Gacharcl, Correspondance de Philippe H, t. I, p
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troubles et auquel le peuple donne bientôt Je nom trop mérité de Conseil de sang (^Bloedi^aad)^ la retraite de la gouvernante Marguerite qui avait cherché les voies de la conciliation, ouvrent les yeux aux plus aveugles. On s'épouvante, on fuit, on se précipite hors des frontières. Plus de cent mille personnes abandonnent le foyer, la patrie.
C^est alors, quand tout semble perdu, qu'un homme paraît qui, malgré l'éclat de son nom et de sa grandeur propre, a pris à tâche, on pourrait le croire, de se dérober au rôle héroïque oii tout l'appelle. Un nouveau Civilis entre en scène. Sé[)aré du premier par quatorze siècles, mais placé dans des conjonctures pareilles , animé d'un même génie; comme le premier, profond dans l'art de la politique, concentré, habile à tirer parti des revers, mais plus heureux dans rissue de son entreprise parce qu'il est plus constant et qu'il sert un Dieu supérieur, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, se lève contre la tyrannie étrangère. Il l'ébranlé de telle sorte qu'elle ne pourra plus jamais se raffermir. Il est nommé par le peuple Père delà patrie; il est proclamé stadhouder général de la république.
Guillaume de Nassau était comme Civilis de race royale. Sa maison , germanique en ses origines, avait au treizième siècle donné à l'Allemagne un empereur. Ceux d'entre ses ancêtres qui s'étaient transplantés aux Pays-Bas avaient gouverné le duché de Gueldre quatre cents ans avant la maison de Bourgogne. Lui-même, héritier de la princi()auté d'Orange, allié aux maisons souveraines de l'Allemagne et possesseur d'immenses domaines, s'était vu , tout jeune , comblé d*honneurs. 11 avait à peine vingt et un ans quand Charles- Quint le nommait général d'armée et son stadhouder dans les provinces de Hollande, de Zéelande et d'Utrecht.
Bien que son père, Guillaume le Vieux , eût introduit la Réformation dans ses domaines, le prince d'Orange appartenait encore ostensiblement à la religion catholique où il avait été élevé à la cour de l'empereur. Quand fut signé à Bruxelles le Compromis des nobles^ le prince d'Orange , plein de prudence , lent à délibérer des choses qu'il voulait entières, n'y avait pas mis son nom. Plus tard, voyant la confusion où tout allait, il avait résigné ses charges entre les mains de la régente et s'était retiré en Allemagne dans ses possessions héréditaires. De là il suivait en silence le cours des événements, épiant l'instant décisif et la dernière extrémité du désespoir populaire.
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Le supplice du coinlo de Hoorn el celui du comte d'Egmont, son ami, rarrachent à sa retraite. En 1368, dans la nuit du 3 au 6 octobre, il franchit le Rhin; il entre aux Pays-Pas à main armée, en protestant, au nom du roi abusé par des ministres indignes, contre la violation des lois nationales. Il écrit sur son drapeau, dans un ordre significatif, ces paroles : Pro lege ^ grege^ rege. C'est le commencement d^'une grande histoire.
A dater de cette heure jusqu'au jour oii, par le pacte signé à Utrecht, les provinces du Nord s'unissent étroitement et distinguent leur cause de celle des provinces du Sud, la lutte continue pendant onze années, entremêlée de succès, de revers, de quel(]ues intervalles de repos, mais avec une orce morale toujours croissante du côté des insurgés.
En 1572, deux cent cinquante gueux de mer, chassés des ports de TAngleterre où ils s'étaient réfugiés et jetés par la tempête à l'embouchure de la Meuse , surprennent une place importante des Pays- Bas, la Brille; ils s'y fortifient de façon qu'il n'est plus possible de les en déloger. Ce hardi coup de main décide la fortune. Les gueux s'emparent en quelques jours de Flessingue et de Rotterdam; ils prennent pied sur les grèves, sur les îles de la Hollande et de Ja Zéelande. Secrètement encouragés par les princes protestants de l'Allemagne , ils remportent l'année suivante dans les eaux du Zuiderzée, sur la flotte du roi d'Espagfte, une incroyable victoire. L'héroïsme semble l'état naturel de ces insurgés, doublement exaltés par le péril de la patrie et par le péril de Dieu. Au siège de Leyde, en 1574, dans les soufTrances d'une horrible famine, le commandant de la garde bourgeoise, Yan der Doës , sommé de se rendre aux Espagnols, leur fait cette réponse : a Quand les vivres viendront à manquer, nous mangerons notre bras gauche; le bras droit nous suffira bien pour défendre contre vous nos libertés. »
Cependant la lutte était plus qu'inégale. Non-seulement le roi d'Espagne avait à sa solde des armées exercées et pour les commander de grands capitaines, non-seulement le prince d'Orange ne pouvait lui opposer que des troupes à peine formées, des multitudes indisciplinables , des alliés faibles ou douteux, mais encore • la discorde régnait dans les provinces entre les catholiques, les luthériens et les calvinistes, entre les grands seigneurs et les bourgeois, entre les magistrats et le populaire. Effrayée des excès des briseurs d'images, jalouse aussi du prince d'Orange, la noblesse wal-