‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 67 sur 72 · ZICniCCZiE : '.A . IDIDnATBSrOOET · texte numérisé non relu

ZICniCCZiE : '.A . IDIDnATBSrOOET

ZIERICKZEE

Avant de quitter Veere, montons sur la vieille tour qui se dresse encore robuste et fière à l'entrée du port, et promenons nos regards vers l'horizon. A l'est, nous découvrons toute l'île de Noord Beveland avec ses joyeux villages, ses grandes prairies, ses routes ombragées et ses opulentes métairies ; puis au delà, l'Escaut oriental roulant sur les bancs de sables ses flots alternativement blonds et bleus. Enfin au loin, nous distinguons une grande ligne verte, une sorte de radeau flottant à la surface des eaux, et portant à son centre un clocher gigantesque. Cette longue bande verte, c'est l'ile de Schouwen. Le clocher trapu, épais et brun, qui fait une tache noire sur le ciel, marque la place où se trouve Zierickzée.

L'île de Schouwen est riche. On y cultive la garance, on y fabrique de la soude. Depuis des siècles cette double industrie fait prospérer les habitants; depuis des siècles, ces deux articles sont exportés eo grande quantité de l'île, et recherchés par les acheteurs à cause de

leur qualité supérieure.

3jS La Hollande à vol cVoiscan.

La terre est bonne, épaisse, fertile, à Scliouwen, elle se prête au labour, et l'île est bien cultivée. La population, du reste, est énergique, laborieuse, intelligente et brave. Indépendamment de Zierickzée, qui peut être regardée comme sa capitale, l'île porte une autre ville nommée Brouwershaven, patrie du poète Cats, et un certain nombre de bons villages, Renesse, Koudekerke, Kerkwerve, etc.

Zierickzée est une très vieille ville, la plus ancienne peut être de toute la Zélande, si nous en croyons les chroniqueurs. Elle compte, suivant eux, au moins un millier d'années. Les comtes de Zélande y ont eu longtemps leur palais. Joignez à cela un grand passé militaire, une existence commerciale et maritime justement célèbres. Certes, voilà de beaux fleurons pour sa couronne murale, et bien capables de nous inspirer le désir de lui faire visite. ,

Et pourquoi ne réaliserions-nous pas ce souhait? Un bateau à vapeur, qui fait le service entre Middelbourg et Rotterdam, touche à Zierickzée et passe à Veere. Profitons de l'occasion. Embarquonsnous; nous serons bien vite à destination.

C'est un bras de l'Escaut assez délaissé que celui que nous allons traverser. Autant l'autre bras, celui qu'on appelle l'Escaut occidental, est sillonné de navires de tout tonnage et de tout pays, autant celui-ci est calme, paisible et presque désert. Nos yeux ont beau fouiller l'horizon, c'est à peine si au loin, du côté de la mer du Nord, ils découvrent une douzaine de voiles. Sur notre droite, quelques chiens de mer, s'enfuyant à notre approche, sont les seuls êtres animés qui peuplent cette grande nappe d'eau.

Cette solitude, ce recueillement, ce silence ne sont point du reste sans charme. A voir ces grandes lignes vertes et planes, qui s'étendent à perte de vue devant nous, émergeant à peine des flots blonds et ceignant d'un ruban émeraude l'horizon fluide, on se croirait sur un lac immense tout bordé de jardins. Une centaine de clochers, différents de structure et de taille, qui se dressent sur tous les points, piquant le ciel de leurs flèches aiguës, ou étalant en larges taches leurs

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masses colorées, révèlent une population active, industrieuse et riche, dissimulée par ce mince rideau vert.

La ténuité même de l'abri semble indiquer une sécurité absolue, parfaite, et nous fait oublier ces menaces terribles, ces accidents affreux que nous avons eu déjà tant de fois l'occasion d'enregistrer. Il n'est point de place pour l'inquiétude dans ce tableau. Tout y est paisible, tout invite au repos; il n'est pas jusqu'à cette horizontalité constante, qui ne paraisse vouloir nous débarrasser du fardeau de nos pensées. Il semble qu'il n'y ait qu'à se laisser exister, et c'est à peine si l'on se sent vivre.

Mais nous nous rapprochons de Zierickzée. Son énorme clocher n'est plus qu'à une faible distance. Bientôt nous doublons le petit phare qui éclaire l'entrée de son chenal. Nous suivons un long canal qui nous conduit à son port.

