‹ La Hollande catholiqueChapitre 8 sur 35 · LÉGENDES DE LÀ GUELDHE, ETC · texte numérisé non relu

LÉGENDES DE LÀ GUELDHE, ETC

C'est de Ih que la maison de Clèves porte en ses armes un cygne d'argent, demi éployé, et voguant d^azur.

Je ne garantis pas plus l'exactitude de ce blason que son explication. J'ai hâte même de couper au court , et de passer avec vous en Gueldre , ne fût-ce que pour sortir des influences climatériques et démentir la théorie de la végétation des légen« des. Nous sommes encore en un beau pays, et, ce qui est meilleur , en plein catholicisme. Mais il ea a coûté cher : la guerre des dieux a remué ici des montagnes ; tous les fléaux y ont passé depuis Attila; les onze mille vierges, moissonnées par le Tartare, ont été vues non loin de là ; sainte Cunera a laissé son nom à un canton voisin. Parmi ces roches pittoresques, redressées en murailles et en crénaux de guerre, un monstre apparut ; son souffle était mortel, et ceux qu'il n'atteignait pas de sou haleine empestée, mouraient d'effroi au cri qui sortait incessamment de son gosier caverneux : Gueldre ! Gueldre ! Une sorte de trinité propice vint en aide : un Médiateur-Pontife , le seigneur de Ponte^ assisté de Wichard et Lupolde, attaquèrent la bête dans une sombre nuit, et, guidés par les éclairs de ses yeux, en délivrèrent la contrée. Sur le lieu de ce combat fut bâti le château des

puissants ducs de Gueldre.

Or, il y eut véritablement un génie malfaisant, un cri funèbre, le mot :d*ordre d'aune guerre permanente. Faut-il remonter à la lutte contre le paganisme que figure ordinairement la légende cosmopétîie du dragon occis, de la bête vaincue? Ou pïûtôit, n*étàit-ce pas uiie guerre satanique que les conAîts sanglants et permanents des ducs de bueldre avec les évêquesd'Utrecbt? Le génie païen, ravivé dans la race des Hohenstaufen , n'à-t-il pas déchaîné une meute acharnée contre saint kartin, et plis pour mot d'ordre cet aboiement de la béte, Gueldre ! feueldre !

Vous riez petrt-être du pèlerin et de son tliaborilain, aussi crédules ï'nn que l'autre. J'en pouil-aîs appeler à un argument sans réplique pour le plus obstiné cartophylax de l'école des Chartes : je puis affirmer qu'après avoir parcouru les archives de tout ce pays, à beventer, à Zwollc, à Arnhem, au châleau de S'Heercnbcrg et dans plusieurs collections particulières , jl faut admettre une guerre de cinq cents ans dont la Gueldre a été le centre, etqni n'a fini qu'après le renversement complet de l'antique et puissante église d'Utrecht. Peut-être vous en dirai-je quelque chose, si je vous rends compte en détail de mes excursions d'archiviste ambulant.

• LÉGENDES DE LA tRISE. " SI

Aq mêiîie , sur 'Ta Friie,

16 septembre, Lceuwa'rden.

MOJV CHER AMI ,

Voici denx nuits queje viens de prendre, afin de gafgner da temps , pour aller et venir par la fiise. J*ai Irayersô un pays presque désert, de vastes nappes de prairies , des clairières silencieuses , dont la lune accidentait h peines les ombres monotones. Que faire là, sinon de penser aux morts? Je me pris donc à chercher, dans ïe lointain nébtrleûx et flottant de ces steppes, et parmi les ombres rares et douteuses des grands arbres , la pointe des vieux clochers , les tours abbatiales , les hauts manoirsdelaFrised*autrefois. Vorper m'avait dit, la . veille , qu'alors il y avait peu de cités, mais partout des villages, entremêlés , sans interruption , de monastères et de châteaux. Et pourtant je ne voyais que des solitudes. Pour les repeupler , j'évoquais tous mes souvenirs ; je fis descendre , à la clarté des étoiles , une terre ancienne et des cieux effacés, une Jérusalem passée. Il ne fallait pas un grand effort d'^imaginatioû : une barque , Ta-

