NOMBRE DES DESTINATION . VOYAGES PAR MOIS
(allée et retour) .
Mariana. .
76 chev.
De Lintz à Vienne. .
Nador. . .
Devienne à Pesth. .
Arpad. . .
•DeVienneàPesth. .
Franz. . .
De Pesth à Drenkora.
Zrinyi. . .
De Pesth à Drenkova. .
(Le trajet de Drenkova à Skéla GladoTa se fait sur des bar ques ou en voiture. )
WOHBKB BBS BOBS. FOKCB. BBSTllf ATIOH . VOTA €BS PAS MOIS
(allée et retonr).
Pannonia.. 36 chev. De Skéla à Galatz, 2
en cAtoyant la rive gandie.
Argo.. . . 50 — De Gladova à Galalz. . 2
en snirant la nr9 tarqne .^ Les passagers oni voudraient descendre à Galats seraient «>nmis • k quarantaine.
La même compagnie, pour compléter son système de navigation , a , de plus , établi les paquebots suivants :
NOHBBB DBS
noms. FORCB. bbstitiation. voyagbs fab mois
(allée et retour).
Ferdinand, loo chev. De Galatz à Constanti-
nople 2
Libano. . . Bateau à De Galatz à Odessa. .
voiles. (Quarantaine ). i
Metternicb 140 chev. De Gonstantinople à
Trébisonde 2
Stamboul.. I60 -^ De Gonstantinople à
Smyme 4
Maria-Do- £n correspondance avec
rothea. . 70 — le précédent, des Dar-
danelles à Salonique. 4
Tous les mois, les jours de départ des différentes stations sont fixés à Vienne. Je ne puis reprocher qu'une seule inexactitude aux agents de la compagnie ; le Ferdinand nous a fait attendre
vingt-quatre heures à Galatz. Ce paquebot , en outre, est si mal construit, qu'il est à désirer qu'on se décide à le remplacer. Quant au nom de la Bella , donné à la barque qui fait le trajet de Drenkova à Orsova, c'est une mauvaise épigramme.
Les bateaux du Danube sont beaux, mais dans leur aménagement on a trop sacrifié les voyageurs aux marchandises. Le pont est encombré , et les ballots envahissent trop souvent les premières places. On pourrait aussi mettre plus d'activité dans le service et réduire facilement à dix les treize jours employés pour le trajet de Vienne à Gonstantinople. Malgré ces reproches mérités, il faut le reconnaître, l'entreprise, toujours surveillée par M. de Széchényi, marche bien, et son succès n'est plus douteux; le commerce de la Hongrie est en plein progrès, et c'était là le but qu'on voulait atteindre. Déjà les exportations des produits du sol excèdent de treize millions le montant des importations. L'Autriche, de son côté, acquiert
une voie prompte et facile pour ses rapports avec Bucharest et les principautés riveraines.
L'Europe entière est intéressée aux grands travaux qui ont pour but d'aplanir les difficultés qui entravent la navigation du Danube. Le projet d'un canal de jonction du Rhin à ce fleuve a acquis une plus grande importance que jamais. Hommes civilisés de l'Occident, nous devons répondre à l'appel de ceux que nous avons trop l'habitude de traiter en sauvages. Le roi de Bavière , en 1 825 , résolut d'exécuter la pensée de Gharlemagne et d'opérer la réunion du Danube au Rhin par le Mein. Les travaux , commencés avec assez de lenteur, sont aujourd'hui poussés avec une activité funeste à la France. Trop absorbés par nos luttes politiques, nous nous épuisons en vaines paroles, et nos voisins profitent de nos travers : nous n'y pensons pas assez; il s'agit cependant de tout le commerce de transit de l'Allemagne qui nous échappera , si nous n'y prenons garde. Notre système de canalisation , dû à Louis XIY et à
Tempereur, vient admirablement aider l'heureuse disposition de nos quatre grandes rivières qui 9 déjà mises en rapport avec le Rhin^ seraient rattachées au Danube par un canal percé entre ces deux fleuves. On avait parlé d'un canal de Kehl à Ulm. Ce dernier plan nous serait de tous le plus avantageux ; il serait , de plus, facile à exécuter. M ais j^abandonne ce sujet, qui n'est pas le mien *, pour revenir à la Hongrie.
