‹ La Hongrie après le traité de TrianonChapitre 6 sur 11 · IC · texte numérisé non relu

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Métallurgie

Machines

Industrie de la pierre, poterie etc

Industrie du bois et de l'os

Tannerie,

brosserie etc

Industrie textile

Confection

Papeterie

Industrie alimentaire

Industrie chimique

fil

cr

Imprimeries

Total

l'industrie 155

donner du travail à la population pauvre, la minoterie (2513), qui d'ailleurs est surtout une industrie des régions magyares, et la fabrication du sucre (1574).

Les territoires occupés par les Tchèques fournissaient 14"/o des produits alimentaires avec une valeur dépassant 230 millions, sur lesquels cependant la région purement magyare était représentée pour 134 millions. La fabri;: cation du sucre était très considérable dans les régions détachées par les Tchèques, elle occupait 7890 ouvriers. La manufacture du tabac donnait du pain à 4948 hommes. La minoterie faisait vivre 1335 personnes et la fabrica* tion des bonbons et du chocolat 1214.

Les Yougoslaves ont mis la main sur un territoire d'une grande importance au point de vue agricole et où par conséquent l'industrie alimentaire est fort développée et représente une valeur de 116,000.000 c. Notons que tous les autres produits industriels ne représentent ici que 32,000.000 c mais il n'y a guère que la fabrication du sucre qui joue un rôle important (2366 ouvriers) ainsi que la minoterie (1571 travailleurs). Toute autre branche de l'industrie alimentaire n'est représentée que très mo* destement. La raffinerie est encore considérable sur le territoire de l'occupation autrichienne, avec ses 1394 ouvriers ; ici on ne produit guère d'autres articles ali# mentaires.

Le territoire qui reste à la Hongrie marchait en tête dans toutes les branches de l'industrie alimentaire. Pour le nombre des ouvriers la plus importante était sans aucun doute la raffinerie, puis venait la manufacture du tabac; toutes deux employaient plus de 10.000 ouvriers. Dans la minoterie le recensement de l'automne 1917 a* trouvé 7122 ouvriers, car la production de la farine avait dès cette époque quitté en partie les grandes mino# teries pour s'installer dans les petits moulins. La brasserie occupait 3583 ouvriers, la fabrication des bonbons, des

156 l'industrie

pâtes d'Italie, du saucisson et des spiritueux employait 1 — 2000 hommes, la laiterie occupait près de 1000 per;: sonnes etc. Budapest tenait la première place dans la préparation des produits alimentaires, les fabriques de la capitale produisaient des marchandises pour une valeur de 503,000.000 c.

En tenant compte de ce que nous avons dit cis^dessus de la crise agricole en Hongrie et du développement possible de l'agriculture en cas d'appui financier, on peut considérer comme assuré l'avenir de l'industrie ali* mentaire qui sera sans doute un des grands facteurs de l'industrialisation du pays mutilé. Par rapport au manque de combustible on peut bien avoir ici les mêmes préoccupations, mais les matières premières, si l'agri* culture de la Hongrie se développe, seront à la dis* position de l'industrie dans une plus forte mesure que par le passé. Ainsi préparés et raffinés, les produits de notre agriculture arriveront sur le marché considérables: ment accrus en valeur.

A côté de la minoterie, qui est déjà une industrie très avancée en Hongrie, ce sont surtout la fabrication des pâtes d'Italie, des conserves de légumes, la distillerie et la charcuterie qui sont susceptibles d'un grand déve* loppement. Il faut songer en premier lieu à la fabrication des conserves, surtout des conserves de fruits, car l'élé? vation des salaires et des frais de transport, qui se main^: tiendra encore longtemps, entrave considérablement l'entrée des fruits sur le marché international. La manu* facture du tabac et même de nombreuses branches de l'industrie alimentaire peuvent être soumises à une dé* centralisation et par là on peut remédier au manque de forces motrices.

Ces produits exceptés, l'industrie hongroise produisait les plus grandes valeurs dans les diverses branches de la métallurgie: près de 502,000,000 c, ensuite dans la

l'industrie 157

fabrication des machines : plus de 305,000.000 c. On voit que la production totale de ces deux branches industrielles atteint à peine la moitié de la valeur de l'industrie alimentaire. Les occupations étrangères ne frappent pas également ces deux genres de production, car à peine 50,3"/o de la production métallurgique ress tent en deçà des frontières nouvelles, tandis que 82,1'Vo de la fabrication des machines se trouvent dans le terri* toire central. Néanmoins nous nous occupons à la fois de ces deux catégories industrielles, car l'avenir de chacune dépend de la quantité de fer brut qui sera à leur disposition et de celle du coke et du charbon, dont elles consommaient près de 16—17 millions de quintaux (environ 2,500.000 q de coke).

