‹ La Hongrie d'hier et de demainChapitre 10 sur 21 · TITI · texte numérisé non relu

TITI

L'orientation future

Le trait d'union entre la Hongrie et l'Allemagne. — Les manœuvres de Tisza. — Le « Zollverein ». — Trialisme ou indépendance ?

La dénonciation de ce que nous continuerons à ippeler l'erreur hongroise, n'offrirait plus d'intérêt 1 l'heure qu'il est, si cette erreur, trop longtemps incrée dans nos esprits, ne menaçait encore d’avoir les conséquences dangereuses après la guerre, lors les délibérations d’où sortira le nouveau plan d’équiibre européen.

L'opinion se préoccupe naturellement du sort de empire Austro-Hongrois, après la victoire des liés. D'aucuns pensent que la survivance d'une iutriche orientée de notre côté est pour nous un ontrepoids nécessaire à ‘ce que sera l'Allemagne, ‘autres sont pour le démembrement de l'empire des labsbourg.

Il nous semble que la connaissance exacte des éritables tendances politiques de la Hongrie peut tilement influer sur le choix du parti à prendre.

D'une part, nous avons cité l'opinion d'un Hon-

LED È grois notable, sur la valeur des sympathies que la France pouvait attendre de la Hongrie. |

D'autre part, nous croyons avoir suffisamment démontré que le « séparatisme » n’était qu’un trompe l'œil, un masque qui cachait les intentions des partis gouvernementaux, qu'en réalité l'union avec l’Aun triche était considérée par les partis comme nécess| saire en même temps que cette puissance servait de: trait d'union entre la Hongrie et l'Allemagne, bouss clier contre le danger slave. À

« La nation hongroise, déclarait déjà Louis Kossuth à la diète de Pest le 11 juillet 1848, est appelée) à vivre en bonne et intime amitié avec la nation allemande ; elles sont appelées ensemble à 0 garder la rar occidentale. » #

Le 6 novembre 1915, dans la Neue Freie Presse, le comte Jules Andrassy écrivait à son tour : « L’ allié. naturel des Hongrois c’est l'élément allemand d’Au“ triche, et par delà celui-ci, l'empire allemand. »

Il nous paraît évident que l'attitude de la Hongrie: dépendra après la guerre du sort définitif de l’Au* triche : si l'Autriche des Habsbourg, même affaiblies par ses pertes de toute nature, constitue encore ut. ensemble politique imposant, les mêmes causes pro® duisant les mêmes effets, la Hongrie s’efforcera de lui rester attachée; si on contraire l'Autriche en tant qu’empire disparaît et se voit divisée en plu sieurs états indépendants les uns des autres, aucui, de ces états ne paraîtra assez puissant à sa voisine pour la défendre contre les Slaves. Or, le députi allemand Naumann disait à Berlin le 10 décembre dernier : « La Hongrie doit aller vers l'Autriche, sk

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elle ne veut pas aller à Moscou ». Les Allemands nignorent pas que le prestige de leur force mainlient les Hongrois dans leur orbite. Combien de fois ne nous a-t-on pas dit à Budapest : « Sans doute, vous autres Français, êtes gens aimables et l’on a plaisir à s’entretenir avec vous, mais l'Allemagne st plus forte ! » Le jour où cette force aurait disparu ou se trouverait considérablement amoindrie, zest du côté du plus fort, cette fois encore, que pourraient bon gré mal gré se tourner les Hongrois. La victoire des Alliés changera bien des choses : le lavisme, le péril redouté d'hier, se transformera Jeut-être à son tour en bouclier, mais il en serait l'autant plus sûrement ainsi que le trait d'union 1existerait plus entre la Hongrie et l'Allemagne.

Il faudra la ruine de l'Autriche pour donner un sens à la théorie du séparatisme. L'opposition honroise offrira alors quelque intérêt ; d'ici là elle ne era pour nous que la formule d’un certain parti brigé plus ou moins sciemment comme les autres, ar le maître actuel de la monarchie dualiste : le omte Tisza.

Nous connaissons l'objection : en démembrant Autriche on pousse vers l'Allemagne les neuf milions d’Allemands de la Haute et de la Basse Autrihe, du Tyrol et du Salzburg. Le professeur Masaryk, léputé tchèque au Reichsrath, y répondait hier : En maintenant la monarchie des Habsbourg on aisse l'empire germanique étendre la main sur cinjuante et un millions de sujets nouveaux. »

Et il disait encore : « Je sais bien que certains iommes politiques imaginent qu’un jour l'Autriche-

Langues

Hongrie se dressera contre l'Allemagne ; c'est une illusion fatale. Le courant pangermanique a complè= tement triomphé aussi bien à Budapest qu'à Vienne» D'autre part, si, au lieu d’être complètement désas grégée, l'Autriche perdait simplement des terri toires polonais et ruthènes au profit de la Russie et. les régions adriatiques au profit de l'Italie, les Alle= mands et les Magyars, qui seraient alors vingt mil lions contre dix millions de Tchèques et de Slovam ques, nous tyranniseraient complètement. Je dis, cela pour répondre aux illusions de quelques-uns dem mes compatriotes qui s’imaginent que dans une AUS | triche simplement diminuée nous pourrions AVOIIN notre place. » à

Séparer les Magyars des Autrichiens, c’est les” séparer des Allemands. Ne point le faire c'est laisser 2 subsister l’entr'aide germano-hongroise. 3

N'avions-nous pas raison de dire que la connais sance exacte des véritables tendances politiques des Hongrois pouvait utilement influer sur la solutions de la question même de la survivance de l'empirew des Habsbourg, et l'argument hongrois tel que nous le présentons, n'est-il pas Énrt éloquent jou nous décider dans le sens négatif ?

JL.

Mais nous n'ignorons pas que nos journaux ont. publié sur la politique intérieure de la Hongrie pen=. dant la guerre, des informations susceptibles d'im

bp

pressionner jusqu’à un certain point les lecteurs. Il fut d’abord question de désaccords entre la Hongrie et l'Autriche. Immédiatement l’on parla de la séparation possible. Plus récemment c’est avec Berlin, diton, que Budapest ne s’entendait pas. Nous voudrions mettre les lecteurs en garde contre les déceptions que selon nous, leur réserverait une trop grande confiance dans le résultat de ces soi-disant différends.

L'an dernier, quand les Russes des sommets des Carpathes dominaient la plaine, et que Budapest se sentait menacée, l’opposition hongroise exprima assez hautement son désir de voir proclamer l'indépendance complète de la Hongrie. Un tel désir exprimé à pareille heure pouvait paraître à Berlin el à Vienne, en cacher un autre plus inquiétant encore; il arriva donc que vers la fin de février, des renforts allemands furent envoyés dans les Carpathes pour arrêter l'invasion russe.

Or, dès que l'opposition hongroise manifesta en pleine guerre des tendances séparatistes, certains d’entre nous crurent que le moment était venu où leurs prévisions allaient se réaliser. On commença dans certains milieux à reparler de la question hongroise ; des personnes que l’on rencontre en temps normal tantôt dans les grands hôtels de Budapest, tantôt sur nos boulevards, se mêlèrent activement à ces conversations, mais à peine les Russes commencèrent-ils à reculer que le rêve des uns et des autres s'évanouit. Au Parlement hongrois l'opposition se taisait et Tisza, plus fort que jamais, devenait bientôt premier ministre de la double monarchie.

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