vant-veille, m'avait fait côtoyer les ruines de Bethléem; tout le jour précédent, j'avais conversé avec un moine du Mont-Thahor ; il y avait sûrement sous mon horizon une Béthanie^ deux Jion, la Galilée , un Mont-des-Olives , le lac de Génézareth^ la fontaine de Silo. Ici la vigne du Seigneur , là sa villa ou son falais ; ailleurs le champ des roses ^ X^pré des fleurs^ la rose du val en Hasca^ le bois de Notre-Dame. Or, en ces vallées , ces jardins , ces prairies embaumées, une seule fleur s'épanouissait , la rose de Hasca , la fleur de Jessé , Notre-Dame de la Frise ; et cette fleur exhalait, au soleil des croisades, les parfums du l\lont-Gassin , du Carmel , de Glairvaux , de Prémontré, de la Chartreuse ; et cet encens, quoi qu'on dise , était encore pur et abondant , même aux derniers jours ; puisqu'alors florissaient Henri de Hesse , Henri Kalkar, Jean Ruysbroeck , l'angélique prieur du Yal-Vert. Laissez-moi reconnaître encore, à la trace embaumée de leurs pas, Gérardle-Grand , Floris de Deventer, Thomas du Mont-' Saint-Agnès , ces premiers frères de la vie com^ mune^ qui ont passé trop vite sur cette terre des saints , hélas ! si désolée I Laissez-moi saluer Celle qui , après une si longue désolation , demeure encore la patrone de ces lieux , et trône en reine d'azur sur l'écu provincial de Twente, portant sur

un fond d*or le poupon d'argent à la couronne im« périale !

Veuillez croire , mon cher ami , que je n*ai point fait de la poésie oiseuse à la belle étoile , mais de la statistique. Je venaisprécisément d'étudier de près, laveille, une sorte de monasticon Jrisiacum^ddins le plus prosaïque des historiens, un dernier vo-lume du Charterboek de la Frise , comprenant la feoille des bénéfices. On craignit au siècle dernier celte importune révélation , et un arrêt des États en ordonna la mise au pilon ; Tun des rares exemplaires sauvés m'est tombé sous la main, grâce à une copie tirée par un docte et noble Frison, M. Haan de Hettema. Un autre, enrichi de notes, a frémis gracieusement àma disposition par l'un de^ principaux magistrats protestants de Gro ningue. Le temps seul me manqua pour profiter de cette ofire courtoise. Je reviens à mes courses nocturnes.

J'avais donc laissé derrière moi les champs presque déserts, tantôt des Cannâtes et des Attaaires, tantôt des Chérusques et des Ansibares ;

Terque domos ditis vacuas et inania régna.

A mesure que je m'enfonçai dans ces pays inconnus , mes idées semblaient s'assombrir, et j'en vins, au détour de je ne sais quel marais , à penser

aux terribles jugements de Westphalie , à la fameuse vehme. J'étais dans le cercle redoutable de sa juridiction qui embrassait tout le Trac tus saxonicus. Je venais d'avoir sous les yeux , et j'avais copié de ma main , à ma dernière nuit de Groningue , l'un des actes les plus extraordinaires de ce mystérieux tribunal.

Son origine se perd dans la légende ; je puis vous en parler, sur la foi du docte Fleuri Brumann (1), recteur, il y a deux cents ans, de l'école

(1) Nous devons indiquer d'autres travaux pluâ rédent^ et plus savants; et avant tout les arilciés d'é M. h\hen'û\i'^Q\s,Azxi^VVniver site catholique. Âtlt sources alléguées par le savant magistrat-, nous ajouterons: B. Thiersch, Vervemung des HerzogS Heinrich des Reichen van Baitrn durch die heemliche Acht in Westphalen, Essen, Badeker, 1838. — Der Hauptstuhl der Westphalischen Vemgericlits auf dem Koningshofê, vor Dortmund Dorsmund, 1838, 8<> — /. I^Frcks» Dissert, historico-jurid. inaug, dejudiciis verni* d«, A'mstelod, 1835. — A. I. W. Sloet, Zulphenvoôr Het Teemgericht (NyhofTs Bydruge voor vaderlinék GeschiedeniSf n. D. Bladz, 133.) — J. Yoigt, Cornmenlatio de ord. EquiU teulonicorum certamine cumju^ dlciiè secretit gesto, Konïgsberg, 1823. — îâ,\ Die Westph, Vehmgerichle in Beziehung auf Preussen Konifîflf«^^r^,Bornhager,1836. Wigand, des Vemgerichte Wetsphalens, eic, elc.

