ressauts, toutes ces consoles, toutes
ces aspérités forment un ensemble étrange, exotique, extravagant et fort peu en rapport avec ce que l'histoire nous raconte de la gravité, ' de la sévérité et surtout de l'austérité des Hollandais de cette grande et magistrale époque.
Jadis boucherie publique, cet édifice singulier est devenu, de nos jours, l'Hôtel des ventes, hôtel assez peu fréquenté du reste, fort peu animé, car les ventes sont rares à Haarlem; et la paisible cité, qui ne compte plus, depuis longtemps déjà, parmi les villes les plus industrieuses et les plus commerçantes de la Hollande, n'attache guère maintenant son nom qu'aux transactions des pépiniéristes qui l'entourent.
C'est, en effet, aux pépinières de Haarlem que les jardins d'une grande partie de l'Europe sont redevables de leurs plus belles fleurs. C'est à elles qu'il faut s'adresser pour obtenir ces magnifiques tulipes si merveilleuses de coloris, si brillantes, si variées, qui ont été de tout temps une des gloires de l'horticulture hollandaise, et qui sont demeurées une de ses spécialités.
On a tout dit sur la passion des vieux Hollandais pour leurs admirables tulipes. On a raconté à ce propos les histoires les plus extraordinaires, les plus invraisemblables légendes, on a fait les contes les plus étourdissants. Mais quand, au printemps, on voit les campagnes qui s'étendent entre Haarlem et Le3fde littéralement couvertes de ces fleurs veloutées, on se sent, malgré soi, rempli d'indulgence pour ceux qui sacrifièrent jadis à cette délicate et charmante passion.