NEW. YORK
66 MOUVEMENTS DE LA POPULATION ET HYOlÈNE PUBLIQUE
les lacunes qui se présenteront dans les forces productrices des années 1930 — 39.
Mais ce superflu ne pourrait être cherché que chez le sexe féminin et si nous sommes obligés de puiser dans cette réserve, la préparation de ce nouveau groupement des forces nationales devrait être commencée dès les
Maison natale de MathiîS Corvin à Kolozsvâr (Occupation roumaine).
années prochaines; ainsi ce recours au travail féminin ne sera pas une surprise et dès lors nous pouvons établir exactement à quelles dates nous en aurons besoin et dans quelles mesures nous devrons y recourir.
Ceci n'est plus un problème spécialement magyar, mais une question intéressant le bien=être de tous les peuples de l'Europe. Il serait à désirer que la solution sociale
et économique de ce problème ne trouvât plus les peuples de l'Europe en hostilité ouverte mais en collaboration féconde pour l'intérêt commun.
Les calculs que nous avons publiés ci^dessus sur l'avenir de la population se rapportent, nous l'avons dit, à la Hongrie intégrale ; nous ne sommes pas à même de citer des détails précis sur le pays mutilé. Toutefois il est probable qu'à cet égard la situation de la petite Hongrie est loin d'être plus favorable et il est à pré* sumer que par rapport aux frontières actuelles le tableau ne serait que plus sombre.
Nous n'avons pas de données positives sur le nombre exact des hommes tombés à la guerre. Cependant, autant que les listes publiées permettent de suivre les pertes des différentes races et des diverses régions, nous pouvons établir d'une manière approximative que de tous les États de l'ancienne monarchie c'est la Hongrie et en Hongrie la race magyare qui a perdu le maximum.
Nos calculs basés sur les données du Kriegs#Statis# tisches Bureau de Vienne aboutissent aux mêmes résultats. Celles?ci montrent qu'il y a en Hongrie 25 morts à l'ennemi sur 1000 habitants, en Autriche 23,3, en Bosnie 19,1.
Quant aux différentes classes militaires la perte de la Hongrie est la plus grande, dans les classes 1890 — 97 (jeunes gens âgés de 17 à 24 ans au commencement de la guerre), elle atteint 50 à 70 pour 1000.
Si la mort a fait une si riche moisson dans la nation hongroise, il faut supposer que c'est encore cette nation qui a la triste primauté quant au nombre des invalides. Quand même leur santé n'est pas complètement endom# magée, ces invalides sont affligés de quelque infirmité qui aura une influence sur le chiffre de la natalité et aboutira à des maladies plus ou moins longues, à des traitements coûteux et à une mort précoce. En outre plus grand encore est le nombre des invalides atteints
de maladies organiques, et ici nous pensons en premier lieu à la phtisie et à un moindre degré aux affections du système circulatoire.
La statistique n'est pas encore à même de prouver la
Hôtel de ville de Brassé (Occupation roumaine).
justesse de l'hypothèse que la guerre a exercé un effet destructeur sur chaque organisme et que la longévité des hommes qui ont été au front et de ceux qui chez eux produisaient le double du travail ordinaire sera sans doute inférieure à celle des générations des temps pacifi*
ques. Toutefois il est assez probable que cette sombre prophétie va se justifier.
D'autre part les soldats rentrés avec une affection tuberculeuse contaminent probablement les membres de leur famille, étant donnés l'état précaire de leur alimen^: tation à l'heure actuelle et du contrôle public de l'hygiène sociale.
Il faut rappeler encore que chez le sexe féminin singulièrement affaibli par une alimentation insuffisante et auquel incombait une part considérable et physiquement dangereuse des travaux de la guerre, la vitalité a très considérablement baissé, de même que celle des nourris* sons nés dans des conditions aussi défavorables.
De même qu'autour du vaisseau brusquement sombré se forment à perte de vue des cercles qui vont en s'affaiblissant graduellement, la catastrophe de ces cinq dernières années ne manquera pas de se répéter long* temps encore dans chaque génération. Les naissances qui n'ont pas eu lieu signifient pour l'avenir un déficit correspondant en naissances et en mariages, dont l'effet se manifestera dans 25 ou 30 ans et ainsi de suite, tant que les énergies de la race et l'amélioration dans la situation économique du pays n'arriveront pas à en effacer les traces.
La politique sociale de l'Europe aura une tâche formi* dable en luttant contre ces deux grands ennemis de l'humanité : l'augmentation immanquable de la mortalité et après une période transitoire, la baisse de la natalité ; de plus le statisticien aura à constater la succession inégale des générations.
Pour voir clair dant les voies futures de la politique sociale il faudra encore apporter d'autres lumières aux dangers ethniques provoqués par la guerre.
Dans chaque couche sociale et dans chaque peuple qui a eu à souffrir de la guerre, celle-ci provoque de grands bouleversements. Le déplacement dans les fortunes, qui suit nécessairement toutes les guerres, mais qui à présent, par suite de la longue durée et de l'intensité exceptionelle des hostilités, est encore plus accentué, entraîna pour un grand nombre d'hommes la perte de leur indépendance matérielle. Ainsi s'est accrue la pro:^ portion de ceux qui doivent recourir aux moyens de protection sociale de l'Etat. Il est probable d'ailleurs que la situation est à peu près la même partout dans le monde entier, néanmoins en Hongrie cette calamité prend une forme désastreuse, d'abord par suite de la guerre perdue mais surtout à cause du démembrement du pays.
