I.A IlOLLANDt
Pays-Bas par quelques soldats qui avaient suivi Texpédilion de l'empereur Maximilien en 1420, y avaient trouvé crédit. Quand la doctrine de Luther y fut enseignée, la secte des anabaptistes, fondée au commencement du siècle par le Saxon Nicolas Stork, et celle des mennoniles ou téléobaptistes qui prenait son nom du Frison JMenno Simonsz, avaient déjà jeté dans la Hollande et dans la Frise de profondes racines.
A côté de ces mouvements hétérodoxes, il s'était aussi produit dans rÉglise des Pays-Bas, conmie dans toute la catholicité, une tendance à la réforme régulière des abus, qui , sans attaquer le dogme, voulait son épuration et le retour à la discipline |)rimitive. Au temps de Philippe l^'', duc de Bourgogne, on s'était occupé, dans la Hollande et la Zéelande surtout, où le pouvoir des évoques d'Utrecht, quelquefois soutenu, [)lus souvent combattu par les comtes, avait pesé d'un poids insupportable, à réprimer la licence ecclésiastique. Entre les personnes qui se signalèrent dans cette voie des réformes encore orthodoxes , on cite Gérard le Grand, Gérard Grooie, qui institua à Deventer, vers le milieu du quatorzième siècle, les c( Frères de la vie commune , » Broederen des geiiicenen levens , consacrés à la prédication et à l'instruction du peuple. Après lui, pendant le quinzième siècle, on voit paraître l'ascète A. Kempis, Wessel Gansfort, de Groningue, ap[)elé « la Lumière du monde, » Rodolphe Agricola, etc. Enfin le savant Nicolas de Cusa , envoyé par le pape JNicolas V dans ks Pays-Bas oii il avait fait ses études, s'élève avec une véhémence inattendue contre le relâchement des mœurs cléricales , contre Tabus du culte des images , contre la pompe excessive des cérémonies. 11 voulait fermer la chaire aux ordres mendiants; il allait jusqu'à défendre l'exposition des hosties sanglantes et de tous les objets réputés miraculeux qui entretenaient dans le peuple l'idolâtrie. Un peu plus tard, l'évêque d'Ulrecht, Phili[)pe de Bourgogne, fils naturel de Philippe le Bon, ne cachait à l)ersonne qu'il préférait la Bible à la Vie des saints, qu'il estimait être un tissu de fables, et qu'il regardait le célihat des prêtres comme une loi trop dure. Enfin le précepteur même de Charles- Quint, Adrien d'Utrecht, élevé au pontificat en 1522 , soutenait avec vivacité les opinions d'Érasme de Rotterdam contre les théologiens scolastiques et souhaitait ardemment une réforme. Dans le même temps, par la connaissance plus répandue des langues grecque et hébraïque et par de nombreuses traductions des Écritures en langue
vulgaire, l'exanuMi, la science intcrprélalivo des lextcs sacres, faisait de grands progrès.
Ainsi préparées dans les esprits, les tioiweaiitcs de Luther et de Calvin, que les marchands protestants de la France, de la Suisse, de J'Alleniagne et du Danemark apportaient à Anvers et à Amsterdam, et que les soldats étrangers, à qui Tempereur confiait imprudemment la garde de ses sujets , communiquaient au peuple , se propagèrent très-vile. La jeune noblesse qui allait étudier à Genève en revenait moins soiunise. ce Le Rhin et la Meuse ne portent point lant d'eavi dans les Pays-Bas, dit un écrivain contemporain^, que ces fleuves d'Allemagne y portaient de contagion. »
A la vérité, la Réforme, à ses débuts, n'avait pas l'aspect menaçant qu'elle prit plus tard. Ce fut d'abord une fermentation sourde et qui s'ignorait en quelque sorte elle-même. IXul ne croyait se rendre héréticpie en lisant les pamphlets contre les prêtres que l'imprimerie jetait par milliers- dans la foule; personne ne se faisait scrupule d'assister aux représentations des Rederijkers^ qui jouaient sur les théâtres de la foire dans des pièces obscènes les vices et les travers des moines. Quand le peuple alla aux premiers prêches, ce fut encore comme à un spectacle. Il applaudissait en riant les déclamations outrées, les équivoques , la mimique grotesque des prédicants, qui raillaient comme les comédiens la luxure des prêtres, les indulgences, les miracles, les reliques, le purgatoire et le pape. Dès l'an iS27, la Hollande et la Zéelande étaient sans le savoir entachées d'hérésie. Mais les édils de Charles-Quint qui s^ succèdent coup sur coiip, renforcés à chaque fois de dispositions {)Ius sévères, les délations encouragées par. la promesse de la moitié des biens de l'hérétique, les amendes, les confiscations, les cachots, éveillent la conscience du peuple; il comprend ce qu'il a fait. A im entraînement irréfléchi succède une sérieuse ardeur. Le sang des premiers martyrs est plus éloquent encore que la parole. L'émulation du sacrifice gagne avec une rapidité prodigieuse; on va, on court à la mort d'un cœur plein de joie. Le supplice de cinquante mille, d'autres disent de cent mille personnes, décapitées, écartelées, brûlées, noyées, enterrées vivantes sous le règne de Charles-Quint, ne retarde pas d'une heure la propagation de la Réforme.
Cependant ramollissement de la noblesse dans les plaisirs de la