‹ La Hollande catholiqueChapitre 24 sur 35 · ÉPHÉMÉRIDES PROTESTANTES · texte numérisé non relu

ÉPHÉMÉRIDES PROTESTANTES

cules publics ou secrets , les prêches et collectes en fàyeur delà superstition papale, sont prohibés.

7' 1 février 1620.

Catholiques et Mennonites sont également atteints par ce placard , dirigé sous Tinspiration du synode de Dordrecht contre tout prédicant dont la turbulence inquiète la doctrine et les canons des pères du synode.

§" 26 février 1 622.

Ampliation du placard 6'. Interdiction de tout commerce avec les Jésuites, moines et prêtres , les collèges et les universités étrangères ; toute collecte est interdite pour église, hospice, séminaire, etc.

ê' 11 janvier 1636.

Ampliation par les États d'Utrecht des placards p' et S\ avec cette clause additionnelle entre autres: Toute personne ayant reçu les ordres, doit quitter la ville avant six jours, sous peine d*être rançonnée et punie comme ennemi du pays. C'est le crime de haute trahison qui entraînait la mise à mort par le glaive.

ç' 9 avriM639.

Les mêmes États d'Utrecht publient une no»

200 BIBUOTHÈQUK NOUVELLE.

velic fois le placard $' , et en outre déclarent (article 10): Défense de nommer aucun papiste aux fonctions d'officier supérieur, de maire, de juge, de secrétaire, etc.

ai' mars 16/!i0.

Toute correspondance avec le vicaire apostolique, banni du pays, est poursuivie comme crime de lèsemajesté. Yachtelaer, vicaire général, est, par grâce, condamné seulement à 6,000 florins d'amende et à la confiscation.

G' U août 16/iii.

Ampliation, par les États d'Utrecht, du placard t\ 9 avril 1639, sous ce titre : Contre les superslitions romaines papales, et les excès dHcelles, et un certain nombre d'articles supplémentaires ; les habitants des maisons où Ton trouvera des prêtres défendus, sont responsables, jusqu'à concurrence de 600 florins, des amendes encourues par ceux-ci. Parce que, dit ce placard, les prêtres ne sont pas d'ordinaire in bonis , la loi doit y pourvoir, pour que le fisc ne soit point frustré. Les agents de police peuvent entrer dans toutes les maisons, ouvrir et briser toutes les cachettes qui leur paraîtront suspectes.

ÉPHÉMÉRinES PROTESTANTES 204

i \U avril 16/19.

Après le préambule accoutumé contre les Jésuites, il y a : 1* Défense d'assister aux conventicules et aux exercices religieux papistiques... ; 2" défense aux femmes dites réveilletises (1) ou

(1] Cétait de pieuses femmes en général associées au tiers ordre de saint François , principalement chargées des soins du calte , du catéchisme des petits enfants et des écoles des pauvres gens. Elles ont rendu de très grands services à la mission de Hollande. Quand un prêlre visitait une congrégation, pour y distribuer les secours spirituels, son arrivée et Theuie de la messe étaient annoncées par quelques femmes qui allaient de nuit frapper aux portes et donner les signaux convenus. On se rassemblait dans une maison écartée^ dans une usine ou même une taverne, dont les enseignes sont demeurées le titre des églises bâties depuis. C'est ainsi qu*il y avait à Amsterdam, des églises que Ton appelait VÉtoiîe, le Pigeonneau , te Perroquet, V Arbre, Moyse et Aaron {iub signa Moysis et Aaron.) L* Assemblée formée, des sentinelles étaient placées aux avenues les plus lointaines ; ei si un danger grave survenait, la foule s'écoulait rapidement , les femmes qui avaient charge de frapper aux portes avaient ég.ilement le mot pour prendre chacune un objet convenu de Toraloire im-

sœurs frappantes, de demeurer ensemble ; 3'* dé fense aux tuteurs catholiques d'élever leurs pupilles, lorsque le père ou la mère ont appartenu au culte réformé. Il leur est enjoint de livrer ces enfants à des commissaires protestants, sous peine d'encourir de fortes amendes.

x' U mai 1655.

Défense de tester en faveur des prêtres ou des pauvres, pour les hospices, ou édifices religieux.

provisé qui disparaissait soudainement. Il existe encore quelques églises de ce temps à Amsterdam, Harlem, Ulrecht. C'est uo qurieux spectacle que d'y voir un millier de fidèles échelonnés en trois ou quatre étages, amoncelés sur tous les paliers et degrés des

escaliers, sur les tribunes, les corniches, les fenêtres ; par une certaine distribution d'ouvertures , de planchers soulevés, le célébrant à Tautel est aperçu du plus grand nombre ; et la forte voix des* prêtres hollandais traverse aisément toutes ces cloisons et se prolonge dans les plus profonds corridors. Je n'ai rien vu qui m*ait plus vivement représenté l'image des assemblées des premiers fidèles dans les catacombes. Il serait à désirer que ces pittoresques oratoires fussent conservés comme des monuments.

