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CHAPITRE II DE 1830 jusqu'à nos jours

La période comprise entre 1830 et nos jours est tout ce que rétranger connaît de la Hongrie. La réputation des écrivains et des érudits qu'elle a eus auparavant n'a guère franchi les limites de leur pays, bien que plusieurs d'entre eux méritassent mieux. La vraie renaissance de la Hongrie, la littérature essentiellement nationale et originale, le plein développement des sciences et des arts ne datent que de la diète de 1825 et de la fondation de l'Académie qui fut son acte le plus éclatant. L'évolution eût pu, à partir de cette date, se produire régulièrement sans troubles et sans entraves, si les circonstances politiques n'y avaient une fois encore mis obstacle. Même dans cette courte période, il y eut une interruption douloureuse; la nation, privée de ses institutions, dut se résigner, muette, et attendre l'heure de la délivraiice. La défaite sanglante de la Révolution en 1849 et le couronnement de François-Joseph comme roi constitutionnel de la Hongrie en 1867, marquent le commencement et la fin de cette interruption.

Depuis 1830 Jusqu'à la Révolution, la Hongrie a occupé sa place en Europe. Le génie et le patriotisme d'un Széchenyi et d'un Kossuth ont transformé en un État moderne un pays aux institutions féodales. Le plus grand des Magyars, qui inaugure cette époque, avait déployé une énergie sans pareille pour combattre la paresse, la nonchalance et la torpeur orientales de ses concitoyens et pour doter son pays de ces réformes sans lesquelles il serait toujours resté une province autrichienne très arriérée. Il fallait d'abord gagner la noblesse à ses idées. Il fallait ramener dans la capitale hongroise, dont Széchenyi fit le centre de toutes les réformes économiques et le foyer de la vie intellectuelle, l'aristocratie qui jusque-là dépensait ses richesses dans les villes de l'étranger, à Paris ou à Londres. La création d'une compagnie de navigation sur le Danube, le pont suspendu entre Pest et Bude, le timnel de Bude, le Casino des nobles, les questions de l'élevage de la race chevaline, les courses; en un mot toutes les améliorations économiques, tout ce qui peut rendre la vie plus facile et plus agréable, préoccupait Széchenyi atitant que la politique et la littérature. La bourgeoisie, le peuple avaient leur part dans ces réformes. Les diètes qui se succédèrent de 1830 à 1840 furent autant de triomphes pour les idées de Széchenyi ; partout on voyait la vie renaître, partout l'idée nationale commençait à dominer sans blesser les autres races qui habitaient le territoire. Car le grand réformateur voulait arriver à ses fins par des voies paci-

fiques. Tout était mûrement calculé, rien ne deA'ait être précipité ou brusqué. En instituant rAcadémie pour cultiver la langue hongroise et les sciences, il reconnut néanmoins les droits des nationalités multiples du royaume. Il ne voulait nullement imposer la langue hongroise par la force, c'est par la persuasion, par une culture intense qu'il espérait faire triompher le génie magyar. Aux hommes politiques et aux écrivains qui s'attardaient dans la contemplation attristée d'un passé glorieux et évoquaient sans cesse les exploits des Arpâd ou des Hunyadi, il opposait la Hongrie de l'avenir. Son mot prophétique : « La Hongrie n"a pas été, mais elle sera », trouvait un écho dans toutes les couches de la société. Dans ses pamphlets politiques, dans ses discours aux séances solennelles de l'Académie, dans sa Revue Jelenkor {Le Présent, 1832- 1848\ il développa sans cesse ses idées qui soulevaient des tempêtes dans le camp de la haute noblesse, parce que celle-ci se croyait menacée dans ses privilèges séculaires. Mais Széchenyi aurait facilement triomphé de cette résistance. Un adversaire beaucoup plus redoutable surgit : Louis Kossuth. Sa mort récente (1894) et ses funérailles ont prouvé au monde que la Hongrie tout entière le considérait comme son libérateur, comme le Moïse qui conduisit son peuple des ténèbres à la lumière. Quelques mois suffirent à Kossuth pour achever ce que les réformes de Széchenyi n'auraient pu faire que lentement : rabolition du servage, l'égalité devant la loi et l'impôt, la liberté de la parole

et de la presse, un ministère indépendant de l'Autriche et responsable seulement devant le pays, l'autonomie complète dans la justice et dans les finances. Mais toutes ces réformes ne pouvaient être entreprises qu'en forçant l'Autriche à reconnaitre les droits séculaires de la Hongrie. C'est pour les lui faire comprendre, pour les faire comprendre au pays même, que Kossuth emploie toute son éloquence, la plus puissante qu'un Magyar ait jamais possédée. En 1840, il sort de la prison qui lui a donné l'auréole du martyre ; en 1841, il fonde le PestiHirlai), et par ses attaques violentes contre le gouvernement et contre les nationalités qui, sur le sol hongrois, sympathisaient avec l'Autriche, il jette le brandon de la discorde entre la nation et la dynastie d'un côté, entre l'élément magyar et l'élément slave de l'autre. En vainSzéchenyi s*etForce-til de lui répondre dans son Kelet nèpe [Le peuple de rOi'ient) et de lui montrer l'abime où il conduit la nation; ses paroles prophétiques ne trouvent plus d'écho. Kossuth devient l'idole du pays, il l'entraine dans la Révolution. Széchenyi, pour combattre jusqu'au dernier moment l'influence de son rival, entre dans le cabinet dont Kossuth devient bientôt l'àme ; mais ses forces intellectuelles le trahissent. Voyant le gouffre de si près, son activité de vingt-trois ans compromise, sa raison s'obscurcit; il passe le reste de ses jours dans une maison de santé àDôbling, près de Vienne, où le suicide le délivre de cette vie misérable.

On sait quelles furent les destinées de la Hongrie

en 1848-1849. Des témoins oculaires ont fait, à plusieurs reprises, le récit de ces événements en français. L'Autriche, incapable de vaincre toute une nation en armes, appelle les Russes à son secours; à Vilagos Tarmée hongroise capitule. Le cabinet de Vienne use de représailles inouïes. Toute la vie nationale est de nouveau suspendue : la Hongrie devient province autrichienne . Ni la diète ni aucune autre assemblée n'est plus convoquée. Les hommes politiques errent à Tétranger, les écrivains qui demeurent sont surveillés par l'œil vigilant d'une police inexorable, souvent trahis par leurs propres frères. Parmi les poètes qui avaient glorifié la renaissance de 1830, les uns sont morts sur le champ de bataille, d'autres sont enrôlés de force dans Tarmée autrichienne ou se cachent dans des villages. Ils expriment leur douleur par des allégories que la censure ne comprend pas. Cet état dure une dizaine d'années. Les pertes subies en Italie sont pour TAutriche un premier avertissement. Au milieu du silence imposé aux journaux, et malgré la fermeture des sociétés savantes et littéraires, les fêtes données pour l'anniversaire de la naissance de Kazinczy il859s les funérailles de Széchenyi 1860, sont les premières manifestations où les grands orateurs font entendre les doléances et les espoirs de la nation. La constitution provisoire de 1859 ne contente pas le peuple. Fort de ses droits, il attend des jours meilleurs. Sadowa, jour de deuil pour la monarchie autrichienne, devient pour les Hongrois le signal de la délivrance. Un an après,

grâce aux efforts tenaces rie François Deàk et de ses collaborateurs, François Joseph est couronné roi de Hongrie : la constitution est rétablie, le premier ministère hongrois est créé, la vie publique reprend son essor. Depuis lors le pays est définitivement entré dans la voie du progrès matériel et intellectuel. Lors du vingt-cinquième anniversaire du couronnement (1892 , la Hongrie a pu montrer avec fierté les résultats acquis. I/exposition qu'elle organise à propos du Millénaire est la meilleure preuve de la vitalité de cette nation qui, après tant d'épreuves, a enfin conquis sa lAàce parmi les peuples de l'Occident.

