CHAPITRE VI
(Conplcmeata in> . )
Passage du Danube à la mer Noire. — Varna. — La maladie du pacha. — Le Bosphore. — Arrivée à Constantinople. — Description du sérail. — Sainte-Sophie. — Quelques mots sur les réformes de l'empire ottoman et sur la question orientale.
Notre paquebot passa tranquillement du Danube à la mer Noire ; quelques passagers eurent à souffrir du mal de mer^ mais le plus grand nombre y échappa. La soirée fut magnifique, et je ne me lassai point d'admirer le spectacle que l'immensité de l'onde offrait à mes regards pour la première fois. Le lendemain, le soleil se leva radieux, et bientôt les cieux et les flots, colorés des mêmes teintes, parurent se confondre à l'horizon. Nous entrâmes, à sept heures, dans la
baie formée au sud par le (iap Gala ta, et au nord par le cap Godrof ; quelques minutes après, nous jetions Tancre devant Varna. Cette ville, dont la longue défense tint en suspens le succès de l'expédition russe de 1 828, occupe, au fond de la baie, une fort belle position. Le paquebot devant s'arrêter quelque temps pour recevoir de nouveaux voyageurs , le capitaine nous laissa descendre à terre. Varna est à la fois le boulevard et le marché de la Bulgarie; -ses fortifications s'écroulèrent sous les bombes moscovites, mais elles ont été relevées depuis peu par les soins de quelques officiers prussiens. Elles ne consistent, au surplus, que dans une simple muraille de cir^ convallation qui serait tout à fait incapable de résister à un feu bien nourri. Varna ne doît donc être considérée que comme un camp retranché, dont la possession néanmoins pourrait coûter du sang. Les Turcs, privés de discipline et de connaissances stratégiques, lâchetit promptement pied en rase campagne; mais derrière lés plus faibles bastions, ils combattent et meurent
en héix>8. La liouvelle caserne, construite à l'extrémité d'une immense place d'armes , recevrait facilement six mille hommes ; c'est à peine si deux cents soldats l'habitent aujourd'hui^ et déjà elle tombe en ruines. Les canons des remparts, placés sans aucun ordre, sont démontée et presque tous hors d'état de servir; l'insouciance la jdus complète préside à toutes les opérations des Turcff* Les rues semblent désertes; nous tie rencontrâmes pas une seule femme; leâ hommes, abrutis par Topium et la pipe, encombrent les cafés. La paresse, cette lèpre des musulmans, d'autant plus incurable qu'ils la regardent comme une marque distinctive de puissance, règne partout en souveraine.
Au détour d'une ruelle, et en face du sérail du pacha, nous rencontrâmes notre capitaine, suivi d'un officier turc et d'un grand Anglais qui, depuisdeuxjours, avait promené sa mélancolie sur le pont, sans adresser la parole à personne. L^ deux groupes se réunirent; mais, au même instant, un esclave noir, richement costumé, parut
à Tune des fenêtres du palais^ et je m'arrêtai seutpourle considérer. Ce nègre était, sansdoute^ chargé de la garde des femmes du pacha; car, à la vue de mon lorgnon , il Gt une horrible grimace, et prononça quelques mots avec un accent qui me les fit comprendre. Mes compagnons entraient alors dans la cour du sérail, et, sans trop savoir où j'allais , je les suivis d'assez loin. Après avoir traversé un long corridor et, une antichambre où un état-major plus nombreux que brillant reposait étendu sur des nattes de jonc, nous arrivâmes à la salle d'apparat. Le pacha, qui s*y trouvait, ne se leva point ; mais il nous invita du geste à prendre place sur le divan. J'essayai donc de me mettre à la hauteur des circonstances, c'est-4-dire de croiser mes jambes ainsi qu'un vrai fils de Mahomet. Satisfait de mes efforts, je reportai les yeux vers son excellence j elle tirait une langue démesurée à notre . taciturne insulaire. Je trouvai le salut grotesque. Mais, lorsque je vis le pacha livrer son bras charnu aux doigts effilés de l'Anglais, je compris que nous ne de-
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vions r honneur de noire réception qu'au titre de médecin de ce dernier. Le malade se plaignait en turc; un Juif répétait en italien les doléances de son maître , en n'oubliant pas d'y joindre les siennes^ et le capitaine traduisait le tout en anglais au docteur, qui répondait par le même canal. Notre bon citoyen de Hambout^, habitué , dans ses longs voyages, à parler au^ puissants de la ten^e, ne laissa pas échapper l'occasion de faire une nouvelle connaissance; et quoique sa petite veste de nankin^ son pantalon rose et ses pantoufles jaunes ne fussent pas d'une étiquette bien rigoureuse , il s'avança , saisit aussi le bras du pacha, et dit d'un air assuré : Fomitwo, purga^ tivo, nonèpericoh. Un fou rire nous suffoquait, l'Anglais seul ne déridait point sa longue et pâle figure. Deux noirs nous apportèrent fort à propos des chibouks et de la conserve de roses, au moment où notre gaieté, devenue expansive, allait faire une esclandre. Cette consultation, digne de M. Purgon, retarda notre départ, qui n'eut lieu que vers deux heures.
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Nous courûmes, jusqu'à la nuit, des bordées le long des côtes; le leudemain, à notre réveil, un beau soleil dorait les cimes élevées des montagnes de l'Asie. Le paquebot marchait rapidement; bientôt il doubla le cap Fanaraki, et le Bosphore déploya devant nous son magnifique panorama . Bouyoukdéré est le premier de ces gracieux villages qui se succèdent sans interruption sur la côte d'Europe jusqu'au faubourg de Tophana.
Thérapia , résidence habituelle de notre ambassadeur, se montre ensuite pittoresquement adossé à la croupe de cette riche et verdoyante colline où campa Godefroy de Bouillon. La côte d'Asie, moins habitée que celle d'Europe, la surpasse par le luxe de sa végétation, la hardiesse de ^ses montagnes et la fraîcheur de ses délicieuses val-* lées. A chacune de ses sinuosités, le Bosphore, tranquille et majestueux comme un grand fleuve, découvre un nouveau tableau, une scène enchanteresse éclairée par un ciel admirable; nulle part la nature prodigue n'a rassemblé plus de magnificences. Les murailles blanchies des deux
châteaux de Mahomet commandent le passage le plus resserré du détroit^ et ajoutent à la beauté des lieux qu'ils dominent la majesté des souvenirs antiques. Les palais du sultan, légers kiosques de bois, soutenus par des colonnes de Paros , les élégantes demeures des pachas^ celles des riches négociants^ forment en Europe et en Asie la ville la plus charmante^ la plus pittoresque, la plus originale îàu monde.
Le bateau nous faisait passer^ sans intervalles, de merveille en merveille ; en moins d'une heure nous avions laissé à gauche Scutari , la ville des tombeaux, et nous entrions dans le port de l'ancienne capitale des Constantins. Là, de quelque côté que Ton tourne ses regards, on reste, je ne dirai pas ravi, mais stupéfait d'admiration.
Les collines de Constantinople et celles où s'élèvent, comme suspendus dans les airs, les faubourgs de Péra et de Galata , vont en se res serrant jusqu'à la vallée des eaux douces d'Europe, et comprennent cette partie du canal que l'on appelle /a CbrweifOr: c'est le port sans cesse
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rempli d'une multitude de navires. Nous jetâmes l'ancre devant l'échelle de Tophana ; Scutari , avec ses magnifiques casernes , ses champs des morts et ses noirs cyprès j s'étend en face sur la cote d'Asie ; à gauche Péra j Tophana , Galata, trois villes immenses , superposées en gradins y étalent leurs innombrables étages de maisons bariolées et leurs quais animés par des passants nombreux , actifs , bruyants j séparés par leurs costumes comme leurs habitations le sont par leurs couleurs. A droite , c'est Constantinople , la grande cité trois fois reine, qui, entre Sainte^ Sophie et la mosquée d'Hyoub , se déploie sur sept collines , et lance dans les airs comme autant de soleils les légères coupoles de ses mosquées. Le Bosphore, chargé de vaisseaux de guerre et de bâtiments de commerce , traversé en tous sens par quatorze mille barques qui se croisent, s'évitent, se dépassent, semble lui^ même porter une ville flottante aussi peuplée , aussi belle que celles qui l'entourent. Nous étions tous impatients de débarquer; mais, avant'
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d'obtenir la libre pratique , il nous fallut passer à la quarantaine. Les journaux^ depuis quelques mois, faisaient grand bruit de cette nouvelle réforme , et la fondation d'un lazaret à Gonstantiuople était regardée comme le dernier monument de la victoire de la raison de Mahmoud sur les aveugles préjugés des ulémas. La raison est une si belle chose , surtout lorsqu'un sultan daigne s'en faire l'apôtre , que je me soumis , sans trop de regrets , aux ennuyeuses formalités que dédaignait naguère le fatalisme oriental. Je cherchais des yeux sur le rivage quel pouvait être le bâtiment destiné aux voyageurs suspects, lorsque notre carque s'arrêta contre le flanc d'un vieux vaisseau démâté. Un Turc, armé d'une longue baguette blanche , nous fît signe de franchir une petite échelle assez mal assurée , et , pour faciliter notre ascension , il nous jeta un câble, excellent conducteur de la peste , que nous n'eûmes garde de toucher. Arrivés, non sans peine , dans l'entrepont , nous y trouvâmes nn second employé qui nous fit entrer dans une
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chambre basse et obscure, au milieu de laquelle était un réchaud ; notre guide en ranima Ie$ charbons éteints , et les saupoudra d'un encens qui répandit dans la cabine un nuage tellement épais et d'une odeur sj nauséabonde ,^ que Yun de nous , pour mettre fin à la cérémonie , ouvrit brusquement la porte , et donna quelque mon* naie au parfumeur, qui nous laissa tous fuir. Notre quarantaine était faite! Cette première épreuve me fit soupçonner ce . que mon séjour à Constantinople me démontra complètement , c'est-à-dire le ridicule ou rin;ipuissançe des^ réformes de Mahmoud.
