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ments en deçà du Wahal , dans les Campines, le Hainaut et la Flandre, et que leurs colonies eussent des relations journalières avec les Belges, jamais ils ne purent se façonner aux mœurs de leurs voisins. Les garnisons qu'ils étaient forcées de subir, les flottes qui stationnaient sur le Uhin et le lac Flevo, leur apportaient à la vérité quelques élénients d'une civilisation nouvelle et leur communiquaient les premières notions des arts et du commerce. On dit que Germanicus fonda chez eux des écoles; Drusus et Corbulon firent creuser des canaux, tracer des chaussées, élever des digues, bâtir des ponts, des forteresses, dont on voit encore les vestiges. Après son expédition chez les Frisons, Corbulon leur imposa môme un sénat, des magistrats et des lois. 11 paraîtrait qu'ils reçurent quelques dieux romains, ou plutôt qu'ils donnèrent des noms romains à leurs propres divinités. Mais le génie de la civilisation latine ne pénétra pas ces peuples aux fiers instincts. Ils ne voulaient comprendre ni la législation ni la politique romaines, et ils gardèrent obstinément dans li3urs marais inaccessibles les mœurs, les coutumes^, le langage et les lois de leurs ancêtres.
Les historiens latins nous transmettent des témoignages nombreux de l'admiration qu'inspiraient aux conquérants du monde ces alliés redoutables. Le pays qu'ils habitaient, ces terres comme flottantes et c( qui tremblaient sous les chars, » cette mer si vaste qu'on ne supposait rien au delà, ce sombre Océan ce qui voulait garder ses secrets et ceux d'Hercule % » causaient aux hommes du Midi une religieuse terreur. Dès le temps d'Auguste, les Bataves, qui avaient suivi César à l'expédition de la Grande-Bretagne et qui s'étaient signalés dans les ctiamps de Pharsale, furent admis, sous des chefs de leur choix, les seuls à qui ils voulussent obéir, dans les gardes prétoriennes. Depuis ce moment, pendant quatre siècles, les cohortes bataves, fameuses par leur bravoure, par l'habileté de leurs archers, par leurs cavaliers intrépides et par le bel ordre de leur infanterie, figurent partout au premier rang sous les aigles romaines.
A la mort de Caligula, ce sont les cohortes bataves qui proclament Claude empereur. Dans les guerres civiles, elles prennent parti pour Galba contre JNéron; les troupes avec lesquelles Yitellius entre dans Bome sont composées de Gaulois et de Bataves. Bientôt l'ascendant de
i. « Nec defuit audcntia Druso Germanico, scd ohslilil Oceanus in se siaiul alquc in Uerculem inqiiiri. » (Tac, A)in., \\h, Xlll.)
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t:es coliorles clans les années impériales les rend superbes. Elles se vantaient de tenir dans leurs mains le sort de la guerre. Les légions les voyaient d'un œil jaloux; les empereurs eraignaient que de Tarloganee elles passassent h la rébellion. Des mutineries éclatent en eilct à diverses reprises; les séditions se multi[)lient, et parfois les cbefs des Frisons, des Chauques, des Caninéfates, l'emjjortent sur les pTopréleurs. L'orgueil impatient de ces barbares ne j)ouvait soufirir les lenteurs de la jurisprudence romaine introduite dans les camps. Sous Vitellius un soulèvement terrible, dont Tacite nous retrace rhistoire et qui rend immortel le nom de Civilis, est bien près de len verser la puissance romaine. De nouvelles levées ordonnées par l'empereur sont Toccasion de celte sédition. Les levées se faisaient d'une façon inique. On recrutait les vieillards afln qu'ils se racbetassent à prix d'argent; on prenait les enfants pour les i)roslituer à Rome. l)ej)uis longtemps aussi l'avarice des em[)loyés romains rendait insupportable le poids des impôts. Par leur dureté, par leur licence, les |)réfets et les centurions s'étaient fait baïr ou mépriser. Les nouvelles levées acbèvent d'irriter le sentiment national.
Il y avait alors ])armi les Bataves un bonnnc très-brave cl trèséloquent qui se sentit la puissance de faire tourner en révolte celte irritation : Claudius Civilis (c'est le nom que lui donnent les Romains, son nom teuton n'est pas venu jusqu'à nous) conçut le dessein d'afî'rancbir son peuple et sa race.