Le mouvement littéraire et intellectuel pendant cette période est tellement multiple et intense qu'il faut se borner à ses représentants les plus illustres. Un pareil essor est rare dans l'histoire des peuples. On dirait que le pays, longtemps arrêté dans ses progrès, veut regagner le temps perdu. 11 ne se produit aucune manifestation intellectuelle dans le reste de l'Europe qui ne soit immédiatement étudiée ou même imitée. C'est surtout la vie scientifique, artistique et scolaire, qui a été, pour ainsi dire, complètement créée et organisée pendant ces derniers temps, et il sera curieux d'observer jusqu'à quel niveau ces établissements ont pu s'élever si rapidement. Ne demandons cependant pas l'impossible. 11 serait puéril d'attendre d'un effort de trente ou quarante années les mêmes résultats que d'institutions plusieurs fois séculaires. Cet inconvénient n est pas sans entrainer quelques compen-

sations : la Hongrie, où tout est neuf, n'a pas besoin de lutter contre des traditions surannées qui entravent quelquefois le libî^e développement ; elle peut introduire des réformes plus facilement que les pays qui ont derrière eux un passé riche et glorieux et où toute innovation demande de grandes précautions et se heurte à des difficultés de toutes sortes, La littérature hongroise compte dans cette période des poètes de premier ordre qui peuvent soutenir la comparaison avec les plus grands parmi ceux des autres nations. Il est vrai qu'un seul est entré jusqu'ici dans le Panthéon littéraire de l'Europe, Alexandre Petofi. Les deux poètes auxquels nous l'associerons méritent également cet honneur et le dernier, Jean Arany, en est peut-êtr eencore plus digne que son grand émule. L'étranger qui ne connait pas la langue magyare, est forcément injuste envers les poètes dont l'art subtil et délicat lui échappe ; il donne la palme au martyr tombé sur le champ de bataille et devenu pour lui le représentant par excellence de la poésie hongroise contemporaine; il néglige ou ignore deux autres poètes illustres qui, si l'on se place au point de vue purement littéraire, l'égalent ou le dépassent.

L — Les trois grands poètes.

VÔRÔSMARTY. PeTÔFL AraNY.

Trois noms dominent la poésie pendant cette période, ceux de Michel Vôrôsmarty, Alexandre

Petôfi et Jeaii Arany. Leurs œuvres constituent les plus beaux titres de gloire de la littérature hongroise. Leurs nombreux prédécesseurs avaient assoupli la langue, lui avaient donné l'aptitude à exprimer les sentiments poétiques et s'étaient inspirés de modèles étrangers; avec eux, elle atteint son plus haut degré de perfection. L'élément national, si négligé dans l'école dont Kazinczy était le chef, devient pour eux le fonds essentiel; la gloire de Petôfi' est précisément d'avoir su donner à l'àme du peuple son expression poétique. Les grands écrivains de l'étranger, toujours lus, n'exercent plus une influence prédominante; ni les classiques allemands, ni les Anciens, ni les Français, ne sont désormais les guides exclusifs. Nous n'avons plus affaire à des imitateurs plus ou moins heureux, mais à des esprits vraiment originaux, qui s'inspirent uniquement du génie national. Leur art est classique par la forme irréprochable, romantique par le choix des sujets; ce mélange heureux crée une série de chefs-d'œuvre qui sont et resteront des modèles dans leur genre.

Le premier de ces trois poètes, Vorosmarty, se rattache au cercle de Charles Kisfaludy, à VAio'ora, qui a donné une sève nouvelle à la littérature. Il fut vite reconnu pour chef. Vorosmarty a le grand mérite d'avoir rompu définitivement avec les dift'érentes écoles qui, tout en façonnant et en purifiant la langue, étaient incapables de créer une poésie qui s'adressât à tout le monde. Les Latinistes parlaient aux lettrés, les classi<iues dans le goût de

Gœthe et de Schiller à ceux qui avaient une culture allemande, Alexandre Kisfaludy à la noblesse, Csokonai au peuple. Charles Kisfalud}', dans ses comédies, essaie de nous montrer des types populaires ; de là son succès. Mais aucun poète jusque-là ne s'était inspiré exclusivement de l'histoire et de la légende nationales, aucun n'était capable d'exprimer les espoirs de toute la nation, aucun n'avait une langue poétique brillante et étincelante comme Yôrôsmarty. C'est lui qui ouvre la voie; Petôfi et Arany n'auront qu'à continuer, l'un avec plus délan, l'autre avec plus de talent de composition et de beauté plastique.

Vôrôsmart}' était le contemporain de Széchenyi; ses poésies s'inspirent du même idéal que les sages et libérales réformes du grand patriote. Petôfi est le poète de la Révolution; âme ardente comme Kossuth, il sacrifie tout à la liberté de son pays. Ce n'est qu'en 1844 qu'il sort de l'obscurité, brille comme un météore pendant cinq ans et tombe dans la bataille. Arany est le contemporain du Sage de la nation, François Deék ; il fut assez heureux pour voir la réconciliation avec l'Autriche, son pays florissant, en possession de tous ses droits. Ses œuvres sont l'expression poétique de cet épanouissement; la poésie épique et lyrique atteint avec lui son apogée. Ainsi à côté des trois hommes politiques qui ont présidé aux destinées de la Hongrie moderne, Széchenyi, l'homme de la Réforme, Kossuth, le génie de la Révolution, et Beàk, le créateur du dualisme, se placent trois

poètes, tous sortis du peuple: Vorosmarty, qui crée la langue poétique; Petofl, Texpression la plus haute de la poésie populaire, et Arany, le poète à la fois classique et romantique.