(Je Zwolle, le Tacite de rOwe<--Yssel. Sa chroflique transAsalane est montée sur le ton de la Germa-nie : ici , il avait beau champ ^ et pouvait choisir entre les réminiscences de Scjan ou deDomitien. Je cite à peu près textuellement :

Les Saxons , tant de fois vaincus par Gharlemagne , tant [de fois révoltés , parjures , déprédaleurs violents , avaient mérité , surtout par leur foi punique, l'extermination. « Traduci^ decumari , inlernecione delerïjure polerant. » — Ce mot mérite d'être souligné , à la décharge du bienheureux Chailcmagne.

Toutefois, le débonnaire empereur leqr permit encore d*user de Teau et du feu , leur dôqna des Ioi$, des magistrats, la cité et le droit d'appel à Auguste, pour les cas ordinaires. Mais comme sanction suprême de la nouvelle république, pour dompter ce nouveau peuple par la terreur, et écraser dans leurs premiers germes les révoltes et les désordres les plus dangereux, il suspendit sur leurs têtes lépée de Damoclès ; il élablit un aréopage secret d'archontes intègres et connus de lui 3cu]. Ils se partageaient les cantons, passaient partout inaperçus , inspectaient tout , et se rassem-; blaienticjouroulanuiti dans un Carrefour des boii» pour coiiférer.

dd BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

Cette assemblée était en plein air, sous la tonte des anciens clans saxons, dans une enceinte tracée par une corde qui formait la clausura , hors de laquelle on ne pouvait prononcer Texécrsition. Gomme dans les mais carlovingiens, douze ou sispt juges siégeaient selon Timportauce des causer.

Tous étaient juges et témoins , au besoin accusateurs et bourreaux. Aucun ne pouvait se récuser, ni le parent, ni le nouveau marié, ni le plus jeune assesseur ; ceux-là, au contraire, étaient désignés de préférence pour exécuter la sentence.

L*arrêt porté, un messager nocturne apparaissait çà et là laissant une hache appendue aux portes. C'était le signal suprême et irrévocable.

Nul n'était exempt de celte juridiction occulte, si ce n'est les personnes ecclésiastiques, l'enfant au-dessous de douze ans et le vieillard au-delà de soixantedix. Quiconque s'opposait à l'exécution de l'arrêt encourait la peine prononcée par la Yehme. Son ressort atteignait surtout les félonies que les tribunaux ordinaires de gré ou de force n'avaient point puni. L'empereur Frédéric III et son chancelier tJlric de Passau furent cités devant la Yehme. Des villes et des provinces entières tombaient sous son anathême. Nous avons vu les pièces du procès intenté aux puissants seigneurs de Berg , aux villes et cités de Zutphen , d'Ootmarsum , de Gronin-

gae(l). La Yehme n*était jamais plus terrible que eontre un accusé qui lui résistait par le nombre et le rang. Le cas de contumace provoquait des séances à hnis-clos, et permanentes , jusqu'à pleine satisfaction ; au besoin on faisait appel aux cent cinquante tribunaux épars dans TAllemagne, qoi pouvaient mettre en campagne cent mille aflSHés armés du poignard vehmique.

Sous ce régime , dit encore Henri Brumann , la province de Saxe fut enfin pacifiée ; et le tribunal secret parut si utile et si sagement constitué qu'il se perpétua après la mort de Charlemagne et durant

(I) La cause des seigneurs de Bergh était pendante entre Tbeodorick Van Dyse, et Viliem ii, seigneur de Berg: Tarrêt fut prouoncé en 1488. Lapiièce originale se trouve dans les curieuses archives du château de S'Héeren Berg, qui me furent obligeamment ouvertes par le possesseur actuel, homme aussi lettré que distingué par sa naissance, et grâce à la bienveillante médiation de M* Yan Nispen de Zevenaar , en ce moment membre du parlement hollandais. Voir pour la cause des cités désignées ci-dessus, J. Dumbar, Hist, de De^ venter, 1. 1, p. 579, 581. E. A. J. W. Sloet., Zutphen wor het Veemgericht dans un recueil publié par M« Nyhoff, archiviste d*Arnhem , Bijdvagevoor Vaderlasche Geschicdenis, ii. D. Blndz, 133.

des siècles; ce fut, dit-ou, la scnlcocc lancée coatrc Grouiiigue qui amena la cbùte de lu A ebmc.