Constantinople est bien connue aujourd'hui* M. de Chateaubriand a écrit sur cette ville quel-* ques lignes immortelles f M. de Lamartine a consacré à la décrire la meilleure partie de soi^ voyage en Orient j M. le maréchal de Raguse, enfin ^ a parlé du Bosphore en politique consommé et en habile écrivain. Les livres de ces
voyageurs illustres ont été précédés et suiviS; d'un certain nombre de relations, dont la plus.
intéressante est celle de MM. Michaud et Poujoulat. Je n'ai point la prétention de vouloir m'étendre sur un sujet déjà traité tant de fois et d'une manière si remarquable. Il est une de mes courses cependant dont je rendrai compte , parce que les voyageurs n'ont eu que bien rarement l'occasion de la faire ; je veux parler d'une visite au grand sérail. L'usage est d'accorder aux ambassadeurs nouvellement accrédités auprès de la Sublime Porte le droit de voir les principales mosquées. M. le ministre de la Belgique obtint^ pendant mon séjour, un firman à cet effets et, en outre , la faveur de pénétrer dans l'antique demeure des sultans. M. le baron O'SuUivan eut l'obligcaoce de prévenir les étrangers qu'ils pouvaient se joindre à son cortège ; heureux de saisir cette occasion de parcourir en détail des lieux que l'ombrageuse susceptibilité musulmane rend d'un accès si difficile, je me trouvai à rheure convenue à P échelle du sérail.
Au moment où l'ambassadeur descendit de son caïque pavoisé, une porte de bronze sur-
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montée d'un toleil d'or 8*^ouA'rit devant nous , et nous entrâmes dans une cour longue et étroite^ dont le fond est occupé par un palais d*une architecture assez lourde. Un péristyle soutenu par des colonnes d'ordre divers arrachées aux temples païens , et un escalier de marbre d^une remarquable élégance, conduisent à la première salle. Cette pièce, la plus belle du sérail, est circulaire et percée d'un grand nombre de croisées , dont les embrasures sont remplies par de magnifiques glaces de Venise. Des fresques médiocres^ où figurent des amours bou(fis dignes de Boucher^ surchargent les murs et le plafond. Un divan de soie, en forme de fer à cheval, où prend place le sultan, et quelques xhaises de crin, composent tout l'ameublement. Les autres chambres, fort nombreuses, sont, en général, petites et assez obscures; devant toutes les fenêtres règne un treillage serré. Des panneaux ciselés et dorés, des ornements répandus à pro*^ fusion, mais sans goût, sur les portes et les boiseries, font de ces appartements un assez
mauvais pastiche du style Louis XV; les cheminées seules sont d'un travail parfait. La salle de bains est charmante : un marbre éblouissant comme la neige recouvre les murailles et le parquet; la voûte est un damier de cristal brut qui laisse tomber un jour mystérieux et voilé sur une large cute ornée de bas-reliefs admirables. Mahmoud n'habitait plus le grand sérail, qui lui retraçait sans cesse les plus tristes époques de sa vie passée; aussi nous fut-il permis de pénétrer dans le harem. Ce célèbre et vaste appartement des femmes est formé de cinquante chambres environ^ donnant toutes sur un long corridor sombre. Où sont les tapis de Smyrne , les somptueux divans^ les magnifiques tentures de Perse? Dans les Mille et une Nuits. Rien n'est triste comme la prison de ces malheureuses, livrées ordinairement par leurs mères aux caprices fantasques d'un homme. Quelques vieux eunuques se promenaient encore , par habitude , dans ces lieux jadis confiés à leur gat*de. Étonnés de nous voir, ils nous regardaient d'un air stupide. Du
faarem nous deseendimes dans un jardin divisé en plates-bandes aussi régulières et en allées aussi droites que si le Nôtre en eût tracé le plan. Un parterre couvert de fleurs^ qui firent commettre à plusieurs pa*sonnes un larcin sentimental, s'étend devant un kiosque dont l'intérieur est délicieux. Des parois dé marbre de l'appartement jaillissent des fontaines qui re«tombent en cascatelles sur de larges coquilles garnies de fleurs , et vont ensuite alimenter un bassin et le plus gracieux jet d'eau que j'aie vu« C'est dans cette salle si fraîche et si jolie que Ton comprend tout le charme de la vie orientale ; car l'existence des Turcs , dans leurs fi'éles maisons de bois exposées à la chaleur le jour, à l'humidité la nuit, et, par surcroit, à une effrayante quantité d'insectes, m*a paru, n'en déplaise à nos poètes , un enfer anticipé.
Âpres avcûr traversé plusieurs cours encaissées dans de grandes murailles blanchies y nous pénétrâmes dans le vieux palais de Mahomet II, «jibandonné depuis longtemps aux icoglans et
aux domestiques. Dans la première pièce est enfoui, perdu peut-Hstre, un trésor inappréciable ^ la bibliothèque des empereurs bysantins. Dans des placards hermétiquement grillés et cadenassés depuis des siècles, pourrissent de précieux manuscrits, qui combleraient| sans doute, bien des lacunes dans la littérature, la jurisprudence et l'histoire. Un homme aussi spirituel qu'instruit, et dont le nom est aimé de toute la jeunesse, M. Saint-Marc Girardin, a dû^ Tannée dernière, essayer de visiter ce poudreux sanctuaire. Pour moi, je dus accepter de bonne grâce le rôle du renard de la fable. « — La biblio* Ihèque s'ouvre siu* une chambre assez petite et tellement sombre, que les yeux ont besoin de s'habituer aux ténèbres pour y distinguer quelque chose : ce réduit mystérieux est la salle du trône* Dans la partie la plus obscure reluit un divan tout éclatant d'émeraudes et de pierreries ; c'était de cette place que jadis le sultan, vêtu de la tunique blanche, recevait les ambassadeurs çuropéens, ou plutôt assistait à leur entrevue
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avec son grand vizir. Les représentants des plus fiers monarques^ annoncés à l'héritier de Mahomet, à la loi vivante, comme de pauvres diables à demi morts de faim et de firoid, étaient amenés devant une fenêtre basse et grillée : on leiv apportait une pelisse de soie, des sorbets et des conserves; une fois rassasiés et vêtus, il leur était permis de décliner, mais du dehors seulement, leurs titres et qualités que le grand vizir faisait connaître au sultan. Sa Hautesse daignait alors se lever à demi et congédier du geste le ministre chrétien. Depuis les menaces de la république française, cet étrange cérémonial appartient à l'histoire ancienne. Mahmoud rece-r vait lui-même les envoyés des rois ses bons cou-* sins et de son grand and l'empereur Nicolas.
La salle du trône donne sur une galerie dégradée, mais qui cependant n'a point perdu toute sa magnificence ; les pilastres qui la soutiennent étaient entièrement dorés. C'est dans cet endroit que fut massacré Sélim, pendant que Mahmoud, caché sous de vieilles tapisseries, en-.
tendant Thorrible tumulte de l'émeute et les cris déchirants de son ami , croyait toucher plutôt à la dernière heure de sa vie qu'à la première de sa puissance et de sa liberté. Que de drames se sont passés là! mais qui pourrait les raconter? Les pierres sont muettes ; elles ne conservent même pas les traces du sang. Les jardins régnent derrière le vieux palais; ils sont immenses : ici de grandes pelouses , là des bosquets de platanes et de cyprès, à travers lesquels apparaissent les dômes dorés des kiosques ;; on les parcourt pour arriver à l'hôtel des monnaies. Cet établissement est vaste , mais ^ sous tous les rapports , inférieur à ceux du même genre que j'ai visités en Europe; il est dirigé par des Arméniens qui depuis longtemps, pour satisfaire aux exigences des derniers padischahs, n'ont émis que delà fausse monnaie. La valeur de la piastre, qui s'élevait, il y a cinquante ans, à un écu, est tombée au-<lessous de 25 centimes! Que l'on juge, d'après ce seul fait, de l'affreuse misère de l'empire!
L'ambassadeur et son cortège quittèrent le
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sërail par la porte de VAtmeidan^ où l'on exposait autrefois les têtes des pachas rebelles. Ce pilori privilégié chôme depuis plusieurs années , et néanmoins (je ne fus pas le seul à faire cette remarque) il a conservé une odeur de cadavre en putréfaction.
La mosquée de Sainte-Sophie est voisine du sérail : pour nous y rendre^ nous traversâmes une petite portion de l'Âtmeidan, ou marché aux chevaux de Stamboul , qui fut l'hippodrome de Gonstantinople. L'Atmeidan rappelle cette terrible journée où Mahmoud ordonna le mas*sacre des janissaires , mesure énergique sans doute, mais en général mal comprise ; car, si elle sauva la vie du sultan, elle priva Tempire de sa meilleure milice. L*hippodrome aussi fut souvent ensanglanté par les querelles des rouges et des bleus ^ à Tépoque où les Grecs , sans force contre leurs ennemis, s^entre-tuaient pour un cocher ou une courtisane. Le centre de cette vaste place est occupé par un obélisque moins élevé, mais d'un plus beau granit que le nôtre.
Derrière ce monument, on voit les restes informes d'une colonne de bronze formée jadis par deux serpents enlacés, dont, s'il faut en croire la tradition^ Mahomet II trancha les têtes d'un coup de cimeterre. L'une des extrémités de la lice était marquée par une autre colonne recouverte d'airain, et considérée comme l'une des merveilles du monde; elle est encore debout, mais dépouillée de son enveloppe, et sa chute parait imminente. Les ruines du Bas-Empire manquent de grandeur : ce mot ne doit cepen^ dant pas s'appliquer à Sainte-Sophie. On connaît l'histoire de ce temple célèbre : fondé par Constantin, détruit en partie par les flammes, il fut relevé sous Justinien, et la conquête musulmane l'a laissé subsister jusqu'à nos jours. L'architec-« ture extérieure de Sainte-Sophie a perdu de sâ majesté et de son harmonie, par suite des muti-* lations que les ingénieurs turcs lui ont fait subir pour lui donner, autant que possible, l'aspect ordinaire des mosquées. Des minarets sans grâce écrasent les coupoles ; la porte principale a été
su{^rimée; mais à peine a-t-on franchi le magnifique vestibule qui précède le sanctuaire, que Ton est saisi d'une respectueuse admiration.
