‹ La Hongrie et la ValachieChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Coup d'oeil sur la législation politique et sociale de la Hongrie.

Les derniers conquérants, les Magyars ou Hongrois, ne se sont point mêlés aux Esclavons, aux Gépîdes et aux Avares , leurs prédécesseurs. Leur armée victorieuse s'est établie de force dans le pays ; mais , ainsi que celle des Normands en Angleterre , elle est, pour ainsi dire, demeurée sous les armes. Les guerres continuelles que, du xiv*" siècle au xvni*, les Hongrois, placés à l'avantgarde de l'Europe , durent soutenir contre les Turcs , contribuèrent à nourrir leur esprit re-

muant et belliqueux. Le long intervalle qui s'écoula de 1 529 à 1 682 fut perdu pour la civilisation dans ces contrées , théâtre de luttes glorieuses et de déchirements intérieurs. Le roi n'était qu'un général en chef élu par ses frères d'armes. Aussi, comme la Pologne, sa malheureuse voisine, la Hongrie,. à la mort de chaque souverain, était-elle ensanglantée par le choc des ambitions rivales. L'élection de Léopold d'Autriche, avec réversibilité de la couronne à ses héritiers , cicatrisa cette première plaie ; la seconde, l'invasion des Turcs, fut fermée par Sobieski, le prince Eugène et Marie-Thérèse.

Tant que l'union de la Hongrie et de l'Autriche ne fut qu'une alliance contre l'ennemi commun, elle resta sincère de part et d'autre. Mais, le danger une fois dissipé , bien des germes de division se sont développés entre deux pays dont l'un est jaloux de ses privilèges , de son indépendance , de sa constitution enfin , et dont l'autre est soumis au régime absolu.

Quelle est , en effet , l'étendue de la puissance

du roi de Hongrie? Le principe d'hérédité , introduit à la place du principe d'élection , s'il a changé l'origine du pouvoir, n'en a que faiblement altéré la nature. En 1215, les barons anglais avaient obtenu de Jean sans Terre une reconnaissance de leurs droits contenue dans la grande charte ; sept années plus tard , les magnats hongrois arrachèrent la bulle d'or à la faiblesse d'André IL Ce serait un utile et curieux travail que la comparaison de ces deux monuments de la même victoire , remportée aux deux extrémités de l'Europe , à l'époque où les rois , en France, commençaient heureusement leurs campagnes contre l'aristocratie. Deux révolutions et le bill de réforme ont singulièrement modifié la charte anglaise ; celle de la Hongrie est, pour ainsi dire, intacte. Quoique cette fameuse clause de la bulle d'André H : « et si nous voulons, nous , ou si nos successeurs veulent en aucun temps déroger à notre disposition , que les évéques et les barons présents et futurs aient la libre et perpétuelle faculté , sans être jamais

accusés du crime de haute trahison, de résister au roi et de le contredire... » quoique cette clause ait été abolie à la diète de 1 687 , l'acte qu'elle confirmait n'en subsiste pas moins , et les rois jurent toujours de l'observer fidèlement.

Chef suprême de l'armée conquérante , le monarque devait gouverner dans l'intérêt de ses chevaliers et par leur intermédiaire. De grandes charges qui existent encore furent créées dans ce double but. La plus importante de toutes est celle de palatin , décernée par l'assemblée nationale j qui doit choisir entre les quatre candidats proposés par le roi. Le palatin est la sentinelle avancée de l'aristocratie, le gardien des privilèges de tous f l'intermédiaire du souverain et de la nation. C'est à lui qu'appartient de droit la présidence de la première table de la diète. Depuis 1796, l'archiduc Joseph est revêtu de cette importante dignité. Les liens étroits qui l'unissent à la cour de Vienjie ne lui font point oublier ses devoirs. En 1825, sous le règne du dernier

empereur , il ne cimignit pas de défendre les privilèges méconnus de sa patrie adoptive. Esprit sage et libéral , il comprend à merveille la portée du siècle , et les réformateurs utiles ne le trouveront jamais au nombre de leurs adversaires entêtés. Le courage avec lequel les jeunes archiducs se sont exposés^ lors de l'inondation, pour sauver les malheureux naufragés, a fait reporter sur eux une partie de l'afiection que les nobles qualités de leur père ont inspirée aux Hongrois- Cette popularité, si justement acquise, est gênante pour la cour de Vienne ; aussi y lors de la récente maladie du palatin , se résignait-on sans trop de douleur à porter son deuil.

