‹ La Hongrie d'hier et de demainChapitre 13 sur 21 · PAT · texte numérisé non relu

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Nous pourrions terminer ici cette étude ; mais il est une question que le lecteur se posera certainement et à laquelle il serait déçu de ne pas trouver, après ce que nous venons de dire, au moins un essai de réponse. Cette question est la suivante : Que deviendrait politiquement la Hongrie après le démembrement de l’empire des Habsbourg ?

Il est impossible d'y répondre catégoriquement et même d'émettre dès à présent une opinion vraiment fondée sur ce point; trop d'éléments de jugement indispensables manquent et manqueront tant que la guerre durera. Nous prions donc le lecteur de ne considérer ce qui va suivre que comme une simple indication et la preuve de notre souci de ne point éluder sa question.

On s’est aperçu à la lecture de ces pages que le mot de l'historien Palacky : « Si l'Autriche n'existait pas, il faudrait l’inventer », nous paraissait hors d'usage. Même avant la guerre, du jour où par l'annexion de la Bosnie-Herzegovine, l'Autriche ébranla le statu quo des Balkans, elle n'était plus à nos yeux la condition d'équilibre et de paix en Europe qui donnait un sens au mot de Palacky. A plus forte raison, après sa défaite, ne voyons-nous pas la nécessité du maintien au centre de l’Europe d’un empire autrichien, haineux et dangereux, prêt encore à toutes les intrigues, à toutes les besognes louches et subversives dans les Balkans.

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D'aucuns préconisent un Etat trialiste composé de l’Autriche germanique, de la Bohême (tchèques et slovaques) et de la Hongrie magyare, où chacun. de ces pays aurait des droits égaux à ceux des deux autres. Ils pensent que cette solution du problème du centre de l'Europe « éviterait que la propagande allemande ne s’exerçât activement à Vienne, Linz, Innsbruck et Gratz ». C’est peut-être une erreur Nous répétons que tant que le trait d'union subsistera entre Budapest et Berlin, Budapest cherchera, pour les raisons que nous avons données, un appur à Berlin. .

Nous ajouterons que les Hongrois, tels que nous les connaissons, ne trouveront pas chez eux un ensemble d'hommes capables de conserver au pays une véritable indépendance politique et que les élé= ments germanophiles subiront vite par Vienne l’attraction de Berlin. Nous avons indiqué plus haut les défauts d'une grande partie de la noblesse hongroise: et l’état arriéré dans lequel a été laissée la masse de la population du royaume, courageuse en temps de guerre, mais encline dans la paix au laisser aller des Orientaux.

Certes, il n’en est pas de même des Tchèques et las Bohême trouverait indubitablement chez elle des hommes de gouvernement remarquables ; cependant» il est à craindre que dans le cas d’un Etat trialiste. l'élément germanique de Prague ne se rapproche peur à peu de celui des deux autres Etats. Quant à Vienne, on en peut dire avec M. Emile Boutroux comme des l'Allemagne tout entière : « Pénétrée jusque dans ses profondeurs par la manière de penser, de juger,.

de vouloir, de sentir que lui a inculquée la domination prussienne, prétendre la ramener à l’état intellectuel et moral où elle se trouvait, alors qu'elle n'avait pas succombé à cette influence, est un rêve. » (Revue des Deux-Mondes, n° du 15 mai 1916.)

Au lieu donc d'un Etat trialiste dont les éléments germaniques ou germanophiles se rechercheraient et Sorienteraient fatalement vers la nouvelle Allemagne, ne vaut-il pas mieux qu'au centre de l’Europe l'Autriche de langue allemande, la Bohême et la Hongrie magyare mènent chacune une existence indépendante? Si l'Autriche germanique reste comme par le passé orientée vers Berlin, du moins la Bohème et la Hongrie peuvent se tourner librement vers la Russie, la première par affinité de race, la seconde par besoin de s'appuyer sur un voisin puissant. « La Hongrie doit aller vers l'Autriche si elle ne veut pas aller à Moscou. » La Russie pourrait d'autant plus aisément étendre son influence dans les deux pays qu'ils seraient entièrement détachés de Vienne.

(Empressons-nous d'ajouter que ce n'est pas sur les Hongrois qu’il faudrait compter pour instaurer le régime républicain dans leur pays où les propriétés de grande culture couvrent 60 0/0 du sol ; 1ous avons vu, à propos de la question du séparaisme, sur quoi reposaient les velléités d’indépenlance de l'opposition actuelle et ce qu'il fallait ittendre de ses tendances libérales.)

L'effacement de la dynastie des Habsbourg nous Jaraît aussi indispensable à la paix de l'Europe que lui de la monarchie dualiste. Maintenir la dynastie sclave de l'Allemagne, ne fût-ce que sur le terri-

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toire de l'Autriche proprement germanique, nous paraîtrait une faute.

Tel est, en principe et quant à présent, notre avis. C’est à la diplomatie des Alliés, lorsqu'elle possèdera | tous les éléments de jugement nécessaires, qu'il sera possible de se faire une juste opinion, et qu'il appartiendra de choisir en toute connaissance de cause le parti le plus propre à assurer pour longtemps le règne de la justice et de la paix en Europe.

Mais, outre qu'il n’y a de notre part en ce qui pré-. cède qu'une simple suggestion, nous savons qu'avant. toute autre chose, c’est à la destruction même du germe pangermaniste que doivent tendre les efforts « des Alliés et ce germe n’est pas en Autriche. Toutes w les mesures qui seraient prises contre l'empire des Habsbourg seraient précaires, si l'Allemagne demeurait après cette guerre en état d user de son prestige et d'exercer sur cet empire, même démembré, son influence.

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Post-scriptum

Polémique préliminaire sur le sort de l'Autriche. — L'opposition hongroise.

Depuis qu'ont été écrites les pages que l’on vient le lire, il s’est passé deux faits d'ordres très difféents, mais qui se rapportent chacun d’une certaine aanière à notre sujet.

D'abord une polémique de presse sur la question

‘Autriche. Cette polémique n’a duré, il est vrai, que e qu'il convenait qu’elle durât pour le moment. Il e pouvait s agir encore que d’une question de prinipe et pas d'autre chose, mais, comme on l’a très ien dit, «il est d'ores et déjà indispensable d'éclairer t de fixer un certain nombre de points, si l’on ne eut pas s exposer à commettre de lourdes et funestes rreurs, quand le jour où il faudra parler d’autre hose sera venu. » En tout cas, cette courte poléque a prouvé qu'il fallait s'attendre à ce que la uestion d'Autriche fût, un jour, abordée avec une ertaine passion. On nous permettra donc d'insister ès à présent sur ce sujet.

En second lieu, l'opposition hongroise s’est de ouveau manifestée. Nos lecteurs n’auront pas de eine à nous croire, quand nous leur dirons que ce ut prévu par nous au cours de notre étude ne nous nullement surpris.

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