Le territoire de l'occupation tchèque produisait dans la métallurgie pour 135,000.000 c et dans la fabrication des machines, qui avait lieu surtout en régions magyares : 8,400.000 c ; dans la métallurgie la vallée du Garam tenait la première place (66,900.000 c).

Dans le territoire occupé par les Roumains la métallurgie marche en tête avec une production de 111,200.000 c tandis que la fabrication des machines produisait à peine pour 26,000.000 c et cela surtout dans la partie méri? dionale des régions habitées par des Magyars.

Dans la Hongrie occidentale et sous l'occupation yougoslave la production de la métallurgie est peu importante.

La région centrale produisait en métallurgie pour la valeur de 252,400.000 c et dans la fabrication des machines pour 250,700.000 c; les * s de cette dernière catégorie (199,700.000 c) reviennent à Budapest et comme d'autre part la production métallurgique y était également importante (72,500.000 c) Budapest est vives: ment intéressé au sort de ces deux branches voisines.

D'ailleurs le nombre des ouvriers permet de conclure

L INDUSTRIE

sur l'intensité de la production dans la région centrale. Des 68.134 ouvriers occupés dans les grandes métallurj: gies, 43.478, soit les deux tiers de l'eftectif total, travail:: laient ici. La proportion est plus grande encore dans les fabriques de machines : 85,9Vo, soit 42.201 ouvriers sur 49.105. Rien que la fabrication des chaudières, des wagons, des bateaux et des machines occupait près de 30.000 ouvriers, les forges près de 16.000, les fabriques d'articles électro?techniques 6000, la serrurerie 3500, la ferronnerie 2400 etc.

l.e tableau suivant montre les besoins du pays en fer et en minerai de fer ; il est basé sur l'exploitation d'avant::guerre, ces chiffres indiquent donc une quantité inférieure à celle dont nous aurions réellement besoin pour les travaux de reconstruction et pour la petite industrie :

Matières

as o

Minerai de fer — — — - .

Fer brut et vieilles ferrailles

Produits en acier brut et

en fonte — — -- — —

Si nous comparons ces chiffres à la statistique de la production et du commerce du fer que nous avons fait connaître dans le chapitre précédent, nous devons con* stater que le territoire restant souffre gravement du manque de matières premières.

Cependant le capital investi dans les métallurgies et les fabriques de machines est si important, et d'autre

l'industrie 159

part les ouvriers de cette branche sont un élément si précieux de l'armée industrielle que ces usines ne peu:= vent rester sans travail.

A l'heure qu'il est cette industrie se conforme à l'arrivage du fer étranger et travaille partie pour l'expor* tation, partie pour occuper les ouvriers, partie pour le compte de l'Etat hongrois et en premier lieu, pour celui#ci, à la reconstruction des chemins de fer.

Elle reçoit même des commandes de la Yougoslavie et de la Roumanie pour la reconstruction des chemins de fer de ces États. Les travaux de réparation l'occupent aussi pour un certain temps sans qu'on ait besoin d'une notable importation de matières premières. L'ouverture des barrières douanières, surtout vers les gisements de fer de la Haute=Hongrie détachés par le traité de Trianon, contribuerait sans doute efficacement à faire revivre l'industrie métallurgique ; néanmoins, sur le domaine de l'industrie dite lourde, la Hongrie ne peut guère songer dans sa situation actuelle à un développement considérable.

Pour la valeur de la production c'est d'abord l'industrie chimique qui est à signaler avec une production de 230,600.000 c dont 54,7Vo sont perdus pour la Hongrie mutilée. Parmi les régions détachées ce sont surtout les territoires de l'occupation tchèque et roumaine qui partie cipent à cette production avec des sommes considérables (43 et 41,1 millions de couronnes) puis viennent Fiume avec une production de 10 millions, surtout dans le raffinage du pétrole, ensuite l'occupation yougoslave avec 7,2 millions, enfin la Hongrie occidentale avec près de 3 millions.

