HYMNE BU MARTYR CORNELIUS MUSIUS
A saint Willibrord.
A toi, Willibrord, notre pontife , A toi, notre apôtre, Nos chants, nos hymnes symétriques, Et nos mélodies pieuses.
Né d^une illustre race, Quoique pieuse, tu la renies ; Et, loin du contact de la foule, Tu passes dam la solitude.
Là, tu vis dans llunocence, La justice, la foi, l'abstineDce ; . Là , ta vas librement à Dieu Sans que rien ne souille tes pas.
Mais la voix d*en haut t^appelle Au rang du pontificat; ' Le talent qui te fut confié.
Il faut le rendre au centuple.
Du Verbe sacré la foi sainte Est par toi transmise aux peuples ; Par toi le premier, une élite S^enrôle sous la milice du Christ.
Maintenant, ô douleur ! combien, hélas I Trahissent Tantiquefoi, Désertent ses drapeaux.
Et les livrent à 1 hérésie.
O Willibrord I sans ton amour. Sans le baume de ta prière.
C'en est fait de ta Frise, Des Bataves, c>n est fini I
Ecarte ce malheur! nous suppliants.
Nous qui sommes encore debout.
Nous t*en prions, ô le meilleur Des pasteurs 1 ô notre apôtre (1) I
la Hollande sainle.
Tu quicunique legis, terris his oscula fige!
Spes libi magna scias lacrymis asccndere cœluin.
Alcuitu
Letire à un R. P. jésuile.
Nimèguc, 45 août 1847.
Mon très révérend père,
Vous avez bien touIu me faire promettre que je vous donnerais des nouvelles de ces bons catholiques de Hollande , que vous avez admirés au jubilé de Liège , venant en triomphe , bannière de-
(1) Quam Wiliibrorde, fervido
Nisi precatu sopias Actum tua de Frisla Actomque de Batavia est,
Qaod ne accidat, te sedulis Qui firmi adhuc consistipaus, Votis rogamus, optime, Piicsul, aposlole!
m BIBLIOTHÈQUE^ NOUVELLE.
ployée , se réconcilier avec les Belges , et déposer un hommage national et une amende honord)le aux pieds du Saint-Sacrement. Je profite d'un saint jour, et de la bienveillante hospitalité de vos fr'^res de Nimègue , pour vous écrire de la patrie du bienheureux Canisius.
Nimègue serait, s'il pouvait y en avoir deux , la Rome de la Hollande. L'antique Noviomagus est bâti sur sept collines. Il eut ses consuls, conune Deventer, et les petites villes républicaines du moyen âge ; son forum est sur les terrasses du Hoen Derberg ; son capitole , au Yalkenhoff qu'habita Cbarlemagne ; sa curie , au Stadhuis , où fut signée la paix de Nimègue ; son ager romanus, dans tout le sol rempli de médailles , de cîppes, de statuettes qui décorent l'Hôtel-de-Yllle et les riches musées des antiquaires.
J'espérais même y trouver des catacombes, avec des manuscrits qu'on estime ici à l'égal de ceux d'Herculanum. Sous les tours de la grande église de Saint-Etienne , en de profonds caveaux , scmt déposées , de temps inmiémorial , les archives de la cité , laquelle remonte à Drusus et par delà. Deux fois l'an , à l'époque des anciens mois germaniques , en mars et en septernlve , une députation des principaux magistrats , commis par le conseil de la cité , descend officiellement dans les
caveaux; les clés sont comptées, on vérifie les scellés apposés aux portes , Varchivum s'ouvre. Uii procès-verbal relate la situation des lieux ; puis les portes se referment, les sceaux sont renouvelés, et la dépntation rend compte aux consuls de leur visite à ces livres sybillins de la patrie. Heureux qui a saisit ce court moment ! il aura pu pénétrer dans cet archivwn , et en voir les portes , les voûtes , les armoires. On a tenté inutilement de me procurer cette félicité. J'avoue qu'une pareille visite m'aurait peu suflTi : je n'ai pas même eu cette satisfaction.
Pour me consoler, on me conduisit aux belles terrasses du Yalkenhoff , oii l'on montre d'ordinaire aux touristes le campement des légions romaines , la porte où entra Louis XIY, les montagnes de Glèves, les flèches aiguës de Zutphen et Doesbourg, les toprelles du château royal de Loo,les tilleuls deux fois centenaires de Kelf kens , le belvédère du duc d'Albe , une immense plaine que sillonnent le Rhin , le Vahal , la Meuse etl'Issel , et tous les gracieux accidents de cette route d'Utrecht il Nimègue , que les Anglais trouvent la plus belle du monde.