Quand, comme nous, on arrive par mer, les abords de Zierickzée ne préviennent point en sa faveur. Le canal bien droit, étranglé entre deux levées pierreuses, sans qu'une branche, une feuille ou un bour- ■ geon apparaisse par-dessus, ne laisse pas que d'être, sinon triste, du moins fort monotone. Mais dès qu'on approche du port, le spectacle change. Les moulins, les maisons, les clocliers et les tours composent un tableau plus varié et suffisamment pittoresque.

A peine est-on débarqué sur le grand quai, à peine a-t-on dépassé les premières maisons, qu'on se trouve entraîné dans un écheveau de bonnes petites rues, bien vieillottes, bien proprettes, ondulant sur elles-mêmes, avec une bordure de respectables maisonnettes tout étroites, toutes mignonnes, toutes basses, et qui ont l'air à moitié rentrées dans le sol.

Rien n'est amusant comme de suivre de l'œil les méandres décrits par ces pignons de brique, sur lesquels les siècles ont déposé leur coloris harmonieux ; rien de plus inattendu que ces perspectives multiples se terminant soit par un grand moulin ambitieux, qui dresse dans les airs ses ailes orgueilleuses, soit à un cabaret champêtre, avec

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son banc hospitalier, invitant les buveurs à s'asseoir, et son rideau de petits arbres leur promettant ombre et discrétion.

Mais ce ne sont là que les bas quartiers de la ville. 11 en est d'autres bien autrement curieux et encore plus pittoresques. Voilà ceux qu'il nous faut parcourir, après que nous aurons, toutefois, rendu visite à cette grande tour, que nous avons aperçue de si loin.

Ce colosse de pierre est tout ce qui reste de l'église primitive. Cette église, qui fut, à ce que disent les vieux auteurs, une pure merveille de grandeur, de vastitude et d'élégance, s'était assez bien comportée jusqu'en notre siècle. Les trois ou quatre sièges, que Zierickzée supporta vaillamment, l'avaient bien entamée quelque peu, mais ses vieilles ogives et ses robustes piliers étaient, depuis six cents ans, demeurés fermement à leur poste, et promettaient d'y demeurer longtemps encore, quand, en i832, un incendie éclata, et suffit pour ruiner en quelques heures cette belle et grandiose construction.

Ajoutons que la main des hommes se chargea d'achever ce que le feu avait si bien commencé. Au lieu de laisser ces ruines debout pour attester la puissance, le goût et le génie artistique de leurs ancêtres, les magistrats d'alors se crurent autorisés à les jeter bas, pour reconstruire à leur place une grande halle dorique, classique, laide, prétentieuse.

Rien n'est plus frappant que le contraste de cette maçonnerie neuve avec ce vieux donjon fruste et revêche. Auprès de lui, ce sanctuaire renouvelé des Grecs a un aspect étrange, à la fois grotesque et mesquin. Il semble que l'un personnifie la richesse zélandaise à son aurore, et que l'autre soit la fidèle et prétentieuse image de la grandeur hollandaise à son déclin.

C'est au milieu de l'ancien cimetière transformé en jardin public que se dressent ces deux édifices disparates. La vieille ruine, qu'on peut voir ainsi de très près, est encore plus impressionnante que de loin. On se sent en quelque sorte écrasé par sa masse. Ses arcatures gigantesques, ses robustes contreforts, sa tournure vaillante, un peu

Zierick^êe.

farouche même, ses cicatrices qui nous révèlent la solidité de sa maçonnerie, tout concourt à rendre son aspect plus imposant. Et

U 3. ZIEIlICKZÉE : I.'lIOTIÎL D8 V I L L R.

encore faut-il ajouter que ce que nous voyons aujourd'hui n'est

qu'une infime partie de ce que devait être cette tour exceptionnelle.

Il ne reste plus que deux étages, et la tour devait en posséder

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quatre d'égales dimensions, jugez un peu de ce qu'aurait été un édifice pareil, s'il avait été permis à ceux qui en ont conçu le plan et jeté les fondations de mener leur œuvre à bonne fin.

Pour remplacer la belle flèche de pierre que les architectes primitifs avaient audacieusement projeté de bâtir, les habitants actuels ont coiffé les vénérables arceaux de cette vieille tour gothique d'une belle balustrade à mollets, et converti la base de ce doyen de leurs édifices religieux en un entrepôt de pétrole. Il était difficile, on le voit, de se montrer plus cruel pour un monument qui, somme toute, avait droit à quelque respect.

Non loin de cette grande et vénérable ruine se dresse l'hôtel de ville, non pas sur une place, comme c'est habituellement la coutume, mais dans une rue de moyenne largeur, environné de maisons âgées, aux arceaux trilobés, aux ogives élégantes, frustes, effritcts par les ans, usées par la pluie et limées par le vent de la mer.

