LEVDE : LA BRKEDESTEAAT. TUE PUISE DU CLUB DES ÉTUDIANTS
Statues indiennes, en inscriptions puniques, soutient mieux sa juste renommée. Non seulement les échantillons qu'il renferme n'ont rien perdu avec le temps; mais, grâce à la profonde érudition des conservateurs, il est sorti de cette réunion de documents épigraphiques, de cette collection de pierres gravées, de bas-reliefs et de sarcophages,
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des écrits précieux, qui ont fait le jour sur des questions obscures et résolu des problèmes depuis longtemps posés.
La Bibliothèque, elle non plus, n'a rien perdu de son intérêt; ses merveilleux manuscrits, héritage de Scaliger et surtout de Vossius, qui les avait réunis pour la reine Christine, sont toujours aussi dignes de notre admiration, pendant que des acquisitions nouvelles viennent régulièrement compléter le riche dépôt commencé au xvii° siècle, et le tenir au courant des progrès de la littérature, de l'histoire et de la science.
Quant au Musée des tableaux, il est moins riche qu'on ne devrait s'y attendre dans la ville qui a vu naître Lucas de Leyde, Van Goyen, Rembrandt, Gérard Dow, Jan Steen, Metzu, les Mieris, Slingeland, etc. A le voir il semblerait que la gloire d'avoir donné le jour à ces fameux artistes suffise à Leyde, et que la studieuse cité veuille laisser à d'autres la gloire d'acquérir à grand prix les chefsd'œuvre de ses illustres enfants.
Soyons juste toutefois, il existe au Musée de Leyde deux toiles bien curieuses, bien importantes pour l'histoire de l'art hollandais, et qui, malgré des retouches maladroites et de fâcheuses restaurations, peuvent être regardées comme des documents de tout premier ordre. Je veux parler du triptyque de Lucas de Leyde, représentant le •Jiig-emeut dernier, et du retable de Cornelis Enghelbrechtsz.
Certes, ce ne sont point là des sujets gais ni bien agréablement traités. Lucas, dans sa description de l'Enfer, comme Cornelis dans sa représentation de la Passion, étalent dans leur œuvre cette cruauté, cet amour des spectacles sanglants, cette abondance d'images tourmentées, qui sont comme un des caractères de leur temps, comme un des besoins de leur époque. Mais il est curieux de surprendre, dans la seule œuvre connue du maître de Lucas de Leyde, comme dans l'ouvrage considérable du disciple de Cornelis Enghelbrechtsz, les premiers bégayements de l'école hollandaise.
Ces deux précieuses peintures sont conservées, avec les tableaux
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et curiosités de la ville, dans l'ancienne maison des drapiers, remarquable édifice du xvii" siècle, situé sur le Singel. Jadis elles l'étaient à rhôtel de ville, dunsld^ Breedestraat^ un peu plus loin que cette belle Societeit des étudiants, dont nous parlions à l'instant.
C'est une vaste et pittoresque construction que cet hôtel de ville, un peu tourmentée de lignes, point très pure de style, manquant surtout de sévérité, de sérénité et de calme, toute hérissée de pyramidions, crevée de niches, bourrée de mascarons, décorée de frises sculptées, de pinacles, de balustrades, surchargée de consoles, de pilastres et de statues, et finalement couronnée par un campanile bulbeux, extravagant, exotique, tout couvert de piquants, d'angles aigus, de ressauts. Eh bien, néanmoins, avec son grand escalier à double rampe, dont le perron grimpe à la hauteur d'un premier étage, le Stadhiiis de Leyde est un amusant édifice qui réjouit l'œil, égayé l'esprit, détonne sur la monotonie classique de la ville savante, et repose le regard de ces éternelles lignes parallèles auxquelles, en tant d'autres endroits, nous sommes condamnés.
Les monuments sont assez rares à Leyde. Une ville aussi ancienne, aussi célèbre, devrait, semble-t-il, en contenir davantage. Quand j'aurai mentionné ce curieux pont couvert, qu'on nomme le pont aux grains {Korenbnig)^ et les deux églises : la Hooglandsche Kerk, autrefois dédiée à saint Pancrace, et qui, remontant aux premières années du xiv" siècle, est une des rares basiliques hollandaises où l'on trouve des arcs en plein cintre; et l'église Saint-Pierre qui, plus ancienne encore, mais cependant plus gothique, renferme les tombeaux de Joseph-Juste Scaliger, des deux Meerman, des deux Camper et de Boerhaave, j'aurai à peu près tout cité.
C'est peu, et c'est insuffisant, car il est un monument qu'on s'étonne de ne pas voir se dresser sur une des places de Leyde, c'est celui que la reconnaissance de ses habitants aurait dû, depuis longtemps, élever aux Elzeviers.
C'est ici, sur le Rapenburg, que ces dignes continuateurs des
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Manuce et des Estienne, que ces émules des Simon Vostre, des Plantin, des Geoffroy Tory ont édifié leur premier établissement. C'est là qu'ils ont produit ces admirables chefs-d'œuvre si recherchés de nos jours, et qui resteront comme les éternels modèles de la belle typographie. En 1807, l'explosion d'un bateau de poudre détruisit les maisons qu'ils avaient occupées. Depuis lors, la Ruine (c'est le nom qu'on donne à cet emplacement) est restée inoccupée, sans emploi.
Qu'attend-on pour y élever le monument que leur gloire réclame ? Il sera d'autant mieux venu que, grâce à un éditeur contemporain, M. Sijthoff, Leyde est encore aujourd'hui la ville des belles éditions, la patrie des beaux livres.