LA VEHME WESTPHALIENNE
» Ce «iquoi avons acquiescé, nousLubbert ctLudeke, frères westphaUeas, et nous Henri Tôt dem Btisch, franc comte de la seigneurie de Ravensbei^g. Sur ce, en présence de, à et pardevant véritables collègues et assesseurs du tribunal franc , savoir :
» Hans (1) Roven, huissier.
» Hans Hillen ;
» Henri Franke ;
» Hans de Rasseke ;
et mentionnant les quatre sceaux qu*il est diiticile de désigner avec précision , les marges étant rongées et les légendes frustes. Gelni qui est attribué au franccomte Herman de Grôte porte un glaive tranché en pointe, couronné de deux petites figures indéchiffrables. — Le 2« et le 3« sceau sont plus petits, celui de Lubberte porte Fécusson incliné ; le haume surmonté d*une double croix agencée, Técu à la croisille seneslre potencée. Le sceau de Ludeke, semblable à Fécu de Lubberte, mais droit, porte une bande horizontale en chef et en pointe. Le sceau du franc comte , Tôt dem Busch , porte pour inscription : SiGiLLiJH Henrigi Sylvie. L*écus6on est droit, portant un chien se mouvant sur une barre de droite à gauche, la queue levée, étalée au dos; au-dessous trois épées ou barres perpendiculaires, la pointe en bas.
(i) Jean.
» Henri Savoder ; » HaiiB Tepelcp ; » Hans Bodenweldes;
» Et autres gens très honorés, et assez estimables francs échcvîns pour servir de véritables témoins, requis pour ce et spécialement priés; a été donné cet acte Tan de Notre-Seigneur mil quatre cent cinquante-six, le premier mardi (1) après saint Jacques Fapôtre.
Ainsi, pour 5,000 florins rhénans, Groningue, alors la plus puissante ville de la Hollande et l'une des plus florissantes du Nord , était vouée à l'exécration et mise hors la loi. Un siècle plus tôt» la sentence vebmique eut sorti son plein effet. Malgré la décadence du franc tribunnal, l'émoi fut sé> rîeux; Groningue s'empressa d'opposer une confédération de villes liguées avec elle, et peut-être cruton l'occasion favorable pour renverser le tribunal secret. Deventer, Kampen, Zutphen entrèrent
(l)Lejugemenlde Vehme s*appelait Friding^juge" menldu mardi ou de mars; aussi le mardi étaii-il à son tour appelé Dingesdag, Frey, dans les mylbologies du nord, est le dieu de la force et de la guerre, la justice du plus fort, /. Gobelinus, Cosmidrom, seu Chron. univers. y œi, u, c 4.
LAVëHME WESTPHALIBNNE. 5S
dans cette ligue ; Tcmpereur fui appelé à connaître la cause. Après trente ans, le procès durait encore. Les archevêques de Cologne intervinrent. Les tbéok^iens discutant les droits de la Ychme, la pilaient au jugement de Dieu et la déclaraient une inventioi) frauduleuse et satanique (1). Le bon sens et le sentiment chrétien se révoltaient et conspiraient ensemble* C'est le moment que dans sa suprême sagesse l'Église attend d'ordinaire , pour fonder ou renverser une institution, et la Providence, en cette occasion, lui fraya merveilleusement les voies pour affranchir l'Allemagne de l'une des dernières sen'itudes du paganisme. Au moment où cette cause excitait le plus vivement l'attention, un voyageur qu'une tempête avait conduit des plages barbaresqucs au milieu des orages du concile de Râle, iËneas Silvius, passait de là en Angleterre ; une
(1 ) J. Jûhannes de Francofordia , conlra icabinot çccuUijudi€iif<ymero8 appeUatoSy apud Marq-Freher. On lit dans ce curieux et rare opuscule ces paroles véhémeutes qui nous semblent Técho de rindignalion publique : « Et ita in causa sunl quod anima, quae pretiosior est toto mundo, immo infinitîs mundis, vcniret ad sempiternam perdîtionem. Heu! heu! et iterum heu ! Et prodolor ! quomodo taies pro bujusmodi mortibus Dec respondebunt, morlibus dico duobus, temporali et aeterna ! >
nouvelle bourrasque Tentratue jusqu'en Norwcgeet le rejette en Ecosse ; il voyage par la neige et traverse rÉcosse et TAngteterre, puis débarque en Frise et prend note, en habile observateur, de toiit ce qu'il voit. L'opulence de la Frise, ses mœurs» son langage, ses insitutions, son Église, son clergé frappèrent son attention; et bien qu'on l'accuse d'avoil- chargé son tableau d'ombres trop odieuses» il dut être affligé de voir ce riche et beau pays dans Tanarchie et sous le coup d'une justice plus humiliante que les scandales , le franc tribunal. Il étudia la Yehmeet consigna dans son pittoresque ouvrage sur l'Europe (1), les plus anciens renseignements historiques que nous possédions sur les tribunaux westphaliens. Le voyageur revenu à Rome, devint pape, et l'un des premiers actes du pontificat de Pie II fut de fulminer une bulle qui en cassant la sentence contre la cité de Groningue, portait à la Yehme un coup dont elle ne se releva pas. La bulle est de l'an 1483 , et adressée aui doyens des puissants chapitres de Saint-Martin de Groningue,de Saint-Liévin deDeventeretde Saint- Nicolas de Gampen , comme légats apostoliques dépotés à l'exécution des lettres pontificales. G'est l'un des bienfaits inconnus de la papauté qui depuis, et
(1) Voir Europa, c. xxix , inter op. /Enfœ SyMù
ORIGINES CHRÉTIENNEÔ DE LA f'RISE. 57
surtout dans la Hollcinde septentrionale, a été vouée à son tour à une sorte d*exécration« Impies et ingrats Frisons^ dit la légende de saint Boniface, de fils et éPamis devenus ennemis^ de néophytes^ bourreaux.