Le stadhiiis, lui, n'est guère moins vénérable, mais il n'est que cela. Son architecture est un peu mêlée et cela s'explique, car il s'en faut de beaucoup que sa construction ait eu lieu d'un seul jet.

Les ogives du rez-de-chaussée indiquent que l'édifice a été commencé au XV' siècle, pendant que les pignons historiés qui terminent la façade sont du xvu' siècle et non des premières années. De la même époque est également le beffroi, clocher étrange et bizarre s'il en fut, procédant à la fois de tous les styles et de tous les temps, japonais, byzantin, chinois et moscovite, affectant à son milieu des formes bulbeuses, ajouré à certains endroits, découpé sur les bords, tout hérissé de pointes, de piquants, de pinacles, tout fait de courbes imprévues, de profils contournés, d'aspérités et de ressauts, et terminé par un superbe Neptune en girouette, tout doré, armé de son trident et semblant jeter, aux flots qui entourent de tous côtés son curieux belvédère, un continuel : Qiios ego. . ,!

Autant l'hôtel de ville, malgré son originalité, manque de caractère précis, autant le S'Grafesteen, ou château des comtes, possède

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au contraire un aspect étrange et singulier. Malgré ce nom de S'Gra- .ye^^ee?; que lui donnent les vieux plans, c'est moins un château qu'un fragment (et probablement non le plus imposant) du vieux château, Jadis habité par les comtes Florent, Thierry et Guillaume.

Sa façade en pierres, avec ses fenêtres armées de barreaux redoutables et ses portes bardées de fer, lui donne l'aspect d'un chevalier du vieux temps. Aujourd'hui ce ne sont plus de libres et fiers seigneurs qui viennent chercher là un abri. Le S'Gravesteen est connu seulement sous le nom redoutable de « prison «, et ce mot en dit assez, pour que je n'aie pas besoin de m'expliquer davantage sur sa destination présente.

Le S'Gravesteen est bâti à l'extrémité de ce qu'on est convenu d'appeler le vieux port. Ce vieux port, large bassin jadis plein de vaisseaux, aujourd'hui complètement vide, a encore un grand air malgré sa mélancolique solitude; et les belles proportions de ses quais ombragés de vieux arbres, les imposantes constructions qui le bordent, suffiraient, si nous l'ignorions, à nous apprendre que Zierickzée fut jadis riche, industrieuse et puissante.

En suivant le vieux port, nous arrivons à deux portes, l'une l'Oosteindepoort, plutôt poterne que porte, qui aboutissait sur l'ancien rempart; l'autre, la Znidhavenpoort, clôture militaire qui défendait l'entrée du vieux port, et qui présente un double intérêt, dans un pays où les spécimens d'architecture militaire sont devenus d'une extrême rareté.

Cette Zuidhavenpoort consiste en un haut massif rectangulaire crevé à sa base par une porte ogivale. Aux deux tiers de sa hauteur, elle est flanquée par quatre tourelles élancées, reposant sur des encorbellements et surmontées par de hauts toits pointus, en forme de pyramides hexagonales. Sur la toiture centrale repose un campanile, d'une forme plus moderne, d'une époque très postérieure, mais dont l'amusante silhouette ne dépare pas ce vaillant édifice.

Enfin Zierickzée possède encore une troisième porte à laquelle

ha Hollande à i>ol d'oiseau.

on a conservé le nom de Nobelpoort. Cette dernière, qui regarde la campagne, à l'ouest de la ville, se compose également d'un haut massif, mais flanqué de deux tours coiflees de poivrières allongées.

C'est là tout ce qui nous a été conservé des remparts de cette ancienne résidence comtale, si souvent assiégée, si vaillamment défendue. Des antiques murailles qui formaient l'enceinte il ne reste rien de plus. Une bonne part a été convertie en élégantes promenades. De grands arbres, des allées sinueuses, des bosquets touffus, ont remplacé les bastions, les courtines, les palissades. Une bande de canards multicolores vogue paisiblement sur les douves solitaires, autrefois témoins de terribles exploits.

Qui se souvient maintenant des sièges héroïques de i3o3 et 1472, de ces combats glorieux, de ces faits d'armes illustres qui rendirent fameux les bourgeois de Zierickzée ? Toutes ces grandes actions sont oubliées aujourd'hui, la gloire si chère aux ancêtres est dédaignée par leurs enfants. Le temps n'est plus, où les habitants de Zierickzée auraient pu prendre, pour devise, cette parole que \"oltaire met dans la bouche de Mahomet :

Ma vie est un combat.

lij. EIEKILK^ÉS : LA TOUtt DE L'ÉOLISK.

Ub. FLESSISOCF.

STncK DO PO UT,

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