Michel Vorosmarty naquit, en 1800, à Xvék, village du comitat de Fehérvar. Il fit ses études à Albe- Royale, puis à Pest; il perdit de bonne heure son père, et partagea désormais son temps entre l'étude et renseignement. Précepteur dans la famille des Perczel. il fît son droit, devint avocat, mais n'exerça jamais. En 1824. il se fixa définitivement à Pest. entra en relations avec le cercle Aurora, se lia d"amitié avec François Deâk qui, après la mort du poète, devint le tuteur de ses enfants. A vingt-cinq ans, il avait achevé son chef-d'œuvre : La Faite de Zalân, épopée en dix chants où il célébra, au milieu des préparatifs de la diète de 1825, la prise de possession du jDays par Arpàd, la dernière bataille décisive sur les hauteur d'Alpar, la fuite de Zalan, le chef des Slaves et des Bulgares coalisés. Cette épopée fonda sa gloire; elle parut à un moment oii les meilleurs esprits, désespérant de l'avenir, tournaient leurs regards vers le passé glorieux, à une époque où l'on pouvait craindre la perte de toutes les libertés politiques si chèrement acquises. Le poète montrait, en un brillant tableau, les exploits guerriers des ancêtres, les luttes pour la conquête du pays. L'Académie, dès sa fondation, avait nommé Vorosmarty membre ordinaire; il y déploya une grande activité, obtint plusieurs prix qui lui permirent de vivre modestement. Ce

n'est qu'en 1843 qu'il se maria. Lors de la Révolution, il fut nommé député et, comme tel, dut essuyer une violente attaque du fougueux Petôfi qui le trouva trop modéré et trop gouvernemental. Yôrosmarly suivit l'assemblée à Debreczen. Après le désastre de Yilagos, il erra avec son ami, le poète Bajza, dans le nord de la Hongrie. Il se cacha souvent, durant la tourmente, dans des huttes de forestiers : Nos patriam fugimits, écrivait-il sur la porte d'un logis misérable qui Tavait abrité pendant une nuit. En 1850, il revint à Pest, se présenta à l'autorité militaire et fut gracié avec quelques autres députés. Mais le poète, comme son pays, avait cruellement souffert et n'était plus que l'ombre de luimême. Il se retira à la campagne, dans son village natal, et s'adonna à la culture. L'àme brisée, il se désintéressa de tout. Lorsqu'il venait par hasard à Pest, il ne pouvait que constater les effets désastreux de l'état de siège auquel toutes les villes hongroises étaient condamnées. Une dernière lueur éclaira son àme à l'approche de la guerre de Crimée. Il espérait nn régime plus favorable pour la Hongrie , chimère qu'avaient fait naître les démarches de Kossuth à l'étranger. Dans sa dernière poésie : Le vieux Tzigane, il se peint luimême. Désabusé, ruiné, malade, il espère encore de meilleurs jours. En 1855, la mort vint le frapper, lors d'un séjour à Pest; il expira entouré de sa femme, de ses trois enfants, de Deàk et du grand publiciste Kemény. La nation lui fit des funérailles dignes de lui. C'était comme une protestation contre

le régime tyrannique des Haynau et des Bach; le gouvernement condamna les journaux qui avaient paru encadrés de noir. Une souscription nationale sauva seule de la misère la veuve et les enfants du poète. On lui a élevé une statue à Albe-Royale.

Vôrôsmarty a écrit des épopées, des poésies lyriques et des drames: il a traduit deux tragédies de Shakespeare : Jules César et Le Roi Lear. Il a écrit quelques ouvrages en prose, principalement des études dramatiques, mais le prosateur chez lui a peu d'importance. Comme poète dramatique, il est faible ; comme poète épique, il obtint des succès grâce à son style et à la beauté de quelques épisodes, mais surtout en tant qu'interprète d'une époque qui rêvait mélancoliquement d'une grandeur disparue ; comme poète lyrique, il est encore aujourd'hui inimitable. Au fond, c'était un lyrique de large envergure que nul en son temps n'égala pour l'harmonie du langage, la beauté et le bonheur de l'expression.

L'épopée conservait alors scrupuleusement l'hexamètre. La Fuite de Zalûn, Cserhalom, Eger sont écrits dans ce mètre ; mais jamais, ni avant iii après Yorusmarty. on n'a fait d'hexamètres aussi beaux et aussi sonores que les siens. Lorsque Zalàu parut, néologues et orthologues furent également ravis ; c'était la langue courante, mais quel emploi le poète en avait-il fait ! Images, comparaisons, métaphores : tout était neuf. Certes, une analyse critique de cette épopée peut faire découvrir maintes faiblesses; mais il ne faut pas oublier que l'épopée

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liéroïque, au xix*" siècle, manque forcément de cette foi naïve qui fait la grande beauté des épopées anciennes. Yôrôsmarty a dû reconstituer pour ainsi dire TOlympe magyar; la légende et l'histoire lui fournissaient un mince filet qu'il a du élargir en torrent; quoi d'étonnant si ce torrent charrie parfois des éléments un peu mêlés ? — La conception mythologique est faible, néanmoins les deux forces dont la rivalité est le fond de cette épopée, Armâny, le génie du mal, etHadùr, le Dieu guerrier des Magyars, ne manquent point de relief. Les épisodes ont des proportions démesurées; mais quelques figures héroïques sont dessinées de main de maître : Arpâd, le grand conquérant; le chevalier païen Eté, le sanguinaire Csorna, Torgueilleux et pusillanime Zalân, la ravissante Hajna. Quelques descriptions de batailles respirent Fancienne ardeur guerrière des Magyars. Aujourd'hui que les circonstances qui ont, en grande partie, inspiré cette épopée, ne sont plus qu'un souvenir, il est assez difficile de la lire d'une haleine. Rappelonsnous l'enthousiasme excité parla Messiade de Klopstock, et l'oubli oii le poème était tombé quarante ans plus tard. Seuls quelques épisodes resteront autant que la langue magyare; le Millénaire de la Hongrie donnera sans doute un regain d'actualité à cette œuvre puissante. — Dans Cserlialora (un chant, 1826) la composition est plus serrée. Cserhalom est le nom de la colline de Transylvanie où les Cumans furent battus en 1070 par le roi Salomon. Lo duc Ladislas, qui fut plus tard le saiut

roi de Hongrie, s'y distingua particulièrement. Au milieu de la bataille il voit une jeune femme hongroise emportée par un Cuman ; Ladislas le poursuit, le tue dans un combat et délivre sa prisonnière. — Le poème intitulé Eger chante le siège de cette ville (Erlau) par les Turcs, siège illustré par la mort héroïque de Dobo. — Le meilleur de ces récits épiques est une histoire romantique : Les deux châteaux voisins (1831). C^est le triste tableau de la lutte de deux familles nobles qui se combattent sans merci jusqu'à Textinction des deux maisons. Tihamér rentre de la guerre et trouve toute sa famille tuée par les Kâldor. Il obtient du roi la permission de provoquer en duel cette famille néfaste. Tous, maitres et valets, tombent sous les coups de Tihamér; il ne reste qu'une fille, Eniku, que la mort des siens fait mourir de chagrin. Son ombre poursuit le farouche guerrier, qui erre malheureux à travers le monde. La force tragique des camctères, la violence des passions, le sentiment do la justice immanente des choses, la composition et le calme épique du récit font de cette épopée en quatre chants un vrai chef-d'œuvre. Ce fut la dernière épopée de Vôrosmarty qui se consacra désormais au théâtre.