Peut-être dois-je attribuer la vivacité de mes impressions à l'étrangeté de notre visite et au sentiment pénible que tout chrétien doit éprouver à la vue d'un lieu saint profané. Toujours est-il que nulle église ne produisit sur moi plus d'effet que la vieille basilique de Justinien. La nef est vaste et soutenue de chaque côté par une double colonnade de marbre et de porphyre ; les chapiteaux des piliers et les cintres qui les réu-nissent sont recouverts de mosaïques étincelantes d'or et d'azur : le grand dôme est d'une hardiesse remarquable ; je l'entendais comparer autour de moi à la coupole de Saint-Pierre. Toutes les anciennes peintures ont disparu sous les versets du Coran ; il ne reste plus que les images bizarres de deux évangélistes , qui ne donnent pas une très-haute idée de Tart du Bas-Empire.
L'autel a été détruit et remplacé par la chaire où l'iman fait sa prière. Au moment où nous
énti^ames^ la cérémonie finissait. Plusieurs Turcs étaient encore à genoux, se frappant la poitrine et baisant la terre. Les bas côtés étaient remplis par des groupes de ces malheureux qui, en tout pays, n'ont d'autre asile qire la maison de Dieu. On parvient aux galeries par un escalier en spirale d'une pente si douce , qu'il est facile de le gravir à cheval. Le jour âe l'assaut de Cônstantinople^ le dernier empereur grec, suivi de ses officiers, le monta de cette manière, et reçut les sacrements avant de courir à la mort glorieuse qu'il trouva près de la porte d*Andrinople. La brèche sur laquelle les soldats de ce malheureux prince firent tardivement ht)nneur à leur illustre origine est encore reconnaissable. Les muraille^ de Constantinople n'ont pas été réparées de*puis 1453 k
Mais y quelque intëïrét que puissent offrir eU tout temps des souvenirs de Constantinople, oit s'étonnerait sans doute qu'en présence des grands événements qui tiennent le monde entier dans l'incertitude sur ses propres destinées > le voya-
geur ne songeât qu'à compter des tronçons de colonnes et des slatues mutilées. Ce qu'il faudrait montrer y c'est cet empire se débattant dans sa lente agonie^ sous le coup d'une protection astucieuse autant qu'oppressive, compromis en même temps et par les aveugles sectateurs du passé et par les maladroites imitations de l'Europe occidentale. Ceci nous convie à apprécier brièvement la portée des réformes essayées par Mahmoud et continuées par son faible succès^ seur; car, par la fatalité des circonstances, ces réformes sont devenues pour l'empire ottoman le plus redoutable des dangers.
La population des États du Grand Seigneur situés en Europe s'élève environ à douze millions d'hommes, dont deux millions à peine sont d origine musulmane; le reste est un mélange confus de Grecs , d'Arméniens , de Bulgares , de Juifs, séparés par leurs usages, leurs langues et leurs religions. Il y a peut-être encore plus d'antipathie entre les rayas de races différentes qu'il n'en existe entre eux et les Turcs,
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entre l'abrutissement du vaincu et Tinsolence du vainqueur. Les querelles religieuses ne sont envenimées que parmi les diverses sectes chré- • tiennes. Les Arméniens catholiques et les Grecs soumis au patriardbe vivent dans un état continuel d'hostilité et de défiance. Le clergé du rit non uni est composé d'hommes ignorants et corrompus; les prêtres arméniens^ au contraire, ont plus d'austérité et de véritable foi : ils obéissent à toute la rigueur des canons de l'église romaine et observent la loi du célibat. Les popes grecs ont la faculté de se marier; cependant (le fait est remarquable, car il vient à Tencontre de certaines théories philosophiques) , ces derniers partagent et exploitent les vices de la foule. Les autres mènent une conduite exemplaire; ils forment la tète de leur nation , qui est aussi la plus saine portion des classes opprimées. Le czar, en sa qualité de chef de la religion, possède la confiance des rayas grecs, et c'est en lui qu'ils «spèrent. Il serait peut-être possible à une puissance européenne de créer un contre-poids à
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cette influence énorme en excitant les sympathies religieuses des rayas armàoiiens. Mais quelle n'est pas la faiblesse d'un pouvoir, lorsque les peuples qu'il devrait réunir sont assez divisés d'intérêts et de mœurs pour que les gouverne*ments étrangers aient la faculté d'ourdir leurs intrigues non-seulement dans les cabinets mi* nistériels, mais, pour ainsi dire, sur la place publique? Telle est la position désespérée des Turcs. Le célèbre hémistiche de Lucaih sur Pompée i Siat magni nominis umbra, est la seule explication de leur existence politique^i Ils ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. La question d'Orient n'e^t donc nullement, au fond, celle de savoir si Âbdul-Medjid l'emportera sur Méhémet-Ali, ou s'il subira la loi de cet orgueilleux vassal; il s'agit de fondre vingt peuples dans une régénération sociale. Or les Turcs ne semblent destinés qu'à paralyser les progrès du Levant par leur lente agonie. Lorsqu'un peuple a tenu sa place dans l'histoire, lorsqu'il a jeté de vives lueurs sur le monde , il est triste d'aper-
cevoir à ses destinées une fin prochaine et déplorable ; aussi nous faut-il une conviction profonde pour nous décider à écrire ces lignes. En Turquie, le vice est radical et sans remède« Tous les ressorts du gouvernement sont détendus; la corruption gagne tous les jours du terrain , la religion de Mahomet elle-même , malgré les principes élevés qu'elle enseigne, est, dans Tétat actuel de l'Europe , un véritable anachronisme ; elle prêche la guerre, et le monde veut la paix. Jusqu'au dernier sultan y la Turquie a ressemblé à un arbre encore majestueux resté debout par la seule force de son poids ^ Mahmoud y a porté la hache,, il ne croyaU qu'émonder le branchage, il a fendu le tronc, et l'arbre est mort. La presse française, abusée par quelques écrits, a , pendant un temps, grandi outre mesure le génie du sultan; les ouvrages de MM. de Lamartine et de Raguse auraient dû éclairer l'opinion.
L'histoire tiendra compte à Mahmoud des difficultés insurmontables de sa position; mais
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elle le fera descendre du piédestal où on a touIu relever. Rien dans la conduite de ce prince n'a révélé un homme supérieur, capable d'animer, pour ainsi dire, tout nn peuple de son souffle puissant; supposons d^ailleurs qu'il ait eu le noble cœur et les grandes pensées qu'on lui a prêtés, qui donc pouvait seconder ses efiForts?
Abdnl-Medjid , dés ses premiers pas, chan* celle sous le poids énorme de l^éritage paternel. Exposé à un grand nombre de périls extérieurs que ne dissiperait p^i^t l'accord de Constantinople et d'Alexandrie, le nouveau padischab, par un acte imprudent, vient encore d'irriter les plaies intérieures de son empire. Je veux parler de cet étrange hatti-shérif de Gulhamé , revêtu , par nos journaux, du titre pompeux de charte ottomane. La presse française a , pendant quelques jours, fait trêve à ses querelles intestines; pour exécuter un bruyant concert d'éloges en* l'honneur de ce jeune sous>erain qui a senti la nécessité de poser lui^-même des bornes à sa puissance. Les organes de l'opinion la plus
avancée voient déjà ^ grâce au régime constitutionnel, les arts, l'industrie et l'agriculture fleurir à Fenvi sous le beau ciel du Levant.
Des feuilles plus modérées, sur un ton moins pastoral , il est vrai , mais aussi singulier, établissent un rapprochement burlesque entre la Turquie de 1840 et la France de 1789, oubliant que dans le premier de ces pays il n'y a ni aristocratie, ni bourgeoisie, mais une nation tout entière courbée sous le niveau de la misère et de l'ignorance. J'ai exposé brièvement la triste situation des Turcs ; pour preuve de la fidélité du tableau, je renvoie simplement le lecteur au batti-shérif du 3 novembre. En présence de pareils faits, si disposé qu'on soit à former des vœux ardents pour l'amélioration prochaine des affaires de la Turquie^ l'espérance devient presque impossible. Examinons rapidement la diarte d'Âbdul-Medjid et jugeons les conséquences probables de ses principales dispositions. Ce monument législatif se compose de deux parties distinctes : la première est un préambule en deux
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paragraphes où le gouvernement turc^ avec une franchise poussée jusqu'à rhumilité| confesse et son impéritie et les maux qu'elle a causés^ c'està-dire une administration sans force et un appauvrissement général. La seconde partie annonce des réformes et promet un nouveau système financier, un mode plus régulier de recrutement, des garanties capables d'assurer aux sujets ottomans une parfaite sécurité quant à leur vie, leur honneur et leurs biens; en un mot, une révolution sociale complète. Que cette œuvre soit nécessaire en Turquie , ce n'est une question pour personne ; mais on ne peut douter qu'il ' soit prudent de la vouloir accomplir, pour ainsi dire en bloc , et par des moyens si peu appropriés à l'Orient. Lorsque du sein d'un peuple industrieux les sîéclea ont fait surgir d'immenses fortunes, de grands talents et de légitimes ambitions, un gouvernement qui se sent près de crouler sous ses décombres peut faire un appel à la nation tout entière, et, s'il est enlevé dans la tourmente, le pays, après. des
secousses plus ou moins longues et douloureuses, n'en reprendra pas moins son équilibre. Or, en Turquie, quels seront les soutiens de Tordre? Les rayas? mais ils sont travaillés en tous sens par les influences étrangères. Les Turcs? ils avaient des privilèges, et le hatti-shérif les leur enlève. — Les tentatives de Mahmoud avaient échoué, mais elles avaient eu, du moins, pour résultat de familiariser les musulmans avec certaines idées de réforme ; l'immobilité n'était pas la loi suprême , et il n'eût pas été aussi difficile, disons mieux , aussi impossible au nouveau sultan qu'à son prédécesseur d'introduire dans ses Élats quelques améliorations. Selon l'expression de Joseph II, il devait essayer d'inoculer la révolution à ses peuples , déraciner secrètement les honteux abus de la chancellerie, choisir des gouverneurs de provinces probes et capables, sans annoncer à son de trompe que jusqu'ici les pachas avaient acheté à beaux deniers comptants le droit de ruiner l'empire. Les traités récemment faits avec la France, l'Angleterre et la
Belgique ouvraient aux produits du pays des débouchés nouveaux, et détruisaient implicitement des monopoles ruineux; il suffisait de veiller sévèrement à leur loyale exécution pour ranimer le commerce du Levant. Le recrutement militaire s'opâ^t avec une cruauté inouie; des ordres formels adressés aux pachas par le seraskier, et, au besoin, des châtiments exemplaires eussent arrêté cette hideuse exploitation des classes pauvres. La patience est la courageuse compagne de la force. Par une téméraire précipitation à tout vouloir abattre , lorsque rien n^est préparé pour reconstruire, Abdul-Medjid adonné la mesure de sa faiblesse. On ne régénère pas un peuple ex abrupto; on ne transforme pas ses moeurs^ on ne corrige point ses vices, on ne lui crée pas des forces avec une charte ou un hattishérif.