La forte centralisation de la vie économique hongroise, grâce à laquelle tous les produits économiques arrivaient naturellement vers le centre, la région du Danube et de la Tisza, pour retourner aux périphéries, accrus en valeur ou convertis en produits industriels, a fait que dans le bassin central du pays l'agglomération du peuple fut plus con* sidérable que dans d'autres parties. La production de grand style qui s'y développa engagea une forte partie de la population au service des grandes entreprises à
l'ombre desquelles la proportion des existences indé* pendantes resta comparativement faible.
Par contre aux périphéries tombées depuis le traité de Trianon sous la domination des Etats voisins, la concentra* tion de la vie économique était moins intense, de sorte que dans ces régions un grand nombre d'existences modestes mais indépendantes purent subsister. C'est à quoi nous devons le fait que la proportion des salariés, qui dans l'ancienne Hongrie était de 45,7*^/0, dépasse dans les nouvelles frontières la majorité absolue des professions et atteint 52,2Vo.
En dehors des ouvriers une autre classe dépendante s'est accumulée sur le territoire de la Hongrie mutilée, celle des fonctionnaires publics et des employés privés.
Grâce à la centralisation naturelle du pays, le per# sonnel de l'administration a atteint le maximum là où le commerce et l'industrie sont le plus développés et où ces mouvements économiques ont besoin d'impulsion et de force directrice. Ajoutons que les autorités cen^ traies, placées partout dans les capitales, étaient propor? tionnées à une population de 18 millions et l'on com# prendra que le territoire laissé à la Hongrie est sursaturé de fonctionnaires.
Dans la Hongrie mutilée le nombre des intellectuels exerçant une profession libérale est de 48,l^/o par rap:= port à l'effectif ancien.
Les employés travaillant dans le commerce ou l'in:: dustrie représentent une proportion encore plus consi* dérable sur le territoire restant. A peine un tiers de ces employés vivent dans les régions occupées et le nombre des employés dans les exploitations agricoles restés en dehors des frontières demeure au dessous de la moitié de l'effectif.
Enfin l'Etat ne peut refuser sa protection à une classe sociale qui s'est formée tout récemment, celle des inva*
lides, des veuves et des orphelins de guerre, qui se recrute dans toutes les classes sociales.
Il va sans dire que h nouvel État hongrois accepte les obligations énumérées dans les articles du traité de paix au chapitre de la protection ouvrière, obligations acceptées aussi par les autres États belligérants.
Cathédrale de Pécs, style roman.
Cependant en attendant que l'organisation très com^: pliquée dont le traité de paix a jeté les fondements, pour régler en commun les questions sociales, puisse entrer en fonction, beaucoup de temps se passera et les classes que l'on se propose de protéger ne sauraient être nourries des espérances qu'elles mettraient dans les décisions du Bureau International du Travail.
L'auteur de ces lignes, qui mesure avec beaucoup de souci les charges économiques onéreuses et écrasantes de la Hongrie mutilée n'en aperçoit pas moins quelle portée catastrophale ont les perturbations mondiales malsaines dans le mouvement de la population et l'accroisj: sèment disproportionné des classes dépendantes et forcées de recourir à l'assistance sociale.
S'il n'espère pas que la gravité de la situation écono* mique de la Hongrie trouve un écho sympathique dans les milieux compétents de l'étranger, excepté peut* être les détails assez nombreux qui montrent que l'injuste traitement infligé à la Hongrie aura des conséquences funestes pour l'ordre économique de toute l'Europe, il est convaincu d'autre part que ses réflexions formulées dans l'intérêt de la politique sociale du monde entier seront comprises comme elles doivent l'être, puisque tous les peuples de l'Europe souffrent des mêmes maladies sociales à un degré plus ou moins grand. Les jalousies des Etats européens doivent céder à cette pensée que le rétablissement du travail en Europe ne peut être obtenu que par une franche collaboration.
Les principaux efforts de l'Etat doivent viser à défendre et à développer les énergies de son peuple et à protéger particulièrement tous ceux qui en premier lieu ont besoin de cet appui.
Le plus grand danger pour les énergies populaires sont, comme nous l'avons montré, l'état sanitaire com* promis de la génération actuelle, la proportion élevée de la mortalité et l'affaiblissement de la natalité. La gué? rison de ces maux doit être cherchée non seulement pour des considérations humanitaires mais encore pour des raisons économiques et financières. La politique fon* cière et la politique industrielle peuvent contribuer à cette guérison, mais en elles-mêmes elles ne constituent que des tâches de second ordre, tandis que la politique sociale
telle que nous l'avons définie est une question de premier ordre, sui generis, car les forces gaspillées de la nation ne peuvent être rétablies que petit à petit, par l'accrois* sèment graduel des énergies populaires.
Si nous envisageons de ce point de vue le programme de la politique sociale, une série infinie de problèmes s'ouvre devant nous. Nous n'avons pas à poursuivre des utopies, nous savons bien que même dans les États du Nord et de l'Ouest épargnés par la guerre l'échelle du bien:5être sort de bassfonds où l'on ne trouve que misère et maladies et l'affaiblissement des forces natio* nales.