Là, comme dans l'épopée, il a créé la langue, toujours soutenue, parfois trop lyrique ou trop sentimentale. Dans une de ses épigrammes il dit avec raison de ses propres héros qu'ils no peuvent pas agir à cause du flot de leurs paroles. Quels que soient les défauts do la composiH(-tn, la fail)l(>sse

dans le développement des caractères, l'œuvre dramatique de Vôrôsmarty a eu néanmoins une influence décisive sur le théâtre hongrois. Charles Kisfaludj^ avait bien débarrassé la scène des trivialités, mais son style manquait encore de poésie et d'élévation. Katona était presque inconnu. L'idéal de Vôrôsmarty, qu'il cherchait dans Shakespeare d'une part, dans le drame romantique de Victor Hugo et de Dumas d'autre part, convenait bien au génie hongrois. Il sentit que, pour réveiller la nation tout entière de sa torpeur, le théâtre était plus efficace que la poésie épique ou lyrique. Le rêve de tant de générations, un théâtre national à Pest, Vôrôsmarty l'a vu réalisé en 1837. Il saluait cet événement dans le prologue qui servait d'ouverture : Le Réveil cVArpàd, où il mettait le théâtre magyar sous la protection du conquérant même du pays. A l'Académie, dans les Revues, il ne cessa d'agir et d'écrire en faveur de cette institution. Si son génie éminemment lyrique n'a pu doter la scène d'œuvres immortelles, il a au moins le grand mérite d'être le parrain du théâtre hongrois et d'avoir montré le chemin qu'il fallait suivre pour ne pas tomber dans la niaiserie et la platitude.

Vôrôsmarty a pris la plupart de ses sujets dans l'histoire nationale; tantôt ce sont des tableaux dans le genre des drames royaux de Shakespeare : certaines parties brillent par le coloris et le style nerveux, mais l'ensemble est manqué; tantôt ce sont des drames inspirés des romantiques français

OÙ laction se déroule plus régulièrement, mais où les caractères pèchent par l'uniformité. Le Roi Saloraon, sujet souvent traité depuis, nous montre un jeune roi hongrois qui, excité par ses conseillers à combattre les princes Ladislas et Geyza auxquels il a cédé le tiers du royaume, perd sa couronne. Le drame Les Sans-Patrie met à la scène, sans action dramatique et sans intrigues, la révolte des nobles sous le roi Sigismond. Le Ban Maràt, ce triste épisode de la domination turque; LesCziUey, ces ennemis mortels de la maison de Hunyad, sont autant de sujets qui exciteraient l'intérêt s'ils n'étaient bien faiblement composés. La tragédie fataliste des Allemands, fort en vogue à cette époque, inspire plus mal encore le poète. — Un de ses poèmes dramatiques mérite une place à part. C'est un conte fantastique populaire, très lu et très connu depuis des siècles, transporté sur la scène. Csongor et Timde, deux êtres surnaturels, se cherchent dans un commun amour: mais la vieille sorcière Mirigy empêche toujours leur réunion. Csongor lutte contre mille obstacles, essuie mille épreuves, jusqu'à ce qu'il trouve enfin sa bien-aimée sous l'arbre enchanté. Aucun poème dramatique hongrois n'est écrit d'un style aussi étincelant que celui-ci; il contient des chœurs dont les expressions poétiques, les images chatoyantes sont intraduisibles. Cette forme poétique rappelle les pièces de Calderon ou le Sonr/e d'une nuit cVètè de Shakespeare. C'est un vrai régal pour l'oreille que les amateurs de beau langage entendent encore de temps en

temps sur la scène du théâtre national de Budapest.

Si les épopées de Vôrôsmarty pèchent par la composition, ses drames par le manque d'action, il n'y a quune voix pour louer sans restriction ses poésies lyriques; c'est là. en effet, que le poète a donné toute sa mesure. Qu'il chante ses amours ou les espoirs et les plaintes de son pays, qu'il lance une simple épigramme ou qu'il dise ses chagrins et ses peines, paritout l'idée et l'expression sont adéquates. Mais Vôrôsmarty descend rarement vers la poésie populaire, où Petôfi a trouvé ses plus belles inspirations. Il puise tout en lui-même, c est le lyrique de la réflexion et du sentiment intime.

A l'égard de sa patrie, Vôrôsmarty est partagé entre la tristesse et l'espoir. Il est triste quand il pense au passé glorieux du pays et à la déchéance qui l'a suivi : c'est le sentiment que les poètes lyriques du commencement du siècle, notamment Berzsenyi et Kolcsey, ont exprimé avec tant do vigueur; il espère, parce qu'il est le contemporain de Széchenyi dont les pamphlets politiques ont les premiers annoncé que le Magyar a aussi un avenir. Ces deux sentiments lui ont dicté son Ajjpel à la nation hongroise (1837), devenu l'Hymne national. Il a su y résumer poétiquement les sentiments de toute la nation : il l'exhorte à l'action et à la fidélité, lui rappelle la gloire du passé, ses souvenirs tragiques, les services qu'elle a rendus à la chrétienté. La Providence, qui ne l'a pas laissé périr pendant des luttes séculaires, la soutiendra encore,

sinon le peuple saura mourir dignement ; les nations assisteront à ses funérailles solennelles et dans les yeux de l'humanité on verra des larmes de douleur. Un sort meilleur ou la mort glorieuse! voilà ce que rêve le poète ; et, tant que la nation luttera pour son indépendance, Y Appel restera son chant préféré \

Ses autres poésies patriotiques font entendre la même note : tantôt c'est Tespoir qui l'emporte comme dans les Odes à Ferdinand V, à François Liszt; tantôt c'est la mélancolie, comme dans la pièce A une noJjle dame, où il s'attriste de voir la nationalité magyare reniée même par les femmes ; dans la Mère abandonnée où il s'indigne contre les aristocrates qui vont à l'étranger et renient les mœurs nationales. Le triste sort de la Pologne, où le poète voit un mauvais présage pour son pays, lui dicte Sans Patrie, La Statue vii'ante et Le Pays perdu. C'est surtout la première de ces poésies qui exprime au plus haut degré la tristesse avec laquelle la Hongrie a assisté à cette catastrophe -. — La note gaie et humoristique ne manque pas dans les poésies de Yôrôsmarty ; les sarcasmes dont Széchenvi criblait les retardataires, v ont laissé é^ralement leur trace, car ses poésies ont suivi et chanté

1. Voy. la traduction dans Bohème et Hongrie de St. René Taillandier, p. 321, et dans les Poésies magyares de MM. Desbordes-Valmore etUjfalvy.

2. Le premier succès oratoire de Deâk, l'ami intime du poète, était un discours en faveur de la Pologne.

dans toutes ses phases la reforme politique de 1825 jusqu'à la Révolution. Par la Chanson de Fôtli, Yôrôsniarty a créé un nouveau genre, la chanson à boire, non pas exubérante de gaieté, mais sérieuse, car au milieu de la joie éclatent les soucis pour la patrie. En fait de poésies d'amour ses plus belles pièces furent écrites lorsqu'il fit la connaissance de Laure Csajâghy, qui devint en 1843 sa femme : amour d'automne, mais dont l'expression a tout le feu de la jeunesse. — Les douze Contes poétiques montrent son talent épico-lyrique sous le meilleur jour. Le plus réussi est BeUe Ilonka. qui traite une aventure romanesque du roi Mathias Corvin. llonka est lidéal de la jeune fille chaste et amoureuse qui « s'éteint comme le lis «, lorsqu'elle comprend que celui qui a captivé son

cœur est le roi.

La Révolution a mis fin aux chants du poète. Sa vision prophétique des « grandes funérailles » de la nation s'était en partie réalisée; mais il espérait toujours. Dans sou dernier poème Le Vieux Tzigane, il s'écrie : « Il y aura encore une fois fête dans ce monde », espérant voir son pays libre et indépendant.