Laissez-moi vous dire , mon révérend père , sans prétention de complimenter ni votre compagnie , ni mes hôtes , qu'un souvenir m'était plus cher
encore que ces traditions héroïques et ces beaux spectacles , le pieux souvenir du dernier saint de la Hollande , le bienheureux Caoisius. Je n'hésitai p^s à Tassocier a celui de Thôte le plus illustre de Nimègue , le bienheureux Gharlemagne , qui fut à la place où j'étais, sur la rampe du Yajkenhoff. J'en pris occasion de m'orienter avec les lieux bénis de cet horizon , qui a quelque chose de la splendeur des saints. Utrecht , aux confins , conserve encore de précieux restes de ses vingt premiers évéques presque tous canonisés et des trentequatre confesseurs et martyrs qui ont enfanté la foi de ce peuple. Je voyais £l$t à nos pieds , où se conserve le corps entier de saint Werenfride, compagnon de AVillibrord. Ruremonde a les reliques de ses trois patrons , Plechelme , Olger, Wiron. Kalkar est la patrie du bienheureux Henrile-Chartreux. Â Devenler, une famille a sauvé les corps des saints Marcellin , Radbode et Lievin. Eymerick prit en sa garde saint Odulfe, et conserva jusqu'au XYP siècle l'une des saintes hosties, dont la Hollandefut richement dotée. Auxportesde Nimègue, en la petite ville de Grave, j'ai eu laconsolation de trouver les reUques de sainte Elisabeth de Hongrie, et d'y copier une lettre originale de sa petite-fille Agnès, qui , eu 1312, envoya ces reliques
pour en enrichir la nouvelle et belle église de Grave , dédiée à son aïeule.
Ces souvenirs me conduisirent à ouvrir le J5atavia saci'a , et malgré la répugnance que m'inspirent les œuvres des schismatiques d*Utrecht, et la sécheresse que le jansénisme a répandue dans tout ce qui a été flétri de son souffle, j'admirai ces vieux saints du légendaire hollandais , auxquels il faut ajouter les martyrs de Gorcum, leB. Canisius , que vauHeussen s*est bien gardé de mentionner, puis les saints inconnus qui ont rempli les nombreuses abbayes de ces contrées, et les confesseurs qui , depuis trois siècles, ont conservé par tant de sacrifices la foi de leurs pères. Vous n'en douterez pas , mon révérend père : c'est là le secret dès bé- Dédictions que Dieu répand sur cette pieuse por« tion de son Église. La terre des saints lui est toujours chère ; et, en retournant cet axiome , une terre bénie est toujours celle des saints. Eussionsnous perdu les actes des saints de la Hollande, nous répondrions hardiment à ceux qui accusent le;5 scandales des vieux catholiques de la Hollande : voyez la foi de leurs enfants.
Ces accusations banales contre la dissolution des mœurs et le relâchement de la discipline avant la réforme sont d'autant plus déplacées ici que l'É- ^li.^e d*lUrccht, qui avait commencé par une si
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brillante pléiade d'apôtres, n'a pas fini moins glorieosemenL An moment où l'arrogante réforme demandait compte à l'Église de sa sainteté par la bouche souillée de ses apôtres, et allait se ruer sur cette belle chrétienté des Batayes, l'Église dlJtrecbt venait d'ofi&îr les Trais réformateur», ses mystiques qui faisaient refleurir la piété des monastères, et les frères de la vie commune qui régénéraient le monde par leurs écoles. C'est presque la double pensée de saint Ignace. Vous me saurez gré, j'imagine, de tous donner quelques détails sur ces deux points.
Le Père des mystiques hollandais est le pieux Jean Ruysbroeck, qui appartient au Batavia sacra par ses continuelles relations aTec Gérard-le-6rand et tous ses disciples. Il ne fut pas seulement comme on l'a appelé le docteur extatique et divin^ il eut éminemment l'un des caractères distinctifs de la Traie et solide contemplation, un zèle infatigable pour les œuTres d'édification ; c'est pourquoi il resta longtemps simple vicaire de l'Église de Sainte- Gudule à Bruxelles; c'est de cet humble poste qu'il correspondait avec les chefs d'ordre et les plus éminents personnages, qu'il dirigeait de près et de loin les âmes et les communautés les plus avancées dans la spiritualité, qu'il réformait l'abbaye de Saint-Sevérin de Châleau-Landon et la coHO-iiMi»
du Val- Vert, où il mourut en odeur de sainteté sut* la fin du xiv^ siècle.
