‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 65 sur 72 · OVEUDUYN : MAI80X DE TAYSAS · texte numérisé non relu

OVEUDUYN : MAI80X DE TAYSAS

c'est Wcsthoven, — Westhoven l'un des fiefs les plus anciens du pays. Son château lut fortifié par les Templiers au commencementdu xn* siècle. En i3i4, deux ans après la suppression de l'ordre par Clément V, les comtes de Hollande et Zélande mirent la main sur cette terre seigneuriale, qui devint, par la suite, une de leurs résidences préférées. Plus tard, Westhoven fut donné aux abbés de Middelbourg, et en 1540 l'empereur Charles-Quint y logea. — Vous voyez que nous ne pouvions choisir une demeure féodale plus ancienne et plus fameuse.

VVesthoven dépassé, nous arrivons, par une route bordée de villas délicieuses, au Joli village de Domburg.

Domburg est le Scheveningue zélandais. C'est la plage élégante de l'île de Walcheren. Domburg, déjà célèbre au xv siècle, était même fréquenté dès l'antiquité, car on y a trouvé des fragments d'autels romains, et cependant, malgré son vieux renom et ses prétentions aristocratiques, il est peu peuplé de nos jours et sa plage est encore délaissée par le beau monde balnéaire.

Ecrire l'histoire de Domburg, ce serait retracer en partie l'histoire de Walcheren. Ce joli village a vu son nom mêlé à tous les événements importants qui se sont accomplis dans l'île. Mais le passé ne suffit point à son ambition. Il voudrait aujourd'hui lutter d'importance avec les grandes stations du littoral. Ce n'est pas sans envie qu'il regarde d'un côté Scheveningue et de l'autre Ostende et Blanckenbergue, alignant le long de leurs interminables terrasses des hôtels somptueux semblables à des palais.

Malheureusement cette envie, ces regrets menacent d'être stériles. De gros obstacles semblent devoir retarder encore longtemps l'essor de Domburg. Cette transformation, si ardemment désirée, est-elle du reste vraiment souhaitable ? — Je ne sais pourquoi, je me figure cette jolie plage, ce village, ces dunes, comme un lieu de repos pour le corps et l'esprit, comme une sorte de refuge pour ceux qui, fatigués des luttes de la vie, veulent échapper, pendant quelques semaines, au tourbillon qui les enveloppe, aux préoccupations qui les assaillent, aux travaux qui les poursuivent, et à ces obligations mondaines qui ne laissent ni trêve ni répit.

Aujourd'hui donc, en dépit de ses ambitions, Domburg est encore paisible, tranquille, calme, honnête. Ses rues sont demeurées campagnardes, son palais municipal est toujours étroit, modeste, le village n'a point répudié ses allures familières et champêtres.

Des hautes dunes qui le dominent, on l'embrasse d'un regard. .C'est une tache joyeuse au bord de cette grande île fleurie, feuillue.

L'île de La Walcheren. 36j

verdoyante, qui, vue de cette hauteur, a toutes les apparences d'un nid gigantesque et douillet.

Ces dunes, qui près de Domburg prennent l'aspect de petites montagnes, sont la barrière qui tient tête à l'océan et préserve Walcheren d'une inéluctable invasion des flots. Partout où l'île est en contact direct avec la mer du nord, elles s'élèvent comme un rempart protecteur, partout, sauf sur un point, qui est précisément celui où l'effort des vents d'ouest se fait le plus violemment sentir.

A cet endroit, pour remédier à cette dangereuse lacune, il a fallu édifier des travaux d'art surprenants. On a construit une énorme digue, qui ne mesure pas moins de trois kilomètres de longueur, qui s'élève à dix mètres au-dessus du niveau de la basse mer, et, sur sa plus grande étendue, compte cent mètres d'épaisseur. C'est la fameuse digue de Westkappelle.

Ces proportions sont assurément colossales; cependant il s'en faut de beaucoup que ce grand travail ait un aspect aussi imposant qu'on pourrait le supposer, et que sa vue produise une émotion vive et forte. Et cela se comprend.

Pour qu'une pareille montagne, construite par la main des hommes, puisse résister à la fureur des flots, il importe d'amortir cette fureur et d'en diminuer, autant que possible, la violence et l'effet. C'est pourquoi, du côté de la mer, les ingénieurs ont donné à leur digue une inclinaison très douce, une pente très longue, de façon à ce que le flot amoindri, diminué, énervé par cette course ascendante, pût, dans les hautes marées et par les très gros temps, arriver jusqu'au sommet de l'ouvrage, sans avoir rencontré un seul obstacle, sur lequel il ait trouvé à décharger sa furie. Or cette pente douce, cette inclinaison peu accentuée, cette longue déclivité, empêchent que l'œil ne sente, du premier coup, les proportions énormes de ce travail de géants, sans compter que les matériaux qu'on pouvait employer sur ce sol incertain, mal connu, où il est défendu d'entasser des

masses trop pesantes, ne peuvent se prêter à de grands effets architectoniques.

On comprend, que pour maintenir en état un pareil ouvrage, il faille toute une population de travailleurs. La mer ne cesse pas un seul instant de ronger la digue de Westkappelle. On doit donc, vrai travail de Pénélope, réparer chaque jour les avaries de la veille ; aussi peut-on dire qu'à l'exception de quelques braves gens, demeurant au bout du pays, s'adonnant à la culture et gratifiés, à cause de cela, de la qualification dédaigneuse de « paysans » , tout le village est employé à la digue.

Ses habitants, formés en corps d'état, enrégimentés en brigades, sont dès l'enfance préparés, façonnés à ce genre de travaux. Cette existence un peu aventureuse, avec ses alternatives de fatigue, de besogne excessive et de repos absolu, avec ses périodes de danger et de douce oisiveté, semble avoir pour eux un attrait tout spécial.

On peut dire de ce village, planté le long de cette longue digue, qu'il est la sauvegarde de Walcheren. Il est le poste avancé, qui aux jours de la tempête veille à la sécurité de cette île grande, belle et intéressante que nous ve-nons de parcourir, et qui m(?i-ite assurément le nom d' « île fortunée ».

1 3y ILE DE -W- A L C H F. H B N : LE D É P A K T P 0 U U LA li F. R M E 5 S E.

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