Du jour où les travaux seront achevés , du jour surtout où la législation commerciale sera refondue ou plutôt créée , Pesth deviendra lun des plus importants marchés de l'Europe. Déjà le mouvement de son quai étonne le voyageur habitué au silence des villes allemandes ; c'est là que les paysans viennent apporter leurs denrées^ les produits de leurs champs et de leurs troupeaux. Ils ont conservé le costume national, je n'ose pas dire dans sa pureté , l'expression se-
* M. Michel Chevalier a traité cette question d^une maDière remarquable daas son curieux ouvrage : Les Intérêts matériels en France, pag. 154 et suiv.
rait risible , mais dans toute sa barbarie et toute sa saleté primitives. A les voir couchés sur la paille, au milieu de leurs petits chevaux et de leurs légères charrettes , on peut se croire tombé dans une horde de sauvages. Dix siècles ont passé sur ce peuple sans effacer son caractère. Le Magyar d'aujourd'hui est le digne fils du barbare d'autrefois ; comme son père, il a une physionomie dure, mais pleine d'expression ; il unit la force nerveuse à une grande insensibilité physique ; comme son père , il porte une chevelure longue et huileuse, et n'a pour costume qu'une veste de cuir enduite de graisse (ce qui, pour lui, remplace souvent la chemise), de larges pantalons et une peau de mouton presque séculaire. La présence de cette race à part, au milieu d'une ville civilisée, ce souvenir du iv* siècle encore vivant au xix% forment un spectacle auquel les yeux et l'esprit s'habituent difficilement.
Hâtons-nous de le dire, il existe en Hongrie, au sein de la noblesse elle-même, un parti libéral et philosophique qui sent la nécessité de cor-
riger les abus pour ne pas être dévoré par eux. Le terrible exemple de la révolution française ne sera point perdu pour l'Europe; la Hongrie ne reconstruira pas sur table rase ; elle amendera sa constitution, mais sa liberté ne sera point marquée au front, conmie la nôtre , d'une tache de sang que les lauriers n'ont pas pu couvrir.
Les Hongrois affectionnent Pesth, ils ont une haute idée de son avenir ; aussi cette ville at-elle été choisie pour servir de centre à la politique, au commerce et à Finstructioû. Son université peut soutenir la comparaison , non pas sans doute avec les premières écoles de l'Allemagne, mais avec toutes celles de l'empire autrichien. La langue nationale, chose bizarre, était peu cultivée en Hongrie j on écrivait, on parlait, on plaidait en latin. L'Autriche aurait bien voulu substituer l'allemand au hongrois ; mais , ne pouvant y parvenir , elle avait pris le latin pour langue officielle. L'esprit national s'est enfin réveillé, et l'homme dont le nom se retrouve toujours attaché aux projets vraiment
utiles et patriotiques , le comte de SzéchéDyi , contribua de toutes ses forces à faire passer une loi qui dëtrôna la langue de Gicéron au profit de celle d'Arpad. La séance où fut prise cette résolution est une des plus belles de la dernière diète. Les rares partisans de l'Autriche parlaient de l'illégalité de cette mesure^ « S'il était vrai, répondit le député des comitats Magy Paul , que la constitution proscrivit l'usage de notre langue , je dirais sans hésiter : Meure la constitution plutôt que notre nationalité! » M. de Széchényi vint ensuite. . . « Voilà, dit-il, un trait d'audace qui me confond ! Je me résigne enfin à faire cause commune avec ceux que depuis quinze ans j'appelle les calomniateurs de mon pays ! Oui , la Hongrie est ingouvernable, ils ont raison de le dire, et les bienfaits dont la comblent ses maîtres ne sont payés que par l'ingratitude I Voilà dix millions d'hommes qui réclament le droit de s'exprimer dans leur langue , de faire des lois intelligibles pour tous, et non des oracles sibyllins rendus dans un idiome mort et obscur ;
quelle insolence!» L'orateur termina en sous* crivant pour une somme de cent cinquante mille francs destinés à la fondation d'un institut national.