Ce barbare était de sang royal. 11 avait Tame al tière. Son génie était audacieux, prudent, })lein de ruses. Il possédait l'art de la guerre et celui des négociations; l'art inappréciable aussi, pour qui combat le plus fort, de persuader, d'associer, de con fédérer les faibles. Outre l'opprobre commun à ceux de sa nation, Civilis avait à venger des injures particulières. Sur une fausse accusation de complot, son frère avait été mis à mort; lui-môme, envoyé à Néron et retenu dans les fers jusqu'à l'avènement de Galba, avait pu entendre les cris des soldats romains qui voulaient son sup[)lice. Pendant vingt-cinq années qu'il servit sous les aigles impériales, il amassa en secret, il couva les projets d'une suprême vengeance : Occultalo intérim altiore consilio. Il avait reçu l'éducation latine qui relevait encore ses dons naturels, et il la tournait contre ceux qui la lui avaient donnée. Tout lui servait contre Toppresseur, même son infirmité (il était borgne) qui le faisait semblable, pensait-il, à ces grands ennemis du nom romain : Annibal et Sertorius.
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Longtemps, pour se mieux cacher, il feint raiiiilié pour Vespa- ^ien. Quand il croit le moment venu, il prend prétexte d'un festin pour convoquer dans un ho\s sacre les premiers entre les Bataves. Là ii les harangue; il les lie par des imprécations redontables; il leur rappelle les aïeux. Il leur montre <c les peuples de la Syrie, de TAsie, de tout TOrient, accoutumés à des rois et faits pour Tesclavage ; mais lenrs ancêtres, à eux, libres, indé])endants et tiers, et les dieux tou jours pour les plus braves \ »
S'aliiant sous main avec les (laninéfates , les Frisons et d'autres peuples germaniques, il s'entend avec les cohortes qui reviennent de la Bretagne. Une révolte des légions de la Gaule le favorise. Alors il lève le masque, il fait courir aux armes. Rompant les digues construites par les Romains, il invente, il met en œuvre cette inondation stratégique qui, depuis lui jusqu'à nous, a formé chez les peuples hollandais une portion notable de Tart de la guerre. Des présages, des signes célestes lui sont transmis par la grande vierge des Bructéres, Velléda, prophétesse , ciui lui annonce la chute de l'empire. Riais après une longue suite de combats oii le génie de Civilis paraît tout à fait extraordinaire les confédérés se lassent. Les tribus gauloises se retirent. L'enthousiasme des Baiaves eux-mêmes commence à lléchir. On dit que Velléda se laisse gagner par les présents des Romains et ne prédit plus à Civilis que la ruine. Le commandant des légions, Céréalis, fait des oiTres de paix. JJne conférence a lieu sur le pont de la rivière Nabalia, aujourd'hui l'Yssel. On l'a rompu })Our celte occasion et le courant sépare la parole des deux chefs d'armée. — Ici la narration grandiose de Tacite s^interrompt brusquement. La figure de Civilis, qu'il a évoquée du sein des ombres, y retombe. On ignore le traité par lequel se resserre Talliance romaine. On voit seulement dans ses effets qu'il ne jîorte nulle atteinte à l'honneur du nom batave. Après la soumî.ssion de Civilis les cohortes bataves reprennent leur rang dans les ariîiées impériales. A la suite de Suétonius Paulinus, elles aident les Romains à conqviérir l'île de Mena, dernier asile des druides. Ce sont elles (jui décident la victoire d'AgricoIa sur Galgacus dans les montagnes de la Calédonie.
Sous Probus, les Frisons donnent une preuve merveilleuse de cet amour jaloux de la race et de la patrie qui reste encore aujourd'hui
l. Tac, Ilist., lib. IV, cap. 17.
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le trait principal de leur caractère. Probus, qui par deux fois les avait battus sur le Rhin, en avait transplanté un grand nombre sur les bords de la mer Noire. Ennuyés de l'exil, dédaigneux des jouissances que leur ofiFrait sous un climat plus doux une civilisation supérieure, les Frisons quittent tout à coup les terres qui leur avaient été distribuées; ils s'embarquent sur quelques navires dont ils se sont emparés, descendent l'Hellespont, pillent en courant la Grèce et la Sicile, sortent de la Méditerranée par le détroit de Cadix et reviennent enfin, en 277, après avoir ravagé les côtes de l'Espagne et des Gaules, aborder à l'embouchure du llhin, dans leur pays natal, chez leurs sauvages et chers compatriotes.