Dans le territoire occupé par les Tchèques les régions magyares produisaient pour 23 millions, la Ruthénie pour 7 millions et les établissements du Vâg supérieur pour 6 millions de couronnes. Les principales branches

160 l'industrie

industrielles de ce pays sont la distillation du bois avec 2840 ouvriers et la fabrication des explosifs avec 1117 travailleurs.

Sur le territoire de l'occupation roumaine, les régions magyares produisaient dans l'industrie chimique une valeur supérieure à 16 millions. Ici encore la distillation du bois tient la première place avec 2612 ouvriers, puis vient la fabrication de l'asphalte et du goudron avec 1000 travailleurs.

Dans la région centrale, restée à la Hongrie, il faut mentionner la fabrication des bougies et du savon, des huiles végétales, des médicaments, de l'asphalte, du goudron, des allumettes, de la colle et le raffinage du pétrole. La distillation du bois manque entièrement dans la Hongrie mutilée, la fabrication de la soude n'y joue qu'un rôle secondaire.

L'industrie chimique hongroise manque de deux matières premières importantes : de bois et de pétrole. Espérons que les établissements restés en dehors des frontières et produisant les matières à l'état brut trou* veront leur chemin, malgré l'isolement économique actuel, vers les fabriques du centre qui achèvent la préparation de leurs marchandises.

D'autre part, dans plusieurs branches de cette industrie, on peut s'attendre à un essor rapide dans un avenir prochain ou lointain, indépendamment des frontières politiques. Ce développement suppose une forte com?; mandite et une amélioration de l'approvisionnement en combustible. Nous pensons d'abord aux branches de l'industrie qui produisent des valeurs importantes à l'aide de matières faciles à se procurer et dont le débit est constamment assuré. Il suffit de mentionner ici princi* paiement la fabrication des huiles végétales, des allu# mettes, des bougies, du savon, de l'amidon, de l'asphalte, du goudron, des couleurs, du vernis et des médicaments.

L INDUSTRIE

La fabrication des engrais chimiques promet aussi un bel avenir, bien que pour le moment l'agriculture ne soit pas à même d'intensifier sa production. Recom* mencer l'importation des phosphates d'outre*mer, extraire l'azote de l'atmosphère et appliquer les autres grandes inventions de la chimie agricole, voilà ce qui assurerait des revenus certains à l'entrepreneur et la prospérité à l'agriculture du pays.

En général l'intensification de la production agricole peut fournir une quantité de matières de plus en plus grande à l'industrie chimique, laquelle à son tour peut lui vendre de plus en plus.

La production de l'industrie textile en Hongrie repré# sentait près de 193,000.000 c dont seulement 40,8Vo resteraient à l'intérieur des frontières nouvelles. C'est le territoire de la domination tchèque qui est le mieux pourvu de filatures; ces établissements produisaient pour une valeur supérieur à 70,000.000 c L'occupation rou* maine a enlevé à la Hongrie pour 25,000.000 c de produits; dans la Hongrie occidentale la production atteignait 12 millions; l'occupation Yougoslave a détaché des filatures avec une production de 6,700.000 c.

Sur le territoire de l'occupation tchèque deux grands établissements sont situés sur le cours supérieur du Vag, ils ont élevé la production de ces régions jusqu'à 40,800.000 c. Dans l'ouest de la région magyare dominée par les Tchèques le rendement de la production textile était de 18,500.000 c, dans l'est il était de 3,800.000 c. La filature de la laine est ici l'industrie la plus déve= loppée, elle occupait 5500 ouvriers. L'industrie cotonnière occupait plus de 4000 travailleurs ; 2600 personnes travaillaient dans l'industrie du chanvre et du lin et 1500 étaient employées à la confection des matières textiles.

Dans les régions magyares dominées par les Roumains on trouve une production textile d'une valeur de

L INDUSTRIE

14,000.000 c; plus de 1000 ouvriers étaient employés dans l'industrie cotonnière et lainière, dans la prépara* tion du chanvre et du lin, la tricoterie et le tissage. Dans la Hongrie occidentale le rôle principal revient à la filature du jute.

Dans la production textile de la région centrale Buda* pest représente une valeur de 25,000.000 c et le comitat de Pest une valeur de 21,000.000 c.