Quand on parle en France de la poésie hongroise, le premier et presque toujours l'unique nom qu'on

entend prononcer est celui de Petôfi ; il représente la Hongrie vis-à-vis de l'étranger. Les articles de Saint-René-Taillandier et de H. Valmore, le livre de M. Chassin, la traduction d'un choix de ses poésies, l'ont présenté au public français, non sans quelque exagération dans l'éloge, détaché de son milieu, une énigme pour ceux qui le commentent comme pour ceux à qui on le fait connaitre ^ Placé dans son cadre entre Vôrôsmartj' et Arany, et surtout dans son milieu historique, dans l'atmosphère révolutionnaire de 1844 à 1848, les années si mouvementées qu'agitèrent les discours et les articles de Kossuth, il excitera toujours l'admiration: mais on pourra mieux expliquer la nature de son génie. Sa grande originalité, c'est la faculté de faire vivre et parler, sans devenir

1. Lélude de Taillandier, faite d'après Kertbeny et d'autres sources allemandes, a paru dans la Revue des Deux Mondes. 15 avril 1860 = Bohême et Hongrie, pp. 267-317: celle de H. Valmore, avec la traduction d'une vingtaine de poèmes, dans la Revue contemporaine, V^ février 1860. Voy. aussi les quelques pages de A. Dozon, avec des traductions, dans la Revue r/rnnanique, 1861, t. XIIL — Le livredeCh.-L. Chassin, Alexandre Petoe/i {IS60), est VéXude la plus complète; la traduction de Ujfalvy et Desbordes- Valmore donne les poésies les plus connues. En outre. Dozon a traduit l'épopée Le Chevalier Jean, Bibl. orientale elzévirienne. vol. XI, 1877. Jacques Richard a imité quelques poésies. — La bibliograghie hongroise est très respectable, mais on attend toujours la biographie de Gyulai ; un livre allemand d'Alexandre Fischer [Petôfi' s Leben und Werke) de 628 pages, paru à Leipzig, 1889. est très complet.

trivial, les hommes du peuple, bergers, bouviers et csiUôs. C'est rintelligence de la poésie intmie de ces humbles, de la beauté de Fimmense Puszta, qu'il sait décrire en poète; c'est le sens profond des contes populaires dont il fait de véritables épopées; c'est aussi l'amour ardent de la liberté et la haine de la tyrannie autrichienne. Ajoutez sa mort héroïque sur le champ de bataille pour la cause sainte de la patrie, l'incertitude sur l'endroit même où il est tombé, son regard prophétique qui lui fit, dès le commencement des hostilités, prévoir sa fin, et vous aurez le secret de cette gloire immense qui entoure son nom en Hongrie et qui a si vite franchi les limites de son "pays. Il est toujours oiseux de discuter les questions de supériorité entre des génies comme Petôfl et Arany ; mais ce que la critique impartiale ne saurait passer sous silence, c'est que Petofi, dans les cinq ans qui séparent l'apparition de son premier recueil de sa mort, avait donné à peu près tout ce dont il était capable, que nul progrès de son talent ne se marque dans sa carrière. C'est un de ces génies dont l'éclosion brusque est merveilleuse, mais que le temps épuise et use au lieu de les perfectionner. Sa mort prématurée est un bonheur pour sa renommée, car vers la fin de sa vie la déclamation révolutionnaire avait pris chez lui le dessus. C'est du délire, mais non pas celui d'un poète. Son instruction, du reste, avait de nombreuses lacunes ; fort irrégulier dans ses études, il n'a jamais trouvé le temps de se recueillir. Il cou-

naissait peu l'antiquité ; parmi les lyriques modernes il pratiquait surtout Schiller, Heine et Lenau ; il avait Gœthe en aversion, peut-être à cause de sa situation à Weimar. Parmi les poètes français, il adore Béranger et c'est tout. Il ne fît connaissance avec Shakespeare qu'en 1847, lorsqu'il s'associa à Vôrôsmarty et Arany pour traduire ses Œuvres complètes. Il choisit Coriolan, et cette traduction est la. seule pièce qu'il ait donnée. Son horizon intellectuel n'est donc pas aussi vaste que celui de Vôrôsmarty ou de Arany; il possède mieux que le premier le secret du caractère magyar, mais ne dépasse le second ni pour le fond ni pour la forme.

Petôfi naquit, le l^-" janvier 1823, dans le village de Kis-Kôrôs où son père était boucher. Il passa son enfance à Félegyhaza, dans l'Alf ôld magyar, dont il devint le chantre le plus illustre. Il commença ses études à Kecskemét, les continua tant bien que mal, plutôt mal que bien, à Selmecz. Son père, en partie ruiné par les inondations et les mauvaises affaires, le secourut tant qu'il espéra le voir demeurer dans la bonne voie ; mais le jeune Alexandre, malgré la défense de ses précepteurs, fréquentait le théâtre allemand de Selmecz. Il eut un mauvais certificat et son père ne voulut plus s'occuper de lui. Luttant contre la misère, Petôfi rêva d'entrer au théâtre. Il est curieux de noter que plusieurs des génies les plus originaux de la littérature hongroise furent hantés par le désir de monter sur la scène. C'était pourtant un dur apprentissage que celui du métier

dacteur à cette époque : les troupes ambulantes avaient à peine de quoi vivre ; même les chefs d'emploi étaient incapables de gagner honnêtement leur vie, le sort des novices était pitoyable. Csokonai. Petôfi et Arany ont connu plus ou moins longtemps cette vie de misère, mais Petofi y revint à plusieurs reprises. Il dut se contenter dabord de figurer comme personnage muet, de porter des chaises ou daller chercher la pauvre pitance des acteurs. C'est pour remplir ces hautes fonctions qu'il quitte, en plein hiver, Selmecz et s'en va à pied à Pest. Un de ses parents l'emmène à la campagne et lui promet de le mettre au lycée de Sopron; Petôfi y consent d'abord, puis change d'avis en route et s'en va seul à Sopron se faire enrôler, à seize ans, dans un régiment d'mfanterie. Son rêve était d'aller comme soldat en Italie oii il y avait alors des garnisons autrichiennes. Mais il n'arriva que jusqu'à Bregenz, en Tyrol ; de là, son régiment fut envoyé en Esclavonie. Malade de nostalgie, de complexion délicate, il est renvoyé du service; il arrive en 1841 à Papa, son uniforme usé, le gousset vide, et veut continuer ses études. Il se lie d'amitié avec Orlai-Petrich, le futur peintre, et avec Jôkai, le futur romancier, élèves de ce même collège. Petôfi remporte ses premiers succès dans cette petite société littéraire de jeunes gens. Mais la passion du théâtre l'emporte de nouveau; il fait une tournée pitoyable, revient à Pest oii un rédacteur, Ignace Nagy, le charge de quelques traductions.. Ces travaux lui déplaisent

