REVUE NATIONALE
vernement des villes. Il y mit des garnisons étrangères; il subordonna le grand conseil de Malincs et la cour suprême de Hollande, dans l'exercice de leurs fonctions législatives et judiciaires, aux décisions d'un conseil d'État qu'il établit à Bruxelles sous la présidence du souverain ; il leva incessamment des taxes nouvelles. Enfin, sentant Taffinifé secrète de l'esprit républicain qui lui résistait avec le levain de la réforme qui commençait à fermenter, il fit publier aux Pays-Bas la bulle du pape qui condamnait les opinions de Luther; il rendit, sans Tassentiment des états, en septembre 1550, un édit rigoureux qui, résumant tous les édits précédents, condamnait à la confiscation des biens , à la mort ce par le fer, la fosse ou le feu , tous les hérétiques. »
La Réforme, qui entra si vite et si av^ant dans les Pays-Bas, eut cela de particulier dans les provinces du nord qu'elle s'y confondit aussitôt avec le patriotisme, dont elle reçut et à qui elle communiqua simultanément une ardeur nouvelle. Les peuples bataves étaient mieux préparés que beaucoup d'autres à recevoir ce que le catholicisme appela si faussement les nouveautés du protestantisme. Dès l'origine de la prédication chrétienne, on avait eu aux Pays-Bas très-peu de souci de la volonté des papes. Les évéques d'Utrecht furent presque tous gibelins. De tout temps l'esprit de secte, qui n'est que l'esprit d'indépendance et d'individualité appliqué aux choses de l'Église, avait trouvé dans la Hollande un accès facile. La liberté de conscience y paraissait une suite nécessaire de la liberté du commerce; la diversité des opinions religieuses n'y semblait pas plus étrange que la diversité des constitutions politiques. Dès le onzième siècle, un laïque nommé Tanchelyn avait fait trembler le clergé par la violence de ses attaques. Parcourant le pays d'Utrecht, les Flandres et la Zéelande, somptueusement vetu , servi comme un roi, ce sectaire attirait à sa suite des multitudes auxquelles il prêchait le mépris des sacrements, le refus de la dîme, la désobéissance aux évêques. Le fanatisme qu'il inspirait paraîtrait incroyable si on ne l'avait vu renouvelé, à cinq siècles de distance, chez les disciples de Jean de Ejcyde. Les hommes buvaient comme un breuvage sanctifiant l'eau dans laquelle Tanchelyn s'était baigné. Les femmes se prostituaient à lui en présence de leurs époux et de leurs mères , dans la persuasion où il les avait mises d'accomplir im ordre de Dieu. Au quatorzième siècle les opinions de Wiclef s'étaient glissées en Hollande. Les hérésies de Jean Huss et de Jérôme de Prague, rapportées aux