La branche la moins développée de l'industrie textile dans cette région est l'industrie lainière : sur les 8500 travailleurs de cette industrie on n'en trouve que 600. L'industrie cotonnière occupait ici 2600 ouvriers, la filature du chanvre 2400; celle du jute près de 2000. Une partie de la soierie se trouve aussi sur ce territoire. Dans la confection des produits textiles c'est encore le tronc mutilé du pays qui est venu à la première place, surtout dans la tricoterie et le tissage.

L'industrie textile hongroise n'a couvert de tout temps qu'une faible partie des besoins et l'excédent d'importation

Produits perfectionnés

Matières premières et demi-produits

Excédent d'importation en matière textile (en millions de Couronnes).

l'industrie 163

en matières textiles était constamment élevé, comme le montrent les données suivantes, qui indiquent cet excédent en 1000 c.

Moyenne de 1901 — 1905 327.654

« de 1906—1910 420.904

« en 1911 450.295

« en 1912 440.737

Les besoins étant considérables, le développement possible de cette industrie est presque illimité.

Les produits de l'industrie textile ont tellement engagé l'exportation hongroise que la diminution de ce grand passif dans la mesure du possible nous paraît un des principaux devoirs de la politique économique hongroise. Comme conditions favorables au développement on peut citer deux laits : d'une part la production du pays fournit suffisamment de matières premières ; d'autre part cette industrie exige relativement moins de forces motrices et ainsi la crise du charbon l'atteint moins. Enfin il est certain que cette industrie peut mieux employer le personnel féminin, qui se recrute toujours plus facile? ment. Cependant, pour les articles produits en masse, le pays sera toujours réduit à l'importation mais il cherchera sans doute à se fournir dans les pays où il obtiendra des concessions réciproques. Il ne faut pas oublier que les événements récents viennent de prouver que les produits de l'industrie textile forment le plus rapidement les stocks superflus dûs à la surproduction.

L'industrie vestimentaire a lieu pour une grande partie dans les petits ateliers, mais la production des manutac* tures mêmes représentait une valeur de 32,300.000 c. Dans cette industrie, et grâce à la grande produc* tion de Budapest, c'est encore la région centrale qui occupait la première place : 74,7" o reviennent à la Hongrie nouvelle ; 14,4", o reviennent aux territoires de l'occupation

L INDUSTRIE

roumaine, grâce aux grandes villes magyares qui y ont été rattachées. L'occupation tchèque ne représente que 6"/o et l'occupation yougoslave un peu moins : 5Vo. Dans

Soierie à Szekszârd.

la Hongrie occidentale il n'y a presque pas de production notable en cette industrie.

Dans la région centrale de la Hongrie toutes les branches importantes de la confection sont représentées

l'industrie 165

aussi par de grandes manufactures. La plus développée est la confection des vêtements, avec plus de 3000 ouvriers de fabriques, ensuite la fabrication des chaussures, du linge, la chapellerie, la ganterie, la parasolerie, la fabrication des fleurs artificielles et la plumasserie, qui occupent un nombre plus ou moins grand de travailleurs. La grande industrie de Budapest produisait une valeur de 17 millions, sur la production totale de 24.

Certes l'industrie vestimentaire subit les inconvénients de l'isolement artificiel d'aujourd'hui et la vie chère réduit la clientèle. A l'époque d'une crise économique, le développement est incertain pour beaucoup de produits de l'industrie vestimentaire dépendant du goût, de la mode et du luxe ; néanmoins la reprise de la confection des articles les plus importants et produits en masse n'est pas impossible, car les régions récem* ment détachées sont habituées à se fournir sur le marché de Budapest. Pour l'industrie vestimentaire nous n'avons qu'à répéter ce que nous avons dit à propos de l'induss: trie textile : en effet cette industrie exige encore moins de forces motrices et l'emploi de la main^d'oeuvre fémi^^ nine facilite le développement de la production.

L'industrie lignière produisait dans toutes les fabriques de la Hongrie une valeur de 186,300.000 c, dont seule* ment 22,2'^'/o restent à la Hongrie centrale. Près de la moitié de la production : 48,2" o sont tombés sous la domination roumaine, 24,3 vo reviennent à l'occupation tchèque, tandis qu'au sud et à l'ouest cette industrie ne joue presque aucun rôle. Dans chaque région de l'occu* pation roumaine cette industrie est florissante mais la première place revient sans aucun doute au pays székely dont la production représente une valeur de 28 millions de couronnes. Dans ce territoire cette industrie comprend avant tout les scieries, avec 39.000 ouvriers.

