VEXLO : L'HOTKI, DE V I I. [, R
saint Martin, le plus ancien et le plus vénérable assurément de tous les édifices religieux de ^"c^lo, a été si éprouvée par les bombes, les boulets, les ans et l'incendie, qu'il serait bien difficile de reconnaître aujourd'hui quel fut son plan primitif.
C'est moins un monument qu'une agglomération de constructions
3o La Hollande à vol d'oiseau.
successives, auxquelles un clocher tout récemment terminé achève d'enlever son cachet. Trois grandes nefs avec des vitraux neufs, une chaire rococo et un baptistère de bronze sont tout ce qu'on peut y voir d'artistique et d'intéressant. — Et après? direz-vous.
Après, plus rien. Notre visite est finie. C'est à cela que se bornent les curiosités de Venlo. Si vous étiez antiquaire passionné, archéologue fielîé, nous pourrions bien encore vous mener voir quelques bronzes romains, plaques, bijoux et fibules découverts dans le voisinage de la ville; mais mieux vaut vous conduire au bord de la rivière. Nous allons quitter pour quelque temps la Meuse, il est bon de lui dire adieu.
Elle coule, du reste, calme et paisible, léchant de ses petits flots les vieux restes des remparts. De grosses péniches amarrées, des bateaux dodus et ventrus attachés au quai par des câbles énormes, un vapeur à aube qui chauffe doucement, prêt à partir pour Rotterdam, donnent à ce port en miniature une certaine animation.
Jadis, j'ai descendu la rivière dans l'un de ces bateaux. Le voyage manque un peu d'accidents, et, n'étaient les souvenirs qu'on recueille au passage, rien ne viendrait rompre la monotonie de la route. Mais, heureusement, les souvenirs abondent; ils se pressent, nombreux et vivaces, tout le long du chemin.
En doutez-vous? A quelques heures d'ici, on longe la bruyère de Moockerheide, toujours sombre et toujours aride, malgré tout le sang qu'elle a bu. C'est là qu'en un jour à jamais néfaste, trois chefs valeureux, Louis et Henry de Nassau et le prince Christophe, fils de l'électeur palatin, furent massacrés par les Espagnols, avec tous les soldats qu'ils avaient sous leurs ordres.
Comment expliquer ce massacre terrible ? Quelles causes amenèrent la surprise de ces troupes vieillies dans les alertes et les combats? Comment pas un seul d'entre ces valeureux défenseurs de l'indépendance néerlandaise ne put-il échapper à cette impitoyable tuerie ? Jamais sans doute on ne le saura, car les contemporains eux-mêmes, Grotius, van Meteren, Bentivoglio et Strada, n'ont pu se mettre d'accord.
Venlo, Moockcrlicide, Grave. 3i
Le seul point sur lequel ils soient parvenus à s'entendre, c'est la bravoure et l'énergie dont chels et soldats firent preuve en cette fatale journée. Tous moururent en braves gens, les armes à la main, se battant avec une égale furie, et si bien confondus que, le combat fini, on ne put distinguer les cadavres des ofTicicrs de ceux des plus infimes fantassins, tant ils étaient déchirés par les coups et couverts de blessures horribles.
Moockerheide passé, on aperçoit bientôt, se profilant sur le ciel clair, les majestueuses redoutes qui entourent Grave d'un triple circuit. Encore un souvenir sanglant, mais, cette fois, d'un autre ordre. Il s'agit de cette magnifique défense de Chamilly, que Napoléon I", juge compétent en ces matières, ne craignait pas de qualifier l'un des plus beaux faits d'armes des temps modernes.
C'était en 1674; Louis XIV, après avoir conquis les trois quarts de la Hollande, s'était vu obligé de battre rapidement en retraite. Ses troupes, en se retirant, laissaient Grave complètement à découvert, et Rabenhaupt, le vainqueur de Koevorden, était apparu sous ses murs dès les premiers jours de juillet.
Tout d'abord, il engagea des pourparlers, espérant avoir bon compte des résistances de la place. Mais Chamilly, qui commandait la ville, avec quatre mille hommes et trois cents bouches à feu, ne lui laissa point de longues illusions. La conversation, qui avait commencé dans le style de Fontenoy, changea brusquement de ton, et le canon succéda aux parlementaires.
En vain Rabenhaupt essaya-t-il dix fois de revenir à la persuasion et d'obtenir de bon gré ce qu'il ne pouvait prendre de force, il fut chaque fois vertement éconduit. 1
Un jour, cependant, il se crut bien proche de réussir. Depuis quatre jours, un bombardement incessant avait mis la ville en feu. Le château était détruit, l'église s'était effondrée, les maisons briàlaient à plaisir. Obéissant à un sentiment d'humanité, Chamilly essaye de sauver les femmes et les enfants. Il demande qu'on laisse s'éloigner ces
Sa
innocentes victimes. Rabenhaupt, qui pense le «moment psychologique » venu, refuse avec hauteur. Sa réponse est arrogante, indigne même d'un pareil homme de guerre, car elle laisse percer un amer dépit.
Mais le gouverneur ne se montre guère ému par ces façons un peu trop cavalières, et c'est avec un spirituel persillage qu'il lui répond : « J'avois permis aux femmes qui vouloient se retirer de sortir, lesquelles vous avez renvoyées, et que je reçois volontiers, ne manquant de rien pour leur subsistance et la notre ; outre que nous trouvons assez de vigueur pour elles et pour nous, n'ayant pas été surpris qu'à votre âge vous ne les ayez voulu recevoir. »
Ce fut sur l'ordre exprès de Louis XIV que Ghaniilly capitula, le roi ne pouvant, disait-il, se résoudre à la perte de tant de braves gens. Il sortit de Grave laissant la place intacte et recevant tous les honneurs de la guerre. Hélas! que n'avons-nous signé, depuis ce temps, que des capitulations pareilles!...
Mais voilà que je me laisse entraîner à vous parler de Moockerheidc et de Grave, alors que ce n'est point de ce côté que doivent se porter nos pas. — Bois-le-Duc nous appelle, et ce n'est pas la Meuse qu'il nous faut suivre. Le chemin de fer siffle et n'attend pas.
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13. DOIS-LE-DCC : I.'KOLISE SAINT-JKAS ( F A Ç A U E M IC tt 1 D I O N A L K ,.