Néanmoins, dans la gravité de l'heure actuelle, on pourrait repérer le chemin de la régénération.
Voici dans un ordre chronologique qui n'empêche pas toutefois que certains détails de ce programme ne se réalisent simultanément, les tâches qui s'imposent à nous pour la culture rationnelle des énergies populaires :
P prolonger l'aptitude au travail compromise de la génération productrice présente,
20 développer l'entière aptitude au travail de la généra* tion de demain,
3" lutter contre les maladies répandues dans le peuple,
40 élever le chiffre de la natalité.
Pour résoudre les trois premiers problèmes l'essentiel, au moins en Hongrie, est de parer définitivement à la crise alimentaire et de rendre les- énergies vitales à la population, mal nourrie depuis bien des années, au moyen d'une alimentation simple mais abondante, dont la quan* tité ne soit pas sujette à une oscillation. Il est vrai que par là les chances de l'exportation des produits agricoles sont provisoirement diminuées, et cela est sans doute défavorable aux finances du pays, toutefois ce procédé nous paraît une investition indispensable. La phtisie ravage à son aise la population, mais toute nouvelle
épidémie trouvera un terrain favorable dans notre peuple si nous ne songeons pas à lui assurer une nourriture suffisr.nte.
En effet la composition des forces populaires et la santé physique du peuple sont bouleversées de tond en
Place Széchenyi à Pécs.
comble sans que ces troubles soient très manifestes et la vie économique du pays subira toujours des cahots tant que la transition ne sera pas trouvée vers la circu? lation normale.
D'ailleurs l'aHmentation populaire peut être améliorée même dans le cas où dans l'intérêt de l'élevage du bétail
on s'abstient d'accroître sensiblement la consommation de la viande.
Pour développer les énergies productrices et surtout pour vaincre les maladies qui déciment le peuple, la deuxième grande tâche à résoudre, et celle4à est peut* être plus difficile que la précédente, est la question des logements.
La solution de ce problème est récbmée d'abord par les ravages de la tuberculose, car il est certain que d'une part les fatigues de la guerre ont accru la disposition à la tuberculose dans la population masculine, tandis que d'autre part le surmenage inaccoutumé du travail de guerre et l'alimentation insuffisante ont produit le même effet chez les femmes. Le danger de l'infection était présent dans les tranchées ainsi que dans les ateliers surpeuplés et dès lors on est en droit de supposer que cette maladie terrible a répandu ses germes dans des régions et dans des habitations jusqu'alors épargnées.
La lutte imposante de l'Europe occidentale contre la tuberculose fut dans ces dernières, années un des plus beaux succès sanitaires. Ce péril angoissant ne repa* raîtrast^il pas sous une forme plus terrible, comme un résultat lointain des misères de la guerre ?
En Hongrie nous avons d'autant plus à la craindre que même avant la guerre la situation à cet égard n'était pas irréprochable et, fait singulier, en dehors des villes, réceptacles naturels de toutes les misères humaines, les régions de la plaine, habitées par une race magyare d'ailleurs très robuste, étaient le plus ravagées par ce fléau : une preuve de plus que la politique de l'État hongrois n'a pas favorisé sa propre race ; tandis que les installations hygiéniques se multipliaient grâce aux générosités de l'État dans les régions montagneuses, habitées par des populations de race non magyare, le
Spectre de la tuberculose hantait les maisons des paysans de la plaine.
L'assainissement des conditions d'habitation n'est sans doute pas le seul remède contre la tuberculose mais c'en est un des plus importants. Cette question exige de l'État beaucoup de sacrifices, mais ces dépenses sont inévitables dans l'intérêt de la population.
La construction des logements a cessé presque complet tement depuis 1914, sans doute dans toute l'Europe. La population désireuse de se loger trouva des concur* rents dangereux qui finirent par l'emporter : les bureaux et les institutions nécessités par la guerre; d'autre part une quantité plus ou moins grande d'habitations ayant été détruites dans chaque pays au cours des hostilités, les hommes ont dû s'entasser au moment même où l'assistance hygiénique allait en diminuant et où la po# pulation aurait dû se dispenser encore plus que par le passé.
La construction des logements dans les villes et dans les villages n'est pas seulement exigée par l'hygiène publique, elle est encore un important facteur de poli:= tique sociale pour le développement de l'énergie vitale des générations futures.
Cependant le résultat désiré ne pourra être obtenu que dans le ces où les familles contaminées seront isolées soigneusement des familles saines et établies dans de grandes colonies où leur traitement médical pourra être centralisé de manière à avoir lieu à peu de frais et d'une manière plus efficace.
Quatre ou cinq colonies de ce genre suffiraient à débarrasser même la population des grandes villes des porteurs d'infection les plus dangereux et à diminuer par là les chances de contamination. Quant aux conta* minés, ils pourraient être soignés d'une manière incom* parablement plus rationnelle et ce traitement leur assurerait
dans une plus grande mesure la possibilité de retrouver leur aptitude au travail, ce qui serait un point essentiel pour l'économie nationale.
