‹ La Hongrie d'hier et de demainChapitre 12 sur 21 · AA · texte numérisé non relu

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ne faut voir à notre avis que des manœuvres destinées à nous impressionner d’une manière favorable aux Magyars ; peut-être aussi, en lançant de temps en temps dans la presse européenne des nouvelles sur une certaine résistance contre cette union, les Magyars cherchent-ils à tirer le plus grand profit des pourparlers déjà en cours. Tisza laisse l’opposition se montrer récalcitrante, mais il voit en même temps le travail s’accomplir lentement malgré elle,

de par la volonté du Kaiser et des financiers de .

: Berlin, de Vienne et de Budapest.

Nous avons vu en effet, remplacer les gouvernants autrichiens opposés à cette réalisation par d’autres qui en sont partisans : von Bonnot ministre du Commerce autrichien, remplacé par Spitzmuller chargé spécialement de préparer la fusion économique ;

Engel remplacé aux Finances par Leith, Heinold à »

l'Intérieur par le prince de Hohenlohe. Nous avons

vu également la Deutsche Bank prêter 100 nmullions .

pour exploiter des mines et des usines en Transylvanie > l'Allemand Henkel - Donnersmarck donner

20 millions à une banque de Budapest ; les armateurs »

de Brême et de Hambourg, Ballin et Heineken, se | rendre à Budapest pour créer une ligne de naviga- .

tion partant de Fiume, unique port de la Hongrie. Pour le transport des céréales roumaines sur le :

Danube, les Allemands ont organisé tout un service

de chalands et de remorqueurs, et dans le défilé des |

Portes de Fer un halage mécanique perfectionné.

Sur la digue de pierre de la rive serbe, une voie a «

été posée ; une locomotive y circule et fait franchir

le défilé aux convois en vingt minutes au lieu d’une

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heure et quart, malgré la violence du courant ; à la sortie, des remorqueurs se substituent à la locomotive. Deux mille wagons de céréales passent journellement au lieu de quatre cents seulement qui passaient au début. Peut-on espérer que cette organisation allemande disparaisse après la guerre ? C’est le commencement de l'exploitation de la Hongrie. Un journal de Budapest annonçait récemment que les projets de plus de trente entreprises allemandes en Hongrie étaient déposés dans les ministères. L'Allemagne, qui souffre de ne plus avoir assez de régions agricoles, en retrouverait en Hongrie. Elle serait l'instrument de la prospérité de ce pays après la paix comme elle aura été l'instrument de sa résistance pendant la guerre. Contre la main-mise allemande, les Karolyi, les Batthyany, les Andrassy, les Rakosy protestent trop tardivement et bien inutilement ; à moins que ce faisant, ils ne préparent de mèche avec Tisza une comédie hongroise pour le jour où les Alliés seront vainqueurs. Nous croyons Tisza assez habile et assez patriole pour se sacrifier, le cas échéant, à l'opposition qui orienterait toute la politique hongroise en sens contraire, avant que fût tiré le dernier coup de canon. Certes nous comprenons fort bien de la part de la Hongrie une politique

: de bascule dont elle espère tirer le plus grand profit;

mais c’est précisément parce que nous la comprenons

que nous n’en voulons pas être dupes. Il ne nous suffirait pas que la Hongrie se séparât de plein gré de l'Autriche ou, faute d'y pouvoir parvenir, désavouât sa politique et qu'à ce prix elle s’acquit l’indulgence

des vainqueurs. Nous ne pouvons oublier que des

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éléments ethniques nombreux et divers au sein du

royaume de Hongrie ont souffert de l’orgueil et de »

la brutalité des Magyars. Sans doute, engrenés

comme ils le sont à présent dans l'organisme alle- «

mand, serait-il moins facile aux Hongrois, en cas d'échec des armées austro-hongroises d'émettre visà-vis de Vienne les prétentions politiques de l’an dernier, mais toujours prêts à user des amitiés qu'ils possèdent chez les Alliés, du moins sauraient-ils agir à

temps de manière à sauvegarder leurs intérêts. Mais « les populations étrangères de race qui peuplent la Hongrie n’ont pas supporté le joug des Magyars « pour qu'à l’heure où il nous serait possible de les «

aider à le secouer, nous manquions à ce devoir. Si des Français libéraux gardent quelque sympathie à la Hongrie, qu'ils la réservent plutôt à d’autres qu'aux

Magyars, car depuis 1848 le libéralisme de ces der- M niers s’est transformé, sous l'influence de l’Alle-

magne et de l'Autriche, en tyrannie à l'égard de tous les autres éléments de population du royaume.

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