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Helioô Dujardin
NI MKOUE Le Valkenhof
Decaux et Quantin £cht
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NIMEGUE
Un chemin de 1er reliera bientôt directement Bois-le-Duc à Nimègue, et sera pour le touriste un véritable bienfait. Aujourd'hui, pour accomplir ce trajet, il faut faire un crochet fatigant et désagréable. Mais le chemin serait-il dix fois plus long, plus fastidieux, plus pénible, que nul ne songerait à le regretter, car Nimègue est une ville exceptionnelle, non point seulement en Hollande, mais encore en Europe, et où tout se réunit pour intéresser, pour charmer et pour plaire : son ancienneté, son histoire, son aspect, sa situation.
Imaginez une jolie colline, abrupte et llère, baignée par un grand fleuve aux eaux limoneuses et tranquilles, dominant des pilaines riches, grasses et fertiles qui s'étendent à l'infini. Couronnez cette colline de maisons gracieuses, étageant leurs pignons et leurs toits mêlés de tours et de tourelles, de pinacles et de clochers. Reliez, d'un côté, cette ville toute en pente à une verdoyante élévation couverte de grands arbres; de l'autre, interrompez brusquement ce fouillis de notes chaudes, puissamment colorées, pour le terminer par le profil imposant et sévère d'une gigantesque église, et vous aurez l'aspect
de Nimèguc, telle qu'on l'aperçoit des rives du ^^''ahaI ou des campagnes de la Betuwe.
Les rues courent sur cette colline, s'enchevctrant, se coupant, dégringolant dans des descentes inattendues, ou escaladant péniblement les aspérités du mamelon. Au sommet, une maîtresse voie partage la ville en deux, et c'est le long de cette rue principale, la Biirffhstraat, que se dressent les principaux monuments. La Bitrghstraat les relie entre eux, elle est le trait d'union qui joint les créneaux de l'antique Wilkcnhof h l'abside gothique de l'église Saint- Étiennc, en frôlant les sculptures de l'Ecole latine et en longeant la façade renaissance du Stadhuis. Figurez-vous, d'après cette rapide esquisse, ce que vingt siècles ont fait d'une ville bàtic dans une telle situation.
Son histoire est plus surprenante encore. Dès l'aurore de notre ère, il est question d'elle. C'est de ses hauteurs que Claudius Civilis assiste à la défaite de ses troupes, et Tacite la nomme la citadelle des Bataves, Batai'oritin oppidiim. Plus tard, Charlemagne, qui l'a prise en affection, s'y construit un palais magnifique dont nous verrons bientôt les débris. Son fils, Louis le Débonnaire, l'appelle « le pied de l'empire » ; et, sous son règne, elle héberge trois rois et un empereur. Charles le Chauve, Othon I", saint Henri, Conrad III, l'empereur Sigismond et l'empereur Albert habitent dans son château; l'empereur Henri VI 3^ voit le jour. Tous les grands hommes de guerre du xv^ et du xvi" siècle, Renault III, Charles le Téméraire, Charlesd'Egmont,Maximiliend'Autriche, Charles-Quint, Philippe II, Guillaume le Taciturne, séjournent dans ses murs, et répandent sur son nom une illustration telle que, dès ce temps, on la qualifie la « première entre les premières », in primariis civitatibiis prima.
Mais malgré l'éclat qu'elle emprunte à la puissance des empereurs et des rois, malgré les faveurs des grands, malgré les pri\ilèges dont on la dote, malgré les titres dont on la comble, cette citadelle des Bataves ne se laisse point enivrer par l'orgueil; les fumées
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\'anitcuscs ne troublent pas son cerveau. Elle demeure éternellement liJèle à ses premières amours, à celte liberté, à cette indépendance pour lesquelles Claudius Civilis combattait sous ses murs.
En vain prétend-on les enchaîner par les honneurs, par les grâces, par les bienfaits; ses habitants, rebelles au despotisme, repoussent toute condition servile, refusent de s'incliner devant leurs maîtres étrangers, et inscrivent sur leur drapeau cette admirable de\isc, qu'ils se chargent de faire respecter les armes à la main : Miinus est bei.i.i-