‹ La HollandeChapitre 11 sur 14 · I.A IIOLÏ.AM)!-. 2*J · texte numérisé non relu

I.A IIOLÏ.AM)!-. 2*J

cour un duc de Bourgogne, son attachement à Charles- Quint qui la comblait de bienfaits, la dépendance oîi les états généraux et provinciaux étaient tombés en souffrant les empiétements successifs de la puissance royale, un certain relâchement aussi dans l'exécution des ^ édits, ralentissent j)our un temps l'élan populaire. La prudence de Marie de Hongrie, sœur de l'empereur, tient les choses en suspens. Il fallait l'humeur monacale de Philippe H, l'idée qu'il s'était faite de sa prérogative absolue fondée sur le dogme catliolique, son aversion manifeste pour les Pays-Bas dont il ne j>arlait pas la langue, et son instinct tout espagnol qui voyait dans rinlégrilé de la foi le signe d'un sang plus pur, pour exaspérer un peuple patient, pour violenter en quelque sorte les intérêts, les habitudes et l'honneur cpii retenaient la noblesse autour du trône. Du fond de rEs|)agne oii l'ont rappelé son inclinaiion, le souci que lui causent les préparatifs de Soliman, les mouvements des Morisques, les progrès des huguenots dans le midi de la France, et môme quelque commencement d'hérésie au cœur de ses Etats catholiciues , Philippe veut imposer de force aux Pays-Bas, ou — malgré son serment solennel dont il s'est fait relever par le pape — il a laissé des troupes espagnoles, les décrets du concile de 'J rente. Par Tinstallation d'évèques nouveaux et étrangers, il change toute la constitution ecclésiastique du pays. Le bruit se répand qu'il veut établir aux Pays-Bas rin(pjisition d'Lsj)apne et traiter les protestants comme il traite les Morisques , les Juifs, les Indiens idolâtres. La rigueur des édits, un moment tem[)érée par la prudence du clergé national et surtout par la nécessité de faire droit atJX plaintes du conuuerce que la retraite des marchands protestants menace de ruine, est renouvelée, aggravée. Les bûchers se rallument. Le bourreau reprend son office. Le peu])Ie irrité se presse en plus grande foule autour de ses prédicateurs. Il se rassemble la nuit dans les bois, «à la clarté des torches. A cheval, le pistolet au poing, le nu'nistre de l'Evangile donne le signal des chants guerriers d'Israël. Tout annonce le combat.

La noblesse, enfin, s'émeut. Une vingtaine de gentilshommes s'assemblent à Bruxelles. Ils se lient par serment contre l'inquisition d'Espagne. Des copies de ce serment, qui fut appelé /e Cornpromis des nobles, se répandent et se couvrent de signatures. On décide de présenter une requête k la régente. Le 3 avril 15G6, deux ccMits confédérés à cheval et en armes font leur entrée dans Bruxelles. Un descendant des comtes de Hollande, Bréderode, et le comte

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Ludovic de Nassau, le Bayard de la Réforme, sont à leur tête. Une foule nombreuse les entoure et les acclame. Le surlendemain 5 avril, ils se présentent au palais et demandent audience. Lorsqu'ils sont introduits, Bréderode, prenant la parole au nom de tous, expose les griefs de la nation; il remet à la régente tout en larmes une requête, soumise encore dans les termes mais qui paraît insupportable aux courtisans. A peine Bréderode et les siens se sont-ils retirés, qu'on raille autour de Marguerite ces grands seigneurs escortés de populace, ces nobles besoigneux qui se sont endettés pour rivaliser avec la magnificence espagnole. « Que s'alarme-t-on d'un tas de gueux ! » s'écrie le conseiller Barleymont. Cette injure est le signal et devient le mot d'ordre du soulèyement. Prenant le sarreau gris, la besace et la gourde des mendiants flamands , ces gueux d'un nouveau genre réunis dans un banquet boivent à la ronde et dans une écuelle de bois à la délivrance du pays. A la vue de ces symboles pittoresques d'une mendicité volontaire, le peuple crie a Vivent les gueux! » et se jette aux tumultes. Les gueux des boh secouent leurs torcbes; les gueux de mer^ réfugiés dans leurs esquifs au fond des baies de la Zéelande , tombent à l'improviste sur les côtes ; ils saccagent les églises, brûlent, mettent en poussière les autels et les images d'un Dieu qui n'est plus à leurs yeux que le Dieu espagnol. Les femmes aussi courent aux armes; de leurs cris et de leurs exemples elles excitent les combattants. Longtemps encore, cependant, les grands, à qui répugnent ces désordres et qui connaissent mieux que le peuple, pour l'avoir vue de plus près, la puissance de Pbilippe, s'efforcent de prévenir une rupture finale. A diverses reprises ils avaient demandé et ils avaient fini par obtenir le rappel du cardinal Granvelle, qui avait également blessé catholiques et protestants et qu'on accusait de tout le mal. Le comte d'Egmont s'était rendu à Madrid et retournait en Flandre c( l'homme le plus satisfait du monde ^. » Le roi lui avait promis de venir en personne au milieu de ses fidèles sujets pour entendre leurs plaintes. On l'attendait. Tout à coup, au lieu du roi, on apprend que les inquisiteurs d'Espagne sont en route et que le duc d'Albe vient aux Pays-Bas à la tête d'une armée. L'arrestation du comte d'Egmont, celle du comte de Hoorn, qui suivent de près l'arrivée du duc (9 septembre 1SG7), l'érection d'un tribunal extraordinaire établi sous le nom de Conseil des

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