La lutte contre les maladies répandues dans le peuple est plus dilficile au village, ou le défaut d'installations hygiéniques et l'attachement obstiné des paysans à la coutume de laisser vide la chambre la plus belle et la mieux aérée pour s'entasser dans une pièce exiguë et malsaine. Devons#nous désespérer du succès et déposer les armes devant ce danger auquel on ne saurait parer qu'au moyen de dépenses formidables ? En effet nos efforts rencontreraient beaucoup de malentendus, de méfiance et même d'hostilité. Certes il ne nous est pas permis de nous dérober à ce devoir, puisque c'est le village qui a fourni et fournira sans doute à l'avenir la population des villes, et que dans les villages on est obligé de constater un autre danger pour l'hygiène sociale : l'accroissement de la mortalité infantile.
Dans les campagnes la lutte contre la tuberculose est rendue singulièrement difficile par l'absence du traitement et du diagnostic médical. La situation s'est encore aggravée depuis que les invalides de la guerre ont répandu dans les logements à peine aérés et dépourvus de plancher les germes de la phtisie ; dès lors il ne nous est pas permis d'attendre que soient infectées les régions qui jusqu'alors étaient moins exposées à ce fléau.
Comme depuis le commencement de la guerre le danger de la tuberculose a pris des proportions démesurées nous devons ajouter aux tentatives de l'enseignement populaire les mesures coercitives. De même que les traités inter? nationsux ont été conclus et codifiés par chaque Etat aux temps heureux où les nations étaient librement en contact pour interdire l'emploi de matières nuisibles à la santé des ouvriers, il serait nécessaire et urgent de créer pour combattre la tuberculose, une loi dont l'exé#
POLlTiQUE SOCIALE
cution serait assurée proportior\nellement aux ressources matérielles des divers Etats.
La question de l'élévation de la natalité est également difficile à résoudre. On sait que la diminution de la nc.talité est une calamité mondiale dequis quelque vingt ans ; en Hongrie le chiffre de la natalité varie selon le tableau suivant depuis l'année 1880 :
Moyenne des années
1909—1912 (dans la Hongrie mutilée) -
Nombre des enfants Enfants viables (sur nés viables 1000 habitants)
)n n'ignore pas, sans doute, la connexion existant •e la baisse de la natalité d'une part et d'autre part
Oi entre la baisse de la natalité d une pai le développement de la culture intellectuelle et des exigences matérielles qui vont de pair avec celle-ci.
Nous avons affaire ici à un phénomène qui tient de la psychologie des foules et qui est dû à la contrainte économique, mais en tout cas aussi aux habitudes sociales. Il a suivi une marche lente mais résolue et présente aujourd'hui presque les caractères d'une loi sociologique. La lutte contre ce mal est d'autant plus difficile que ceux que cette destruction des forces popu? laires touche de plus près, les familles d'un ou de deux enfants, ne le considèrent pas comme un mal, mais l'attribuent au résultat d'une sage réflexion.
Cependant nous ne devons pas renoncer a priori à la lutte contre ce fléau, pas plus que d'autres Etats qui
en sont frappés. Le point de vue commode de ceux qui croient que la diminution de la natalité est com# pensée par celle de la mortalité ne peut être accepté par l'Europe actuelle, après une pareille perte de sang.
Cependant ne perdons pas de vue que là où la volonté individuelle et les considérations économiques des époux limitent le nombre des naissances, l'État n'a aucun moyen d'intervenir.
Toutefois ces considérations économiques qui empê# chent les époux d'avoir des enfants n'ont très souvent que des motifs peu justifiés, elles sont dues plutôt au milieu et aux habitudes du village et ainsi il est pos# sible, en favorisant des habitudes contraires, de lutter contre ces dangereuses coutumes.
Un des moyens de combattre l'abaissement de la natalité serait en tout cas d'écarter les obstacles qui sont réels ou du moins qui en ont l'apparence. Sur ce terrain et indépendamment d'une politique foncière appropriée — dont il n'est pas encore certain que l'effet bienfaisant durerait plus de quelques générations — une légère industrialisation des villages les plus exposés au danger de la dépopulation serait d'une grande utilité.
Tout en multipliant les facilités de travail il faudrait se garder de faire perdre au village son caractère cam* pagnard. D'ailleurs ne nous faisons pas d'illusions : de telles mesures ne peuvent remédier promptement et radicalement au faible taux de la natalité ; de même que la diminution a eu lieu lentement, il faudra un travail long et méthodique pour arriver aux chiffres d'avant:=guerre et plus long encore pour que l'augmen* tation soit sensible.
Outre la muhiplication des facilités de travail uile propagande systématique semble également appropriée dans la lutte contre la restriction des naissances. D'ailleurs cette propagande ne doit pas consister à flétrir
Politique sociale 81
les familles peu nombreuses mais seulement à louer les familles nombreuses et à les proposer en exemple.
Exempter d'une partie des impôts celles où il y a beau* coup ^d'enfants, comme il en a déjà été question en divers Etats, ne signifie pas une grande perte au point de vue budgétaire et pourtant de telles faveurs " provo-
Palais de justice à Budapest.
quent dans le peuple une certaine jalousie qui a son utilité.
