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nier, le peuple hongrois qui venait de faire une révolution, se tournait naturellement vers la grande nation de l'Occident qui s'était soulevée au nom des principes libéraux; lors de la répression beaucoup d'émigrés trouvèrent un refuge en France. Le peuple français répondait au mouvement francophile hongrois de cette époque et Lamartine, Victor Hugo, Michelet, donnaient une expression éloquente à ces sentiments. Au reste les Hongrois n’ont pas oublié la répression. Ils respectent en la personne de François- Joseph le roi de Hongrie, mais contre l’empereur de Vienne, ils gardent en leur cœur un ressentiment profond. N'est-ce pas lui qui appela le Russe contre eux? N'est-ce pas lui qui avec l’aide de ce dernier réprima implacablement la révolte? N’approuva-t-il pas - l'exécution ordonnée à Arad, le 6 octobre 1849, des treize généraux hongrois — les treize martyrs — qui avaient pris part à la guerre de l'indépendance? Les Hongrois ont pour les Autrichiens une incontestable antipathie, mais leur antipathie s'arrête à ces souvenirs, et de même que leur sympathie à notre égard, elle ne va pas au delà, c'est-à-dire qu’elle n'abolit pas en eux le sens politique et ne les fait pas hésiter quand il s’agit de sauvegarder leurs intérêts actuels tels qu’ils les comprennent.
. Sans doute le paysan hongrois est libéral et de ce fait son antipathie pour l'Autriche va plus loin que celle de l'habitant de Budapest; mais il ne compte pas. Nous avons assisté aux élections législatives dans la plaine, loin de Budapest. Tout ce qu’on peut imaginer pour fausser son vote est couramment employé, nous en avons donné un aperçu dans notre
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premier chapitre, et c’est merveille qu’il y ait encore après cela quelques candidats d'opposition élus. Seul, en politique, l'élément des villes compte et principalement celui de la capita e.
Malgré la tradition de sympathie dont nous venons de rappeler les différents témoignages, peut-on oublier la politique des Hongrois à l'égard de la France en 1870? François-Joseph, l’archiduc Albert et le comte de Beust, chancelier de l'empire, étaient, comme on sait, tentés de prendre la revanche de Sadowa par une guerre contre la Prusse. Ils estimaient que l’ailiance avec la France en favoriserait puissamment la réalisation. Beust demanda qu’on concentrât en Bohême une masse importante de troupes, afin de diviser les forces allemandes et d'empêcher que les armées françaises ne fussent accablées par le nombre dès le début des hostilités. Au contraire, le comte Andrassy était convaincu que la Prusse, sous la direction de Bismarck, réaliserait l'unité allemande, et que par conséquent la monarchie austro-hongroise devait chercher à se développer du côté des Balkans en se désintéressant de l’ouest. Il demanda donc que l’Autriche-Hongrie gardt la neutralité et il finit par faire PrÉAIoiTeS son avis.
M. de Cazaux, chargé d’affaires de France, écrivait le 1° mars 1871 au chef de cabinet de notre ministre des Affaires étrangères : « Le comte Andrassy est aujourd'hui un grand partisan de l'alliance austroprussienne, et voit dans l'appui des Allemands le salut de la Hongrie menacé par le Panslavisme. C’est lui qui a détourné le comte de Beust de toute
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intervention en faveur de notre intégrité Lerritoriale. »
Vingt ans plus tard, les sentiments du gouvernement hongrois à notre égard n'étaient pas devenus plus bienveillants. On se souvient de la colère que soulevèrent en France, pendant l'été de 1888, les propos tenus par le ministre du commerce et le président du Conseil de Hongrie, Coloman Tisza, afin de dissuader les industriels hongrois de participer l'année suivante à notre Exposition.
Enfin faut-il rappeler l’avertissement que donnait aux Français, il y a dix ans, un Hongrois sincère, le baron Feyervary alors président du Conseil? Le 11 mars 1906, ce personnage disait au correspondant du Petit Parisien à Budapest : « Les Français prennent beaucoup trop au sérieux les phrases ronflantes, les grandes et vaines promesses de M. Kossuth, du comte Apponyi et consorts. Je ne saurais certainement blâmer les Français de prêter leur sympathie à des hommes politiques qui leur font envisager l'éventualité et qui leur offrent même la possibilité — ils le prétendent du moins — de briser la Triple Alliance. Peut-on bien s’'imaginer en France que l'opposition hongroise puisse sérieusement tenir tout ce qu'il lui convient de promettre? En Hongrie, il faut tenir compte de ce fait que nous sommes en monarchie et que, dans la politique extérieure, l’in- Muence du souverain a gardé intact tout son poids et toute sa valeur... Dès lors on ne peut qu'être surpris de voir que quelques journaux français : ajoutent foi — une foi presque ingénue, passez-moi le mot — à ces promesses abondantes de l'opposition
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hongroise, suivant lesquelles il suffirait qu'un cabinet Andrassy vint au pouvoir en Hongrie, pour que soit immédiatement et inévitablement rompue «la Triple Alliance... En somme, que l'opinion fran: çaise reste l’amie de l’opposition hongroise si cela lui fait plaisir, mais qu’elle n’en devienne pas la dupe. » N'est-ce pas fort édifiant que de retrouver dans cette citation les noms du comte Apponyi et du. comte Andrassy dont on a lu les discours prononcés, au cours de cette guerre ?..
En résumé, les Ho qui sont sensibles aux qualités propres de l'esprit français et pour qui notre goût n’a rien perdu de son prestige, tenaient à. ce que Paris eût de leur capitale, de leurs manières et de leurs œuvres une bonne opinion, mais là se bornent les relations que la plupart d’entre eux souhaitaient d'entretenir avec nous. « Les Magyars sont inébranlables dans leur dévouement aux Alle“ mands et à la cause allemande, écrivait encore tout. dernièrement un publiciste hongrois, Hugo Veigels sberg, bien connu sous le pseudonyme d’ « Ignotus »ÿ cependant ces considérations politiques ne leur fon pas oublier leur admiration pour le génie français. >