Parmi ses imitateurs les plus zélés, Henri de Kalkar et Henri de Herp furent les réformateurs , celui-ci des franciscains flamands, et celui-là des florissantes chartreuses des bords du Rhin.
Henri de Kalkar était déjà très avancé dans les voies mystiques qu'il continuait les plus actives fonctions de son ministères : d'abord attaché à la collégiale de Saint-George à Cologne, il édifia longtemps la ville sainte. Chartreux à trente-sept ans , il fut prieur de la maison d'Arnhem recteur à Ruremonde, prieur à Cologne, puis à Strasbourg, où ses écrits sont restés en très grand nombre, inédits en partie, dans la bibliothèque de la ville. Il s'y trouve, entre autres trésors, presque toute sa correspondance pendant les trente-sept dernières années de sa vie, de 1370 à l/iO?. Ces lettres, écrites à tous les chefs d'ordre et à un très grand nombre de prélats réguliers et séculiers, révêlent, non-seulement le zèle de l'ardent chartreux, mais une admirable correspondance de vues dans une foule de personnages de tous les rangs. C'est justice, bien que je sois intéressé à vous le dire, de signaler parmi les coopérateurs dévoués de Henri de Kalkar comme de Jean Ruysbroeck, les abbés Ijénédiclins de la congrégation de Bursfeld qui, à
l'exception de Trithème, sont demeurés inconnus et attendent encore une place dans une histoire de la véritable réforme. C'était l'aurore d'un bel avenir, si la tempête du xvi* siècle n'avait pas bouleversé le cieL
J'ai nommé Henri de Herph, que le cardinal Bona cite comme un maître consommé , malgré le reproche que Bossuet à la même époque faisait, avec regret, à ce bon Harphius. Sa mission fut de régé* nérer les franciscains de Flandre. Il leur rendit cette belle et pure observance que vous avez vue, dans la Belgique, refleurir en nos jours avec une si louable émulation de couvent en couvent. Je voudrais que l'un de ces pieux enfants de saint François nous donnât une nouvelle édition et une traduction plus fraîche et plus fidèle que celle de 31archaultde VÉden des contemplatifs.
Je rentre plus strictement dans la Hollande avec Gerard-le-Grand et ses frères de la vie commune. Je ne me lasse pas , depuis mon entrée dans la Hollande, de suivre les traces et de recueillir les traditions de ces confrères de Thomas à Kempis. C'est toutefois une institution que j 'ai peine à comprendre parfaitement à cette heure, bien que j'aie eu entre mains un gros livre récemment publié; que j'aie feuilleté bon nombre de leurs manuscrits dans les deux séminaires de Haren et de AVannuud \ (ju^â
Deventer j*aie vu leur berceau; qu*à ZwoUe j'aie conlemplé les restes d'à Kempis avec un tel empressement que l'on a bien voulu m'accorder un fragment insigne de sa dépouille mortelle. Qu'étaitce que les frères de la vie commune ?
Us tinrent longtemps un milieu entre un ordre religieux et une maison d'enseignement. Ce caractère douteux fut peut-être un vice d'origine qui dut nuire au bien qu'ils ont fait. Gheeri Groet, ou Gerard-le-Grand, leur fondateur , était fils d'un consul de Deventer ; il fit ses études à Paris, à l'époque où fermentaient les opinions les plus hardies de nos docteurs. Gérard, ardent et admiré,se signala, dans les joûte;s universitaires; il se livra,pour surcroît d'excitation, aux rêveries de l'alchimie. Un entretien avec Ruysbroeckle convertit, et lui fit rompre un avenir de riche bénéficier qui l'attendait II débuta , dans la carrière d'un rude ascétisme, par d'infatigables prédications à De- ' venter, à ZwoUe, à Amsterdam, à Delft, à Gouda, àLeyde, à Zutphen, dans toute la Hollande. A son approche, les populations accouraient, les villes entières lui venaient au devant ; le clergé était plus réservé et presque défiant ; et ces scrupules ne furent dissipés ni par Tapprobation de l'institut en 4376, par Grégoire XI, ni par l'apologie chaleureuse qu'eu fit Gerson au concile de Constance
Les plus rudes adversaires furent les ordres mendiants qui repoussaient le nouvel institut aussi vivement qu'on les avait eux-mêmes repoussés à leur apparition.