Nos journaux , trop enclins à juger les étrangers d'après leurs propres idées, sans examiner si elles sont applicables hors de France, se sont laissé surprendre par ce mot magique de con-
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^titution^ ils ont répondu à l'appel qui leur était iait. Les feuilles françaises ont assez de force à Constantinople pour ébranler le crédit des courtisans; sous le régne de Mahmoud^ un farori fut disgracié sur la simple lecture d'un numéro de la Res^ue de Paris. . Les ministres de la Porte ont eu^ sans nul doute, pour but, en conseillant à leur maître le hatti-shérif de Gulhamé, de se créer, au préjudice de Méhémet-Ali, une sorte de popularité dans les comités rédacteurs de nos journaux ; ils y sont parvenus. Les articles les plus louangeurs auront été traduits et commentés en plein divan; mais il est un autre cabine^ dont les intérêts auront été mieux servis encore, c'est celui de Saint-Pétersbourg. Le gouvernement russe, avec une habileté machiavélique, se sert, au besoin, des chartes comme des firmans ; c'est au moyen d'une constitution qu'il a renversé le prince Milosch, dont le noble caractère lui faisait ombrage. Nous souhaitons sincèrement que l'avenir nous démente, mais nous craignons fort que la Russie ne sache profiter du hatti-
shérif du 3 novembre, comme d'un nouvel aliment pour ourdir ses intrigues à Péra.
Comment la presse française ne louerait-elle pas à outrance ce qu'elle appelle la charte turque, lorsque Constantinople devient un faubourg de Paris, et que des journalistes émérites ou sans travail s'^achemioent des bords de la Seine à ceux du Bosphore? Le dernier paquebot vient de transporter dans la capitale des Osmanlis une petite colonie littéraire qui va exploiter les idées libérales en Turquie, et se propose bien de ne pas revenir avant d'avoir assisté à une discussion parlementaire au sein d'une chambre musulmane^ ou fait élever des barricades dans les rues tortueuses de Stamboul ^.
(*) Ces dernières pages ont été insérées, le l»'' janvier 1840, dans la Bévue des Deuùc-Mondes , qui protesta seule contre l'étrange engouement des autres organes de la presse. Depuis cette époque, le divan turc, digne émule de la chancellerie du Bas-Empire, n'a pas été inactif; il a publié firmans sur fîrmans , changé l'administration, Parmée, le système financier, que saisie encore? Je le répèle , j'appelle , de tous mes vœux , la régénération de la Turquie , mais je ne crois pas à l'efficacité des, moyens employés pour parvenir à ce but. J'ai donc liiissé subsîs:^
Efforts impuissants, pastiches ridicules d'une nationalité qui succombe sous une civilisation <ju'elle est aussi incapable de comprendre que
ter dans leur entier, les réflexions que le hatti-shérif m^avait inspirées parce que, justes ou erronées, elles sont chez moi le résultat d'une conviction sincère.
M. de Lamartine, qui met toujours un si magnifique langage au service de ses pensées, disait à la tribune , le 12 janvier:
« On fait grand bruit de quelques battis-shérifs insignifiants dictés au sultan et rédigés] en jargon constitutionnel dans quelque chancellerie de Péra ; mais celte civilisation incomprise que vous croyez inoculer à la Turquie , cette civilisation si belle \ sa place, ne vous y trompé)^ pas , ce n'est qu^un poison mortel que vous donnez à Pislamisme': il en mourra plus vite. »
M. le maréchal duc de Raguse a écrit , sur Constantinople, un demi-Yolume d'une grande portée et, selon moi, d'une admirable justesse; il s'exprime ainsi dans un passage : « Les réfofmesnde Mahomet lï ne portent guère que sur des choses futiles, ce sont des changements de costumes ou de titres. Les bases qui ont servi à fonder Tempire ont disparu , et c'est en vain que Ton chercherait à faire intervenir dans les nouvelles comMnaisons les chrétiens , qui forment la plus grande partie de la population d'Europe. C'était dans le temps de leurs triomphes que les Turcs pouvaient tout amalgamer, opérer cette fusion , devenue impossible à présent. Il reste donc deux peuples divisés , ou plutôt deux peuples ennemis, dont l'un , les Turcs, n'offre, pour contenir l'autre dans la dépendance , qu'un réseau sans force et sans consistance. >
de supporter ! Il est difficile que la France intelligente appfàudisse à ces tentatives de décomposition si contraires aux vues de conservation désintéressée qu'elle manifeste sur l'Orient. Délivrer le pays de toute tutelle exclusive, y laisser les choses à leur cours naturel ^ tant à Ccmstantinople qu'à Alexandrie^ faire durer, sinon pour bien des siècles, du moins pour des années encore, un état de choses dont la Russie et l'Angleterre ont un égal intérêt à voir la chute, tel est évidemment son intérêt comme sa pensée, et c'est parce qu'un libéralisme de contrebande et une presse exploitée par des hommes sans moralité sont un obstacle à ces vues loyales, qu'elle ne peut applaudir à ces symptômes d'une décadence inmiinente. La France doit désirer consacrer en Turquie comme en Egypte les faits qui résultent de la force des choses, faits qui ont en ce moment la sanction de la victoire et , jusqu a un certain point, de la volonté des peuples. C'est précisément parce qu'elle entend laisser l'Orient à lui-même qu'elle appuie et
qu'elle seconde la division si naturelle de cet empire^ dont un lien nominal peut-être , mais sacré, pourrait encore rattacher les deux parties au centre de l'unité nationale. Dans l'intérêt même de l'empire ottoman , la France doit vouloir une division qui le rende plus fort, et elle fait de la politique turque en garantissant les destinées nouvelles de l'Egypte, non moins qu'en interdisant à la Russie l'accès des rives du Bosphore.
Ce n'est pas que les esprits prévoyants se fassent trop d'illusions sur l'avenir des deux nations musulmanes, en supposant même que le cours de leur destinée ne soit pas violemiment interrompu par l'ambition hâtive de deux cabi* nets européens, dont l'un est pressé par ses intérêts et l'autre par ses haines, et qui semblent se rapprocher pour s'assurer une part également belle dans le grand partage. L'<euvre fondée par Méhémet-Ali n'offi^ pas, sans doute, tous les caractères de durée que la France serait heureuse d'y trouver; il est difficile de ne pas concevoir
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quelques doutes sur sa consolidation^ en admettant même que les journalistes ne s'abattent pas en masse sur le Caire , comme ils parissekit vouloir le faire sui^ConstantinopIe. Mais, quelles que soient les incertitudes de Tavenir, il est évident qu'elle doit favoriser de tous Ises efforts la chance de l'établissement d'un gouvernement national en Egypte, aussi bien que le maintien du pouvoir vénéré qui siège encore dans la capitale de l'islamisme. C'est dans ce sens que paraissent avoir été conduites les négociations de ces derniers temps, sur lesquelles la discussion parlementaire a jeté uii grand jour ; et si cette politique honorable rencontre à chaque instant des difficultés nouvelles , à quoi l'attri-^ huer, si ce n'est à des vues moins désintéressées que les nôtres ? La Russie ne peut vouloir fixer définitivement une situation de l'incertitude de laquelle elle est, plus que toute autre, appelée à profiter; l'Angleterre, dans sa résistance à l'Egypte, est stimulée à la fois par ses antipathies et par ses espérances, et l'Autriche n'ose em-
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brasser énergiquement une pensée qui la lierait trop ouvertement à la France. Ainsi le provisoire se prolonge, et les complications deviennent, chaque jour, plus inextricables.
Rèslemeiit orsanliiue de la 9enrie.
TraductioD du hatti-shérif du sulUn, énuDé vers le milieu de la lune de Sheval, 1254 de THégyre ; : f : du 1 0/22 ou 12/24 décembre 1838.
A mon vizir Youssouf M ouhliss Pacha (puisse-t-il être glorifié), et au prince de la nation servienne Milosch Obrenowitch (sa fin puisse être heureuse).