Les Tchèques ont privé la Hongrie, dans la vallée du

166 l'industrie

Vâg supérieur, d'une industrie lignière d'une valeur de 13,000.000 c. Ici encore les scieries tiennent la première place, avec près de 10.000 ouvriers ; les autres branches étaient aussi assez bien représentées, surtout la fabrication des meubles en bois incurvé, les autres industries du meuble et la menuiserie.

Les scieries de l'occupation yougoslave faisaient vivre environ 1000 ouvriers ; parmi les autres branches ce sont la fabrication des meubles, celle du celluloïde et la van# nerie qui avaient le caractère de la grande industrie.

Dans la Hongrie occidentale on trouve de petites scieries et dans les manufactures on fabriquait divers objets de menuiserie.

Dans la région centrale du pays toutes les branches de l'industrie lignière sont représentées à l'exception de celle des meubles en bois incurvé ; citons avant tout la fabrication du meuble et la menuiserie, ensuite la van* nerie, la charronnerie, la fabrication des instruments agri;: coles, la parqueterie, la tonnellerie, la cannerie et la fabris: cation des cadres — etc. Ces formes multiples de la préparation du bois reviennent encore pour la plupart à Budapest, qui produisait pour une valeur de 20,600.000 c dans l'industrie lignière et les industries apparentées.

Le manque de bois, résultat de la mutilation du pays, est la plus grosse perte de la vie économique hongroise, surtout dans cette difficile période de transition où des raisons politiques et valutaires ainsi que les obstacles de la circulation séparent ce pays des régions produisant le bois nécessaire à la reconstruction intérieure et renchéris* sent considérablement cette matière première si impor* tante. La perte des forêts compromet en outre le bilan commercial, car dans la situation actuelle l'exportation du bois ne peut guère être remplacée par celle d'une autre marchandise. De plus, indépendamment de l'impor? tance générale de cette crise, le manque du bois comme

l'industrie 167

combustible et du charbon de bois se fait et se fera sentir très vivement dans l'industrie hongroise. La pré# paration du bois traverse aussi une crise grave par suite de cette calamité et il est fort douteux que la belle industrie mobilière hongroise, florissante et fort déve^: loppée, puisse conserver sa position sur le marché. La tonnellerie luttera aussi avec de graves difficultés, ainsi que la préparation des bois de construction, bien que cette dernière industrie puisse probablement continuer, même à l'avenir, ses relations avec ces deux grands fournisseurs : le Vâg et le Danube qui portaient jusqu'ici leurs trains de bois, genre de transport dont le bon marché défie toute concurrence. Les branches de ce genre d'indu= strie les plus susceptibles de développement sont celles qui ont une importance secondaire et qui consistent dans la préparation du roseau, de la paille, du sorgho, de l'osier etc et d'autre part celles qui tendent à un travail plus artistique de la matière première. L'ébénisterie va remplacer en partie la simple menuiserie, d'autant plus qu'elle peut supporter les frais élevés de l'importation et grâce à l'organisation de l'art décoratif elle ne manquera pas, dans des conjonctures politiques plus favo* râbles, de reconquérir les marchés d'hier et même de gagner l'Occident aux marchandises hongroises. En effet, dans l'enseignement professionnel, la Hongrie a toujours favorisé l'art de l'ébéniste et les produits de l'industrie hongroise étaient toujours bien accueillis aux expositions internationales.

La production de l'industrie du verre, de l'argile et de la pierre avait lieu principalement dans la région centrale, grâce surtout à la tuilerie, cette industrie malheureusement inactive de nos jours ; 59'^'/o de la production qui était de 120,600.000 c, revenaient au territoire central; 22,l^Vo à la domination tchèque; 13,2Vo à l'occupation roumaine. La production du territoire yougoslave était considéra*

L INDUSTRIE

blement inférieure (3,8^^o), ainsi que celle de la Hongrie occidentale.

Les régions magyares de l'occupation tchèque enlèvent à la Hongrie une production de 10 millions; la majeure partie des verreries tombent sous la domination tchèque avec près de 2800 ouvriers.

Exposition d'industrie domestique à Budapest.