Il se peut que ces contradictions aient été ménagées par la Providence pour éprouver l'ordre naissant. En 138/!l, il perdit son fondateur, enlevé par une épidémie, à trente-quatre ans. Une autre épidémie enleva ses meilleurs disciples, entre autres Lubert ten Busche, Gérard de Zutphen, et dispersa le reste dans les villes voisines de Deventer. Lé schisme de Robert Diephold les chassa de nouveau de cette ville et les dispersa au loin. Ils perdirent encore à la fleur de l'âge l'une de leurs lumières, Gerlach Petersen, nommé le second à Kempis, auteur des Soliloques enflammés avec Dieu (1) , l'un des mystiques de cette école les plus hardis. L'âge eût modéré ses élans impétueux, tempéré sa doctrine , et adouci les traits que la théologie exacte, peut y blâmer.
L'institut se raffermit au milieu de ces traverses et se livra sans réserve à Dieu et à TÉglise en surînontant ses premières répugnances pour les vœux
(i) Ignitum cum Deo soWoquium, à Cologne, 1616, în-12 , en flamand; à Bois-le-Duc, 1623, en français; à Paris, 1659 et 1667, édition de Port-Royal,
de religion. £nl395, Hubert Schenk, évêque de l'ordre des frères prêcheurs, les reçut à la profession , et les vêtit pour la première fois de Thabit de chanoines réguliers. Boniface IX et ses successeurs approuvèrent la nouvelle congrégation, qui établit son siège principal à Windeshem. Avant la fin da xtv* siècle , elle était répandue dans toute la Hollande, et comptait dix-sept collégiales ; en 1430, elle avait quarante-cinq maisons ; ce nombre était triple en 1460. Sur la fin du xv^ siècle, elle comptait sept provinces, une première et une seconde Belgique, la Germanique, la Gallicane, la Lusitanienne, la Génoise. L'Italique, commencée en 1404, avait atteint en moins d*un demi-siècle Venise, Padoue, Vicence, Vérone, Bologne, Brescia, Parme, Rimini. C'est l'un des plus remarquables exemples de fécondité, et un trait de ressemblance avec votre illustre compagnie.
Je voudrais, mon révérend Père, en développer un autre plus saillant, le zèle de cet institut pour la réforme et la propagation des écoles. J'ai fait de vains efforts pour retrouver leur règlement d'études; je n'ai encore vu qu'une pièce incomplète publiée par Dombar dans son histoire de Deventer.
A l'époque où cet institut parut, la culture des lettres avait déjà acquis un développement vraiment extraordiuiiire dans ces petites villes de Frise et
Gueldre. J*ai vu des savants Hollandais, protestants, étonnés et humiliés en comparant à la situation présente les merveilles que l'histoire raconte des collèges de ZwoUe, de Zutphea, de Deventer, de Campen, qui ont eu avant le xvi* siècle des bibliothèques , des écrivains nombreux , des étudiants tel qu'Erasme, le cardinal Gusa, Adrien VI, des imprimeries si florissantes qu'on les fait remonter ici, sans hésiter, à Laurent Coster et à trente ans delà des premiers typographes allemands.
Deventer était le centre de ce mouvement littéraire. La jeunesse y affluait de toutes les parties de l'Allemagne et de la Flandre; pour alimenter l'ardeur de ces étudiants, Gérard-le-Grand, au début de sa carrière , avait fait venir des abbayes^, couvents et collégiales du pays les manuscrits les plus anciens et les meilleurs de la Bible et des Pères. Il rassembla des étudiants etdes clercs pour transcrire ces manuscrits ou en faire des extraits et des compilations. Sa congrégation se forma au milieu de ces travaux, et conserva longtemps des goûts de calligraphie et des procédés d'exécution correcte , simple et sévère, qui contrastent avec les riches enluminures des calligrapbes contemporains de l'Allemagne et de l'Italie, et des miuiateurs flamands et français. Us accueillirent avec empressement, pour multiplier Icur^ livres, l'art de la typographie, Ib
imprimèrent des premiers dans plusieurs de leurs maisons. En iUlUy ceux du Val-de-Sainte-Marie, au diocèse de Mayence, donnaient un psautier et un bréviaire; ceux de Saint-Michel à Rostock, les œuvres de Lactance ;en l/!t76, ceux de Nazareth, à Bruxelles, le Spéculum d^Âruould de Rotterdam , énorme ouvrage de 800 pages à deux colonnes.
C'est le premier livre imprimé à Bruxelles (1).