Je sors décidément, mon cher ami , de la légende pour passer à l'histoire que vous estimez la plus sérieuse, riiisloire diplomatique : jo cède au plaisir de joindre à cette lettre une note qui résumera Tune des plus curieuses chartes inédiles que j'aie rencontrée nulle part, cette fameuse sentence de la Vehme contre la ville de Groningue (1 ).

Lettre du tribunal dit de la Vehme , en date du premier mardi après là fêle de l'apôire saint Jacques, de l'an 1456.

En copiant cette pièce singulière dans son vieil idiome presque inintelligible, même en Hollande , et en repassant la traduction que nous publions ici

(i) L'original hollandais est aux archives de Groningue ; j'en dois la cominunicaiion à M. Feilh , qui se proposait d*en publier le texte hollandais. J'en possède en outre une traduction faite par M. Charles Van Niftpen de Zevenaar, qui a heureusement triomphé des dillicuUés qu*offrai; te style de là nhancellerio vehmiquè au xv aiècle.

LA VBHVfE WESTPHALIENNE. 30

Cil paiiic , il s*cst présenté h notre esprit quelques réQexioQs qae nous aventurons comme prélimi • naires :

Que le tribunal vehmique remonte 5 Charlemane, ou |)ar-dclà ou en-deçà , son principe est, à notre avis , en dehors du christianisme ; c*est le droit paycn de résister par toute voie licite ou illicite à la force injuste ou présumée telle. Ce droit n'a cessé, et n'a fait place, dans iEuro^ie civilisée, à la justice régulière , que par l'ascendant prépondérant de l'Église. C'est la médiation et le contrepoids suprême de l'autorité chrétienne qui a protégé à la fois la force et la faiblesse : la force contre l'insurrection ténébreuse ou patente des opprimés; la faiblesse , contre les abus impunis de la force. Cctantagouisme permanent tend à pousser le monde au chaos, et si l'Église eût manqué ù la société, depuis longtemps elle serait tombée sous le despotisme alternatif ou du plus fort armé du glaive, ou do plus faible armé du poignard.

Or, au moment où la race payenne dos Hohenstauffen disparut brisée contre la Pierre, et épuisée dans sa lutte téméraire contre le sacerdoce chrétien , l'empire d'Allemagne était comme retombé sous le droit barbare de la justice irrégulicre , ou de la force brutale. C'est maintenant un lieii corn-* inup titic telle pdliiiquc ilnpéridle irétalt I ien autre

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q«*iiiie réactioii des passions sauvages contre le juste et le droit, une restauration , sur le type de Séwa , dn César empereur et grand pontife. Dans cette ntaatloD extrême, on conçoit qu'il se soit âeré des institutions aussi extraordinaires que la Yehme. Il faut que de bien impérieuses circonstances en aient amené la création, pour qu'elle ait pu tobsisterdenx ou trois siècles, non -seulement sans soulever contre elle d'opposition populaire , mais avec la coopération publique et active des cités, des républiques et même des empereurs. Tout ce qu'il reste des actes du fameux tribunal a une forme très officielle et se réclame sans conteste de l'assentiment et de la sanction impériale. Ce n'est qu'après on vers le temps que Frédéric III fut lui-même cité an tribunal de la Yehme qu'apparaf t un premier acte impérial tendant à son abrogation. Nous croyons donc très digne d'attention cette double, particularité incontestable : la Yehme apparaît historiquement à la chute des HohenstaufTen ; elle ne disparaît qu'après que Pie II eût solennellement cassé l'un de ses arrêts , la sentence contre Gronrngue

Nous ne pouvons nous empêcher de faire encore un rapprochement. C'est au moment où cettesorte d*inquisitiou terrible, mystérieuse, irresponsable succombe par raffermùisement du pouvoir ponlifi-

LA VEHMË WESTPHALIËNNE. Ai

cal, qu'une autre inquisition prend ses formes canoniques. Y aurait -il une corrélation providentielle entre ces deux institutions? Et maintenant que la seconde a de nouveau disparu des sociétés modernes, serions-nous menacés de voir réapparaître le droit sauvage de la justice privée ou secrète, la Yehme et la feda? Nous laissons à de plus habiles à poursuivre ces inductions, pour mettre sous les yeux du lecteur et livrer à ses réflexions Fun des derniers actes connus de la Yehme westphalienne.