ÉPHÉ MéRIDES PROTESTANTES SOS

/ 28 novembre 1655.

De parles Hautes-Puissances la cohabitation est interdite aux femmes célibataires, dites jésuitesses, nonnes , sœurs frappantes , etc. Pour ajouter au ridicule de ce burlesque arrêt , on se permet les plus divertissantes excursions sur la théologie , le droit canon, l'histoire ecclésiastique: il fut donc placardé et annoncé, à son détrompe, dans toute la Hollande, que lesdites jésuitesses avaient été condamnées comme nuisibles par leur propre pape Jean XXII, et déclarées dignes d'être extirpées et exterminées par Clément V, puis flétries comme une secte dangereuse par Urbain VIII , dans une bulle affichée à Rome le 4 mai 1631 (1). Bref, les étrangères devront quitter le pays dans quatre semaines, sous peine de fortes amendes et de correction arbitraire; les régnicoles auront à déclarer kur condition , sous peine de perdre leurs droits de citoyennes.

(i) On serait tenté de croire ou qu'au catholique déguisé aurait surpris la plume du secrétaire des États pour jouer un tour aux législateurs , ou qu'un prédicanl aviné ou en train de mauvaise plaisanterie dicta ces lignes en brouillant ensemble Bégards et Béguins, Béguines et Templiers. C'est peut-être une pièce des jansénistes.

304 BIBLIOTHÈQUE NODVELI^.

f*' 17 août 1702.

v' 25 mai 1703.

S' 8 août 1703.

Nous terminons par ces trois placards provoqués par les jansénistes d*Utrecht contre les catholiques et Théodore Cock, nommé par le Saint-Siège vicaire apostolique en place de Pierre Codde, déposée cause de son attachement à la secte. Jansénistes et protestants , aux grands applaudissements des fidèles de France, se donnèrent la main, par un coup de Providence, disait-on, et de concert décrétèrent que nul désormais ne serait reconnu vicaire apostolique, si ce n*est par Tautorité des États ; qu'aucun prêtre régulier, jésuite, moine ou autre, ne mettrait le pied dans le pays ; que nul ne fera circuler le bref de déposition de Pierre Codde , sans encourir une punition exemplaire et arbitraire ; 3000 florins sont promis à celui qni mettra aux matbs de la justice la personne de Théodore Cock.

Que pensez-vous , mon cher ami , de cette édifiante nomenclature des actes de la tolérance protestante ? Il n'en fut pas moins convenu , et je crois que nous n'en sommes pas encore très désabusés, qu'à l'époque où le fanatisme maintenait eu Espagne l'inquisition , et révoquait en France l'édit de Nantes, il n'y avait qu'une terre vraiment libre

LES nÉGtJLIBRS EN HOLLANDE. 205

et franche , celle qui accueillait , en lançant ces placards , les réfugiés de France , les jansénistes bannis , et Bayle , le coryphée de la philosophie. II n'y a de comparable à cette naïve admiration querengouement des philosophes pour la généreuse et tolérante Angleterre, au moment où Tlrlandc se mourait rivée dans ses fers.

Agréez , mon cher ami , etc.

Situation des réguliers dans la mission de Hollande. Lellre au R. P. *\ de la Compagnie de Jésus.

Mon révérend père ,

Autant je me réjouis du fraternel accord qui, en ce moment, unit généralement le clergé et tous les corps religieux, autant, vous le savez, je m'afflige et m'irrite , chaque fois que je rencontre dans le passé ces pierres d'achoppement contre lesquelles nos pères se sont malheureusement heurtes et brisés. Je ne sache pas qu'il y ait une tactique plus manifestement diabolique que de semer cette désolante ïizanie des dissensions domestiquci;. C'est surtout la nnil qne rennerai choisit pour faire ce funeste

don au champ du père de famille. Les discordes pullulent dans les temps mauvais; c'est ainsi quo le diable sema à pleines mains , au xvr siècle , et que rÉglise de Hollande se trouva , dans ses derniers et ses plus tristes moments , jusque dans son agonie , aux prises avec ce scandale. Ne Tat-on pas vu , au siècle dernier, monter à son comble, à mesure que les périls de TÉglise croissaient, et ne tomber qne sous la hache du bourreau? Siccine séparât , arnara morst

Je me suis souvent demandé ce que vous me proposiez un jour à résoudre , d'où est venu ce désordre , et quel en a été le spécieux prétexte ! car je ne puis m'en tenir à Texplication banale des jalousies de corps, des controverses d'écoles, et encoremoinsàTinévitable et salutaire émulation d'une concurrence légitime. A moins de folie , je ne conçois pas qu'au moment des dangers les plus terribles , il y ait place pour ces pacifiques contentions , ou pour ces dépits fratricides. Il faut qu'il y ait eu , dans ces crises suprêmes, un prétexte de séparation plus imposant ou plus spécieux.