(i) H. Gence ne s'explique pas comment celte congrégation n'aurait imprimé dans aucune de ses maisons le livre de Vlmitation, s'il était réellement Touvrage de Fun de ses membres, dont elle devait posséder les manuscrits origiiiaux. On nous a montré en diverses bibliothèques delà Hollande une édition sans date, des œuvres d'à Kempis, sortie vers 1475 des presses de Ketelaer, qui étaient dirigées et employées par les maisons d'Ulrechi et d'Amersfort. U Imitation ne s^ y trouve point. On veut que cette édition, d'après son titre, n'ait pas dû être complète. H n'en est pas moins étrange qu'on ait craint un double emploi avec l'unique édition de Nuremberg, postéiieure peut-être,etque dans tout le XV* siècle et longtemps après, Vlmitation n'ait pas d'édition hollandaise. Nous nous attendions à voir les Hollandais prendre parti dans cette querelle littéraire avec leur ténacité nationale. J'ai trouvé les plus habiles dans le scepticisme complet. M. van Yrée, président du grand séminaire de Warmond, croyait avoir , en 1847, des versions partielles de Vlmitation en flamand^ a*
L*époque où à Kempis vécut parmi les chanoines réguliers de Windeshem est leur âge d'or. Parmi SCS disciples immédiats, le comte Maurice de Spiegelberg fonda Técole d'Ëmmepik. Rodolphe Lang celle de Munster. Liber, celles de Kempcn, d'Amsterdam et d'Alckmaer. Hegius gouverna celle de Deventer et donna des leçons à Erasme. Rodolphe Agricola forma Louis Dimgenberg , qui fonda une école très florissante à Schelestadt (1).
térieures à à Kempis. Le savant bibliothécaire de La Haye, M. Tb. Holtropp, a soutenu une polémique contre les droits de son compatriote. M. Kamper, auteur d'une traduction remarquable des opuscules d'à Kempis, nous a dit très spontanément qu*il fallait que les opuscules ne fussent pas d'à Kempis, si Vïmitation en était. Nous devons loyalement renvoyer à une savante brochure où Mgr. Tévéque de Bruges a soutenu très chaleureusement Topinion contraire. Nous ne pouvons traiter cette question ni dans cette note, ni dans ce livre, bien que V Imitation nous eût fourni plus d'une page intéressante à notre objet.
(1) On jugera de Timportauce de ces écoles par celte dernière placée en des conditions moins favorables que beaucoup d'autres, confinée dans une bourgade, entre Strasbourg et Bâle, et en face des grandes cités universitaires de l'Allemagne qui devaient si aisément éclipser la petite ville des gens d'église et des gens d'armes, Schélestad, la pieuse^ obscure patrie
Je ne puis, mon révérend père, m'empêcher de voir, dans le rapide développement de cette institation et son éclipse plus soudaine au moment où elle eût été le plus utile , Taccomplissement de ce mot profond d*un vieillard de Windeshem : a La première génération est dévote; la seconde, savante ; la troisième, relâchée. » Les frères de la vie commune débutèrent avec une ostentation suspecte de rigorisme et d'ascétisme ; l'excès des austérités en. fit mourir plusieurs, en précipita d'autres, dès le premier jour, dans le scandale. Ils s'aperçurent qu'il fallait rentrer dans des voies plus normales. Il leur avait manqué à leur début, ce me semble , cette grâce d'en haut que rien ici-
de Mental, à qui il n'a manqué peut-être qu'un écho pour disputer Thonneur d'avoir inventé l'imprimerie. Louis Dimgenberg eut pour élèves, entre autres l'éloquent Wimphelîng , Sébastien Murrho, qui fut à son tour fondateur de récoledeColmar, et Georges Simler le maître de Mélanchton ; Rodolphe eut pour successeur Craton Hoffmann , qui eut parmi ses élèves Jérôme de Gebwiler, Weiht de Rottenbourg, Jean Sapidus , et Beatus Rhenanus , le premier éditeur de Tertullien, l'un des esprits les plus fins et les plus distingués du XVI* siècle, comme le prouve sa riche correspondance , conservée à la bibliothèque de Scheles • tad.
bas ne remplace, cetlc sagesse des fondateurs saints, qui se placent avec justesse et aplomb sur un terrain si ferme que mille ans passent sans ébranler leur œuvre de sa base première.
L'ardeur des frères de la vie commune, forcément comprimée, perdit de sa saveur pour les choses saintes, et se jeta sur les études et l'enseignement. S'il faut leur attribuer l'Imitation, il y aurait plus d'une page désenchantée sur l'abus de la science , sur les périls de la vie expansive, sur le poids des hommes qui refléteraient celte première décadence de Tinsiitut.
