‹ La Hollande pittoresque; les frontières menacèes. Voyage dans les provinces de Frise, Groningue ... Gueldre et LimbourgChapitre 2 sur 8 · HENRY HAVARD · texte numérisé non relu

HENRY HAVARD

Paris, 28 mars ISTQ

A Monsieur Henry Haiard, à Paris

Monsieur,

En écrivant votre Voyage aux Villes mortes du Zuiderzée, voqs^ avez rendu un service à la géographie.

Ce n'est pas seulement dans les contrées encore inexplorées du globe que la science a des découvertes à faire. Partout où il y a des beautés de la nature à admirer ou des œuvres de la civilisation à comprendre, il y a place pour une étude digne d'intéresser le savant et pour un livre capable dMnstruire le lecteur.

Vous Tavez compris, et par une forme familière, facile, spirituelle, vous avez su rendre non-seulement accessible à tous, mais agréable la connaissance d'une côte si riche autrefois, déchue aujourd'hui, et dont les villes, quoique bien voisines de notre propre terri-^ toire, n'étaient guère mieux connues avant votre publication que ne le sont celles de l'intérieur de F Afrique. Vous avez, par votre talent de narrateur, fait revivre ces a Villes mortes » , comme vous les appelez :

les longues et consciencieuses recherches d^érudition qui servent de fonds à votre travail et que vous vous appliquez à dissimuler sous un style enjoué, nous garantissent que vous les avez bien fait revivre telles qu'elles étaient. Même dans les Pays-Bas et jusque sur les bords du Zuiderzée, beaucoup de lecteurs néderlandais ont fait certainement avec vous, comme les Français, un véritable voyage de découverte.

Le succès de ce premier ouvrage était un engagement que vous contractiez vis-à-vis du public : vous deviez lui faire connaître le reste d'un pays que vous connaissez si bien. Vous acquittez aujourd'hui une partie de la dette en publiant files Frontières menacées » .

Le sont-elles ? C'est le secret de la politique. La sagesse conseille aujourd'hui à toutes les grandes nations de l'Europe une politique de paix. Si la sagesse n'est pas toujours la conseillère la plus écoutée de la politique, un manuel classique, quelque distingué qu'en soit l'auteur (et M. Daniel est assurément un géographe très-distingué), ne saurait pas non plus être pris pour le confident de ses secrets. Ce qui est certain, c'est que les frontières dont vous parlez sont peu explorées, et que ces con-

trées méritent d*étre plus connues. Elles ont fait il y a longtemps partie du Saint-Empire germanique, et une des provinces des Pays-Bas a même été rattachée pendant vingt-sept ans àla Confédération germanique ; mais ces contrées, habitées depuis bien des siècles par une race laborieuse, qui a ses mœurs, sa langue, ses institutions particulières, ont commencé à avoir une unité politique avec la maison de Bourgogne, et une nationalité, aujourd'hui puissante et respectable, s'y est formée par Tindépendance des Provinces- Unies et par la prospérité commerciale qui Ta suivie. Voas rendez un nouveau service à l|i géographie en conduisant vos lecteurs dans ces contrées et en les y retenant par la variété de vos études et le charme de votre narration.

Veuillez agréer. Monsieur, l'expression de ma considération la plus distinguée,

E. Lëvasseur.

Paris, 23 mars 1876*

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