‹ La HollandeChapitre 5 sur 14 · liCka , Chron. Vltraject · texte numérisé non relu

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rique à laquelle le régime féodal a donné son nom et son caractère.

Parmi les officiers de l'empereur qui surent de bonne heure s'instituer en souveraineté, paraît un seigneur frison du nom de Gerlof que Ton tenait pour issu de Wilikind. C'est à son fils Théodore ou Théodoric que Louis le Germanique cède, en l'an 863, pour lui et ses héritiers, la vaste foret de Waasda. Un peu plus tard, vers 922, Charles le Simple ajoute à ces domaines, en faveur d'un pelit-fiis de Théodoric , l'abbaye d'Egmont. A partir de ce Théodqric ou Dirk , que les chroniqueurs hollandais appellent Dirk P% la ligne de succession des comtes souverains de la Hollande, qui s'intitulent aussi marquis et comtes de Frise, est ininterrompue pendant près de quatre siècles. Toutefois leur histoire est peu authentique. On n'y trouve d'ailleurs autre chose que le récit de leurs guerres particulières contre leurs voisins , les comtes de Flandre, de Brabant, de Gueidre, l'éveque d'Utrecht : récils monotones dont le seul intérêt véritable est de nous faire connaître, de nous montrer constamment Tinstinct de séparation, d'isolement jaloux, propre à ces peuples que l'ascendant de Rome païenne ou chrétienne n'a pu ni* assouplir ni constituer à son image.

Ce n'est qu'au temps de la seconde croisade que l'on voit pour la première fois les Frisons, auxquels depuis la conquête des Normans se sont mêlés un grand nombre de Saxons expulsés de la Grande-Bretagne , associés au mouvement général qui pousse vers l'Orient les peuples de la république chrétienne. Alors reparaissent en eux ces c< gents belliqueux, sévères et hauts à la main, » diirœ gentis Frisoiiis^ ces hommes d'entreprise, ces hardis navigateurs qui avaient étonné les Romains. Olivier de Cologne qui prêche la croisade aux Pays-Bas, le pape Honorius III , l'empereur Frédéric II , donnent de grandes louanges à leur ardeur pour la guerre sainte. Un certain comte Florence de îlollande se signale au siège d'Antioche, et ses ossements reposent avec honneur auprès de ceux de l'empereur Barberousse. En l'an 1217, un comte Guillaume s'embarque sur la Meuse avec douze navires, délivre en passant TAlcazar de Lisbonne, affranchit les Portugais d'un tribut de cent esclaves qu'ils payaient aux Maures, et va rejoindre ses compatriotes frisons au siège de Saint-Jean-d'Acre. On célébrait au siège de Damiette une tour flottante construite par les Frisons et qui paraît avoir hâté la chute des remparts.

Mais ce grand élan des croisades ne fut pas seulement pour les Pays-Bas une occasion de gloire militaire. Il ranima dans ces pro-

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vinces, ruinées par les ravages des Normans et par d'horribles inondations, ragriculture , le commerce et l'industrie. A la place des serfs emmenés à la croisade par leurs seigneurs, des hommes libres cultivent la terre; les ports commodes pour l'armement et l'embarcation des navires se peuplent d'une multitude active. La marine , qui n'avait eu jusque-là pour objet que de défendre l'embouchure des fleuves contre les surprises des Normans, le commerce, qui se bornait à quelques minces trafics avec les pays les plus voisins, prennent un essor rapide. En peu de temps la richesse paraît; avec la richesse une puissance nouvelle qui peut entrer en lutte avec les souverainetés féodales. Contraints de s'endetter pour subvenir aux frais des expéditions d'outre-mer, longtemps absents de leurs domaines, les grands vassaux subissaient à leur tour le sort des empereurs : l'autorité s'affaiblit dans leurs mains. Pour obtenir de l'argent ils se voient forcés de céder aux villes, enrichies par ces mêmes guerres ou ils s'appauvrissaient, des exemptions, des immunités, des privilèges: ils accordent ou se laissent arracher des chartes.