« Quand la charité refroidit , disait encore le vieillard , l'ardeur de dévorer des livres s'éteint à son tour, et le relâchement commence. » Je crains qu'au XVI» siècle l'institut n'en fût là , et que n'ayant plus l'empire d'une austère vertu sur ses nombreux élèves, il n'ait lancé sur le champ de bataille du xvi*" siècle moins de défenseurs de l'Église que de docteurs superbes, indépendants, frondeurs, hardis réformateurs , au milieu des débauches de l'érudition et des vapeurs de l'orgie ; ou , ce qui est plus dangereux peut-être , honnêtes en apparence, mais blasés, dédaigneux, froids et sarcastiques, comme Erasme , Beatus Rbenanus et d'autres.
Vos premiers pcrcs en ont su quelque chose, et
LA n. LinWTNA. 459
ils ont dû rencontrer plus d'un Mélanchton, plus d*un disciple d'Erasme, sorti de Tune des sept provinces des anciens frères de la vie commune. J'éprouve le besoin , je vous Tavoue , de ne pas en finir là avec le Batavia sacra. Je clorai cette lettre et cette journée, avec la bienheureuse Lidwina de Schiedam, qui eut pour historien un saint homme de Nimègue, Jean Brugman, des frères mineurs de l'observance. Je vous renvoie à cette belle légende et me recommande à vos prières ainsi qu'à celles) de la pieuse vierge de la Hollande. Agréez, etc.
Là bienbAUiease Lidwina de Schiedam.
On dirait que dans ce W siècle où l'Église eut tant d'affliction, Dieu voulut la consoler, en plaçant aux extrémités de l'Allemagne, deux flambeaux qui auraient dû en dissiper toutes les ténèbres, le bienheureux Nicolas de Flue, l'apôtre si justement populaire de la Suisse, et la bienheureuse Lidwina, de Hollande. Tous deux offrirent en même temps l'étonnant spectacle d'une vie humaine se prolongeant, sans aucune nourriture, ^ingtans pour l'un, et trente-huit ans pour l'aulre.
430 BIBLIOTHÈQUE NOCVELLE.
DansTun, la vie demeura dans sa vigueur, sans altération, sans souffrance; dans l'autre, ce fut un renversement plus étrange de la nature : une affreuse maladie, des souffrances aiguës, des ulcères purulents, des vers rongeurs ravageaient une frêle existence, qui se renouvelait, sans aliment, dans ce corps dévoré iDut vivant. Aux yeux de la nature, ce fut, ce sera toujours un spectacle aussi hideux qu'inexplicable (1), et pourtant elle s'appelle à bon droit la bienheureuse Lidwina.
Sur la fin de sa quinzième année, Lidwina, selon Tusage hollandais, patinait sur la glace. Heurtée par Tune de ses compagnes, elle tombe sur un amas de glaçons, et contracte une plaie qui devait rester ouverte, et s'étendre à tout son corps. Pendant trois ans elle put faire encore quelques pas, être portée à l'église aux fêtes de Pâques ; au bout de ce temps,
(1) Sa vie a été écrite par trois auteurs contemporains, Jean Geriach, son parent , Jean Brugman de Nimègue et Thomas à Kempis. Cette vie à eu Thonneur d'être éditée et annotée dans les Acta sanctorum , par le savant P. Papebroch. En 1421 , les magistrats de Schîedam déclarèrent, par un acte ofOciel qai subsiste encore , que la sainte avait passé vingt-trois ans sans nourriture ni sommeil ; ils doanèrent un récit de ses infirmités qui confirme en tous points les actes publiés par les Bollandistes,
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clouée sur son lit, elle n'en sortit plus pendant trente-huit ans; quelques gouttes d'eau, des miettes de pain longtemps suffirent à sa nourriture; puis, elle ne put recevoir aucun aliment, ni prendre de sommeil, et pourtant elle vécut ainsi dix-neuf années. Vers l/il/i, les vers commencent à pulluler dans ce corps sans mouvement. Pour la mouvoir sur son grabat, il fallait l'envelopper de bandes, et soutenir tous ses membres, qui menaçaient de se détacher en lambeaux; elle resta dixsept ans couchée sur le dos. De temps en temps, elle perdait le sang si abondamment, que son lit et la terre voisine en étaient inondés. La fièvre quarte ne la quitta jamais, et la fit passer constamment d'une chaleur suffocante à un frisson convulsif. Pendant ces accès, elle vomissait une eau sanguinolente qui remplissait tous les deux jours un vase de deux mesures. De la tête aux pieds, toutes les infirmités d'une chair mortelle l'assaillirent en tous ses membres. A la première plaie, il s'ajouta un chancre à la poitrine, puis un^ulcère à la joue; son front s'entr'ouvrit jusqu'au milieu du nez; une autre rupture disjoignit le menton et la lèvre inférieure, elle en perdit presque la parole; son œil droit se ferma, le gauche resta si faible qu'il ne pouvait supporter aucune lumière; il lui fallut rester dès lor» dans les ténèbres de la cécité.