Je vous laisse me dire, mon révérend Père, quels furent ces prétextes au siècle dernier. Je me permets de vous soumettre ceux que je rencontre au \y\^ siècle dans la Hollande; c'est vous redire une douloureuse page de l'histoire de vos pères et

des nôtres; il y a toujours quelque charme à se rappeler des malheurs de famille.

Un mot fort simple a dit beaucoup de choses en ces derniers temps : tÉtat doit être laïc. Au XVI» siècle, un mot peut résumer beaucoup de faits et de controverses : l'Église est et doit être secul'ière. De même qu'aujourd'hui le laîcisme apparaît comme l'inévitable progrès de la société, en sorte qu'il soit sage et nécessaire d'écarter l'élément clérical de la société, et de confier à des mains laïques l'administration, le gouvernement, la direction de la société et jusqu'à son éducation; de même il sembla, au xvi« siècle, que la sécularisation de l'Église était une condition normale de son développement , et qu'il était sage et nécessaire d'écarter l'élément monastique, et de ne confier qu'à des mains séculières l'administration, le gouvernement, la direction, en un mot l'éducation des âmes. Il y eut dès lors, à l'instar du libéralisme moderne que la présence et l'autorité de l'Église importune, un parti de sécularisa teurs qui poussa de gré ou de force à l'extinction ou à la diminution des ordres religieux. Cette pensée se fit jour avec des nuances très diverses. Certains novateurs emportés allèrent droit au blasphème contre les conseils évangéliques. D'autres, plus habiles, s'arrêtèrent à des limites plus ou moins éloignées de

20» BIBLIOTHÈQUE KOLVELLE.

riiélerodoxie , depuis ceux qui accordaient aux princes le droit d'étendre indéfiniment la tyrannie de la commande, et d'approuver on de rejeter un institut établi canoniquenient dans l'Église, jusqu'à ceux qui regardaient comme l'idéal de la Tie religieuse des conununautés sans vœux. Mais une idée alors vulgaire, qui se fit jour au concile de Trente, qui obséda les conseils de la papauté, c'est que des abbayes sécularisées rendaient plus de services que des monastères réguliers, et qu'il fallait sans bésiter mettre la main sur le superflu des anciennes fondations pour en doter les nouvelles. On alla jusqu'à soutenir que les dîmes et bénéfices, séculiers dans leur origine, n'avaient reflué dans les corporations religieuses que par un détournement et une usurpation illégitime, et que les reprendre pour les cathédrales et les collégiales , c'était uniquement les rendre à leur première destination. Je puis vous assurer que cette opinion fut soutenue en Belgique lors de l'érection des nouvelles métropoles d'Utrecht et de Malines. Je possède une lettre d'un père Bernard de Frenesda, confesseur de Philippe II qui, avec une évidente bonne foi , fait remarquer aux abbayes démembrées la modé^ ration et la sagesse de son prince, qui n'exigeait qu'un dépouillement partiel, au lieu d'accéder à l'avis de ceux qui réc1am9icnt le tout à titre de

restitution due en justice. Il y a un document officiel élaboré à Louvain , déposé sur le pupitre de Philippe II, et de là porté à Rome, appuyé et commenté par Sonnius, le cardinal de Granvellc et les négociateurs dans Taffaire des nouveaux évêchés ; on y lit textuellement ceci : € Mieux vaut avoir » plusieurs évêques avec des collèges de doctes D chanoines, que plusieurs abbés avec des couvents » de moines ignorants ; qu'il était donc licite de faire » refluer en faveur des pasteurs et de retirer des mo- » nastères, maintenant trop opulents et regorgeant » jusqu'à satiété, les dîmes autrefois détachées des » pastorats pour en enrichir les monastères (1). » Ce sont là les prétextes, et, en temps de perturbation , il n'en faut pas de plus spécieux pour satisfaire les esprits aventureux ; une fois lancés , la passion , et la plus implacable est celle des logiciens à froid et des théoriciens d'école , s'en empare, les réchauffe et les étend; c'est le lingot qui passe au laminoir. Malheur à qui s'y trouve