vite ; ses premières poésies sont insérées dans YAtlienaenm de Bajza ^ l'exaltent : de nouveau il s'engage dans une troupe théâtrale, arrive, déguenillé et malade, à Debreczen et joue sans succès. En 1844, il revient à Pest, se présente à Yôrôsmarty qui reconnait en lui le génie lyrique ; grâce à son intervention, quelques membres du Cercle national lui achètent son premier recueil de poésies et le font imprimer. Le succès fut très grand : Petôfi devint l'idole de la jeunesse : en lui elle reconnut enfin son poète. Exempt des imitations étrangères, ennemi des formes savantes, celui-ci chantait sa propre vie, qui était alors celle de beaucoup de jeunes gens. Cette poésie issue du peuple, sans fard et sans clinquant exotique, était tellement différente de tout ce qu'on avait entendu jusque-là, les accents en étaient si sincères, la forme si naïve, que tout le monde se mit à la chanter. Dans deux voyages qu'il fit dans le n<jrd de la Hongrie, Petofl fut salué comme le premier poète de la nation. Ce n'est qu'alors qu'il put combler par des lectures assidues les lacunes laissées par ses études intermittentes. En 1846, il fit la connaissance de Julie Szendrey qu'il épousa l'année suivante. Le fiancé, le mari, le père trouvèrent dans le bonheur des accents nouveaux. Mais cette vie tranquille dura peu. En 1848.

l. Ces poésies sont signées de son véritable nom Petrovirs; ce n"Gst que plus tard que le nom magyarisé a remplacé le nom slave.

la Révolution éclate ; Petôfi rinaugure le 15 mars par son chant patriotique Talpra magyar! [Debout, Magyar!), qui devint Thymne révolutionnaire. Vers la fm de Tannée, le poète, aide-de-camp du général Bem, qui devait arrêter les Russes en Transylvanie, se distingue dans les combats de Déva, de Szasz- Sebes, et trouve la mort sur le champ de bataille, près de Segesvâr, le 31 juillet 1849.

Petôfi est le plus populaire des poètes lyriques hongrois. Sorti du peuple, nul n en exprime mieux les idées et les sentiments. Il luttait encore contre la misère que déjà ses poésies étaient chantées dans tout le pays. Son beau-frère Gyulai, poète et critique, dit que partout où il allait, ses lieds l'avaient précédé; en s'endormant le soir et en se réveillant le matin, il les entendait chanter dans les rues. Sa poésie a toutes les qualités de la chanson populaire, peu goûtée, vers 1844, des critiques littéraires du pays, qui ne pouvaient pas se familiariser avec ce style hardi, ces brusques transitions, ces échappées que le lied ouvre vers l'infini, cette poésie intime qui reflétait chaque étape de la vie malheureuse du poète. On aA'ait l'habitude de célébrer les gloires anciennes, d'exprimer des sentiments généraux, de ne s'adresser qu'à une élite, tout cela en strophes imitées tantôt de l'antiquité, tantôt de l'étranger ; et voilà que tout à coup ce pauvre étudiant, tour à tour cabotin, vagabond et scribe, s'avise de ne parler que de lui-même, d'employer des rythmes populaires qui se chantent et d'enthousiasmer toute la jeunesse I Cependant les grands écrivains sentirent

tout le prix de cette poésie spontanée, qui jaillissait de la source populaire, et s'aperçurent que le caractère national avait enfin trouvé son interprète fidèle. L'accueil fait à Petofi par Yôrôsmart}' est connu; Arany salua en lui un génie de premier ordre, et le baron Eôtvôs, poète et philosophe à la fois, écrivit dès 1847 : « Petôfî est magyar, la moindre de ses poésies porte le cachet de sa nationalité ; il est hongrois dans le plan, dans l'exécution et dans la pensée. Ses qualités et ses défauts sont les conséquences de son origine. Sa popularité ne saurait nous étonner, si nous considérons que même le lecteur le moins lettré peut suivre le vol hardi de son imagination. » Petofi lui-même, doué d'une forte dose d'orgueil, s'était Aite rendu compte des causes de son succès. — « Oui, disait-il, le peuple hongrois se reconnaît en Petofi, et ce que je suis, je ne le suis, pour les qualités comme les défauts, qu'en tant qu'expression du caractère populaire. »

M. Chassin a eu l'idée ingénieuse de commenter chaque phase de la vie du poète et de l'illustrer par ses propres poésies, procédé légitime avec Petofi dont la vie et les poésies ne font qu'un. Ces petits chefs-d'œuvre échappent à toute analyse ; dans la traduction française, une bonne partie de leur parfum s'évapore. L'amour de la nature, surtout de YAlfôld, la vaste plaine hongroise, s'exprime en hymnes de joie sans aucune sentimentalité. Le chant de l'alouette, le DèliMb, ce mirage de son pays de prédilection, une cabane de pâtre isolée, la Csàrda où le soir les bergers et le csîkôs se réunissent, la

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cigogne « le fidèle habitant de ma belle plaine », les toits de chaume, le parfum de la bruyère, le tintement des clochettes quand les troupeaux rentrent, le coursier rapide avec son cavalier qui traverse la Puszta, la Tisza blonde qui coule lentement, vrai fleuve de YAlfôld magj^ar : tout cela est pris sur le vif et rendu dans ces lieds. Comme la chanson populaire, la poésie de Petôfl va d'un sentiment à Tautre. d'une image à l'autre, sans que l'unité de l'impression en soit altérée. Le poète prête à la nature ses propres sentiments et revêt celle-ci de couleurs poétiques. Les meilleurs lieds de Gœthe, de Heine ou de Burns, peuvent^seuls donner une idée de ces compositions. La forêt et les montagnes attirent moins Petôfi, c'est dans la Puszta aux vastes horizons qu'il voit l'image de la liberté, divinité de son àme. Le peuple dans son chagrin d'amour, le l)etyàr, le pâtre, le csikôs, autant de figures inconnues jusqu'alors dans la poésie, y prennent avec lui droit de cité, avant de l'avoir conquis dans la vie politique. Les sentiments de cette classe du peuple magyar sont rendus avec beaucoup de bonheur. Son propre sort, ses amours, l'adoration qu'il avait pour sa mère, pour sa femme et pour son enfant né au milieu de la tourmente révolutionnaire, il les exprime d'une manière touchante, en vrai poète populaire. Rien de plus émouvant que les morceaux où il a glorifié l'amour qui a réussi à se créer un nid à lui.

Mais dès que Petôfi veut se faire, à l'instar des Heine, Byron et Shelley, le poète du Weltschmerz y

il devient déclamatoire. C'est que ce sentiment n est nullement magyar; si le Hongrois mêle quelques larmes à sa joie même, il n"est nullement pessimiste. Petôfi est ardent patriote, il demande les libertés pour son pays qui gémit sous le joug de rAutriche ; il veut l'affranchissement, non seulement de certaines classes, mais de tout le peuple. Il sacrifie totit à l'amour, mais l'amour même à la liberté. Sa mort héroïque à montré qu'il était sincère. Ses morceaux révolutionnaires, quoique moins beaux que ses autres poésies, peuvent s'expliquer par les circonstances. N'oublions pas que Petofi n'avait que vingtcinq ans lorsque la Révolution éclata et qu'il devint le Tyrtée de ce soulèvement patriotique. Comment demander beaucoup de réflexion et de mesure au chantre qui se propose de lutter pour ses doctrines sur le champ de bataille, qui, imbu des idées françaises sur la liberté, l'égalité et la fraternité, rêve une démocratie cosmopolite, voit en Béranger le premier poète du monde? N'ayant pu obtenir un mandat de député à la diète de 1848, il publia son programme dans l'Apôtre. Cet apôtre de la liberté, élevé dans la misère, honni par les riches, écrit un ouvrage révolutionnaire, est emprisonné, puis délivré, et devient régicide. Cet homme en haillons qui tonne contre la tyrannie des rois, n'a rien de magyar. — Plus la Révolution est imminente, plus le délire de Petôfi augmente et sa fureur contre ceux qui ne partagent pas ses opinions exaltées : le poète Vôrôsmarty, les Allemands et les Slaves qui habitent la Hongrie, l'Europe qui abandonne la cause

magyare, tous sont voués aux gémonies. Mais parmi ces imprécations, il ne manque pas de beaux morceaux, car, comme Ta dit Jôkai, « il savait maudire comme un démon et bénir comme un ange ». Sa parole est musique, sa vie poésie.