En vertu des privilèges et immunités accordés aux habitants de ma province de Servie, à cause de leur fidélité et de leur dévouement, et d'après la teneur de plusieurs hi^ttis-shérifs émanés précédemment et à difiFérentes dates de ma part^ il est devenu nécessaire d'octroyer à ladite provipce une administration intérieure et un règlement pational fixe, spécial et privilégié, à condition que les Serviens s'acquittent ponctuellement, à l'avenir, des devoirs de la fidélité et de l'obéissance , et payent exacte-
ment, aux termes prescrits, à ma Sublime Porte Timpôi dont le prélèvement a été fixé et arrêté.
Conformément donc au itèglement organique que je viens d'octroyer à la nation survienne, la dignité de prince est confiée à ta personne et à ta iunilleen récompense de la fidélité et de ton dévouement, et d'après le contenu du bérat impérial que tu avais reçu précédemment.
L'administration intérieure du pa|» est coofiéi^ à tes soins fidèles, et 4)000 bourses de revenu annuel te sont assignées pour tes propres dépenses. Je te charge , en même temps, de la nomination des différents employés de la province, de l'exécution des règlements et des lois élabUes, da comBHUidemettt em chef des troupes die garmsoD néeessaim ponr la police et pour préserver le bon ordre et la tranquillité du pays de toute atteinte et de toute infraction, du soin de prélever et de percevoir les charges et les impositions publiques, de donner à tous les employés et fonctionnaires de la province les ordres et tes instructions réglementaires qui sei'aient nécessaires, de pitM;édeir à rafplicatioii disspeîlKS auaqneliBS a«ront été co^d^imuésles coupaUès» d'apvès h» «èglements, et» te donne le droit da paadomwr aiMc ka restrictons cmnn^naU^,. on bien» de modifier ks pii^flaea*
(i)^powmM>%'étasit confiésy t« anras^pcr'coiiséqaenl, le di;<û| absolu., pour la boipsieadiiinûslmlâaiii du pay»et de9 b^d^fiiÂvdbAt les devoînbie soati n spo séi » dle-dieâsiii, uomn^ei! et employer tvois personares qi», placées sous t09 ordres^ formeront Tadminîstration centralede la piwiiMQe^et s'occuperont, l'unsdtos alfairfii deFintérieuv, l'milM diea fisanccs, et la troîsifèiiie de h quenioa des aC- CmM'Iîtigiettaesdu pays.
Ta te formeras une chancetterie particulière qui sera sotts k direetiou de ton lieutenant le pHsktviHk^ que tu chargeras Ae dâivrer les passe-|i!ôrt» et de fiiigei* les réchuuations existantes entré les Sertiens et les atrtoritjs étrangères.
Il sera fermé et oiganisé un eonseil eomposé des pri* mats et des plus considérés d'entre le» Serriens. Le nombre des membres de ce conseil sera de dix-sept , parmi lesquels Fun se^a le président. Tout individu qirî n'est pas Servien de naissance, ou qui n'aura pas reçu la quabtédeSenrien diaprés les règlements, qui n'aura pas atteîtft fâge de trente-cinq ans, oti qui ne possède pas des biens immeubles, ne pourra finre partie die ce conseil attlîenakdtt être compté au nombre de ses membres.
Le présîdeitt du conseil ainsi que Ic^ ihembif'es àeront choisis par toi, à condition qu'ils soient absolument cOKMus parmi leurs concitoyens, par lelar capacité et leur qualité d'honnête homme, pour avoir reïidu quelques serriiées à leur pays et potfr a^oir mérité l'approbation généi«de. Après ieéhoix dés ntfembre^da conseil et teUr fliomination, et avauit leur entrée eii' fo»c!fioii9, chacun d'eux et tous, à commencer par «ai, prêteront serment en présence du métropolitain eeitimé qivet ife s^éiigagènt h V» rien- faire dé cdhtrairsé aux* intérêts! de \»t âation , M» de^cérs» qui leur soan impeeétf par teurs fimetibus, à eeiff de leur conscience^ ni à mu volonté' impériale.
L'unique tâehe de ce eefelseil sera de diséutor les intérêts publics dé la nation e« té prêter se» sertices et son assistancev
Anéan rè^emént ttepénrra être adépté, aucune nouvelle in^poution ne pourra être prélevée sans qu'elle n'ait
çté d'aboifd.el au |Mnéalable adoptée el approuvée par le conseil. Les appoinlemenU des luambres du conseil seroot fixés pa^ toi d*uo ooiumuD accord et d'une manitee coovenable, et, après que leur» réunions auront été établies dans le local de Taduiinistration centrale de la principauté, le cercle de leur activité sera restreint et borné aux matières suivantes ;
Discuter et décider les questions et les points coucer* nant les institutions et les lois du pays, la justice, les impôts et autres contributions.
Fixer 1^ appointements et les rétributions de tonsles employés du pays , comme aussi de créer de nouveaux emplois si le besoin s'en iiait sentir.
Évaluer les dépenses annuellement nécessaires pour l'administration du pays et délibérer sur les moyens les plus convenables et les plus adaptés au pays d'imposer et de percevoir les contributions avec lesquelles on fera face à ces dépenses» ...
Et, enfin, délibérer sur la confection d'une 1(h qui spécifie le nombre, la paye et la manière de servir des tjTQupes de garnison du pays, chargées d'y maintenir le bon ordre et la tranquillité.
Le conseil aura le droit de faire rédiger le projet motivé de te^le loi qui lui semblera utile et de te le faire présenter : après que le pi^ésident et le secr^aire du conseil y auront apposé i leur signature , à. condition, cependai^t, q^e cett^ loi ne porte nuUenieut.a^inte aux droits légaux de souveraineté de ma S. Porte. I)ansles questions qui seront débattues dans le conseil, sera adoptée la décision qui aura eu pour elle la majorité des voix.
Le. conseil aura le droit de demander, chaque année, dans le courant de mars et d'avril, aux trois directeurs sus-mentionnés le résumé de leurs travaux dans le courant de Tannée et de reviser leurs comptes.
Les trois hauts fonctionnaires, directeurs des affaires étrangères, des finances et de la justice, ainsi que le directeur de la chancellerie, aussi longtemps qu'ils exercent leurs fonctions, feront partie du conseil après avoir prêté serment. Les dix-sept membres du conseil ne pourront être destitués sans motif, à moins qu'il ne soit constaté auprès de notre S. Porte qu'ils se sont rendus coupables de quelque délit ou infraction aux lois et règlement du pays.
Il sera choisi et nommé, parmi les Serviens, un capoukiahiaci qui. doit résider en permanence auprès de ma S. Porte et gérer les affaires de la nation servienne conformément à mes intentions souveraines et aux institutions et immunités nationales de la Servie.
(Attributions des trois fonctionnaires désignés plus haut.)
Les affûres de la police, de la quarantaine, la transmission des ordres du prince aux autorités des districts du pays, la direction des établissements d'utilité publique et des. postes, Tentretien des grandes routes et l'exécution des règlements concernant les troupes de garnison du pays seront tous du ressort du fonctionnaire chargé des affleures de l'intérieur.
Celui chargé de l'administration des finances aura à reviser les comptes, à faire .prospérer le comn^erce, à garder et à administrer les revenus publics dont le chiffre sera fixé par les lois du pays, à faire mettre à exécution
les lais élablks à Fégant du commerce et de» affiôres fioeocièMs^ à solder les dépenses du pays d'après le» compta» rédi^Bspar les autre» fDndioniiairesv il piemlni soin de faire dresses le cadastre des biebapiibbcs et priWa, ainsi que des biens immettUcs, tantdtt pays quedugouvemement et de TexplottatiOA' des mines el Isrsta, comme aussi des antres affiires qmi se rapportent àsoq bureau.
Le diseclemr chargé de radinînîstratîott de fat jastîce> ajwnt anssi daas ses atsnbutiono leminislèrede If nMtii. » lion pnWîyie et la propagation des sciences*, annt k ?éi«ier et à sunreiUer si les jugements qm aaront en lie« ont été eiécutés ou non; à entendre et à redresser les p é aintsj <{jtti sesont portées contre les juges ; à vérifier les qualités de cemL qui sont appelés à rendre la jnslâce, et à stf biré prasenler par eux, tous les trois mots, le compte rendo de to«s les pvocès qni auront été jugés dnmnt cet espace de temps, à s'intéresser à l'état et alu sort des prisonaret à l'améliorer. H s'occupera aussi' à former les ftMeifi*s publiques par l'établissement de nouvelles écoles et à" enncoarager l'enseignement des connaissances nécessaires*. Il aara Hnspection des hôpitaux et autres étabKssemetfCs d'i^ilké publique et se mettra en con^espondance avec les administrateurs des églises pour régler tout' ce qm a rapport à la rdigion, au cntte et aux ég&sés.
Teut individu étranger, qtiir n'est ptts né Servién on qui n'aurait pas reçu nationaicment, &kptè^ léë lois feKI^ damentalesdu pays, laquahléée Servien, ne peut occuper l'mi des trois postes ci-dessus désignés.
Ces trois ^Kredeui^s seront indépendants l'nn de Faïf tve dans Pex^fcice de tenrs fonctions respeetîves, saCns qtte
JUSTinC*TIVES. »l
l'titt aoît semais: à l'autre^ et Us auMvt ekacw» fteor
Le dé^aAtmneiit de chacun d'eux sera êtmé e» phim^^ra bureau et secdious, et loui papier efiicîdi étnatté de chacua d'eux ^ pour affieuce d'Etal^ devra être muiiî de Uur sîi^nature respective , et,. e«tre cela, toute affaire «fttft serait dtt ressort des buream de lem* dépendance veepeelîve ne pourrait reeeveîr son exécution sans avoir été préalablement oantre-sigtiée par le chef de bttrea» , et Clément aueim cordre,. auGuae aftdre ne pourraient reœvok d'exécution sans avoic été d'abosd inscûts et eniiegistrés dans les livres de ees^ mêmes boseaux dont ils ressovlent.