Origines chrétiennes de la Frise.
Lettre au R. P. dom Goéranger. abbé de Solesme.
Dokkam , in paloestra SS, Mariyrum, O. N. vu iil«
sept. 1847.
« Mon très révérend père ,
» Parvenu au point le plus éloigné de Fitinéraire que vous m*avez tracé, à quelques pas de la mer da Nord , à Dokkum , où fut martyrisé saint Boniface, avec cinquante-et-un compagnons, mes devanciers et mes pères, je ne puis venir jusquelà, sans m'arrêter ni vous écrire. A celte distance. Dieu m'est témoin , qu'après Lui , rien ne m'est plus présent que votre souvenir; c'est celui d'un père et d'un ami; chère et consolante amitié, la plus agréable que je puisse avoir ici-bas devant
Dieu ! Grâces h vous, rien ne m'est élranger a ce bout du monde ; et je suis ici , comme en famille, avec ces martyrs de la Frise , avec ce patriarche du Nord qui, à soixante-quinze ans, s*arrachait aux prières de ses disciples, aux larmes de saint Lullo, et disait : « Il faut que j'aille nu bout de mon voyage. » Il s'en vint fmir là où je suis :
Sislimus hic tandem, nobis ubi defuit orbisi
» J'ai.'eu quatre heures à passer ici : j'en ai réservé une pour vous écrire, recueillir quelques notes et copier, avec l'obligeant pasteur de Dokkum, de précieux titres que l'on peut ajouter au- Analecia honifuciana du Père Papebroch. J'ai dû aller h une lieue dans la campagne visiter le Champ du martyre, que la Frise protestante appelle encore avec respect : Moordw uil(\ le Bois du meurtre J'ai fait le tour de fa Fontaine aux trois sources (/'a^frrirnn, Boni facii f ans) ^ qui n'a jamais rien perdu ni de son eau intarissable, ni de sa popularité séculaire. J'ai passé le reste du temps dans la petite église de Dokkum, devant la châsse du grand apôtre, en présence de son chef, si ad* mirabloment nommé, dans les vieux inventaires de c<» trésors, b toui^ontii: A\* lâ tétc de saint Botii*
ORIGIiNES CHRÉTIENNES DE LA FRISE. d9
lace, corona tapifis. J*ai pu toucher de mes Qifiius uue auUquç chasuble roudc, duo tis8U soyeuXf blanche comme la tunique des martyrs dans r Apocalypse , et, comme elle, purifiée daua le sang de Fagneau. J*ai vénéré une diape mieux conservée, de couleur bleue et blanche, en zones concentriques alternées ; de beaux oiseaux blancs et bleus, imitant les cygnes, semblent voguer et monter sur ces ondulations nuageuses ; j'ai pensé aux grands aigles qui décorent à Metz une chape contemporaine de celle-ci , le pluvial de Charlc-* mague. Mais j*ai vainement cherché Tévangéliaire en caractères latins et grecs, de la main de saint Boniface, disait-on , et conservé jusqu'à ces der*niers temps. Vorper du Mont-Tliabor et Kempîus en parlaient encore dans leurs chroniques, comme d'an monument subsistant. Tous deux virent également une pierre qu'on m'a montrée, et que Ton a toujours cru être Tun de ces pains qui, enlevés avec les autres trésors des martyrs, se transformé* sur les épaules des meurtriers en fardeaux inutiles ; il n'est que trop vrai que si les saints cban* gent en or tout ce qu'ils touchent, on ne peut rien prendre aux saints qui ne se convertisse en pierre et ne retombe sur la tétc des ravisseurs.
» J*étaisémtl) liibn très Révérend Pcre, Il la
pensée que depuis trois cents ans, le premier peutêtre j'apportais ici , quoique indigne , l'hommage de notre ordre I Seul , après tant de pèlerins qui m'ont précédé, après tant d'illustres visiteurs à la suite de tant de saints sortis du sang de ces martyrs ! II me semblait Totr saint Lutte Tenant de FoMa pour recueillir le premier ces grands ossements de nos pères ; saint Ludger, à son retour de Rame et du Mont-Cassin , rassemblant autour de ce tombeau la première chrétienté de Dokkum , et fondant ici le plus ancien monastère de la Frise; saint Yillehad , le pèlerin de Jérusalem , élevant sous ces cloîtres les fils des nobles Frisons, conquis par lui et baptisés des eaux du Fasbrunn; saint Anschaire dictant les actes de saint Yillehad^ avant de pénétrer lui-même plus avant dans les pistes du Nord; enfin le bienheureux Alcuin, célébrant saint Boniface et saint liViliibrord, et gravant sur ses tablettes ces beaux vers que je m'étais réservé de relire icL lis m'ont paru prendre une teinte locale, le cachet d'une inscription lapidaire» et, conune cette lettre, la date de Dokkum :
HIC Paler egregius mcrilis Bonifacius , almis , Gum sociis pariler fundebat sanguinis uiidam, Inclyta martyrii sumcutes slemmala sacri.
Terra heata nimis, saDCtorum sanguine divcs t