A ce grand mot de charte , nous sentons le régime féodal blessé à mort. Le régime communal est né. Il grandit quelque temps dans l'ombre; il transforme insensiblement, sans qu'elle en ait conscience, la société; plus qu'à toute autre il imprime à Thistoire des peuples qui nous occupent im caractère dominant, profond , qui ne s'effacera plus.

Quelques nations européennes ont précédé les Pays-Bas dans rétablissement des communes; chez aucune l'esprit communal n'est entré aussi avant dans les mœurs. Nulle part il n'a paru aussi essentiel, aussi conforme à la nature des choses. Le travail en commun dans le danger commun , c'était là , en raison de circonstances géographiques impossibles à changer, une condition primitive et permanente de la vie sur le sol hollandais. L'association des forces et le mulviel secours étaient impérieusement commandés par la présence de l'ennemi éternel. Une sorte d'égalité devant l'Océan fut de bonne heure sentie et consentie, car elle était imposée par Dieu, a Les premières institutions dont on retrouve la trace en Hollande furent des institutions de défense contre les fleuves et la mer ^ » Dès l'origine en effet, il avait fallu lutter incessamment conire\es eaux extérieures

1. Esquiros, La Ncerlande et la vie hollandaise, v. II, p. 80.

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el les eanx intérieures^ \ il avait fallu élever des digues, creuser des canaux, construire des écluses. De très-bonne heure aussi la nécessité de relier les travaux particuliers en vue de l'intérêt général avait été aperçue. Le systèine hydraulique, qui créait et conservait le sol, avait rendu indispensable une administration qui possédât des connaissances spéciales. Cette administration nombreuse et savante, qui n'admettait guère le privilège du sang et qu'il fallait bien, à cause de la promptitude d'action qu'on exigeait d'elle, investir de pouvoirs très-étendus, donna naissance à une sorte de noblesse plébéienne fondée sur le savoir et le travail , sur les vertus civiles plus que sur les vertus guerrières , et qui put rivaliser avec la noblesse féodale. Le waterstaat (état des eaux) fut une sorte de corps du génie, une armée pacifique el très-honorée. Les dykgraves, les moergraves, les watergraves , inspecteurs, juges ou comtes des digues et des eaux, furent, dans les temps de crise, plus puissants que les comles féodaux parce qu'ils étaient plus nécessaires au salut du pays.

Une autre nécessité encore s'imposa. La construction, l'entretien des digues et dès canaux coûtaient énormément. La nature, comme on l'a dit ingénieusement, forçait la Hollande ce à vivre avec la mer sur le pied de guerre^. >i II fallait donc, il fallait absolument qu'elle fût riche. Mais comment? Elle n'avait rien ou presque rien à attendre de son sol qui lui refusait les premiers éléments de l'industrie, le fer et le charbon, et jusqu'à la pierre pour construire des demeures. Son agriculture fort dispendieuse ne lui rendait pas môme le grain nécessaire à sa nourriture. L'Océan et les fleuves l'invitaient à la pèche, à la navigation , au commerce; elle s'y jeta et ce fut encore là chez elle une cause d'émancipation pour les villes, de développement pour les classes bourgeoises. Les plus anciennes villes de la Hollande, Dordrecht, Middelbourg , Enckhuizen , Amsterdam, Hoorn , Medemblik, furent, au commencement , de petits villages de pécheurs habités par dos serfs affranchis, vrijgeyiiaakte Lieden.

Tout en reconnaissant l'autorité du comte ou de son lieutenant, stadhouder, stede-hoiider ^ qui les protégeait contre la noblesse et le clergé possesseurs du plat pays, les villes, promptement enrichies

1. C'est l'expression dent on se sert encore pour distinguer les eaux douces et les eaux salées, la mer et les marais.

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