{\)}feUus esse habere muUos episcopoa cum dociU col' legïis , quam multos abbates cum iridoctis convenlihus : possein fàvorem paslorum refundi ex monasleriis nunc minimum opuîenlis et ad suffocatîonem ditails décimas oUm ex pasloralibns in monachis refusas, — Cs. Auberl. Jlincus., opp, (Jipfomat,, t. iv, c. viu

impliqué de trop près, ne fût-ce que par la frange de son vêtement! Il y entre tout entier et disparaît. Il en fut ainsi de ces puissantes abbayes val* lonues , brabançonnes , hollandaises ; le démembrement partiel, ainsi qu*on l'avait prévu, et le peuple ne s*y était pas trompé,, entraîna non-seulement la mutilation de la ménse et la suppression de la dignité abbatiale, mais l'absorption de tout le temporel, l'anéantissement du régime claustral, l'extinction des noviciats, la dissolution complète. Ce coup fut profondément ressenti par tous les corps réguliers anciens et nouveaux, et il en résulta pour premier et fatal inconvénient un pied de guerre avec les séculiers, une position de vainqueurs et de vaincus, une lutte latente, dissimulée ou ajournée.

A Dieu ne plaise que j'ose blâmer, soit l'érection , soit la dotation des nouveaux évêcbés. Il est bien plutôt regrettable que l'on ait attendu jusqu'à ce moment depuis 1322 ! Si Ton eût suivi l'inspiration prophétique du Saint-Siège , on eût gagné deux siècles sur l'hérésie , et le nord de l'Europe, appuyé par la Hollande catholique , serait encore dans l'orthodoxie !

Vous savez que le plan de la papauté , expos**^ dans la bulle d'érection par Paul IV, assîsrnait f>our dotation aux nouveaux ovèchés, soji k fi>c

impérial, soit une contribution prélevée proportionnellement sur tous les bénéfices. Ce plan était le plus juste, le plus sage, le plus praticable. Tout le corps ecclésiastique concourait à cette œuvre d'une si grande importance pour tous. Puis , par les nouveaux évêchés, on pouvait sauver un joyau de la couronne d'Espagne. Le fisc d'ailleurs recevait , outre l'or du nouveau monde et les tributs d'un royaume où le soleil ne se couchait pas, une foule de redevances ecclésiastiques par les commandes, les collations, les patronages si soigneusement réservés par les concordats germaniques. Et enfin l'empereur percevait et possédait tout l'opulent domaine temporel de l'église d'Utrecht.

Il semble ou que le Saint-Siège n'ait pas eu un doute qu'il y aurait hésitation à suivre ce plan, ou qu'on ait manœuvré pour l'engager le premier dans cette afl^aire. La bulle d'érectîon est promulguée, un règlement ultérieur et prochain pour la dotation est annoncé. Les nouveaux évêques sont consacrés et prennent possession.

Et c'est alors que le fisc impérial refuse de fournir son contingent à la dotation , il était trop pauvre ! Alors que la répartition proportionnelle sur les bénéfices est déclarée impraticable, on allait achever de mettre le feu au pays !

Vm comifeission est nommée pour aviser ; le

212 BIBLIOTHÊQCE NOUVELLE.

parti sécolarisateur y entre seul sous la présideiicc du cardinal de GranveOe et l'acliTe direction du doctear Sonnius el des nonreaax é? êques. Un grand secret courre leurs opérations.

Toutefois, il transpira que l'on se pr^iarait à mettre la main sur les grandes abbayes pour démembrer les imes, séculariser les autres, ôter à toutes celles qui seraient atteintes la dignité abba^ tiale.

Cette nouvelle souleva les plus vives oppositions. Les États firent entendre leurs ddéances. Marguerite, la Trente, appuya leurs députés; le ducd'Albe à son tour fit des représentations. Pbilippe II tergiversa ; il alla jusqu'à donner des lettres-patentes pour révoquer l'union commencée.

Cependant les sécularisatenrs ne se découragèrent pas ; ils comptaient dans leurs rangs Baîus et ses disciples ; le fameux Jansenîus commencera dans ces troubles sa déplorable carrière. Ils étaient tenaces, habiles, infatigables. La question fat soumise aux universités. Les docteurs de Lotivain se partagèrent : la faculté de théologie opina pour des tempéraments qui furent rejetés; la faculté de droit, plus séculière, opina pour passer outre sans quar- (irr. Le pieux et savant Molanus publia un avis motivé de réprobation. La Sorbonne se prononça contre l'union intégrale qui, en effet, était pjus

désastreuse que la commande. Le doyen de Saint- Pierre de Louvain, van der Meuien, alla plaider à Rome la cause des abbés menacés*

A Rome, Paul IV s'était expliqué en leur faveur ; saint Pie Y déclara que c'était son opinion privée. Plus tard, et la mesure consommée, Sixte-Quint osa rompre eu partie l'union, et si la mort ne ]*cût prévenu, il Teût révoquée tout entière.