Dans le domaine de l'industrie de l'argile et de la pierre, l'occupation roumaine a gagné une production de la valeur de 3 millions rien que dans les régions magyares. Cette occupation prive la Hongrie d'une branche spéciale de cette industrie : la fabrication du plâtre. Sur le terri* toire yougoslave et dans la Hongrie occidentale la bri# queterie joue le premier rôle en dehors de la fabrication du ciment et de l'industrie de la pierre.

l'industrie 169

La briqueterie est encore la branche la plus développée sur le territoire resté à la Hongrie, elle donnait du pain à 19,000 ouvriers. Ensuite vient l'industrie de la pierre avec plus de 4000 et celle du ciment avec 3500 ouvriers, puis la chaufournerie, la verrerie, le polissage du verre, la poterie, la fabrication de la pierre artificielle etc. Il découle de la nature de ces industries qu'elles s'accomodent au lieu d'extraction de la matière première et ainsi la concentration n'en est pas si marquée. Sur la valeur de 71,200.000 c produite par la région centrale, la capitale est représentée pour 18,800.000 c.

La dissection de la Hongrie attaque sans doute dans leur base toutes ces industries, mais la perte est ici rela* tivement moins grave ; les verreries restées en Hongrie luttent contre le manque de matières et surtout contre le manque de charbon. Cette industrie, qui était d'ailleurs dans son enfance, s'amoindrit considérablement. Comme la région centrale est très pauvre en pierre, l'industrie de la pierre se voit obligée de réduire ses proportions. Le manque de chaux se fera sentir dans la construction des maisons et ce qui nous est resté de la production calcaire est défavorablement influencé par le manque de combustible.

La crise générale du bâtiment, qui est un résultat non seulement du démembrement du pays mais encore de la guerre perdue et du délabrement des finances de l'État, constituera encore pendant longtemps un obstacle au développement de l'industrie ; néanmoins un outillage tout préparé attend le nouvel essor du bâtiment et après le repos forcé qui dure depuis deux ans ce n'est pas le travail qui manquera.

Sur les produits de l'industrie du cuir, qui représen:: taient en Hongrie 78,100.000 c, il ne reste à la Hongrie que 57,6Vo; relativement plus grand est le rôle des régions occupées par les Tchèques, avec 32% ; tandis que l'oc*

170 l'industrie

cupation roumaine reste bien en arrière avec sa pro* duction de 9" o.

L'industrie du cuir lutte elle aussi avec des difficul* tés spéciales, surtout avec le manque de tannine et de sel; cependant, comme le pays avait dans les dernières années une grande exportation en peaux brutes, on peut supposer qu'après le rétablissement de la vie écono# mique normale la production de cette industrie se rétais blira à son tour et qu'elle sera même susceptible de développement, en considération des grands besoins en cuirs.

La maroquinerie a les mêmes chances de développe* ment que l'ébénisterie et l'évolution artistique de cette industrie est assurée par un nombreux personnel expert en ces matières.

Plus tristes sont les perspectives de la Hongrie dans la papeterie ; dans la production annuelle de 50 millions, qui était loin de couvrir les besoins du pays, le terri* toire resté ne figure que pour 21,6Vo; 56,9^/o apparti* ennent désormais aux Tchèques, 15,4"/o aux Roumains, 4,3Vo à Fiume et l,8Vo à la Hongrie occidentale. A l'intérieur des frontières nouvelles la papeterie est tout à faite insignifiante, faute de matières premières ; elle occupe 140 ouvriers. L'apprêtage est déjà plus consi* dérable, il occupait 2500 ouvriers ; cette production se concentre surtout à Budapest et en con.paraison de la valeur de 9,700.000 c produite par cette ville le rende* ment de l'industrie provinciale ne peut guère entrer en ligne de compte.

La perte des forêts empêche absolument que la pape* terie soit une industrie viable dans la Hongrie mutilée. Il ne pourra être question de cette industrie que dans le cas où les progrès de la technique permettront dans la fabrication du papier l'emploi peu coûteux d'autres matières que le bois, alors seulement la contrainte actuelle

l'industrie 171

fera place à la liberté du développement. Il ne faut pas oublier que la question de la papeterie n'est pas seulement un problème pour l'industrie et pour le bilan commercial : elle est en relation intime avec la culture générale du pays.