Au lieu de s'attarder à contempler les souvenirs historiques, il regarde en avant; c'est l'avenir du peuple qui lui est cher. S'il tourne ses regards vers le passé, il ôte à ses personnages l'auréole historique et les traite comme des contemporains, ainsi dans Szècsi Maria, la fameuse Vénus de Murâny, si souvent chantée en Hongrie et dans Lehel. — Petôfi fit quelques essais dans l'épopée comique. Dans Istôh le fou, il peint son propre état d'àme ; le conte burlesque Le Forgeron du Village est peu réussi, de même que d'autres récits d'une certaine longueur, car Petofl compose faiblement, ses développements ne se soutiennent pas; il excelle à concentrer, c'est pourquoi il triomphe dans les choses brèves, dans le lied où il gagne en profondeur ce qui lui manque en étendue. Cependant, en 1845, en puisant dans la source vive de la légende populaire, il a donné son Jànos Vitèz [Le héros Jean), épopée comique, « véritable chef-d'œuvre de grâce, de passion, rêve héroïque et tendre, raconté avec un demi-sourire ». Ici, le poète se sentait parmi le peuple dont il connait l'àme en ses moindres replis. Jean est un pâtre qui aime Juliska (Juliette) dont la marâtre s'oppose au mariage. Jean, qui pour les beaux yeux de sa Juliette a négligé le troupeau, est chassé par son maitre. Il commence une vie errante dont

les péripéties forment le cadre du poème. Le merveilleux ^'y mêle admirablement avec l'élément populaire et le poète raconte si naïvement cette étonnante histoire que le lecteur Técoute, charmé jusqu'à la fin, sans se douter qu'il marche dans le pays des rêves.

Arrivé dans la Puszta, Jean se lie avec les brigands; c'est l'occasion pour PetOfi de décrire les lieux tant de fois chantés dans ses poésies lyriques. Jean, foncièrement honnête, ne peut rester avec les malfaiteurs; pendant leur absence il met le feu à la chaumière et s'enrôle dans un régiment de hussards. Un Magyar ne peut devenir que hussard! La guerre éclate, car la France est menacée par les Turcs *. L'armée hongroise vole à son secours: elle passe par le pays des Tartares, des Sarrasins et des Italiens : partout Jean accomplit des prodiges de bravoure. Arrivé en France, il sauve la fille du roi; celui-ci veut la lui donner pour femme, car la princesse aime le héros, mais Jean refuse, fidèle à Juliska qu'il ne désespère pas d'obtenir. Il s'embarque donc avec les trésors qu'il a amassés, mais une tempête engloutit toute sa fortune. Il revient pauvre dans son pays et apprend la mort de sa bien-aimée. Il va pleurer sur son tombeau et prend

1. « L'union sympathique sur le champ de bataille de deux nations généreuses et la vague réminiscence d'une résistance à rislam, qui a menacé la civilisation en Occident, comme en Orient, voilà tout ce qu'il faut retenir de la romanesque chevauchée de sire Jean et des hussards hongrois », dit M. Dozon.

comme souvenir une rose qui a poussé sur le tertre. Puis il recommence ses voyages fantastiques et arrive dans le royaume des géants, qui, pour sa bravoure, le nomment roi. Il refuse et accepte seulement un sifflet, afin de pouvoir les appeler en cas de danger. De là il passe dans Tile des fées, combat les monstres qui veulent lui barrer le passage et voit que les habitants vivent dans une joie continuelle, ne connaissant ni la mort ni le chagrin. Lui, hélas! ne peut se consoler au milieu de cette vie enchantée, car Juliska lui manque. Déjà il veut se noyer et jette d'abord la rose dans le lac; mais, ô merveille, de la fleur Juliska ressuscite. Jean devient roi et sa bien-aimée la reine de Tile enchantée.

Petôfi est entré de bonne heure dans la littérature européenne. Après sa mort tragique, le traducteur Kertbeny le fit connaître en Allemagne, où depuis lors, une nuée de traducteurs l'ont rendu presque populaire. Chez nous, ses poésies sont moins connues, malgré quelques traductions partielles. Heine a dit avec raison que la traduction d'un poète lyrique n'est qu un clair de lune empaillé. Même dans l'allemand, oii Ton peut conserver pourtant le mètre de l'original, la simplicité de l'expression, le caractère de l'œuvre se perd ; à plus forte raison en est-il ainsi dans une traduction en prose. — Petôfi a néanmoins révélé à l'étranger la vie intime du peuple magyar ; c'est grâce à lui qu'on parle de la Puszta, du csikôs, de DèliMh, cette fée morgane de la plaine hongroise, et de

toutes ces figures populaires qui forment les éléments de sa poésie.

C'est aussi depuis Petôfi qu'on ne peut rencontrer hélas ! de récit de voyage sur la Hongrie où Ton ne parle de Puszta, de tzigane, de csihôs et de csârdo., croyant que ces quatre mots résument la vie de tout le peuple, comme Goddam est pour Figaro le fond de la langue anglaise.

Petôfi a attendu assez longtemps sa statue (1882; ; maintenant elle se dresse sur le quai du Danube à Budapest. C'est là que les écrivains et artistes français, sous la conduite de Lesseps, sont venus apporter leur hommage au génie national des Magyars.