« Nous, Herman de Grôte (1), de par Tautorité et la puissance impériale, franc comte du franc siège àWunnenbourg (2), etles frères westphaliens Lub«

(i) Herman de Grôte se rencontre comme franc comte du franc siège de Linden , comté de Satheim, en i448.J. Yoîgt., p. 84, 88, 86, 169. Usener, p. 290.

(2) Wunnenbourg , petite ville à sept lieues au sud de Paderbom , en Westphalie, sur les bords de la petite rivière Aa, fameuse depuis la victoire complète de Charlemagne sur les Saxons, en 794. Elle fut prèsqu*eiiUèrement brûlée en 1785. H y reste environ mille habitants logés dans des maisons de bois couvertes en chaume. L'un des francs sièges, les plus fameux, selon Théod. Berck, p. 228, était le franc siège entre la Porîe de Wunnenbourg, G*esi devant ce tribunal que

bcrt et Ludekc, hommes solides et graves, reconnaissons et savoir faisons, à jamais, par ces présentes, ayant vertu de lettres patentes;

» Qu'au franc siège de Wunnenbourg, où nous siégeons et tenons audience avec plein droit de jugement et procédure, par devant nos véritables collègues, assesseurs et témoins sous-mentionnés, et conformément aux règles de la procédure, enquis et requis étant de statuer toutes peines corporelles et infamantes, selon les lois et coutumes de très auguste prince et seigneur, le seigneur Charlemagnc, de bienheureuse mémoire, empereur romain, toujours amplificateur deTempire, dûment assemblés, en temps légitime, et pendant le jour, le banc tendu et lié (1);

» S*est présenté devant nous en ces derniers temps rhonorabic Gérard Bruenss, procureur et

Tempercur Frédcrio III , et son chancelier Ulrich de Passau, furent cités à comparaître en 1470. J. C. P. Kopp, § 106 ; Niescrt. ii, 97, 105.

(1) 11 y a dans Toriginal tantôt < le banc étant tendu • lanUiUtendu et lié^ «ailleurs « clôture iainte et secrète ; » c*est, ce nouB semble, désignerJa double formalité esseniielle de siéger sous une tenie ei dans une enceinie fermée par un cordeau. (J. Grinini., p. 763.)

LA VEHME VVESTPHALIENNE. 48

défenseur ayant plein pouvoir de riionorableTliierry van Hokkelem ;

» Lequel s'est plaint que nonobstant et contre certaines lettres authentiques et non annulées, que les honorables bourgmestres et conseils des villes de Brème et Groningue avaient écrites, scellées et remises audit van Hokkelem et à Ghisela son épouse légitime, à diverses occasions, concernant quelques biens, meubles et immeubles, à lui ap»" portés et assignés comme dot véritable par la même sienne femme légitime (1)^ ainsi qu'il est contenu et expliqué plus au long aux lettres sus-menltionnées;

Les susdits bourgmestre et conseil de la ville de Groningue retiennent, endommagent et enlèvent ces biens donnés, assignés et possédés en partage par ledit Thierry et sa femme légitime.. . Que continuant à pousser jusque-là Taudacc et à se déporter ainsi et par eux-mêmes, et par d'autres en leur nom, ils s'attribuent ces biens, s'en réservent ks

(1) La ville de Groningue pouvait légitimement décliner ou disputer la compélence du franc tribunal en matières civiles, telles que la cause présente. J. Voigt, p. 83, 465. On lit dans iEneas Sylvins, Eiiropa, c.xxix. Degeneravit antem hoc judicium : nom viies alirjuœ perzoncR admtttuniur et civilia negotia traclnre andent^ quWus erat iolum de crimina'Wus permma polests.