Cependant le cardinal de Granvelle et son plus/ habile conseiller Sonnius manœuvrèrent assez habilement pour prolonger cette pénible négociation six années. Et quand on eut épuisé les conférences et les délais, quand on vit toute la Hollande s abîmer dans rhérésie, Tarmée des gueux descendre de la Frise dans le Brabant , tous les Pays-Bas en feu ; alors , et en présence d'un péril extrême , Pie IV, comme plus tard Pie VII, déploya la plénitude du pouvoir pontifical et décréta l'union ou la suppression des grandes abbayes encore subsis-tantes, saluspopuli^ summa lex.

La soumission fut exemplaire, et les historiens en font la remarque. Rome en fut ravie : le cardinal de Granvelle s'en félicite dans SCS lettres, et cepen* dant cette mesure acheva de le ruiner.

Il devenait abbé d'Afflighem, le premier prélat des États et le primat de la Belgique; il dominait

Si4 BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

au spirituel et au temporel • Il attira sur lui (1) tous les ressentiments qui de là remontèrent jusqu'à Philippe IL Les abbayes étaient des kistitu-^ tiops nationales , et , dans cette crise suprême, la dernière autorité respectée. Cette autorité déplacée s'écroula, et ne passa point aux nouveaux évêques. Le peuple» pour le salut duquel ce grand sacrifice avait été fait, refusa d'y rien comprendre.

Que si, mon révérend Père, il a été possible de remettre en question une possession huit à dix fois séculaire, n'était-on pas plus à l'aise pour les possessions nouvelles , à leur début. Vous pressentez le secret des conflits qui vont s'élever à partir du XVP siècle, parmi les missionnaires de la Hollande. Ce sera en vain que vos pères, au prix de leur sueur et de leur sang , ouvriront les premiers la voie à travers les ruines de la malheureuse église

(i) Le cardiual de Granvelle ne tarda pas d'être obligé de céder à l'orage et d'offrir en holocauste la résignation de son siège et de ses deux abbayes d'Âffiighem et de Suint-Âmand. Le docteur Sonnius n'eut pas des déceptions moins amères. Il eut beau échanger le siège de Bois-le-Duc contre oehii d'Anvers, il n'eut pas meilleur marché de l'abbaye de Saint-Bernard (pie de celle de Tougerloo. L'œuvre de Yunion se brisa dans SCS. mains par des négociations aussi calmes ri régulières qu'habiles et persévérautes.

LES RÉGtfLÎRns KN HOLLANDE. 215

trutreebt; en vain qu'ils n'auront pas retrouvé un seul séculier resté à 8on poste , et qu'au témoignage de tout un peuple il sera notoire que tout a recommencé, comme dans un pays infidèle, par une poignée de Jésuites , de Franciscains , de Dominicains. Il nimporte : les premiers collaborateurs séculiers murmureront le mot d'usurpation, ce mot fera fortune, et les plus sages estimeront que dépouiller les frères et les continuateurs des derniers martyrs et des premiers missionnaires, c'était un droit et une sorte de nécessité.

Cela a toutefois quelque chose de violent qu'il faut encore colorer, atténuer, « expliquer. On se demandera s'il n'y a pas après tout incompatibilité radicale entre les devoirs de la vie religieuse et les fonctions extérieures. L'argutie est aussi vieille que les pastorats, et déjà saint Thomas croyait devoir la prendre au sérieux et y répondre.

Si on veut bien accorder que les institutions qui ont fait non-seulement les paroisses , mais les diocèses et les peuples de la grande partie de l'Europe chrétienne , ne sont point radicalement inconciliables avec l'apostolat , on se réservera de dire qu'elles sont moins propres que la sécularisation complète , qu'elles suscitent à une administration des difficultés insurmontables ; qu'on ne peut , qu'on ne doit en accepter le concours qu'à

titre d'auxiliaires , et dans une coudition subalterne et entièrement subordonnée à la juridiction de l'ordinaire. Encore une fois, je vous le demande , ne sont-ce point là des prétextes d'antipathie et des plus spécieux ? Certes, il n'y manque point une certaine habileté. On veut des auxiliaires , mais faibles et impuissants; le meilleur moyen de les avoir tels est de détacher ces auxiliaires inévitables du corps qui décuple leurs forces, du chef qui les soutient , de l'institution qui les corrobore. Dans ce cas , trandions le mot , la sécularisation est préférable , et je conçois l'admii^able expression de l'un de vos plus illustres généraux : Sint , ani non sint.