Sous Julien le Philosophe, la cavalerie batave se distingue encore. Mais peu à peu , dans les troubles qui suivent la mort de Théodose, la trace de ces deux peuples se confond avec celle des Francs qui sont venus s'établir dans l'île des Bataves. Après Honorius, le nom môme de cette île fameuse disparaît de l'histoire.
C'est pendant cette vague période de la migration des peuples, dans le troisième et le quatrième siècle, que commencent, on le sait, à se former, par de nouveaux mélanges de races et par des changements considérables dans les institutions, les nations modernes. Partout Rome a reculé devant les hordes barbares, tantôt en se défendant vaillamment, tantôt en essayant d'arrêter ses envahisseurs par des concessions et des alliances; mais nulle part les vestiges des Romains ne s'effacent plus vite et plus entièrement que dans ces contrées océaniques où ils avaient pénétré avec tant de peine. Par de brusques cataclysmes l'aspect même du pays est soudain changé : les digues abandonnées se rompent; les fleuves débordent et se détournent de leur cours; la chaîne des dunes cède à la véhémence des tempêtes. Les villes et les camps des Romains sont submergés, engloutis avec leur mémoire abhorrée.
Après quelque temps de cette impénétrable nuit qui couvre dans le monde entier les ruines de l'empire, après les invasions confuses des Francs, des Vandales, des Alains, des Suèves, des Saxons, des Huns, des JNormans, qui ne laissent sur le sol que des ravages, on Aoit reparaître le nom des Frisons. Ces derniers conquis des Romains sont aussi les premiers à surgir des ténèbres. C'est chez eux que nous allons retrouver dans toute son énergie Tinstinct des vieilles races.
lyÉtat indépendant auquel les chroniqueurs donnent le nom de
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Frise et qu'ils distinguent, sur les deux rives du Vlie, en Frise orientale et Frise occidentale, paraît s'être étendu successivement long de la mer du Nord, de TEnis au Rhin, à la Meuse et à l'Escaut, c'est-à-dire à peu près à la totalité des territoires dont se composa plus tard la république des Pays-Bas-Unis. II serait vain de s'arrêter à la succession fabuleuse des chefs ou rois frisons. Le premier d'entre eux qui acquiert une réalité historique, c'est un certain Radbod qui vivait vers la fin du septième siècle et à qui se rapporte l'apparition du christianisme dans ces contrées reculées. Longtemps ce chef barbare et idolâtre lutta contre le Dieu des Francs convertis, comme ses ancêtres avaient lutté contre les dieux de Rome. Longtemps après que le mérovingien Dagobert eut fait bâtir à Utrecht, qu'il avait conquis sur les Frisons, une chaj>elle chrétienne, Radbod se défendait encore contre Pépin d'iléristal qui tentait de lui imposer par les armes la foi nouvelle. Mais entîn il succombe.
Pépin le contraint à payer le tribut, à échanger son titre de roi contre celui de duc; puis il fait venir du Northumberland l'apôtre Willebrod qu'il charge de convertir Radbod avec son peuple. Le missionnaire obtient à ses débuts quelques succès et il est sacré à Ems éveque de toutes les Frises. Mais ces succès sont de courte durée. Les Frisons opiniâtres reviennent à leurs dieux nationaux et mettent Charles Martel dans la nécessité de reprendre , par des moyens plus énergiques, l'œuvre difficile commencée par son père. Quelque temps encore Radbod soutient la lutte; puis entin, ébranlé par de nombreuses défaites, il sedis{)Ose, à la persuasion du missionnaire Wolfram, à recevoir le baptême (788). Mais au moment où la cérémonie va s'accomplir, quand déjà Radljod a mis le pied dans la piscine sacrée, il lui vient en pensée de demander à Tapôtre : c< Où donc sont allés mes ancêtres? — Dans l'enfer, répond Wolfram ; dans l'enfer avec tous ceux qui ont vécu et qui sont morts dans l'idolâtrie. — Puisqu'il en est ainsi, dit le roi des Frisons , je n'abandonnerai pas les miens qui sont dans l'enfer pour aller trouver les tiens qui sont dans le ciel. » Et il retire son pied des fonls du baptême ^. Un miracle vient à propos; Radbod meurt à trois jours de là. Celte mort soudaine, interprétée comme une sentence du vrai Dieu, étonne les Frisons et en convertit un grand nombre.
Cependant Poppo, le fils de Radbod, voudrait encore secouer le
i. Jcbann. A. Leicl. Chroii. belg,, lib. I, c. 23.