Le lieutenant du royaume vient après le palatin. Nommé par le roi, il le représente à la tête des armées et dans les solennités publiques. La lieutenance a été réunie au paladnat dans la

personne de Tarchiduc Joseph. Les autres grands dignitaires qui siègent au conseil royal de Bude sont le grand juge , les trois bans de Sclavonie, de Croatie et de Dalmatie; le grand écuyer, le

maître des cérémonies, le grand échanson et

les deux gardiens de la couronne.

A l'époque de la conquête, la Hongrie fut partagée en cinquante-deux comitats^ c'est-àdire en cinquante-deux cantonnements occupés chacun par un corps d'armée. La division du sol anglais en comtés a la même origine. Cette organisation , vicieuse sous une foule de rapports, renferme néanmoins un principe excellent et libéral , celui de l'administration du pays par le pays lui-même. Un comtft et un vicomte sont à la tête de chaque comitat. Ces charges ont dû primitivement être toutes deux éleclives; mais, depuis longues années, la première est devenue héréditaire dans certaines localités; dans d'autres, elle est laissée à la nomination royale. Tous les nobles, quelle que soit leur fortune, quel que soit leur état, et beaucoup n'ont plus d'autre bien que leur nom, se réunissent, tous les trois ans, dans une assemblée dite restauration, pour choisir le vicomte et les autres magistrats.

Le gouvernement local, ainsi constitué, exerce

sur toutes les campagnes du comitat un pouvoir à la fois administratif et judiciab^e^ dont les actes sont appuyés et , au besoin , exécutés par les hussards, corps tout à fait distinct de Tarmée de ligne. Une espèce de cour d'assises, composée du vicomte-président et de six assesseurs choisis par le comte sur une liste assez nombreuse, tient quatre sessions par an ; cette institution , sagement développée, fera participer la Hongrie aux avantages divers que tous les publicistes s'accordent à trouver dans le jury.

L'imppt foncier voté par les nobles n'est point acquitté par eux. Ils se réunissent par comitats, en congrégation , pour déterminer le quantum dû par chaque propriété. Les paysans, sur qui pèse tout le fardeau , nomment eux-mêmes leurs collecteurs, et le seigneur surveille la perception de la somme fixée. La congrégation tout entière juge les nombreuses difficultés qui arrêtent le jeu de ce système assez simple en apparence. Mais, comme cette assemblée est composée de nobles intéressés, pour que leur

conduite ne devienne pas aussi l'objet d'un examen trop sérieux , à juger avec indulgence les actes vexatçires des propriétaires, elle n'offre, le plus souvent , qu'une garantie sans force aux malheureux tenanciers. C'est auprès du conseil royal qu'ils cherchent une protection plus eflScace. Soit par esprit de justice, soit par politique, les décisions de ce tribunal leur sont généralement favorables, et contribuent à propager parmi le bas peuple cette idé^ que le gouvernement du souverain est plus équitable et plus doux que celui des seigneurs. Il en est résulté que ceux-ci , sentant à merveille que le moyen de combattre avec succès cette haute influence consiste à rendre aussi rare que possible le recours de leurs paysans à la volonté du roi, commencent à s'efforcer de mieuit surveiller les officiers de leur justice particulière.

Chaque comté est morcelé en un certain nombre de fiefs capricieusement régis par de petits despotes. Les paysans n'ont pas le droit de propriété, mais ils ont le fait depuis 1834. La plu-

part cependant cultivent des terres qui leur sont concédées par le seigneur à charge de cinquantedeux jours de corvée par an et du payement de la dime. Us sont jugés en premier ressort par leur magnat ; la cause , au moyen d'une filière assez compliquée 9 peut arriver jusqu'à la table royale de Pesth, tribunal suprême^ dont tous les membres sont nommés par le souverain.

Les débats de peu d'importance j et les querelles que les grosses paroles et les coups n'ont pu terminer, se vident chez le bailli ^ magistrat choisi par les paysans eux-mêmes dans une liste de candidats présentés par le seigneur. Le servage à la glèbe n'existe plus depuis Marie-Thérèse : le vassal a le droit d'abandonner son propriétaire en le prévenant trois mois à l'avance ; le noble, de son côté , peut chasser le paysan, mais en lui fournissant une indemnité pour les impenses utiles qu'il a faites sur la terre. Ce double principe est d'une rare application. Quoiqu'il faille, autant que possible, étouffer momentanément en soi les idées françaises pour