Je ne me suis encore expliqué que la moitié du problème. Il ne suffisait pas à l'ennemi de séparer les deux grandes fractions du clergé ; le dernier coup était de jeter la division jusque dans les milices régulières. Il a réussi plus d'une fois. Au xyp siècle , il y eut entre les anciens corps religieux et les nouveaux , entre vos pères et les nôtres , des germes de dissension que le temps depuis n'a fait qu'envenimer. Les anciennes abbayes des Augustins , des Prémontrés , des Bénédictins , des Cisterciens , avaient subi presque partout l'oppression de la commande et les extorsions du fisc ot de la puissance séculière. L'JiIglise aspirait à rciiier a

LES RÉGULIERS RN IiOLLAra>E. H7

toot prix ses biens de ses matas rapaoes. Elle fi~ forisait dooc toute tentative qni 9 sous on aoaveaH titre » restituait aux usages pieux ces possessioas aliénées ou compromises. Parmi les œuf res assurément les plus louables était le déycloppement des missions et la fondation des collèges ; comme missionnaires et comme instituteurs des générations naissantes » yos pères eurent plus d'une fois part à ces restitutions que le xvi« siècle fit in artU culo mortis* Mais dès lors et depuis ils ont sora^ bondammeot prouvé qu'ils n'avaient nul besoin de ces faveurs , qu ils n'allaient point au-devant , et qu'ils savaient certes se suffire à eux-mêmes pour fonder leurs collèges et bâtir leurs églises. La suprême autorité du Saint-Siège pouvait seule leur faire prendre la place des anciens possesseurs, et accepter une position qui n'étut pour eux iA la meilleure, ni la plus honorable, ni la plus commode. Mais oa leur tint peu compte de ce sacrifice, et, ne pouvant faire remonter plus haut le mécont^itement , on leur en fit subir tonteTamertnme. Ce fut un nouveau grief d'usurpation et plus spécieux que tous les autres.

Je suis pourtant assuré que la plupart du temps il était singulièrement exagéré, et que, maintes foi?, malgré les plus plausibles appareoces,c'é(aH un mal* entendu. Il était de bon ton, de tactique, peut-être,

\2iB . BlftilOTOfiQUE NOUVELLE.

^ frirt afec ootenlMiofi des fendations de collège «l dfi M «dernier gratuitement les ftirs de Mécènes pleins da amnifioeiiee. J'ai été frappé surtout d'un fait qui se rattache k l'érectic»! des tiouteaux évécbéselqiii eii explique beaucoup d^autres; L'abbaye dief d*ordre de Saint-Gérard-de-Brogne avait dû à la célébrité de son fondateur et aux serrîccs qu'elle avait rendus au comté de Namur et h toute la contrée, par sa réforme, par sa constante régularité, pai* son inépuisable munificence pour les pauvres, d'échapper aux incorporations et aux démcmbreivents. Flureffeet quelques autres maisons avaient fourni la dotation de Tévéché de Namur. Peu après l'érection du siège, l'abbé deSaint-6êrai*d meurt. Aussutôt le nouvel évêque, renonçant à sa dotation sur Fiore(fey sauf toutefois une pension demiUeflorins, entreprend de s'emparcrdelamense abbatiale de Saint-Gérard et de su|^rinier cette haute dignité qui devait par trop éclipser sa crosse jeune ciM:orc. Il m'a paru roanifeste que Tune des idées malheureuses des sécularisateurs, c'est que l'autorité épiscopale ne peut coexister avec une puissante abbaye attitrée ctdoltrée, murée comme une citadelle et immuable dans sa grande existence* Quoi qu'il en soit, le nouvel évoque parvint à son but, à condition de maintenir l'àbbaye intacte, avec le même nombre; de religieux, les mêmes ob-

senranccs, les mêmes offices, les mêmes aumônes, et ayec promesse de gouverner en bon prélat et père de famille, comme les anciens abbés. Le xvi« siècle dorait encore, que rabbayede Saint- Gérard était réduite, de vingt-deui religieux à huit, ctdépourllée de son argenterie, de ses vases sacrés, de ses or • nements, de ses tapisseries, de ses cloches, de ses croix processionales, de ses refoges, de ses métairies, de ses futaies, de sa procure, de son chapitre enfin, et de toute observance ; et ces mesures, même les aliénations de biens, s'étaient faites, malgré les protestations des religieux, sans aucun consentement du chapitre, sans autorisation do Saint^ Siège, sans octroi impérial. La ruine allant croissant, et comme il n*y avait plus que quatre vieillards,privés de linges et de vêtemenls,usant,au salut autel, d*on ciboire en bois pendant quarante ans, mangeant an réfectoire sur des feuilles d'ardoises , on bâtissait, 5 Namur, nne église en marbre, depois le porche jusqu'au sanctuaire, rehaussée d'ornements à l'avenant, le toutdans un goât médiocre, mali d'un sphndide effet sur le public. Voj Pères en a:ccptèrentle s:'r\'ice, et se trouvèrent consignés dans le testament de l'un des évéques pour une somme qui , après tout , était minime comparée aux pertes de r<ibbayc de Saint Gérard. Il n'en faihit pas davantage pour reporter sur votit

institut tout Todieux de cette affaire ; le préjugé s'enradna dans les ruiner de Fabbaye, et quand elle se releva après plus de cent ans d'oppression, par rinter?enlion des deux congrégations de Sain(- Vanne et de Saint-Maur, appuyée de Louis XIV, le même préjugé subsista plus >ivace; il s*est reproduit dans les documents les plus modernes.