hh BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

revenus, dépouillant Van Hokkelem et sa femme, contre la loi de Dieu et de Thonneur, contre le droit, l'équité et toute convenance; aux grands et pernicieux dommages et pertes dudit Thierry Van Hokkelem, lequel c>ontinue à en souffrir et à en être privé tous les jours; et tel est ce dommage qu'il l'estime raisonnablement être de cinq mille florins rhénans de l'Allemagne, ayant cours, de bon aloi, et que, à peine, pour pareille somme il consentirait à passer par telle privation et^i souffrir ces pertes;

> Ensuite a requis du susdit tribunal franc, par le ministère de l'avoué par lui choisi un jugemen^ équitable, statuant si la plainte précitée était une réquisition légitime ou illégitime de sentence ▼ehmique ; et s'il était de la compétence du même franc tribunal de prononcer, en clôture sainte et secrète , en ce cas, une sentence ayant force de banc royal (1).

« Sur quoi, il lui a été déclaré et signifié, comme, de son droit, étant par jugement équitable, sans opposition ni récrimination, que quand la plainte serait reconnue conforme à la vérité et prouvée, ainsi qu'il appert, en ce cas serait-il fondé dans sa requête de sentence vehmique ; et qu'il compétait au

(i) Le franc siège suprême était la chambre du conseil impérial (^Keyserlyke Rykskammer), Yoigt, p. 38.

LA VEHMB WëSTPHALIENNE. 45

franc tribunal de prononcer sentence ayant force de banc royal, en clôture sainte et secrète;

» A donc requis le susdit Gérard Broenss, et de nous a obtenu par juste arrêt, conforme aux droits du tribunal franc, et du Saint-Empire, qu*en suite de sa plainte et requête, nous ayons à faire assigner ceux de Groningue, leur conseil et assesseurs, à comparaître à une audience fixée en temps légitime et convenable;

9 A laquelle même audience sontyenus et se sont présentés devant nous, à "Wunnenbourg, entre b porte supérieure, où nous siégeons et formons le franc siège, et l'asscmbléedeséchevinsétanldilment et complètement formée pour statuer sur les peines corporelles et infamantes, comme plus haut a

été dit (1) ;

» Les huissiers du Saint-Empire et du tribunal franc, lesquels ayant eu mandement de porter Fasslgnation, ont reconnu et déclaré sur la foi du serment prêté au Saint-Empire qu'ils avaient elTectué ladite citation d'après les droits du franc siège et la coutume établie (2) ;

(1) Cette formule répétée aurait suffi à la ville de Groningue pour alléguer une fin de non-recevoir

(2] Ceci confirmerait ropinion de ceux qui nient que la Veliuie ait pu lancer des arrêts sans forme de procès,

A6 BIBLIOTHÈQUE NOUVFXLE.

» Et Thierry Van Hokkelcin , par son adroné , requérant que justice lui fût faite, sans injustice contre les accusés.

» Sur ce, il a été déclaré que, dans le même franc tribunal, seraient appelés les susdits accusés de Groningue aux quatre points cardinaux, à l'est, au sud, an nord, à Touest ; afui de s'assurer si quelqu'un de leur part se présente pour défendre leur corps et honneur.

D Nul n'ayant répondu de ceux de Groningue, •ni personne en leur nom , la procédure fut suspendue par nous, conformément aux coutumes et droits du franc siège. Après quoi ThîeiTy Van Hokkelcm, par son ad voué, ayant itérativcment requis ceux de Groningue, cités, assignés et prévenus pour audience légitime, ne se présentant pas, ni eux, ni personne en leur nom, et mé-

sans entendre i*accusé, ni le citer, ni le prévenir. Marquard Frelier dit positivement : Et sane ipsa ho-' rum Jttdiciorum ordinath nihil minus voUhat quam inscîoSf inauditos, indefen$08, indicta neque cognita causa damnari. Imo ternam cilationem reorum , etiam eônlutnacium ante omnia requirebat , dalis in singuhs ciiaiionet VI hebdomalibus et ni diebm, ut habct ipsa reformatiû^ cap. iv. Le plus ancien historien de la Vebme, JSneas Sylvius aflirme non moins nettement le contraire Icc. cit.

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