Les trois directeurs devront, les mois de B»ar»et d'avril de chaque année, faire l'extrait de toutes les aflàires qKÎ se sont gérées daai» leuv propre bureau et dans cevet qui leur sent subordonnés , avec un exposé raisonné, et le piésenter imnû de leurs^ sceaux et de leurs signatures , ainsi que de celle des chefs de bureau , à l'examen èa ccmseil de la province.
(Composition dics tribunaux pour les affaires liligîeMes.)
Ma volonté expresse est que les hafcitants^de la Servie, sujets de ma S. Porte, soieot protégés dans leurs Uens, lenr» personne», leur honneur et leur dignké, et cette même volonté impériale s'oppose à ce qn'un individu quelconque soit, sains jugement, privé de ses droits de cité et de boui^wîe ou exposé à une vexation on punira quelconque; c'est pourquoi il a été jugé conforme aux loi» de nécessi^ sociale et aux principes de la justice drétablipdans le pays plusieurs espèces de tribunaux, afin
de punir les coupables ou de rendre justice à chaque individu public ou pariiculier, conformément aux règlenxentSy et après que le bon droit et la justification, ou , au.contraire, la faute et la culpabilité de chacun, auront été. constatés par un jugement.
. En conséquence , aucun Servien ne pourra être passi* ble du talion ou de toute autre peine corporelle ou pé* cuniaire, c'est-à-dire amende, avant que, conformément aux termes de la loi, il n'ait été jugé et condamné par-devant un tribunal. Ce sont ces tribunaux établis qui auront à connaître, conformément à la loi, des affaires litigieuses, des contestations commerciales, et à examiner et juger définitivement les crimes et délits, et, dans aucun cas,, on ne pourra appliquer la peine de la confiscation des biens. ...
Les. enfants et les proches du coupable ne seront pas responsables de la faute de leurs pères, ni punis pour çux., Trois tribunaux sont institués pour rendre la justice en Servie.
Le premier sera établi dans les .villages, composé des vieillards de l'endroit et appelé tribunal de paix.
Le second sera le tribunal de première instance, établi dans chacun des dix-sept districts dont se compose la Servie.
Le troisième sera le tribunal d'appel dans le cbef-lieu du gouvernenient.
Le tribunal de paix de. chaque village se composera d'un président et de deux adjoints élus par les habitants de l'endroit, et chacun de ces tribunaux de village . ne pourra connaître d'une affaire de plus de cent, piastres ; ils ne pourront non plus infliger des peines qui surpasse-
raient un emprisonnement de trois jours et dix coups de bâton.
Les causes ne pourront y être plaidées et jugées que sommairement et^ vi?e voix. Il n'y aura que les jugements des deux autres tribunaux qui seront couchés par écrit. Le tribunal de village devra renvoyer par-devant le tribunal de district, dont il fait partie, un procès de plus de cent piastres et le jugement d'un crime qui entraine un châtiment de plus de dix coups de bâton, ainsi que le plaignant et le défendeur.
Le tribunal de district, qui doit connaître en première instance d'une cause, sera composé du président, de trois membres et d'un nombre sufiisant de greffiers. Le président et les adjoints du tribunaf de première instance , qui n'auront pas atteint l'âge de trente-^rinq ans, n!auront pas le droit d'y être nommés. Le tribunal aura le droit d'examiner et de juger tant des procès litigieux que des crimes, des délits et des contestations commerciales.
Il sera accordé un délai de huit jours à tout individu qui, ayant perdu son procès au tribunal de première instance de son district, voudrait en appeler au tribunal d'appel ; et si, dans l'espace de huit jours, ledit individu condamné ne s'est pas hâté d'en appeler au tribunal d'appel, la sentence du tribunal du district sera vàUdè et exécutoire. Le tribunal d'appel ne connaîtra exclusivement que de la révision et du jugement des causes et des différends qui auront déjà été portés au tribunal de première instance ; et tant le jïrésident du tribunal d'appel que les quatre membres qui lui sont adjoints doivent absolument être âgés de trente-cinq ans.
Les membres des tribunaux serviens doivent être nés
SeirieDi oh aatm-aliiiés tels, confemiraient aux t^lemenU. Quant aux procès qui tout portés d'un tnfauiiai a Tautr^f le préaident «le cbaqoe trâbupal dek venMttre eoire les mauia du demandeur et du défeadmir «a féaumë du ^ttgeneat amiu de sa signatiune et de ion aceau.
Les uvembres des tribunaux de paix des villages ne pourront être roembves des «deux autres tribunaux. Si l'un des membres de ceadeux tribunaux fient à mourir, «on successeur devra lètre choisi parmi des hommes de loi qui auront eu des Csnctîons dans les tribunaux et, parmi ceux-cif le plus ancien par son âge et ses services sera nommé à son tour.
Aucun membre du tribunal ne peut être deslttué sous la prévention de s'éire écarté de ses devoirs^ avant €[ue la chose ne soit prouvée en îusiice, d's^ès les règlements.
Lorsque des employés^ ayant un giade mtlitaii« ou ci viU ou des prêtées, après que leur faute aura été selen^ nellement proufée à la suite d'un jugement, d'après les règlements, auront été condamnés à être punis, d^mme l'on ne peut pas infliger â ces individus des peines corporelles, on les punira soit en les réprimandant fortement, soit en les mettant en prison, soit en les dégradant, soit ^enfin en les reléguant dans un autre endroit.
Aucun des employés de la principauté, civils ^it milijtaiies, glands ^ petits, ne peut «'immiscer dans tes «rffainesdes trois tribunaux siis^roentionnés ; mais Ils pour^ ront seulement étie appelés à exécuter leurs senesnoes.
Le commerce étant libre en Servie, tout Servien peut l'exercer librement, et Ton ne permettra jamais la moindre restriction à cetle liberté, à moins cependant qne le
pmœ, de conceit avec le conseil dii pays, n'en juge urgente la restriction temporaire pour un article quelconque.
ToutServien, en se conformant aux lois de l*Btat, est maitre absolu de vendre ses propres biens ou propriétés, dVn disposer à volonté et de les léguer par testament ; il ne peut être privé de ce droit que par une sentence légale d'un des tribunaux établis dans le pays.
Tout Servien qui aura un procès doit s'adresser au tribunal du district qu'il habite et ne peut être cite que par-devant le tribunal du district ^aos lequel il a sa résidence.
Toute corvée est abolie en Servie, et ou ne pouri-a imposer de corvée à aucun Servien.
Les dépenses qu'occasionnent T^trecien et Tarraipi^'uient des ponts et des roulas seront réparties entre les communautés des villages qui sont d^msies environs.
De même qii^ l'administration centrale de la principoilt^ e#l <:b»rgée de la direclîon et de la surveillance des grandes routes ou passent les postes, des ponts et d'autres édifices d'utjUté publique, les particuliers ausn doivent savoir qn'U est nécessaire d'y mettre leur zèle et leur attention de Heur cdté» Tu fixeras, de concert avec le conseil, et équilablement^ une paye journalière aux pauvres gens qui s'occuperont de ces travaux, de même que iu t'entendrai avec les membres du conseil pour allouer des appointements annueJs fixes à tous ceux qui sontem* ployés aux différents services de la principauté du pays.
Tout employé qui voudra, sur une raison légale, se retirer après quelques années de service, pouna le faire ; on
lui assignera, après sa retraite, la pension convenable qu'il aura méritée.
Tout emploi, soit civil, soit militaire, soit judiciaire, sera conféré en Servie par une ordonnance du prince, à condition que chaque employé commencera d'abord par le> grades inférieurs et sera progressivement, et après l'avoir éprouvé, élevé aux grades et emplois supérieurs.
Les hommes de lois chargés des emplois judiciaires ne pourront jamais changer de service et occuper des emplois ailleurs que daus les tribunaux et s'occuperont exclusivement de se perfectionner dans la partie judiciaire. Àucuti employé civil, ni militaire, ne pourra pas, fût-ce même temporairement, être employé aux tribunaux.
Les Serviens, rayas, tributaires de la S. Porte, étant (du nombre des chrétiens de la religion grecque, autrement dite église d'Orient, j'accorde à la nation servienne pleine liberté d'exercer les pratiques usitées de sa religion , et d'élire, parmi eux, avec ton concours et ta surveillance, leurs méti'opolitains et leurs évêquies, à condition qu'ils soient soumis au pouvoir spirituel du patriarche résidant à Gonstantinople, considéré comme le chef de cette religion et de son synode ; et, comme en vertu des privilèges et des immunités accordées a^ aniiquo aux chrétiens habitants de Tempire ottoman, depuis la conquête, l'administration des affaires de la religion et de l'église, en tant qu'elle ne porte pas atteinte aux affaires politiques, doit appartenir d'une manière absolue aux: chefs du clergé, ainsi que l'allocation , de la part de la nation, des rétributions, tant à leurs métropolitains, à leurs évêqUes, à leurs hégumènes et à leurs prêtres, qu'aux établissements pieux appartenant à l'Eglise ; la
^ême règle doit être observée à l'égard des rétributions des métropolitains et évêques qui se trouvent en Servie. Il sera désigné en Servie des endroits pour la réunion du conseil spécial des métropolitains et des évêques^ à l'effet de r^ler les affaires de la religion, celles des. métropolitains et des évéques, ainsi que des prêtres et celles con^ cernant les églises du pays.
Les sipahiUks, les timars et les ziameis ayant été abolis en Servie, cet ancien usage ne pourra jamais y être réintroduit à l'avenir.