L'imprimerie est un instrument de propagande de cette culture et l'on comprend que le territoire central y ait pris la plus grande part avec sa production de 88,4", o ; celle de Budapest, évaluée à 39 millions de couronnes, constitue 8rVo de l'industrie du pays entier. Dès lors il est naturel que même dans les régions occupées l'ims primerie se distingue avant tout dans les foyers actifs de la culture hongroise. C'est ainsi que nous sentons sur le territoire de l'occupation tchèque la supériorité des villes hongroises de Presbourg et de Kassa où l'imprimerie était aussi très développée et de même sur les territoires roumains la grande production de la cul:= ture et de l'imprimerie hongroises de Nagyvârad, d'Arad, de Temesvâr et de Kolozsvâr, auxquelles se rattache la ville allemande de Nagyszeben ; c'est pourquoi les près? ses de la domination yougoslave deviennent insignifiantes en comparaison.

Les réflexions que nous avons émises plus haut sur les perspectives des diverses branches industrielles n'ont, il va sans dire, qu'une valeur relative.

Depuis la fin de la guerre, la production industrielle se heurte dans le monde entier à toutes sortes d'obj: stades. Bien que le marché soit évidemment tout disposé à l'acquisition des marchandises destinées au renouvel* lement des stocks gaspillés pendant la guerre, à présent, dans bien des pays et malheureusement aussi en Hongrie, les moyens financiers du public ne sont pas en rapport avec ces dispositions, par suite du disagio de l'argent.

Dans son isolement actuel la Hongrie lutte en tout cas avec les plus grandes difficultés, d'abord les im;:

172 L INDUSTRIE

pitoyables barrières douanières qu'on a dressées contre elle et qui défient tout calcul approximatif de la part des économistes. Nous ne sommes pas à même d'apprécier de quelle façon l'industrie, luttant avec des difficultés de production et en deçà et au delà des frontières, trouvera son compte dans le placement de ses produits. Il ne faut pas considérer tout établissement perdu au point de vue politique comme perdu au point de vue économique, car malgré les barrières artificielles la marchandise parvient tôt ou tard à l'endroit où elle trouve le débit le plus favorable, mais d'autre part les marchés d'hier ne sont pas toujours ceux de demain, car une industrie très développée et amortie depuis longtemps peut conquérir aux dépens de la production hongroise des débouchés que celle::ci a considérés étourdiment comme appartenant à la Hongrie.

D'autre part la diminution territoriale du pays, l'affai;: bhssement de l'État, ce grand protecteur de l'industrie, amoindrissent les chances de placement sur le marché intérieur et compromettent ainsi la situation de la popus: lation industrielle.

Deux grands principes doivent diriger à l'avenir, pendant cette période d'isolement politic^ue et écono# mique, le programme industriel de l'Etat hongrois: l'un est que le grand manque de produits assure pour longtemps la production et le développement de l'indus;: trie dans toutes les branches dont l'existence n'est pas rendue impossible par les circonstances actuelles ; dès lors l'effort tendant à chercher les nouvelles chances de production industrielle en dépit des mauvaises con:= jonctures momentanées sert les intérêts du pays et contribuera à lui procurer les matières premières néces* saires ; l'autre, c'est que les conditions de la vie pour l'ouvrier étaient défavorablement influencées par la trop grande centralisation de l'industrie, qui diminuait même

l'industrie 173

les facilités de travail. Comme la vie du travailleur serait mieux assurée et d'une façon plus constante dans le cas d'une exploitation rationnelle des forces motrices, l'industrialisation de la province serait une tâche des plus importantes ; les établissements industriels doivent donc être placés près du lieu d'origine des matières premières.

Tous ces points de vue ont une valeur générale pour l'organisation industrielle de l'État hongrois.

Nou> devons nous abstenir pour le moment d'appré:: cier la situation de l'industrie hongroise par rapport aux Etats étrangers.

Les grands États vainqueurs ne manqueront pas de reconnaître que c'est uniquement la liberté de la circu:: lation économique qui peut garantir de crises continuelles leur propre production. Certes la Hongrie est un faible facteur dans la concurrence mondiale, mais dans la libre circulation ce n'est pas l'origine, mais bien la qualité des marchandises qui leur assure Une place sur des marchés tout indiqués par la situation géographique du pays d'origine.

Le chemin plus ou moins long que fait la marchan* dise de sa naissance à sa mort, du producteur au con* sommateur, est aplani par le commerce. Bien qu'il n'occupe que la plus petite partie de la population hon? groise, le commerce croissait de plus en plus, comme le prouve son développement depuis quelques dizaines d'années: en 1890 s'adonnaient à cette profession 2,7"/o des personnes gagnant leur vie, 2,8" o en 1900 et déjà 3,6^/0, soit 278.104 en 1910. Ce dernier chiffre était d'ailleurs plus grand qu'il n'eût fallu : la nécessité des échanges commerciaux ne croissait pas dans la même mesure que le nombre des intermédiaires.