juger sans contre-sens les institutions étrangeresy dont les défauts sont moins imputables aux hommes qu'aux circonstances, il est permis de désirer une révision du système actuel de vasselage en Hongrie. Ce pays entre dans une période où la féodalité, encore nécessaire dans ce qu'elle a de protecteur, est devenue, dans ce qu'elle a de trop arbitraire, aussi nuisible aux véritables intérêts des seigneurs qu'à ceux des simples vassaux . On verra, dans le chapitre suivant, que Taristocratie elle-même a envisagé la question de cette manière. Dans un avenir dont il serait difficile de prévoir l'époque, elle finira par se heurter contre la bourgeoisie, et de ce. choc pourra naitre une révolution sociale : aujourd'hui ses intérêts sont intimement liés à ceux des paysans. Les débouchés nouveaux ouverts aux denrées du pays offrent de tels avantages aux propriétaires, qu'ils doivent chercher à augmenter les produits de l'agriculture , et ils n'y parviendront qu'en faisant participer à leurs bénéfices la classe des travailleurs. — - Les mœurs, au surplus, triom-

phent des plus mauvaises lois. Les paysans de Hongrie ne forment pas un tout homogène ; il existe un contraste frappant entre le hien-étre de ceux qui sont de race allemande et la pauvreté hideuse des Valaques d^origine. Les idées d'ordre et de travail y si communes aux habitants de la Germanie 9 n'ont pas cessé de les protéger dans leur transplantation sur un sol étranger.

Le noble parvient aux premiers emplois ; il ne peut être arrêté pour dettes ^ il chasse dans ses domaines^ il est le père de ses tenanciers ou leur tyran V si bon lui semble; mais, s'il a quelque chose à démêler avec la justice criminelle , avec les gens du roi , il est saisi de force et jeté dans les cachots infects d'une prison souterraine. La peine de mort^ même dans les cas les plus graves, lui est ordinairement épargnée; mais alors on peut le voir, les boulets aux pieds et les fers aux mains, se promener tristement dans la cour du comitat de Pesth. Il est des droits, enfin, dont la jouissance, inconnue au temps d'André II, est refusée aux nobles bourgeois hongrois par la police de

M. de Metternich. Le magnat, dans ses terres^ à la diète, à la congrégation^ peut tenir les discours les plus violents^ déclarer la patrie en danger, regretter l'époque de l'indépendance et en prévoir le retour ; mais il lui est défendu de faire imprimer une ligne sans ia permission du censeur impérial ; bien plus, il a besoin de la même autorisation pour lire un ouvrage étranger. Qu'il parcoure la Hongrie, les larges cbapeaux des paysans tomberont tous devant lui , les hussards du comtatlui rendront les honneurs; mais, s'il désire voir Paris ou Londres^ il lui faut longtemps solliciter son passe-port à Vienne.

L'absence presque complète des majorats est pour Taristocratie territoriale une cause de ruine plus active de jour en jour ; le partage des successions s'opère par tète : la femme a l'usufruit des biens de son mari ^ les enfants n'en conservent que la nue propriété. Le château de la famille, loin d'être l'apanage du droit d'ainesse y appartient au dernier des (ils. I^e magnat, s'il laisse des enfants , ne peut pas disposer de sa

fortune par testament. S'il a vendu quelquesunes de ses propriétés, sans observer les minutieuses précautions exigées en pareil cas , tous ses parents ont quarante années pour exercer une action en réméré. Le fief étant attaché au nom, le dernier membre d'une race n'a la faculté de disposer que des acquêts; la donation d'origine royale retourne à la couronne. Tous ces articles d'une loi qui n'est plus en accord avec les besoins nouveaux de la société sont la source d'interminables procès.

L'église forme un corps tout aussi compacte , tout aussi puissant que la noblesse , et composé de soixante et dix mille membres. L'évêque primat de Gran est le chef du clergé catholique ; ses propriétés et ses revenus immenses l'obligent, en cas de guerre nationale , à fournir deux mille hommes d'armes , et, d'après la coutume du moyen âge , que les mœurs modernes ont sans doute abrogée, il devrait lui-même les commander. Tous les bénéficiers , laïques ou clercs , sont soumis à un impôt de ce genre.

Deux archevêques, ceux de Golossa et d'Eslau, dix-huit évéques diocésains et seize titulaires, cent quarante-sept couvents d'hommes et trois mille curés marchent sous la bannière du primat. L'église grecque est desservie par dix mille prêtres ou caloyers. Le haut clergé hongrois, il faut l'espérer, saura comprendre sa mission.