Tout Servien, grand ou petit, est soumis au payement de l'impôt et des contributions. Les Serviens d'un cer^ tain rang, employés aux affaires et aux emplois du pays ^ payeront leur quote part en proportion des biens et des terres qu'ils possèdent ; le clergé seul sera exempté de l'impôt
La Servie, étant composée de dix«sept districts, et chaque district renfermant plusieurs cantons qui, à leur tour, sont composés de plusieurs villages et communautés, chaque chef de district aura un adjoint, un écrivain, un trésorier et d'autres employés tout aussi nécessaires. Les chefs des districts s'occuperont de l'exécution des ordres qui leur viendront de la part du gouvernement central de la principauté relatifs à toutes les affaires de l'administration intérieure qui se rattachent à leurs fonctions ; ils se boirneront à imposer et à prélever les contributions d'après les registres qu'ils recevront de la direction des finances, et ils ne se mêleront pas des démêlés que peut faire naître, dans leur district, le prélèvement de ces impositions ; mais ils se contenteront de renvoyer au tribunal du district les différends et les procès surve-^
uus, en se réservant seulement d'exécuter la sentence du tribunal.
Le chef du canton empl<»era ses efforts à préserver de toute atteinte les biens et les terres des villages et à protéger le peuple des malveillants et des gens sans aveu et sans mœurs. Il doit visiter les passe-ports de tous les individus qui arrivent dans son canton ou qui s'en vont ; il ne petit garder un homme en prison au delà de vingtquatre heures; mais il dénoncera au tribunal du district les différends et les procès qui pourraient surgir dans son canton, et s'adressera au maître de police du district si ces différends sont des affaires de police. Il doit, en outre, surveiller les tribunaux de paix des villages et se garder bien de s'ingérer dans les affaires des églises et des écoles des villages, ni toucher ^ux revenus et terres qui dépendent d'autres établissements pieux. Pour les biens-fonds et propriétés assignées aux églises, aux bourgades, aux habitants et à des établissements d'utilité publique, ainsi que pour ceux appartenant en propriété à des particuliers, il sera délivré à chacun à part des documents cons' tatant le droit de propriété et qui seront, en outre, enregistrés aux bureaux du pays.
Aucun Servien, en général et sans exception, ne pourra être persécuté ni molesté, secrètement ni ouvertement , avant d'avoir été cité et jugé par-devant les tribunaux. Ma volonté impériale ayant fixé et établi les jugements ci-dessus mentionnés, ce firman impérial a été rédigé expressément pour te les communiquer et t'a été envoyé orné de mon illustre hat impérial. Je t'ordonne donc de veiller à la sûreté de cette province impériale, tant intérieurement qu'extérieurement, n'en ayant confié le com-
mandement à toi et à ta famille qu'à la condition expresse d'obéir et de te soumettre aux ordres émanant de ma part, d'assurer sa prospérité, d'employer tes efforts à aviser aux mesures d'assurer à tous ses habitants le repos et la tranquillité, de respecter l'état, l'honneur le rang et les services de chacun, et de veiller surtout à ce que les classes et conditions réglementaires ci-dessus énoncées reçoivent leur exécution en entier et pour toujours, en mettant ainsi tout ton zèle à attirer sur ma personne impériale les prières et les bénédictions de toutes les classes des habitants du pays et à confirmer et justifier de cette manière la confiance et ma bienveillance souveraine à cet égard.
De la même manière, j'ordonne à tous les Serviens, en général, de se soumettre aux ordres du prince en se conformant aux règlements et aux institutions du pays, et de se conformer soigneusement aux convenances nécessaires. J^ordonne que ce hatti-shérif impérial soit publié, afin que la nation en prenne connaissance, que chacun, pénétré de plus en plus de reconnaissance pour ces concessions et bienfaits, accordés par ma munificence souveraine à tous également, se conduise, en toute circonstance, de manière à mériter mon approbation et que les clauses du présent règlement soient exécutées mot à mot et pour toujours sans qu'on puisse en aucun temps y contrevenir.
Et toi aussi, mon vizir, tu l'auras pour entendu et uniras tes efforts à ceux du prince pour l'exacte et stricte exécution des clauses de ce présent firman impérial.
]M«eoiir« du prince Glilkii à «on arrivée à
Bukareiit.
MfiisisuRs y
Au milieu de la solennité de ce jour , deux sentiments profonds partagent mon cœur : d'un côté , la joie de me voir entouré de tous mes anciens collègues et amis | et d'en recevoir des témoignages de cet attachement dont j'eus tant de Ibis des preuves et qui aujourd'hui m'est deveniu encore phis cher ; de l'autre , la reconnaissance dont je suis pénétré envers les deux puissants monarques qui, dans leur généreuse sollicitude, ont réhabilité notre patirie dajis ses anciens droits et privilèges , et lui ont préparé une nouvelle ère , en lui garantissant de nouvelles immunités , et des institutions qui la mettent désormais à l'abri des calamités dont elle fut si longtemps affligée.
A tous, ces avantages inappréciables dont nous sommes redevables aux Iransactions des deux augustes cours, Sa Hautesse le sultan Mabmoud Kan , dont la gloire et la puissance soient à jamais impérissables , a daigné, à ma sollicitation, ajouter de nouvelles prérogatives,, qui, tout en nous permettant de nous livrer à l'espoir d'obtenir un jour une marine marchande , mettent notre commerce à même d'acquérir tous les degrés d'extension dont il est susceptible , et vont devenir pour nous une nouvelle source de richesses : telle la jouissance pour nos couleure nationales de tous les droits attachés aux pavillons des autres nations ; telle encore l'assimilation des Yalaques , en ce qui concerne les droits de douane et leur commerce maritime , aux nationaux des puissances les plus favorisées, et plusieurs autres avantages non moins importants , dont vous prendrez connaissance par la lecture qui vous sera donnée des nobles et hauts firmans qui les établissent et que le temps^ vous fera mieux connaître.
Appelé sous d'aussi heureux auspices au gouvernement dé mon pays par la volonté des deux augustes monarques, je ferai tous mes efforts pour justifier la confiance dont j'ai été honoré.
Je ne me dissimule pas , messieurs , les difficultés qui sont attachées au poste éminent où j'ai été élevé. L'art de gouverner a toujours été considéré comme un des plus difficiles ; et cette vérité devient encore plus sensible lorsqu'on est appelé à succéder à un homme supérieur (1) et à contiimer une administration conduite avec tant d'habiletc.
(0 M. le général Kisselew.
JUSTIFICATIYES. 343
Je compte , messieurs , sur votre appui et le concours de vos lumières. Le règlement organique sera mon guide. L'heureux essai que nous en avons fait, pendant les trois dernières années qui viennent de s'écouler, nous est un sûr garant des immenses résultats que nous devons en attendre pour l'avenir. En déterminant les droits et devoirs de toutes les classes , il a opposé une barrière aux abus , et est devenu désormais notre palladium , autour duquel tout bon Yalaque doit venir se ranger.
Je mettrai , messieurs , tous mes soins à faire fructifier les germes de prospérité qui sont déposés dans cette œuvre d'une haute sagesse. Je veillerai à la stricte exécution des lois. Gomme je n'ai eu d'autre but , en acceptant le gouvernement de mon pays , que celui de le rendre heureux , je marcherai d'un pas ferme vers le but , sans qu'aucune considération puisse jamais m'en détourner ; car , si l'opinion de ceux parmi lesquels je suis destiné à vivre m'est précieuse , je suis plus jaloux encore du jugement des générations qui viendront après nous.
J'aime à me flatter , messieurs , que , mus par ces mêmes sentiments , vous vous empresserez à me prêter votre assistance , et que je vous trouverai toujours réunis a moi pour le bien de notre patrie.