Les récompenses en argent, la remise de diplômes flatteurs au milieu de cérémonies dans le goût du peuple, l'obligation imposée aux communes assez riches de venir en aide aux plus pauvres en inscrivant à leur budget annuel une certaine somme pour récompenser les familles nombreuses : ce sont là des moyens futiles en appa:» rence et qui en fait n'entraînent pas de grands frais,
82 ^OLITIQUE SOCIALE
mais qui peuvent tous contribuer à ce que les parents n'aient pas honte mais se glorifient au contraire d'avoir beaucoup d'entants.
Le moyen psychologique de renverser l'usage popu# laire doit toujours consister à vanter ce dont on se mof qait jusque là et peu à peu l'état des esprits commence à changer.
Que ceux qui ont peu d'enfants voient seulement quelles distinctions, quels secours sont accordés aux familles nombreuses et comme elles peuvent prospérer : et bientôt la jeune femme rougira moins de honte et aura moins recours à des moyens clandestins quand elle sentira qu'elle va être mère.
Ce qu'il faudrait, ce serait une organisation relati* vement peu nombreuse mais constamment vigilante et sachant toujours agir sur l'état d'esprit populaire, et qui travaillerait au relèvement de la natalité, sans causer cependant à l'État de bien grands sacrifices.
D'ailleurs, au point de vue économique, de tout temps, mais particulièrement après les grandes pertes de sang de ces dernières années, l'enfant en âge de travailler représente pour l'État une si immense valeur que même dans la situation financière la plus désastreuse il faut savoir faire pour lui des sacrifices.
Si pour cette lutte il était possible de trouver une base internationale en sorte que par un record mutuel les États s'efforçassent de vaincre non seulement les dangers menaçant immédiatement la santé publique mais encore les maux résultant de la faible natalité, un ser* vice serait rendu non seulement à l'avenir économique de l'Europe mais à la cause de la paix.
Je rappelle de nouveau que pendant quatre années la natalité a été extrêmement faible, du fait de la guerre ; si elle continue à être défectueuse, ne marchons-nous pas vers notre destruction ?
Le problème de la dépopulation est d'un grave intérêt pour la Hongrie ; mais tout en montrant ses malheurs elle voit ceux des autres et croit que si l'Europe a pu déchaîner la catastrophe mondiale où les États luttaient les uns contre les autres, elle saura trouver dans la collaboration les remèdes à la situation.
ft"
La Hongrie était jusqu'ici un État où la terre était partagée assez inégalement, le système de la grande propriété s'y montrait presque avec la même exagération qu'en Angleterre, en Russie, en Roumanie. Le rôle pré? pondérant des grandes propriétés est le résultat du déve* ioppement historique ; le morcellement de la petite pro# priété eut lieu dès l'époque de la libre concurrence.
La dernière statistique détaillée sur l'activité agricole en Hongrie date de l'année 1895 ; elle permet de con^^ stater, comme le montre le tableau ci^dessous, que sur le nombre total, un peu moins de deux millions et demi, d'exploitations, un million deux^cent^^mille avaient une étendue de cinq arpents au plus et que mêmv. la moitié de celles-ci n'atteignaient pas un arpent: plus de 5 3 "6% des exploitations appartenaient à cette catégorie des proprié:= tés de moins de cinq arpents. Le nombre des exploit tations de 5 à 10 arpents est encore inférieur à un demi;: million et forme 19,2"/o du nombre total; assez fréquentes aussi les exploitations de 10 à 20 arpents, au nombre de 385.000, soit 16°/o. A mesure que l'on arrivait à une catégorie supérieure, le nombre des exploitations était naturellement en décroissance rapide.
Nombre et superficie des propriétés selon les diverses cultures. (^)
Superficie des propriétés,
selon les diverses
cultures, en milliers
d'hectares
Nombre de propriétés
en milliers— — — Labours — .. -. __.
en "^/o ... ... ... —
Horticulture
en ^/o ..
Prairies — -. .-. —
en '■'/o — -. ... .- Vignes ... ... -- ...
en o/o
Pâturages..- .-. .-. --.
Forêts.- ... ... -- ...
en ^/o
Roseraies... — . ... ..
en o/o ... — ... ...
Terres improductives
en "/o
Total
en o/o __. ... ... ...
Étendue moyenne des
propriétés en hec*
tares ...
Cependant le territoire couvert par les exploitations se répartissait naturellement d'une manière tout à fait différente. Les propriétés de plus de mille arpents compre* naient 19,5'Vo de la surface totale des labours, à peu près 2,300.000 hectares, soit environ trois fois autant que les terres de labours dans les propriétés de cinq arpents
{'■) Un arpent =0,575465 hectares; un hectare = 1,737726 arpents
86 PROrn<IÉTÉ FONCIÈRE, RÉFORAIE AGRAIRE
OU nains dont l'ensemble couvrait un million et quart d'arpents.
Il est vrai qu'une bonne partie des propriétés naines ne sert pas purement à l'agriculture mais est représentée par des jardins, habitations etc. et n'est pas l'unique moyen d'existence de leurs propriétaires, parmi lesquels on trouve beaucoup d'intellectuels, d'artisans et aussi de personnes exerçant d'autres professions. Cependant le reste des propriétaires et des propriétés n'est réparti ni bien ni également entre ces deux extrêmes ; dans la catégorie inférieure (5 à 10 arpents) les petits proprié* taires ne possédaient qu'un faible territoire, dans la suivante (10 à 20 arpents) leur part était déjà quelque peu plus grande ; quant aux propriétaires de 20 à 50 arpents, au nombre de 200.000 seulement, ils possédaient à eux seuls plus d'un cinquième des terres de labour.