Je me persuade aisément , mon révérend Père, qu*il en fut ainsi dans une foule de cas, et que les dissensions des ordres religieux ont le plus souvent roulé sur des malentendus. Tout Tordre monastique était lancé dans un impasse par Taffrcux abus des commandes. Il devait aboutir , par des froissements douloureux, à une ruine qui a entraîné celle de la société. Les gémissements des souverains Pontifes , tels que ceux de Sixte IV h Cbarles-le-Téméraire , étaient de prophétiques avertissements, qui ne furent pas mieux compris, mieux entendus après qu'avant la réforme et le concile de Trente. Je ne puis m'empécher de citer , en terminant , les paroles éloquentes d*iin simple laïc, Papire Masson, dans son Histoire de France, au règne de Louis XI (lib. M, :

« O incestueuses commandes I O abus qui a rér » duitla France à une maladie qui lui doit donner » la mort; car les monastères n*ayaut plus leurs $ véritabl 'S et légitimes i)ères, il faut que les bre*

PRÉLIMIN. DU JANSÉNISME HOLLANDAIS. 23i

» bis soient dévorées, que les temples soient rui- » nés, que la discipline soit anéantie, etc. » Agréez , mon révérend Père, etc.

Préliminaires du jansénisme hollandais.

Letire au R. P. dom Goéianger. abbé de Solesmes.

Gulemborgb, 31 juillet iW, MON TRÈS RÉVÉREND PÈRE ,

J'ai osé promettre à Votre Révérence quelques lettres sur le jansénisme hollandais, bien qu'assuré de n'avoir rien à lui apprendre sur l'une des études de toute votre vie. Au moins ne le ferai-je point sans avoir vu les meilleures sources. J'ai pu consulter au grand séminaire de Haren une partie des méiiioires de Théodore de Gock , le reste en est précieusement conservé à Rome par la Propagande ; à La Haye, le ^a^aWav^ra du père Désirant, et les pièces recueilties dans les bureaux de l'administration des affairescatholiques; àWarmond,le liber me^ morialis du plus rude champion de la bonne cause, Hoynck van Papendrecht, qui avait devant lui le car*

dinal d'Alsace et couvrait de son nom lo père Désirant , le père du Sollier et les Bollandistes ; à Amsterdam, les archives, dites de i'aiicicn chapitre de Harlem, et entre autres,sept volumes in-folio renfermant, sous le titre Varia hufus temporis^ tout ce qui fut dit , écrit , imprimé an fort de la controverse ; sur le môme sujet , vingt autres volumes chez les pères franciscains (1), œuvre du père Glabais , qui , pendant trente-trois ans , bouc maudit de tous les sectaires et faux frères , demeura sous la grOle de tous les anaihèmes , Tépée et la plume à ta main , toujours écrivant et bataillant ; saint homme que tout Amsterdam vénère encore ; puis, chez les pères jésuites , un précieux volume résumé de huit autres iu-folios sur toutes les difficultés de la compagnie, depuis Torigine de la miS" sion hollandaise; enfin, j'ai vu Utrecht et mis la main, durant un mois , dans les sacs les plus secrets de la secte. Je vous dois confier, quel qu'il soit, le butin qui m'en reste, et vous en offrir, dès aujourd'hui, les prémices, en célébrant dans un beau collège des Jésuites la fâte de leur saint fon*

(i) CûUeetio menwnentorum conHnen$ varia dtcreiUt reêolutioneê, mcmoraliaf declarationeif iupplicoâf pro» teitalioneif relationet^ ediciaf el alia plura id generit monumenta ad mMonem speelan^a.

PRÉLIMINé DU lAUâtf NISMB HOUANBAIS. 11».

dateur et les f)rciBièiies vêpccs do saint Pkrre-ès^' Liens » avec mémoire des saints Macchabées. Je ne puis mieux dater le récit d'une captivité de sMit Pierre et de la douloureuse persécution qui a slir<^ tout pesé sur les fils de saint Ignace, les Maccba^ bées des derniers temps.