Prescrit de» |ftrliicl|Maes dUipottitleiui du
La S. P. a été informée que , dans rassemblée ordi^ naire des boyards » réunie, l'année passée , à Bukarest , quelques-uns de ses membres, oubliant la fidélité et l'obéissance dues à l'autorité souverûne , et n'écoutant que les funestes inspirations de l'esprit d'intrigue , d'insubordination et de désordre, se sont permis de contester la validité d'une disposition aux règlements organiques des principautés , ainsi qu'aux dispositions de dé» tail y ajoutées durant l'occupation provisoire de ces principautés par les troupes russes , qui avait expressément ordonné que nulle innovation ultérieure ne fut intro» duite dans le texte desdits règlements à moins d'obtenir la sanction préalable de la S. P. et l'assentiment de la cour de Russie. Informé de cette disposition à la fois inconvenante et illégale , l'hospodar , dont le devoir le plus important et le plus sacré consiste à veiller au main*
tien des droits légitimes de la S. P. , appelé comme il l'est , par ses bienfaits , au poste éminent qu'il occupe , s'est hâté d'interdire formellement à l'assemblée toute délibération ultérieure sur un objet placé en dehors des attributions qui lui sont assignées par une volonté souveraine et immuable. Toutefois , au mépris de cette dé*fense péremptoire , les membres factieux et réfractaires, non satisfaits de continuer le débat , malgré la vive opposition des boyards les plus sages et les plus notables , ont osé signer , le 21 juillet , une anaphora adressée à l'hospodar , ayant pour objet d'atti^quer et d'incriminer ouvertement la disposition souveraine mentionnée plus haut y en soutenant , .contre le droit et la sainte raison , qu'ils y apercevaient une infraction aux immunités et privilèges dont la province , à leur avis , se trouvait appelée à jouir anciennement. Cette nouvelle preuve de l'aveugle obstination des factieux a mis l'hospodar dans le cas de recourir à Texercice des devoirs de sa çfaaiige , en prononçant aussitôt la clôture de l'aâ^^mblée ; mais , au lieu d'obéir, ils ont poussé l'égarement jusqu'à vouloir continuer la discussion de leur propre chef. Ils ne S^aosit séparés que sur une uouvelle sommaiion. , après avoir aggravé leur coupable conduite par des violences et des voies de fait envers ceux des boyards qui s'étaient refusés à prendre part à ces désordres , et qui s'efforçaient ,> mais en vain , de ramener les récalcitrants aux voies de la légalité et de la soumission. La S. P. n'a pu apprendre ces déplorables incidents qu'avec une juste indignation; elle ne tolérera jamais <pie les règlements fondamentaux dont S. H. a doté les provinces duDanube, dans les vues les plus bienfaisantes et en vertu de ses transactions
solennelles avec la Russie , puissent être commentes au gré d'une poignée de gens peu éclairés et malintentionnés , de manière à £adre servir d'instrument à leur$ désirs coupables les mêmes actes qui , du consentement des deux hautes puissances , sont destinés à former les bases du bien«être et du repos des fidèles populations qui habitent les deux principautés , sous l'égide tutélaire de S. H. La S. P. se félicite de voir ses sentiments à cet égard entièrement partagés par la cour de Russie , dont le consul a protesté, dès l'origine , contre la tendance pernicietise des discussions arbitraires suscitées au sein de la dernière assemblée valaque. La S. P« » conformé* ment à la volonté du Grand Seigneur» iixtime, en conséquence à rbospodar de Yalachie l'ordre exprès de manifester son vif mécontentement à tous 1^ ijadxvidus qvi ont apposé leur signature à l'anaphonra illégale du 21 juil-< leC dernier y cet acte , ainsi que les scandaleux débats qui l'ont pt'oyoqué , devant , comme ils l'ont été dès l'origine , être frappés d'une nullité abscdue pour le foud comme pour la forme. En exécution de cette volonté souveraine, l'bospodar fera venir en sa présence lesdits signataires et leur adressera pubUquementlessévèrea remontrances que mérite le procédé dont, ils se sont rendus coupables. La plupart d'entre eux n'ont fait toutefois que se laisser entraîner par un égarement passager, tandis que d'autres sont connus, soit pour avoir donné l'exemple du scandale au sein de l'assemblée, soit pour avoijr, par des menées, occultes 9 instigué et encouragé les désordres « L'bospodar aura donc soin d'adresser des réprimandes plus spéciales et plus sévères à ces derniers , tels nommément que les boyards Michel Cornesço , Emmanuel Baliano ,
Kampiniano , Jean PhUippesco, Grégoire Cantacuiène , Jeau Rouueti , Constantin Faca et Aleco Vilara. L'hospodar fera connaître à ces boyards que kur conduite a étéde nature à mériter un juste châtiment ; qu'en essayant de s'attaquer à une des clauses les plus essentielles du règlement confirmé par le concours des deux hautes puissances , ils ont méconnu les devoirs les plus sacrés de la sujétion envers le Grand Seigneur, et manqué à la confiance que leur avaient accordée leurs propres compatriotes; que ceux qui , à l'avenir, essayeraient de renouveler de pareils désordres ne manqueront pas d'encourir les poursuites légales et les. peines attachées aux délits d'insubordination , délits qui risqueraient de compromettre le repos de la grande majorité des liabitans pai* sibles de la principauté , et que les deux hautes puis-» sances sont également résolues de réprimer sévèrement, A la suite de ce langage tenu aux individus sus-mentionnés , la S. P. aime à se fiatter que, dans leur conduite ultérieure , ik chercheront à efiacer leurs fautea précédentes par des preuves non équivoques d'un repentir sincère et d'une soumission pleine de zèle au pouvoir légitime ; et ce n*ést que dans ce cas qu'il est réservé à rhospodar de les admettre dorénavant à l'exercice des fonctions publiques , fonctions dont il a eu raison de les tenir éloignés jusqu'ici , car elles ne sauraient être compatibles avec les prétentions qu'ils avaient osé mettre en avant.
L'hospodar donnera au contenu de ce firman impérial toute la notoriété requise. Après s'être acquitté des injonctions de la S. P. à Tégard des boyards coupables , il adressera des exhortations et des conseils à l'asseni-
blée qui va se trouver, de nouveau , réunie à Bukarest , pour lui recommander plus sérieusement que jamais la prudence et la modération ; et , afin d'achever la besogne interrompue par les discussions illégales de l'année dernière , il imposera à cette assemblée le devoir de procéder, sans délai et préalablement à toute autre occupation , à réunir dans un seul corps d'ouvrage , ainsi que cela s'est déjà fait en Moldavie, les différents articles du règlement valaque , avec les dispositions additionnelles qui ont eu lieu du temps de l'occupation russe , et la clause finale expressément insérée à Constantinople par la S. P. , dans le but de maintenir intacts les règlements tout comme les droits légitimes des deux hautes cours à l 'égard des principautés. L'hospodar apportera ses soins à la scrupuleuse exécution de ce firman suprême , dont le contenu est communiqué simultanément à la cour de Russie ; le consulat général de cette puissance à Bukarest ayant reçu l'ordre de tenir, de son côté , un langage entièrement conforme aux dispositions prescrites par la S. P. , en exprimant toule l'improbation et tout le mécontentement de sa cour aux boyards, dont l'inconduite a troublé les travaux de la dernière assemblée.
§ur l'amuiiiitioii de Meiui-foiids en Tuliielile
|Mir des étriiiiserfl.
(Extrait textuellement du Courrier vàlaque. Août 1838.)
La question de savoir si Tacquisition debiens-fondt par des étrangers serait un bien ou un mal pour le pays a été souvent discutée et débattue, sans que la solution de cette question , appuyée d'un raisonnement juste, ait été mise au jour. Les opinions là-dessus ont varié comme les idées, selon les époques ; car il n'y a pas eu de principe fixe pour leur servir de règle.
n est constaté qu'un État dont la régénération ne date que depuis peu , qui contient une population bien mi-* nime en proportion de son étendue, où l'exploitation ru" raie se trouve encore dans son enfance et où la pénurie d'argent et le manque de crédit sont à leur comble, ne peut prendre un paiti plus salutaire que de s'attirer des braS;
de rinduslrie et des capitaux du dehors. — C'est un axiome en économie politique qui ne pourra jamais être révoqué en doute.
Or, plus il entre de capitaux dans un pays, plus ses moyens d'exploitation se multiplient ; plus on exploite , plus on crée de produits ou valeurs qui n'ont pas existé avant, et cette surabondance de produits forme le véhicule de la richesse d'un pays par la raison qu'étant au delà des besoins indigènes et adaptés à ceux du dehors, ik passent dans l'étranger en échange contre des numéraires ou valeurs équivalentes qui rentrent dans le pays où. l'exploitation a eu lieu.
Un capitaliste étranger, en faisant l'acquisition d'une terre, fait répandre dans le pays, outre un capital d'achat équivalant à la valeur de la terre (des lumières, de bonnes races de bétail et de chevaux , de bonnes espèces de graines , et des machines et instruments d'agriculture perfectionnés), encore un capital d'exploitation souvent très-considérable; il provoque le commerçant entreprenant et industrieux, qui saisit chaque occasion pour concilier les intérêts du pays aux siens propres, à coopérer à la marche progressive de l'industrie, qu'il (le capitaliste) a fait naître et qu'un enchaînement du commerce avec l'agriculture alimente.
Dans l'état actuel des choses, les étrangers sont privés de la faculté de faire l'acquisition des biens-fonds en Yalachie , en sorte que ceux qui sont intéressés à devenir propriétaires le deviennent par des voies indirectes, c'est-à-dire moyennant un prête-nom qui donne lieu à des abus et surtout à l'encouragement des procédés illi-
cites, .qu*un gouvernement sage, bien loin d'autoriser, ne saurait assez éloigner.
Les antagonistes du système de Tadmissibilité des étrangers sont d'avis « que, s'il était permis à ces derniers d'acheter des biens-fonds en Yalachie , les propriétaires étrangers surpasseraient bientôt en nombre ceux du pays. » — Admettons qu'il en fût ainsi, ce qui n'est pas très-probable, ce serait le signe d'une prospérité croissante, car la population se multiplierait t des hommes éclairés et des laboureurs experts, dont les indigènes pourraient prendre exemple, entreraient dans le pays, et ces étrangers , sous l'influence de lois justes^ d'un gouvernement sage et d'institutions stables et salutaires , ayant les moyens de couler leurs jours dans un beau climat, où le sol est fertile et où les hommes industrieux sont recherchés et encouragés, s'habitueraient graduellement au pays et finiraient par s'y établir ; leurs progénitures deviendraient valaqueset probablement des Yalaques éclairés et industrieux , par conséquent riches et aisés. Or les peuples les plus civilisés de l'Europe, les Français, les Anglais et les Allemands, n'ont-ils pas été de la même catégorie ? L'Angleterre, dans son origine , n'est-elle pas composée de peuplades belges, saxonnes et Scandinaves ? et ces mêmes peuplades ne sont-elles pas devenues , par l'effet du temps et des circonstances, les Anglais d'aujourd'hui ? — Les Valaques mêmes ne descendent-ils pas des Romains, des Grecs, etc.?
Il est donc positif que l'augmentation du nombre des étrangers propriétaires ou cultivateurs ferait un bien incontestable au pays. Or il est peu raisonnable de supposer que la Yalachie ait atteint ce degré de perfectibi-
lité, en fait d'économie rurale, auquel la France, l'Angleterre et TAllemagne sont parvenues par l'effet des siècles. La Valachie ne fait qu'entrer dans une nouvelle ère, après des secousses perpétuelles et violentes, qui n'ont servi qu'à arrêter la marche progi essive de tout ce qui est relatif au bien-être du pays.
mM
M. F. Golson , dans un ouyrage riche en documente curieux^ intitulé De l'état présent et de Va^^enir des principautés de Moldat^ie et de F'alachie , porte à 2,402,027 le chiffre atteint , en 1839, par la population valaque ,
Yoici , du reste , la statistique des deux principautés, dressée en 1 834 par les Russes.
Valachie. Moldavie.
Etendue en lieues car^
rées de 28 1/2 au degré. 4,810 2,671
Population. 1,950,000 1,100,000
Culte grec. 1 ,935,000 1 ,010,000
Catholiques. 6,200 40,000
Valachib.
MOLBAV».
Juifs.
Bohi^mieiis.