Le gouvernement de Vienne dut accéder au vœu de la diète : Ferdinand I«' d'Autriche est Ferdinand V de Hongrie ; aujourd'hui les actes de l'autorité et les jugements sont publiés en hongrois ; les commandements militaires se font en hongrois; l'exergue des monnaies est emprunté aussi à la langue nationale; les princes de la famille impériale , enfin, étudient cette langue, d'abord proscrite comme séditieuse.
Dans les contrées où les communications sont rapides et les relations faciles , les foires perdent de leur utilité, et un grand nombre de négociants n'y voient plus qu'un déplacement sans compensation suffisante. En Hongrie , elles sont demeurées ce qu'elles étaient au moyen âge.
Pesth devient, quatre fois par an , Tenirepôt des denrées du pays, et, à chacune de ces foires, la somme totale des ventes dépasse vingt millions
de francs. Un nouveau produit s'est , depuis quelques années, montré sur le marché de Pesth, c'est la soie indigène. Dans le siècle dernier , la Hongrie possédait des manufactures de soieries auxquelles la réunion du Milanais aux États autrichiens avait porté un coup mortel. M. de Széchényi et d'autres magnats ont tenté de ranimer cette branche de Tindustrie nationale. Le mûrier est aujourd'hui cultivé avec succès dans plusieurs cantons, et tout présage que bientôt de nouvelles fabriques rivaliseront avec celles de la Lombardie, qui déjà s'inquiète, et voudrait que le gouvernement prit la défense de ses intérêts menacés. En attendant des étoffes lissées par des métiers hongrois , les dames de la plus haute aristocratie se servent déjà de la soie brute de leur pays comme d'un nouvel ornement pour leurs coiffures de bal.
Riche en productions naturelles , la Hongrie tire de l'étranger la plus grande partie des objets manufacturés qui entrent dans sa consommation. Clausenbourg et Hermannstadt , en Transylva-
nie, sont deux grandsbazars de marchandises anglaises et allemandes . Quelques bâ timents chargés de planches de sapin et de douves façonnées pour des tonneaux et des cuves établissent presque seuls des relations directes entre la France et la côte orientale de l'Adriatique. Nos vins et nos étoffes ne pénètrent dans le pays que par l'entremise des négociants étrangers, ce qui prive les nôtres d'une partie considérable de leurs bénéfices. Nos fabricants méridionaux pourraient cependant se procurer en Hongrie , à très -bon compte , des matières premières qui , de Fiume, seraient expédiées sur Marseille , et diriger, en échange, des cargaisons vers le premier de ces ports ; il serait à désirer aussi que le gouvernement français y installât un consul sérieux et non un simple agent commercial, sans caractère politique. — Les lois ne portent aucune restriction à la liberté du commerce; mais l'Autriche, dans un intérêt tout fiscal , et sans même avoir à présenter cette excuse si vivement attaquée par les économistes modernes , qu'il est nécessaire de protéger Tin-
dustrie nationale contre la concurrence étrangère , a placé des lignes de douane sur les frontières hongroises : il en est résulté la contrebande la plus hardie et la plus générale. Les magnats eux-mêmes protègent les délinquants^ et il existe à Pesth j au su du gouvernement , des compagnies dont le but , hautement avoué j est d'assurer l'entrée du royaume aux marchandises prohibées. On ne considère la contrebande ni comme une infraction aux lois, ni comme un vol commis au préjudice des intérêts généraux, mais comme une prosestation contre un empiétement arbitraire de la part de l'Autriche.
Les propriétaires , depuis l'extension du commerce , ont éprouvé le besoin de communiquer entre eux , d'améliorer la culture , de connaître leurs ressources réciproques : tous les ans, ils se réunissent à Pesth poui' des courses de chevaux; mais ils ne se bornent pas à applaudir les plus agiles lutteurs, ils se livrent à une véritable enquête sur les progrès matériels du pays.
Ces faits indiquent qu'un mouvement assez
considérable s'opère dans les esprits; les longs travaux de la diète de 1 832-36 sont là pour prouver que ce mouvement n'est point stérile. Quelques hommes distingués, dont les conversations spirituelles sont restées gravées dans ma mémoire, m'ont fourni y sur cette assemblée y des détails fort curieux : avant de les exposer, et pour que l'on en saisisse mieux l'importance , je vais faire un résumé succinct de la législation politique de la Hongrie; c'est un chaos difficile à débrouiller.