Avec des frontières aussi capricieuses que celles de la Hongrie mutilée il serait difficile de décomposer suivant la nouvelle division territoriale ces données statistiques déjà vieilles ; cependant, comme elles fournissent des renseignements sur beaucoup de points pour lesquels nous n'avons aucune statistique nouvelle, il convient de nous y arrêter encore quelques instants.
Si l'on examine les différents types de propriétés au point de vue des diverses cultures, la prépondérance de la grande propriété ne semble plus si choquante. La propriété naine croît elle-même en importances, car elle comprend surtout les cultures les plus intensives, celles de la vigne et des légumes. Dans la catégorie la plus basse le pâturage est à peine représenté, dans la propriété moyenne il occupe presque la même proportion que dans la grande. Si l'on passe de la petite à la moyenne propriété, on observe aussi un saut brusque dans la proportion des forêts, cependant la sylviculture est surtout le propre de la grande propriété dont elle occupe plus de deuJi
cinquièmes. A mesure qu'on arrive aux types supérieurs, on voit s'abaisser de plus en plus la proportion des labours, des cultures maraichères, des prairies et des vignes et s'élever au contraire celle des pâturages, des forêts, des roseraies et des terres improductives.
Au lieu de la répartition suivant les genres de culture nous montrons dans le tableau ci^dessous la répartition suivant le mode d'exploitation, toujours d'après les mêmes types de propriétés :
Répartition des modes d'exploitation
g Il 7
Moyennes propriétés (100—1000 arpents)
Grandes propriétés (plus de 1000 arpents)
Exploita;
, nombre en 1000
tions en
1 territoire en
faire;
{ 1000 ha
valoir
1 o/o du
direct
'^ territoire total ...
/ nombre en 1000
Fermes à miîfruit
1 territoire en
1000 ha
' o/o du
^ territoire total —
/ nombre en 1000
1 territoire en
Fermes
1000 ha
' o/o du
*• territoire total...
nombre en 1000
territoire en
Métairies ■
1000 ha
o/o du
territoire total ..
Bien que ces données statistiques vieilles de plus de 25 ans ne puissent permettre de construire un tableau précis du développement récent, il est cependant probable que la culture étant devenue plus intensive et les charges fiscales imposées à la terre s'étant multipliées, le sys* tème du fermage s'est généralisé et qu'il n'y a guère d'exceptions que là où d'assez grandes propriétés ont sté parcellées entre une foule de petits cultivateurs. Le éystème du fermage est naturellement le plus répandu dans les genres de culture où le profit est le plus rapide, c'est*à?dire en premier lieu pour les terres de labour, en moindre mesure pour les prairies. En général les grands propriétaires sont plutôt obligés d'avoir recours à des fermiers pour faire valoir leurs terres.
Par rapport à l'année 1895 la situation de l'année 1918 s'est quelque peu améliorée pour la propriété naine, tant dans la catégorie inférieure (au dessous d'un arpent) que dans le type suivant (un à cinq arpents) : la proportion des petites parcelles est donc un peu plus normale.
La situation est aussi plus favorable pour les terres de labour de 5—10 arpents, mais d'autre part les catégories suivantes, celles des exploitations de 10—50 et de 50 — 100 arpents, accusent un certai'i recul. Les types inférieurs de la moyenne propriété, les exploitations de 100—200 arpents, qui d'ailleurs ne jouent pas en général un très grand rôle, ainsi que celles de 200 — 500 arpents présentent déjà un léger accroissement, au détri* ment des catégories supérieures, celles des propriétés de plus de 500 arpents.
En face de ces moyennes les territoires arrachés au pays accusent des écarts assez extrêmes, comme le montre la statistique suivante:
Répartition des terres de labour selon les divers types de propriétés (1)
Exploitations Superficie en arpents
si
ji
Propriétés naines (0-5)
Petites propriétés (5-100)
Moyennes propriétés (100—1000)
Grandes propriétés Plus de 1000 arpents
Total
(1) Le nombre supérieur indique combien "lo les terres de labour appartenant à tel ou tel type de propriétés représentent de la superficie totale des labours dans l'ensemble de la Hongrie ; le nombre intérieur indique la répartition entre les diffés fents territoires des terres de labour appartenant à ce type de propriétés.
Ce qui frappe en premier lieu, c'est la répartition inégale du nombre des propriétés naines et de leur superficie ; une extrême subdivision en parcelles caractérise le terri* toire central ; la proportion n'est guère plus favorable dans les régions occupées par les Yougoslaves tandis que dans les autres parties détachées du pays la répartition est beaucoup plus normale à cet égard.
Pour les terres de labour d'une superficie de 5 — 10 arpents la Hongrie mutilée présente déjà une répartition un peu plus favorable ; pour le nombre des exploitations comme pour l'étendue du territoire appartenant à ce type elle reste quelque peu inférieure à la moyenne du pays.
Par contre le tableau est plus défavorable si nous considérons les labours de 10 — 50 arpents: pour le nombre des exploitations et l'étendue moyenne ce sont surtout les parties occupées par les Yougoslaves.