Et la bourgeoisie , cet élément si fort des sociétés modernes, cette classe victorieuse en France, cet appui de l'ordre, quelle place tientelle en Hongrie ? Une place bien petite, et cela se conçoit. En Angleterre , en France et dans une partie de l'Allemagne , un grand développement industriel a mis les richesses en circulation; la balance est devenue, comme Tépée, le symbole d'une aristocratie véritable. En Hongrie , jusqu'à ces dernières années, le commerce, effrayé par la guerre, a été languissant. Les Juifs, qui depuis leur dispersion ont toujours souffert pour l'amour du lucre , qui partout et dans tous les temps se retrouvent avec le même

caractère avide et rampant^ et qui, sans sourciller^ courent au martyre là où il y a de l'or à gagner^ les Juifs seuls ont osé se livrer à des spéculations conimerciales; les nobles les estiment peu^ et cependant, pour éviter les embarras des recouvrements partiels, ils leur ont longtemps concédé, à deniers comptants, le droit de percevoir les revenus de leurs immenses propriétés. Munis de l'ordre dû seigneur, les banquiers Israélites s'abattaient sur le village qui leur avait été livré, et, soutenus par l'insolence de quelques heiduques grassement rétribués par eux, ils le mettaientlittéralement au pillage. Les meubles des paysans étaient vendus, leurs moutons rasés, leurs petites épargnes découvertes et promptement épuisées. Les magnats enfin ont généralement renoncé à ce système ruineux pour le pays et conséquemment pour eux-mêmes, et bien fait pour irriter la population des campagnes. Quoi qu'il en soit, la richesse a été le prix des efforts des Juifs; mais ils ne jouissent encore que des droits civils des non-nobles. La phase

nouvelle que la nation hongroise va parcourir augmentera la force de la bourgeoisie, qui n'est encore représentée que par quarante villes royales. L'organisation administrative et judiciaire de ces villes se distingue entièrement de celle des comitats ; elle se compose d'un sénat dont tous les membres, élus à vie par les citoyens, sont seuls appelés aux charges municipales. Tous les trois ans , on choisit parmi eux le consul , le juge, le capitaine et le castellan de la cité. Le consul administre les biens communaux; ses fonctions offrent beaucoup de ressemblance avec celles de nos maires, hejuge, comme son titre l'indique, préside aux débats judiciaires; dans les causes minimes, il prononce seul ; dans les autres, il se fait assister par plusieurs hommes de loi. L'appel de ses décisions est porté à la table tas^ernicalCf tribunal particulier qui, je crois, n'existe nulle part ailleurs qu'en Hongrie. Ce tribunal est formé par la réunion des députés des villes royales et présidé par le tavernicus , magistrat nommé par le roi. Cette cour, qui, selon moi,

mérite, à plusieurs titres, beaucoup d'attention, en ce qu'elle est une puissante garantie donnée aux intérêts bourgeois dans un état aristocratique , tient ses séances à Pesth, deux fois dans l'année. Les plaideurs peuvent encore recourir de ses décisions à la table septenn^irale , organe de la justice du roi. Enfin les deux autres officiers municipaux, le capitaine et le castellan, ont pour devoir, l'un de veiller au maintien de l'ordre et de la police, et l'autre de commander la garde bourgeoise.

Tous ces pouvoirs , si divers d'origine , si gênés dans leur marche par d'inévitables conflits, se retrouvent encore en présence à l'assemblée nationale. La diète hongroise ne fut, pendant longtemps, qu'une prise d'armes. L'immense plaine de Ràkos, bornée au nord par les montagnes de Vàtzen et de Tokai , s'étend vers le sud jusqu'à Belgrade : c'est dans ce champ de Mars que , sous le pennon royal, se réunissait toute la noblesse , c'est-à-dire l'armée conquérante. Les magnats, dans un conseil de guerre

tenu par le souverain^ arrêtaient les plans de campagne^ et les simples chevaliers les acceptaient en poussant un formidable hourra. Mais les temps héroïques passèrent. Peu à peu les Hongrois prirent en affection le sol conquis par leurs ancêtres y et il devint plus difficile de les en arracher pour leur faire courir les chances d'une expédition lointaine. En 1526, Ferdinand I"* décida qu'à l'avenir les diètes se tiendraient dans l'intérieur des villes, et les choses depuis lors n'ont pas changé.

L'assemblée se partage en deux tables.

La première se compose, 1^ des prélats catholiques, et, depuis 1792, des évêques du rit grec non uni ; 2^ des magnats ou grands propriétaii'es laïques. Ces magnats ont le droit d'entrée à l'âge de vingt-quatre ans : les mineurs et femmes doivent se faire représenter; mais, par une bizarrerie incompréhensible, leurs mandataires siègent à la seconde table, dont tous les membres sont élus. Les comitats se réunissent en congrégations poui* choisir chacun deux dé-

pûtes. Tous les moyens de séduction employés par les candidats au parlement d'Angleterre souillent aussi les élections hongroises. John Bull termine ses différends à coups de poings le Magyar se sert de son sabre. Tous les nobles , seigneurs ou varlets , riches ou pauvres , sont électeurs, et la propriété la plus minime suffit pour conférer le droit d'éligibilité.