43S BIBLIOTHi^QUE NOUVELLE.
Or, il y avait dix-sept ans que durait sa fièvre quarte, quand son ange lui demanda, si elle avait le courage pour délivrer ses proches du purgatoire, — de souffrir encore, — jusqu'au bout, dit-elle. Et range Tassura qu'elle aurait sa fièvre jusqu'à la mort , et qu'ensuite elle serait au ciel comme une reine, entourée de tous ceux qu'elle aurait délivrés* — C'est elle qui a dit que pour convertir et délivrer une seule âme, elle souffrirait tout jusqu'à la fin du monde. A la huitième année de sa vie de douleurs, elle perdit sa mère et lui céda, par forme de contrat, tous ses mérites. Pour recommencer à nouveaux frais , elle ajouta à ses peines les rigueurs du cilice et des ceintures hérissées de pointes. De temps ii autre on les changeait , et II fallait alors en retirer les lambeaux mêlés à sa chair putréfiée. En outre , elle ne voulut plus reposer que sur la paille, la tête appuyée sur une planche. Dans un très rigoureux hiver de l'an 1&08, elle fut plusieurs fois trouvée glacée et enraidie comme un tronc d'arbre; des larmes épaisses se congelaient sur ses yeux, et il fallait en approcher le feu pour dégager ses paupières.
Elle vit successivement mourir autour d'elle tous ses proches; chaque mort lui coûta de cruels regrets. Une petite-nièce bien-aimée lui resta la dernière , Pétronelle ; sa mort réveilla toute la sensibilité de Lidwina. Effrayée de voir la nature revivre
LA B. LTDWINA. ISS
en elle , elle en vint à craindre d^étre délaissée de Dieu , et tomba dans ces angoisses de Tâme qu'aucune souffrance corporelle ne peut ni soulager, ni égaler, ni dépeindre. Mais alors ce corps de douleurs s'agitait plus convulsivement , les dents s'entrechoquaient , les larmes coulaient abondamment, le grand cri de Jésus mourant s'exhalait de ses lèvres comme un râlement d'agonie. Cette ressemblance avec la victime crucifiée fut ostensiblement manifestée par l'impression des stygmatcs. Enfin, une dernière crise survint; son confesseur était occupé à un office des morts ; elle n'avait qu'un petit enfant près d'elle, quand elle entra dans son agonie. Suffoquée dans les convulsions d'un vomissement , elle cria sur sa croix : « Mon cher enfant, oh ! si mon père savait combien je souffre ! » L'enfant courut chercher le confesseur, et la vierge des douleurs expira seule et abandonnée, le mardi de Pâques de l'an U36.
Toutà-coup ce corps Inanimé sembla reprendre une vie nouvelle ; la chair sans pâleur livide , ni couleur vive , devint translucide ; et la face , si belle et si brillante qu'on en était ébloui ; les plaies fermées disparurent , les membres disjoints reprirent leur forme et leur souplesse ; de Rotterdam , de Leyde , de tous les lieux circonvoisins , des milliers de personnes accoururent à ce spectacle. Dieu
134 BIBLIOTHÈQUB NOUVELLE.
n'avait point attendu ce moment pour glorîQer et consoler sa servante ; autant la vue de ses souffrances révolte la nature , autant le récit des grâces qu'elle reçut ravit la foi ; oui, cette vierge de tant de douleurs fut une créature privilégiée.