Dans les catégories supérieures, qui d'ailleurs ne se distinguent plus guère que par l'étendue des exploit tations, mais où le nombre de ces dernières va naturelle* ment en décroissant rapidement, le territoire mutilé de la Hongrie figure pour une part de plus en plus notable. Dans les régions occupées par les Yougoslaves les pro* priétés d'une certaine étendue et celles qui dépassent la moyenne sont également assez fréquentes ; dans les autres territoires arrachés à la Hongrie dordne plutôt la petite propriété d'étendue normale, un peu plus grande cependant dans les régions occupées par les Tchèques que dans l'occupation roumaine. La Hongrie mutilée est donc caractérisée surtout par le rôle important qui revient à la propriété naine, à la petite propriété de bonne étendue et enfin à la grande propriété. Mais au sujet de la première il faut remarquer qu'elle est pour ainsi dire une résultante nécessaire de la vie urbaine, plus fortement développée dans ces régions, et du système de parcellement extrême pratiqué dans les environs des
villes. Le rôle assez considérable qui revient à la seconde serait de nature à réjouir si une plus grande partie de la population agricole appartenait à cette catégorie, mais comme, ainsi qu'on le verra plus loin, la proportion des travailleurs ruraux dénués de terre est très forte,
Répartition des terres de laboui suivant l'étendue des propriétés.
le rôle des types supérieurs de petite propriété est pro* prement l'indice d'une profonde inégalité dans la dis* tribution de la propriété foncière.
Mentionnons encore que sur le territoire de la Hongrie mutilée un peu moins de la moitié des grandes propriétés (1,74 million d'hectares) sont aliénables et que parmi les autres (1,86 million d'hectares), sur le territoire de la
92 PROPRIÉTÉ FONCll'îRE, RÉFORME AGRAIRE
Hongrie mutilée, les fidéicommis et les biens de l'Église figurent pour une part prépondérante, tandis que dans les régions arrachées au pays la proportion des biens appartenant au trésor, ou aux communes est déjà plus marquée.
Quelques chiffres détachés permettront de juger coms ment la propriété foncière tend à se répartir. Dans les dix premières années de ce siècle les déplacements de propriété par suite de contrats entre vifs étaient en moyenne de 404.258, dans les années qui ont précédé la guerre cette moyenne était de 427.728 tandis que pendant la guerre elle était la suivante :
La diminution lente mais régulière du nombre des fidéicommis est facile à constater ; ils occupaient le terri? toire suivant :
en 1905 1,353.110 hectares
en 1913... 1,318.435 »
en 1916 1,256.862 »
Malgré cela la superficie totale des biens inaliénables allait en s'accroissant dans les dernières années et s'est augmentée de 82.847 hectares de 1913 à 1917. Mais dans cette augmentation un rôle prépondérant revient aux propriétés des sociétés anonymes, dont le territoire a crû d'environ 62.376 hectares où figurent pour une part à peu près égale, 26 — 26.000 hectares, les labours et les forêts.
Le parcellement de la propriété a continué pendant la guerre. D'après nos données statistiques 530.190 hec* tares ont été parcelles de 1905 à 1913 et 81.794 hectares
t'ftOPRIÉTÉ FONCIÈRE, RÉFORME AGRAIRE
depuis 1913, de sorte qu'en moins de dix ans le terri* toire de la petite propriété s'est accru de 611.984 hectares.
Ce qui montre bien combien peu l'Etat hongrois mettait d'obstacles à la prospérité de ceux de ses sujets qui ne parlaient pas magyar, c'est que non seulement il établissait lui:=même un grand nombre de ces derniers mais encore qu'en fin de compte le morcellement des terres affaiblissait l'élément magyar au profit des nationalités.
Voici les chiffres de ce dernier bilan (1905 — 1917) :
Magyars .-. .— Allemands ..
Gains
en
Pertes hectares
Slovaques Roumains
Ruthènes--- ..
Serbes — ..
En examinant les données personnelles fournies par les recensements, nous pouvons voir aussi la situation agraire sous un autre rapport. La population agricole, y compris non seulement les travailleurs mais encore les personnes à leur charge, se répartit de la manière suivante entre les différentes parties du pays :
Territoire
Population agricole
Par rapport
à la popula»
tien totale
en 0/0
Occupation tchèque
Occupation roumaine . Occupation yougoslave ...
Occupation totale... ...
La Hongrie mutilée
La Hongrie intégrale
94 PROPKlÉTl'i I-ONCltRU, RHFOIWC AGRAIRK
Comme on le voit, sur le territoire qui nous leste, la classe agricole n'est pas aussi prépondérante que dans l'ensemble du pays ; le nombre des cultivateurs est très inférieur à ce qu'il devrait être, étant donnée la popus lation de ce territoire par rapport à la population totale ; dans les parties détachées, excepté dans le territoire autri;; chien, c'est le contraire qui est le cas.
Dans la partie occidentale du territoire ethnique magyar de la région occupée par les Tchèques, dont l'agricul* ture donne tant de précieux produits (orge à bière, sucre, boeufs gras etc.) les cultivateurs forment 60,3"/o de la population, mais la proportion tombe à 56,4 dans les régions magyares des parties orientales.