Petôfi était à peine connu du public que la Société littéraire Kisfaludy cotironnait une épopée comique intitulée La Constitution perdue, qui avait pour auteur un simple secrétaire de la mairie de Szalonta, Jean Arany. Ce succès n'était pas sans mélange d'amertume pour son auteur. Des trois juges appelés à se prononcer sur la valeur poétique de l'œuvre, deux ne prodiguaient que des éloges, mais le troisième, et c'était Vurosmarty, alors dans tout l'éclat de son talent, déclara que ^« la langue et la prosodie de ce poème rappelaient l'âge de fer de la poésie nationale ». Deux ans après, enhardi par le succès du Héros Jean de Petufi, Arany envoya à la même Société son épopée Toldi, et toutes les voix furent alors unanimes à le louer. Petôfi était le premier à saluer ce

confrère en lui écrivant : <( Tandis que d'autres cueillent le laurier feuille à feuille, à toi il faut donner toute une couronne. » Malgré la diversité des tempéraments, ces deux hommes de génie restèrent intimement liés. Arany est peut-être le seul poète avec lequel Petofi ne se soit pas brouillé et auquel il voua un véritable culte. Leur carrière n'avait pourtant rien de commun : tandis que Petofi sacrifiait tout à lamour et Tamour même à la liberté, aspirait après la mort sur le champ de bataille et versait son sang dans une lutte héroïque, Arany, nature plus calme, plus contemplative, souhaitait une vie retirée du monde au milieu des siens et, comme il Ta dit en vers excellents : a Un peu de repos indépendant où le chant poétique puisse naître, un petit nid tranquille sous des branches vertes où il put attendre la Muse, une vieillesse laborieuse et gaie où il pût achever ce qu'il avait commencé dans sa jeunesse. » Le Dieu des poètes a exaucé ses vœux, semble-t-il ; pourtant, dans sa Profession de foi, il déclare que sa vie n'était qu'une lutte continuelle dans laquelle il a succombé. « Avec i3lus d'énergie, de fermeté et de persévérance, dit-il, j'aurais pu devenir quelqu'un, mais ces qualités me faisaient défaut. Mon talent me poussait toujours en avant, le manque d'énergie me jeta en arrière et ainsi je devins ce que sont une grande partie de mes œuvres : un fi'agment. » On va voir ce que le poète entendait par ce jugement trop sévère.

Jean xVran}- naquit, en 1817, àNagy-Szalonta, dans

le comicat de Bihar. Ses parents étaient déjà vieux lorsqu'il vint au monde. Ils avaient perdu leurs enfants ; une fille qui leur restait seule était mariée. Dans la cabane du pauvre pajsan, le petit Jean commença à apprendre à lire la Bible sous la direction de son père. Sa mère vaquait aux soins de la maison. Jamais, dit-il, il ne vit de domestique, jamais il n'entendit un mot grossier; c'est dans ce milieu calme et dévot qu'il passa son enfance. Il resta quelques années au collège de la ville, lut surtout les poètes populaires du xviii^ siècle, Dugonics et Gvadânyi, et se proposa le premier pour modèle. La poésie moderne, telle qu'elle se manifestait dans les œuvres des lÂisfaludy, de VurOsmarty et des membres du cercle Av.rora n'intéressait point le petit paysan dont chaque fibre était liée au sol natal et qui ne comprenait rien aux formules artistiques de ces novateurs. Par contre, il apprit bien le latin; pour achever ses études, il dut quitter la maison paternelle et aller au célèbre collège de Debreczen. Mais comme sa bourse n'était I guère garnie et qu'il ne voulait pas être à la charge de ses parents, il fut pendant un an précepteur à Kis-Ujszâllas. De retour à Debreczen, il apprit . les langues vivantes, lut le Tasse, Milton et Vol- I taire. Voyant que ses moyens ne lui permettaient 4 pas de continuer avec succès ses études, hanté par des rêves de sa jeunesse, il se décida à devenir artiste. Mais quel art apprendre à Debreczen? Ce n'était ni la peinture ni la sculpture. Il y avait un théâtre; Arauv s'v en^aoea comme acteur et mena

pendant un an cette vie misérable; il en fut radicalement guéri. (( Mordu par les serpents de sa conscience », comme il dit, il retourna déguenillé chez ses parents. Son père était devenu aveugle, sa mère mourut bientôt après; il devient maitreadjoint au collège, puis scribe à la mairie et finalement sous-secrétaire. Il se maria (1840), voulut alors renoncer à son idéal de jeunesse et devenir un simple bourgeois paisible et utile, sans ambition littéraire. Résolutions vaines! le sceau divin était sur son front. Le soir, après avoir achevé sa tâche journalière, il lisait, écrivait sur des feuilles volantes ses fantaisies et ses élucubrations. Témoin des élections telles qu elles se faisaient dans une petite ville, des abus de l'autorité municipale, de la vénalité des électeurs, des agissements des hortes, ces agents électoraux munis du fogas % il écrivit un poème satirico-épique, La Constitiaion perdue. où toutes ces scènes sont mises en relief et qui est la satire la plus sanglante de la vie municipale hongroise. Le poème était achevé; Arany ne songeait nullement à le publier. Mais son ami Etienne Szilâgyi, qui était professeur au collège et avait déjà remporté plusieurs succès dans les concours poétiques, rengagea à l'envoyer à la Société Kisfa- Iiulij qui justement, pour cette année, demandait une épopée comique. Arany consentit et obtint le prix -.

1. Espèce de canne armée dune hachette dont les coups sur la tête des récalcitrants peuvent devenir mortels.

2. C'est la seule épopée où Arany eût employé l'hexamètre, < alors presque indispensable pour les poèmes de longue

Imbu des souvenirs de lancienne poésie magyare, soucieux même de la littérature imprimée sur du papier buvard qui se vend pour quelques sous aux paysans amateurs de chronique et de légende, Arany se détourna vite de la satire qui ne convenait pas à son tempérament. Les anciens cycles épiques de son pays, surtout celui des Origines, la légende des Huns et la chronique dllosvai sur Toldi le fascinaient. Il devint, par sa trilogie épique Toldi et son poème La Mort de Buda, qui n'est que le commencement du cycle des Huns, le vrai poète épique de la nation. Toldi est tellement magyar que les étrangers ne comprennent pas toutes les beautés de ce poëme, mais c'est un pur chef-d'œuvre, qui forme avec raison le livre classique par excellence des écoliers magyars. Vôrôsmarty avait, certes, composé des épopées sur les principaux épisodes de l'histoire hongroise; mais, dans la forme extérieure et dans la composition, il imitait les modèles étrangers. Chez Arany tout est national, le fond comme la forme. Il a su mettre dans ces maigres légendes tant de poésie, les nuancer, les développer avec une telle vigueur, faire agir et parler ses héros avec tant de naïveté, qu'il devint l'Homère de son peuple. Souvent il a dû s'entendre faire l'objection que, de notre temps, il n'est plus possible d'écrire une véritable épopée. C'est vrai, répondait-il, pour les pays où la vie nationale a creusé

haleine, et dont la virtuosité de Vôrôsmarty avait fait presque un mètre national.

son lit depuis des siècles, mais avec im peuple comme les Hongrois qui cherchaient à ressaisir leur indépendance perdue, qui n'avaient pas encore de constitution, révocation des légendes nationales sous forme épique était possible. Et le succès prouva la vérité de ce jugement.

En 1847, la première partie du ToUU était achevée ; la Société Kisfaludy la couronna. Arany devint populaire. Loin de se lancer dans le mouvement révolutionnaire de 1848, il resta dans son pays. Ce n'est qu'en 1849 qu'il passa quelques mois au ministère de l'intérieur comme rédacteur, puis il retourna à Naoy-Kor.-.s et devint, en 1851, professeur. Dans les tristes temps de la réaction, son âme était comme brisée ; il pleura en poète la mort de son ami Petôfi et écrivit quelques pièces allégoriques sur la chute de la Hongrie Ml se plaint amèrement,

1 Nou. en donnons une ici, clans la traduction de M. Amédée Saissv eUe est l'expression poétique des sentiments qu éprouvèrent les poètes après l'issue fatale de la Révolution.

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