Il m'est bien constate que la cause première qui a introduit et enraciné dans la Hollande Je jansénisme, c'est l'antipathie contre les reliera* Oii fut sans doute loin de prévoir, au d^i>i)t« qu^uoei question de préséance aboutirait au schisme et

à la plus dangereuse hérésie, bouleversersiit de nouveau l'Église d'Utrccht et précipiterait une mission des plus édifiantes dans une crise plus terrible que celle du protestantisme. On arriva au bord de l'abîme, sans rien voir; plusieurs tombèrent, et cette chute n'ouvrit les yeux ni à tou^ ceux qui roulèrent dans l'abîme, ni à tous ceux qui pestèrent debout. Peut-être y a-t-il encore d'excellents esprits qui hésitent à reconnaître cette logique du mal qui s'est ici déduite avec toute la rigueur et la persistance du génie hollandais. Le calvinisme masqué de Port-Royal n'a exercé nulle part une fascination plus entraînante que dans ce pays. Ailleurs, il a passé ; ici, il demeura, il est endémique ; il ravage , en permanence , depuis plusieurs générations , des milliers d'âme; il a semé.

fik BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

bien an ddà du cercle étrmt de la secte» ses haines et ses doctrioes dores ; elles régnaient encore il y a quelques années, au grand séminaire de S*IIee* renbei^. Vous apprécierez mieux que moi , mon très révérend Père, la cause et la portée des faits ; Je me borne à les détacher de mes notes.

De 4572, Tère des martyrs hollandais, à 1592, où la mission commence , vingt années se passent dans une désolation croissante : la juridiction épiscopale s'éteint , les ordinations cessent , la mort , Texil, l'apostasie anéantissent le clergé; les titres ecclésiastiques périssent, les biens passent aux protestants qui , par dérision, s'appellent chanoines , prieurs, chevaliers, commandeurs. Des enfants et des femmes , à Utrecht spécialement , héritent de ces prébendes ; le sanctuaire ne pouvait être ni plus dévasté ni plus souillé. Ce fait notoire renverse déjà par la base le système des schismatiques d'Utrecht. Quelques missionnaires de divers ordres détachés des maisons voisines de la frontière, et au péril de leur vie , sillonnaient seuls et clandestinement le pays, couraient au plus pressant besoin, et, après quelques apparitions nocturnes au milieu des fidèles, décimés et dispersés, revenaient attcndre des jours meilleurs.

En 4592, un prêtre séculier nommé Smith, exilé à Rome , présenta une supplique à Clément VIII

pour établir une mission dans la Hollande, et proposa de la confier aux Jésuites. Le père Aquaviva consentit à en écrire au provincial résidant en Belgique. Deux pères hollandais , 'William Leeuven (Leonius?) de Dordrecht, Cornélis Dnyss de Delft, partirent : Fun parcourut le Brabant et la Hollande ; Tautre, TOwer-Yssel et la Frise ; tous deux, sur leur passage, rallièrent les congrégations dispersées , reprirent position , rétablirent quelques pastorals, fondés par leurs anciens confrères. D'autres réguliers, Dominicains, Franciscains, Augustins, suivirent et firent de môme.

Vers ce temps, un prêtre savant, pieux, entreprenant et tenace, Sasbold 'Wosmer, obtint du nonce de Colline un titre de missionnaire , et plus tard de Clément YIII la dignité de vicaire apostolique. Il avait été à la fois disciple des Jésuites, correspondant de Bellarmin , commensal et disciple de Michel Baïus. Personnage à double face, il finit par ne plus montrer que la plus laide. II vécut et mourut avec cette idée de plus en plus dominante , qu'il fallait combattre le développement des réguliers dans la Hollande , paralyser leurs efforts, troubler leurs missions, et, sur les ruines de leurs établissements» créer des pastorats séculiers et former un clergé national qui rendit son ancien lustre à l'Église d'U- * Irecbt et préparât le rétablissement de son arche-

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vêdié. Singulière préoccupation , et qui a*a fait qu'empirer. Un clergé national, comme si TEglise connaissait des nations ; comme si des prô • très, nés Hollandais, cessaient de Tétrc en devenant des réguliers ; comme si l'Église d'Utrecht, créée par des moines, sauvée par des religieux, ne devait avoir en eux que des ennemis dangereux qu'il fallût écarter et persécuter !

Il tenta, dans un voyage à Rome, de faire adopter ses vues ; on s'est toujours vanté qu'il y avait de l'écho dans quelques membres de la Propagande.

Nommé et consacré à Rome archevêque de Philippes, il revint, impatient d'appliquer son système. Il eut l'imprudence d'aller conférer, au siège d'Ostende , avec l'archiduc Alberl pour négocier le rétablissement de l'archevêché d'Ulrecht. Décrété de haute trahison par les Étants de Hollande , il lui fallut vivre en proscrit à Cologne. Il ne s'en intitula pas moins , par une irrégularité très hardie , archevêque de Philippes et d* U^ trecht; ce litre, par surprise, lui fut donné dans quelques suscripiions de lettres venant des nonces de Cologne et du clergé hollandais ; aucun de ses successeurs les plus prétentieux n'osa le reprendre (i). Il eut depuis son exil, pour conseiller et

(1) Il figure cependant en quelques actes de Rove-

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