Le territoire occupé par les Yougoslaves présente dans son ensemble un caractère nettement agricole, cependant ce n'est pas dans la plaine méridionale, malgré sa ma? gnifîque terre, mais dans les parties occidentales, à popu# lation dense, que ce caractère est prépondérant. Le Mura* kôz compte 75,8% et les régions wendes 82,8% de cultivateurs.
Dans les régions occupées par les Roumains le peuple des territoires habités par des Magyars est pour près de deux tiers composé de cultivateurs. La population saxonne du Kirâlyfold, dont une partie notable se livre à l'in* dustrie, présente une proportion un peu inférieure (60,37o); dans le pays des Székely 71,7% du peuple vivent de l'agriculture ; dans les régions roumaines et dans celles où la population est mêlée, la proportion est encore plus forte, enfin 81,9"/o des Roumains établis en deçà du Maros sont des cultivateurs.
Le tableau suivant montre le nombre absolu des cul# tivateurs et le nombre relatif des personnes à leur charge dans les différentes parties de la Hongrie :
Propriété foncière, réforme agraire
Territoire
Nombre des cultivateurs
Nombre des personnes à la charge des cul»
tivateurs en "/o
Occupation tchèque .- ...
Occupation roumaine ...
Occupation yougoslave — — ...
Occupation autrichienne .— —
Fiume .__ — ... —
Occupation totale ... .. — —
La Hongrie m.utilée ...
La Hongrie intégrale -. ... ...
Les données suivantes sont encore plus instructives, elles montrent la répartition du peuple suivant les diffé* rentes catégories de propriétés :
Territoire
Nombre, en milliers, des propriétaires et fermiers
Sur 100 propriétaires
ou fermiers ont en pos«
session ou location
■il
Occupation tchèque Occupation
roumaine — ...
Occupation yougos
slave .- ... ... ...
Occupation autri*
chienne ... ... —
Fiume ... .- ...
Occupation totale...
La Hongrie mutilée.
La Hongrie intégrale
Pour compléter ce tableau, il faut placer à côté le
dénombrement d'une classe sociale qui n'y figure point :
celle des travailleurs ruraux qui ne possèdent pas de terre :
Territoire
en milliers
Nombre, sur 100 indi=
vidus appartenant à la
population agricole
sans terres
•Il
Occupation tchèque Occupation rous
maine ... ...
Occupation yougo*
slave .. — — .- Occupation autri*
chienne
Fiume .__ .. .. -.
Occupation totale- La Hongrie mutilée LaHongrie intégrale
Au point de vue de la répartition des terres, à l'exs: ception de la région occupée par les Tchèques, il fau# drait considérer la Hongrie mutilée comme ie territoire où la situation est la plus favorable, car la classe des paysans propriétaires de 10 — 100 arpents semble y être mieux représentée et celle des propriétaires de moins de 10 arpents y jouer un plus faible rôle. Mais d'autre part c'est justement sur le territoire central que l'élément dépourvu de terres est le plus grand, ce qui détruit l'effet, favorable au premier abord, de cette proportion.
La répartition de la propriété foncière telle que nous voyons à présent est le résultat du développement histo;:
PROPRIÉTÉ FONCIÈRE, RÉFORME AÔRAlRÊ 97
rique et des changements qui ont eu lieu depuis rémanci;: pation des serfs (1848).
Il est donc naturel que dans la classe propriétaire l'élément hongrois soit le plus fort, même d'après le dernier recensement, puisque ce sont les Hongrois qui ont occupé le sol il y a un millier d'années. Cependant il est notoire que l'État hongrois était loin de vouloir maintenir cette prépondérance par des moyens artificiels, comme le peuple habitant le plus à l'ouest de l'Europe en a donné l'exemple, et que grâce à l'exode des Magyars vers la ville, les autres éléments ont pu étendre à loisir leur domaine rural.
Cela est moins vrai cependant des grandes et des moyennes propriétés, car depuis 1848, les habitants non magyars n'ont guère eu le temps de faire le long chemin qui les séparait de celles:=ci. Mais c'est un fait digne de remarque que de 1900 à 1910 la proportion des Hongrois parmi les moyens propriétaires est tombée de 71,9 à 68,4Vo.
Plus caractéristique est encore la répartition, sur les différents territoires, des propriétés de bonnes dimen;: sions, 50 à 100 arpents. Dans la région occupée par les Tchèques, les Hongrois étaient encore en majorité rela? tive dans cette catégorie, en 1900, mais en dix ans leur proportion est tombée de 40,4 à 37, 3*^/0.
Dans la région occupée par les Roumains, bien que la proportion fût tombée de 41,6 à 39,7'^^Vo, les Hongrois gardaient toujours la majorité relative dans cette classe de propriétaires.
Dans la Hongrie occidentale, sur le territoire occupé par les Yougoslaves, ainsi que dans les comitats restés hongrois, les Hongrois avaient gagné un peu de terrain, presque partout aux dépens des Allemands, ce qui fait remonter légèrement la moyenne pour l'ensemble du pays.
La perte de terrain dans les catégories supérieures de propriétés est compensée naturellement par une augmen* tation dans les catégories inférieures ; les occupations étrangères ayant arraché aussi de grands territoires peuplés
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