A huit ans , allant et venant , elle se détournait pour saluer une. image miraculeuse de la bonne Vierge , qui lui répondait par un sourire. Son ange gardien lui demeura toujours visible et souvent conversant avec elle; elle voyait autour de son lit d'autres anges qui brillaient d'un reflet d'adolescence et portaient au front une croix de feu. Un jour, son bon ange lui apportait les cendres bénies; un autre jour, il la prenait par la main el la conduisait à l'image de la bonne Vierge, qui avait souri à son enfance, ou bien à Torient, en des régions fleuries et embaumées. Quand les stygmates lui furent infligées, c'étaient à une neuvième heure : des groupesangéliqucs apparurent portant les instrumenisde h Passion, et à leur tête se manifesta le divin Maître en toute sa beauté et sa gloire ; ailleurs , il lui apparut sous la forme d'un petit enfant en croix , ou d'une hostie consacrée ; souvent une auréole l'enveloppait , son corps n'exhalait , même au milieu des vers qui la rongeaient, qu'une suave odeur; on respirait autour d'elle les parfums du cieL Son réduit était un sanctuaire embaumé ; son grabat , un
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autei parfumé d'encens , autour duquel se pressaient avec respect d'innombrables pèlerins. C'était aussi une chaire d'où la vierge sainte exerçait un apostolat aussi fécond qu'étendu. Son regard pénétrait au fond des consciences; un mot d'elle bouleversait les pécheurs les plus endurcis. Les évêques , les grands du siècle , le duc de Hollande, le duc de Bourgogne et sa cour passèrent devant elle, et recueillirent docilement les conseils de cet ange du Seigneur. Les pécheurs convertis , les riches émus , les pauvres consolés déposaient à ses pieds d'immenses aumônes qui passaient à toutes les bonnes œuvres, et fesaient de la pauvre vierge une seconde Providence pour toutes les nécessités. Tous les ordres religieux participèrent à ces grâces d'édification , et après avoir changé la face de sa ville natale , elle répandit encore au loin la bonne odeur de Jésus-Christ ; des pèlerins portèrent le récit de ses héroïques souffrances au-delà des mers et jusque dans FOrient. L'un d'eux mourut en saint anachorète dans une grotte delà Thébaîde (1). Cette vie apparut longtemps comme un holocauste uni
(1) En 1615, le corps de S. Lidwina et son sépulcre furent achetés du sénat des magistrats protestants de Schiedam, et les ossements de la bienheureuse transférés et déposés à Bru2(eUes en l'église Sainle-Gudule.
au sacrifice de l'Agneau , et cette merveille d'une existence que le pain des anges seul alimentait , fui comme un hymne populaire à la gloire du Saint- Sacrement , et pour plusieurs une démonstration eucharistique. Ce fut au moins une consolation anticipée pour l'église d'Utrecht , qui devait à son tour commencer bientôt un long martyre, et vivre destituée de tout secours humain, sans autre force que le bras de Dieu , sans autre aliment que sa grâce. Répétons pieusement avec elle le cantique qu'elle a chanté en ses derniers jours de paix, à chaque retour des fêtes de Pâques, à la gloire de sa plus glorieuse fille , la vierge Lydia ou Lidwina.
G*est le joyeux allelaia
Qu'appelle le temps pascal,
De voii et de cœur réjouissons-nous»
Plein de bénédictions
A brillé un soleil pur;
Chassant Tombre nocturne,
Et couronné de gloire
Le Christ a triomphé.
Vainqueur de Tenfer vaincu
Il se lève, il est Dieu, croyons !
Il a repris Thonneur de son trône...
Il fait régner la paix dans le cœur.
Et cesser Tattente de sa Mère
QuHl console avec amour...
Et les archanges se réjouissent
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Et les anges en chœur
Disent à la vierge Lydia :
« Est-œ donc Jà Lydia?
» Elle est blanche comme les lys
» De sainte Cécile;i (d).
» Cécile en sa demeure
» Fit sentir à Tiburce
» Le parfum de la rose ,
» Et le remplit de stupeur.
» Cécile, auxjours où naquit au ciel » La vierge Catherine, » Recueillit le fruit
» Que sema la grâce de Dieu.
» L'humble Lidwina,
» Que le Christ fil naître pour lui,
» Est semblable à ses saints
» Et règne à jamais. »
Exemple étonnant de patience, Elle a vécu en nos jours, Portant dans son corps D'intolérables souOrances.
On n'entendit ni murmure Ni plainte aucune.
On n'entendit que les chants
(^^ Fantur et angeli. ^
Virgini Lydiae :
Haeccine Lydia?
Vernat ut lilia.
Sanctae Coeciliie.
De la pieuse Lidwina.
Adieu, bienheureuse Lidwina, Toi que la mort n'a pas retenue capLive; Veuille nous obtenir qu'avec Marie Nous chantions ; Dieu soit loue I Alléluia* Amen.