Le gouvernement autrichien essaye d'exercer son influence dans les élections , mais toutes ses tentatives échouent contre l'esprit national des Hongrois. Je citerai une des mésaventures électorales du cabinet de Vienne, parce qu'elle offre un trait de caractère assez piquant. Un comitat avait choisi pour représentant un homme dont les opinions hostiles au pouvoir avaient eu de l'éclat; le gouvernement prétexta des vices de forme pour faire casser cette élection, et il y parvint. La congrégation dut être réunie à l'effet de nommer un nouveau député, et tout fut mis en œuvre pour assurer le triomphe du candidat ministériel. Non contents de faire dés promesses

de tout genre aux électeurs ^ les agents autrichiens leur distribuèrent franchement quelques milliers de ducats. Le jour du scrutin arriva : une immense majorité fit de nouveau sortir de Turne le nom de Tancien député. Tous ceux qui avaient eu part aux largesses du ministère vinrent déposer fidèlement à la caisse du comitat les sommes qu'ils avaient reçues et qui furent employées à des dépenses d'utilité générale.

En France 9 les iléputés une fois élus^ le corps électoral a terminé son œuvre , et ses réunions , sans convocation préalable du gouvernement , seraient illicites; il en est autrement en Hongrie. Les nobles, dans chaque comitat, s'assemblent en congrégation quatre fois par an« Là, les électeurs dépouillent la correspondance de leurs députés, qui sont obligés d'adresser, toutes les semaines, à l'administration centrale, un mémoire sur les travaux de la diète et surtout sur la part qu'ils y ont prise. Leur conduite est jugée, et si la congrégation n'en est pas satisfaite, elle a le droit de révoquer ses mandataires. Une

semblable tyrannie exercée par les électeurs sur les députés serait, chez nous, politiquement dangereuse et moralement inutile. A chaque renouvellement de la législature, il régne en France trop d'agitation pour qu'un esprit sensé puisse songer à transformer ce moment de fièvre en un état normal. La liberté de la presse ne laisse dans l'ombre aucun des actes de nos chambres. Les rapports individuels des députés et des électeurs sont, au contraire , en Hongrie , les seuls moyens légaux de communication entre le pays et ses représentants.

Pendant toute la durée de la diète, les députés reçoivent , sur la caisse domestique du comitat , une indemnité dé deux ducats au moins par jour. Les couvents, les chapitres ecclésiastiques et le bas clergé élisent aussi leurs délégués. Les villes royales, -enfin, sont représentées à la diète. Dans chaque cité il existe une chambre de la commune, dont les membres décédés sont remplacés à la majorité des suffrages par les survivants. Ce conseil dfs notables, assisté des seuls

magistrats municipaux, envoie à la diète un ou deux députés, suivant l'importance de la ville. La première table est présidée par le palatin^ la seconde par le président de la table royale ; elles se réunissent souvent en concertations y pour délibérer des intérêts généraux de l'État. Les propositions royales sont examinées dans les cercles avant d'être discutées en séance publique; le concours des deux tables, qui ne forment qu'une seule voix , est nécessaire pour leur donner force légale.

Lorsque la diète n'était qu'une revue solen- ' nelle, on n'avait pas senti la nécessité d'en fixer le retour périodique. L'ennemi paraissait-il aux frontières , la nation courait aux armes , et la diète se confondait, pour ainsi dire, avec Vinsurrection. L'appel du souverain prévenait toujours le désir du peuple. Mais, quand au tumulte d'un camp succéda l'ordre d'une assemblée choisie , quand la froide délibération des députés eut remplacé l'enthousiasme des leudes, les rois éprouvèrent de la répugnance à voir autour

d'eux des surveillants incommodes. Les nobles se plaignirent^ et, pour satisfaire à leurs exigenceSy il fut décidé que la diète serait convoquée tous les trois ans. Le chancelier^ un mois au moins avant l'ouverture de la diète y adresse des lettres de convocation aux membres de la première table , aux comitats, aux communes et aux corporations religieuses ; il expose sommairement les lois qui seront mises en discussion ^ afin que les électeurs puissent manifester leurs vœux à leurs commettants; il donne enfin les ordres nécessaires, en 1840 comme en 1526, pour que les ponts et chaussées soient mis en état sur le passage de Sa Majesté.

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