Budapest était le centre du commerce hongrois, même aux époques où pour des raisons politiques on s'efforçait de refouler cette ville à l'arrière^plan, comme par exemple vers le milieu du XIX^ siècle. En 1910 la proportion du nombre des commerçants était de 4,6'Vo sur le terri* toire qui reste à la Hongrie, tandis que dans les régions détachées elle était de 3,P/o et même de 2,6"/o seulement dans la partie occupée par les Roumains. Les régions essentiellement roumaines et slovaques étant situées le plus loin des grandes voies du trafic, c'est là que la population marchande jouait le rôle le plus faible.

Nous manquons de données statistiques indiquant au point de vue territorial les échanges commerciaux à l'intérieur du pays et pourtant de telles statistiques montreraient sans doute le plus sûrement quel immense rôle revenait aux régions centrales dans le rassemblement

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importation

exportation

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excéden-

d'inipor-

tation.

Commerce extérieur de la Hongrie en milliards de Couronnes.

et la distribution des marchandises et combien leur jonction avec les territoires détachés était organique.

Cependant ces faits ressortent dans une certaine mesure de la situation du commerce extérieur, bien qu'autrefois des statistiques ne fussent dressées exactement que pour ce commerce dans son ensemble, car on ne songeait pas à les détailler suivant une répartition territoriale corres* pondant aux nouvelles frontières et d'autre part les pays mêmes avec lesquels les échanges commerciaux étaient les plus vifs, l'Autriche particulièrement, étaient con* sidérés comme un ensemble géographique dont personne ne pensait alors qu'il dût un jour tomber en morceaux.

Avant la guerre le bilan du commerce extérieur n'était pas défavorable, bien que dans les derniers temps il se chiffrât par un passif, ce qui n'était pas alarmant : l'exportation était constituée presque exclusivement par l'excédent de la production annuelle et dans l'impor* tation, outre la satisfaction de nos besoins, un grand rôle revenait toujours aux articles d'investition, machines et autres éléments d'outillage, qui favorisaient l'accrois* sèment de la production à venir. Le bilan final du com:= merce extérieur avant la guerre, en millions de couronnes, se constituait de la manière suivante :

Dates

Importation

Exportation

Excédent

d'importation d'exportation

en millions de couronnes

1901 — 1905 moyenne

annuelle __- — —

1906 — 1910 moyenne

annuelle -- — .-

Par suite du démembrement le commerce extérieur de la Hongrie a dû bon gré mal gré, sous beaucoup de rapports, prendre de tout autres directions : en effet ce que le consommateur pouvait trouver jusqu'ici sur le territoire même, désormais il lui faudra éventuellement le chercher ailleurs, là où la compensation présente le moins de difficultés etc. C'est particulièrement l'expor* tation que le démembrement du pays force à s'organiser d'une autre façon. Les produits agricoles étaient dirigés vers l'ouest, c'est pourquoi les régions occidentales en fournissaient la plus grande partie, car elles trouvaient une compensation dans l'excédent de production des territoires plus éloignés de la frontière mais cependant assez rapprochés d'elles : le centre et plutôt encore les régions méridionales. A l'intérieur d'un seul et unique territoire économique, rien ne s'opposait à ce système d'échanges, devenu impossible depuis qu'est brisée l'unité territoriale hongroise.

C'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue en con? sidérant les données statistiques que nous énumérons ici et qui, si elles éclairent le rôle que les territoires conservés ou perdus jouaient auparavant dans le coms: merce extérieur, ne sauraient permettre, sauf en quelques points peu importants, d'en tirer des conclusions sur la situation à venir.

La source la plus abondante de l'exportation hongroise était jusqu'ici la production agricole, notamment la culture et l'élevage du bétail.

Parmi les produits de l'élevage il faut citer en pre:= mière ligne l'exportation des bovidés, dont 347.318 têtes étaient exportées en 1913. Le principal consommateur était l'Autriche qui achetait presque le tout, principale? ment pour les territoires formant l'Autriche actuelle et dans une beaucoup plus faible mesure pour les régions passées sous la domination tchèque ou italienne ; le

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